^r.^^ »'*«^y^ •iln'K WHITNEY LIBRARY, HARVARD UNIVERSITY. THE GIFT OF J. D. WIIITNKY, Sluiffis Hooper Praf<$ior MÏÏSEUM OF COMPAEATIVE ZOÔLOGY ^ ./^:^Ui^?'î \m r^F s(i^pfc Mais peut-être, dira-t-on, ce sont là précisément des caractères qui té- moignent de la difiérence spécifique de ces divers Poiriers. Assurément je ne demanderais pas mieux, car rien ne plait tant à l'esprit du botaniste classifi- cateur que ces caractères tranchés, ces hiatus dans la série des formes con- génères qui tout à la fois facilitent son travail et fournissent un point d'appui à sa nomenclature. Il est satisfait quand ses coupes spécifiques bien délimi- tées lui semblent concorder avec la nature, qui est son idéal. Malheureuse- ment, il n'en est point ainsi dans le groupe des Poiriers; des miscroscopi- ques Prnis nzarolifera et longipes, on passe par une transition insensible à la poireMille-au-Godel, poire cultivée aux environs de Saint-Brieuc, qui est à ( i3 ) ijeine plus grosse que les premières; de celle-ci on arrive à lapoiredeSept-en- Gueule, ou Petit Muscat, autre variété ou plutôt assemblage de sous-variétés où les fruits oscillent entre le volume d'une noisette et celui d'une noix. Tout à côté se présentent une multitude de races, de sous-races, de variétés et de variations de poires sauvages, de toutes les formes et de toutes les grosseurs, depuis celles de la poire Mille-au-Godet, jusqu'à celle de nos moyennes poi- res cultivées, et, dans ces dernières, on arrive des plus petites aux plus énormes par une série indéfinie d'intermédiaires où se montrent en même temps tous les accidents de formes et de coloris, depuis les poires Musette et Cornemuse, si singulièrement atténuées (i), jusqu'à ces poires déprimées que l'on a très-justement comparées à des pommes. » Comment saisir, je le demande, un caractère spécifique dequehjue va- leur dansun ensembleoù toutes les formes les plus extrêmes se relient par des gradations insensibles et en nombre illimité'' Ce serait vouloir trouver ce que la nature n'a pas fait et la forcer d'entrer dans un cadre artificiel. A quelque hypothèse qu'on se rattache, relativement à la nature de l'espèce, il faut bien reconnaître qu'elle sç présente à nous sous des aspects très-divers; tantôt resserrée entre d'étroites limites, nettement caractérisée et ne variant pas sensiblement, mais tantôt aussi prodigieusement large, polymorphe et pour ainsi dire divisible à l'infini. A ce point de vue les Poiriers ne sont pas une exception ; beaucoup d'autres genres de plantes offrent le même luxe de formes secondaires et sont poiu' les classificateurs une pareille source d'em- barras. » Presque tous les pomologistes, j'entends ceux qui sont dignes de ce nom, ont essayé de classer les Poiriers; tous y ont échoué, en ce sens ([u'il n'ont jamais pu, à cause de l'entremêlement des caractères, faire une classification tant soit peu naturelle et qui embrassât toutes les variétés con- nues. J'ai cru, comme mes prédécesseurs, au début de mes études, pouvoir entreprendre ce travail avec quelque chance de succès ; aujourd'hui je suis désabusé de cette espérance, et je ne crains pas de déclarer que toute clas- sification sera purement artificielle. Le seul principe qu'on puisse adop- ter ici avec utilité sera, je crois, l'époque de maturité des fruits, parce que ( i) Ces modifications de la forme du fruit dans le Poirier rappellent de la manière la plus frappante celles qu'on observe dans les Courges comestililes, le Melon et les Gourdes, où on voit de même des fruits s'allonger, devenir même tout à fait serpentiformes, et d'autres qui au contraire se raccourcissent et vont jusqu'à s'aplatir dans le sens antéro-postérieur. — Conf. Natidin, Annales des Sciences naturelles, t. VI, i856. ( -4 ) .111 point (le vue des usages économiques celle considération domine toutes les autres, et, dans ce cas encore, il conviendra d'assigner à ces époques de maturité d'assez larges limites. „ Ni la forme des fruits, ni leur volume, ni leur coloris, m leur saveur, pas plus que le port et les faciès des arbres, la couleur du bois, la grandeur du feuillage et des fleurs, etc., ne peuvent fournir des ba;-es à une classifica- tion, parce que tous ces caractères sont purement individuels, qu'ils ne se transmettent pas fidèlement par la voie de génération et qu'il n'est même pas sans exemple qu'ils s'altèrent sur un seul et même individu, par le fait de circonslances locales qu'on ne peut pas toujours expliquer. » Les partisans de la pluralité d'espèces dans le groupe d'arbres qui nous occupe pourront m'objecter que si dans cette multitude de formes inter- médiaires nous sommes désormais incapables de reconnaître des types spé- cifiques distincts, cela tient à ce que ces espèces premières se sont croisées des milliers de fois les unes avec les autres, que leurs hybrides, doués de fertilité, ont augmenté dans une énorme proportion le nombre des croise- ments, et que de là sont sorties ces formes innombrables qui font le déses- poir des classificateurs. Je suis loin de nier ici les croisements et leur influence, je dis même que rien ne me paraît plus vraisemblable ; il n'est du moins guère possible d'en douter lorsqu'on voit ce qui se passe dans un verger de Poiriers en fleurs, où les abeilles, attirées d'une lieue à la ronde, butinent du matin au soir, brouillant les pollens de toutes les variétés et les disséminant sur les stigmates auxquels la nature ne les destinait pas. Mais on remarquera que ces fécondations, supposées contre nature, sont toujours fructueuses, que toutes les fleurs qui reçoivent du pollen d'un Poirier quelconque nouent leur ovaire, et que les fruits développés contiennent toujours des graines fertiles (i). Eh bien, je le demande, cette fécondité con- stante, après tous les croisements possibles, en fera-t-on une preuve de la iliversité d'espèce des types primitifs? C'est précisément le contraire qui se présente à l'esprit, et quand on a vu le même fait se produire siu- d'autres espèces à la fois bien caractérisées et tout aussi polymorphes que le Poirier, { i) Je ne connais d'exception apparente à cette fertilité que les Poires sans pépins et Comte de Flandre dont les fruits sont sans pépins ; mais cela ne prouve nullement l'inefficacité du pollen, qui d'ailleurs pourrait tout aussi bien être celui de l'arbre lui-même que celui d'un arbre d'une autre variété. En effet, j'ai reconnu (|ue celte absence de pépins dépend, pour la première de ces variétés, de l'avortement plus ou moins complet des ovaires, et pour la seconde du ilffaiit absolu d'ovules. ( i5 ) par exemple, dans le Potiron [Cucurbita maxima), la Citrouille commune [C. Pepo), la Courge nnisquée (C. inoscliatn), la Gourde {Lacjenaria vulgaris) et le Melon [Cucumis Melo), où se voient de même les plus étranges diversités de formes, de grosseur, de couleur, de consistance et de saveur des fruits, on est forcément conduit par l'analogie à n'admettre dans le Poirier qu'i/of seule espèce nalurelle. On remarquera d'ailleurs que dans tous ces groupes spécifiques si polymorphes, c'est le fruit qui varie le plus, et que dans tous ausbi ce fruit est infère, c'est-à-dire constitué par un réceptacle dans lequel les ovaires sont immergés. L'adhérence de l'ovaire serait donc l'état organographique qui se prêterait le mieux à la voriahilité du fruit. Ce que nous savons des Ombellifères, des Cupuliferes et des genres Néfliers et Ro- siers, chez lesquels le fruit est pareillement infère, n'affaiblit certainement pas cette manière de voir. )) La greffe, comme quelques-uns le soutiennent, modifie-t-elle les carac- tères des variétés? Pour mon compte, je ne le crois pas; je n'ai du moins rien observé qui confirmât cette opinion. Duh.'unel, par exemple, faisait remarquer il y a un siècle que la poire Impériale à feuilles de chêne (encore une variation curieuse de feuillage que j'aurais pu signaler plus haut) n'avait jamais que trois loges à l'ovaire au lieu de cinq. Aujourd'hui encore c'est ce qu'on peut constater; tous les fruits de cette variété n'ont toujours que trois loges; cependant elle n'a été propagée que par la greffe depuis le temps de Duhamel. Bien d'autres faits du même genre pourraient être signalés à l'appui de l'inefficacité de la greffe, relativement aux caractères des variétés, ceux par exemple que fournit la saveur des fruits si remarqua- blement différente d'une variété à une autre. » C'est donc une erreur contre laquelle il est bon de protester que de croire à la dégénérescence de nos races d'arbres fruitiers, par suite de l'em- ploi constant de la greffe dans leur propagation. On ne citerait pas un seul fait authentique qui le démontrât; ceux qu'on a allégués dépendaient de causes toutes différentes, parmi lesquelles il faut mettre en première ligne des climats ou des sols incompatibles avec les exigences particulières des variétés, et très-souvent aussi une culture mal entendue ou les abus de la taille si fréquents aujourd'hui, et qu'on f;iit volontiers passer pour des per- fectioiniements. Nos anciennes poires, si justement estimées il y a un siècle ou deux, sont encore telles aujourd'hui que lorsqu'elles étaient le plus en honneur; elles mûrissent aux mêmes époques et se conservent tout aussi longtemps. Il suffit, en effet, de citer nos poires d'Épargne, la Crassane, le Saint-Germain, le Doyenné, le Chaumontel, le Bon-Chrétien d'hiver et les Bergamotes de Pentecôte, désignées aujourd'hui par le nom de Doyenné d'hiver, pour se convaincre que nos variétés anciennes n'ont rien perdu de leurs bonnes qualités. Si on les néglige, ce n'est pas qu'elles aient dégénéré, c'est seulement parce que les pépinéristes sont intéressés à donner la vogue à leurs nouveautés. Cette dégénérescence des anciennes races, acceptée sans contrôle, n'est en réalité rien autre chose qu'une de ces habiletés indus- trielles si facilement excusées au temps où nous vivons. >i Serait-il plus vrai, comme l'a prétendu Van Mons el comme le croient encore beaucoup de pomiculteurs, que les pépins des bons fruits produisent des sauvageons à fruits acerbes, retournant par là à ce qu'on suppose les types spécifiques? Je n'hésite pas à affirmer le contraire, et je défie qu'on cite lui seul exemple d'un fruit de qualité ayant été fécondé par le pollen de sa propre fleur ou des autres fleurs de même race, dont les pépins aient donné naissance à un sauvageon. Qu'une variété méritante soit fécondée par une variété sauvage ou à fruits acerbes, il naîtra certainement du semis de ses pépins des variétés nouvelles qui lui seront pour la plupart, sinon toutes, inférieures en qualité; il pourra même s'en trouver dans le nombre dont les fruits seront tout aussi mauvais que ceux de la variété sauvage qui a fourni le pollen, mais cette dégénérescence, si on veut lui donner ce nom, n'est rien autre chose que la conséquence d'un métissage mal assorti. On peut tenir |)our certain que toute variété distinguée de Poirier, et je dirais même de tous nos arbres à fruits, si elle n'est fécondée que par elle-même, donnera naissance à de bons fruits; ils pourront différer et différeront même probablement, tantôt par un caractère, tantôt par un autre, de la variété même, mais aucun ne prendra les caractères du sauvageon, pas plus que nos Melons-Cantaloups ne reprennent par le semis les formes, la taille et la saveur des petits Melons sauvages de l'Inde, ou que nos Choux-Cabus ou nos Choux-Fleurs ne retournent à quelqu'une de ces espèces sauvages si différentes de port (pii croissent sur les falaises de l'Océan ou de la Médi- terranée. >. Quoi qu'en disent donc les partisans de l'immuabilité, les espèces, dans le règne végétal, sont douées d'une grande flexibilité, et ce n'est pas une vaine hypothèse que celle qui rattache à un même type spécifique des races el des variétés quelquefois très-différentes d'aspect, mais ayant la même organisation morphologique, et capables de s'allier les unes aux autres par croisement comme les membres d une même famille. Je sais bien qu'il y lura toujours des cas douteux, même après l'épreuve du croisement fertile dans toute la série des générations possibles, mais ce n'est pas une raison ( >7 ) pour séparer, comme aulant d'entités primordialcment distinctes, ce que tant de faits d'observation et tant d'analogies nous montrent comme pou- vant procéder par voie d'évolution d'un seul et premier type spécifique. Transportons l'une quelconque de nos races de Poiriers dans tontes les régions du globe; partout où elle pourra vivre, elle tendra à se mettre en harmonie avec les milieux, et on peut être assuré qu'au bout de quelques générations elle aura donné naissance à de nouvelles et nombreuses va- riétés. Ce fait, qui s'est réalisé sous les yeux de l'homme, pour toutes les plantes économiques très-répandues dans le monde, donne la clef de ces espèces polymorphes, si embai-rassantes pour les botanistes classificateurs, et qui ne sont devenues telles que parce que la nature les a elle-même dissé- minées sur d'immenses étendues de pays. » ANATOMiiî véGétaIjE. — Nole siir les vaisseaux propres, les vaisseaux du latex, etc.; par M. Thém. Lestiboudois. (Troisième Mémoire.) I « Nous avons montré, dans nos précédentes communications, que les sucs colorés des végétaux sont contenus dans des réservoirs de structure extrêmement variée: ce sont tantôt des vaisseaux anastomosés en réseau, tantôt des tubes droits et rigides, des utricules en séries ou en amas irrégu- liers, des méats, des lacunes vasiformes ou irrégulières. Ils n'ont donc pas le caractère d'un système vasculaire; même lorsqu'Hs ont incontestablement la forme des vaisseaux à leur origine et dans la plus grande étendue de leur parcours, ils ne se distribuent pas à la manière des vaisseaux dans les organes où ils se terminent. » Il faut ajouter qu'ils ne se rencontrent pas dans la généralité des plantes, ni dans toutes les parties dune même plante. Ainsi, ils cessent d'exister dans les racines de V Asclepias syriaca. » Une disposition plus remarquable encore peut être observée dans VJcer campestre. Dans cet arbre l'écorce des jeunes tiges et des jeunes rameaux a un suc laiteux abondant, contenu dans des vaisseaux larges, flexueux, difficiles à apercevoir parce qu'ils sont entourés d'utricules pleins de grains un peu verdàtres que l'iode ne rend pas bleus ; mais lorsqu'on déchire un fragment d'écorce, on voit entre les fibres corticales des filets extrême- ment ténus, fort extensibles, qui ne sont rien autre chose que le liquide lai- teux coagulé en une substance éminemment élastique, et s'étirant en filets très-minces, offrant des renflements divers et représentant parfaitement les vaisseaux dits en étal de contraction. Dans les fragments assez transparents G. R., i863, ^rae Scmeslrc. (T. LVII, N» 1.) J ( i8 ) on voit les vaisseaux eux-mêmes, fort différents des fibres, et dont les parois se distinguent peu du liquide qu'elles enferment. Ils ont une apparence si parliculière, qu'on peut douter que ce soient eux qui ont été vus par les auteurs qui ont décrit d'u.ie manicM-e si peu précise les Uuicifères de l'Acer fjlataiinidcs. » L'existence des vaisseaux propres dans les jeunes tiges ne peut donc être révoquée en doute ; mais les couches récentes des écorces qui ont plus de trois ou quatre ans en sont privées, et les racines n'en laissent pas apercevoir, de sorte que dans les tiges âgées et dans les racines les tissus nouveaux qui appartiennent à la méine formation que les rameaux les plus récents ne laissent voir aucune trace de suc laiteux, tandis que ce suc est abondant dans les productions de l'année. u Ce suc n'est donc pas l'élément essentiel de l'accroissement des végé- taux. 11 manque parfois dans les parties les plus essentielles des plantes. Il faut ajouter qu'on le trouve dans certaines espèces et qu'il disparaît dans les espèces les plus voisines : ainsi VJcer plal^vidides a un suc parfaitement laiteux, tandis que VJcer pseiidojjlatonus, qui a tant de rapport avec lui, n'a que des sucs parfaitement limpides. Même observation pourrait être faite pour les Ombclliferes. Ainsi les sucs colorés ne peuvent être considérés comme l'agent indispensable de la vie ; ils existent ou font défaut dans les espèces les plus rapprochées, ils manquent dans les organes les plus impor- tants, ils sont renfermés dans des réservoirs de structure tout à fait diffé- rente. Sans doute il est des vaisseaux qui paraissent articulés, parce que les rétrécissements qu'ils présentent peuvent aller jusqu'à constituer des cloi- sons, ou parce que, lorsqu'on les observe, ils se sont rompus en pièces diverses ; mais il est des réservoirs qui sont originairement formés d'utri- cules unis bout à bout. Il en est qui sont en masses irrégulières : on ne peut donc les considérer comme ayant formé primitivement des vaisseaux. » Ce fait étant hors de doute, on a émis l'opinion qu'il fallait distinguer les liquides colorés, renfermés dans les vaisseaux, de ceux qui étaient con- tenus dans les ulricules, les méats, les lacunes; que les premiers seuls étaient le suc nutritif et qu'on trouvait leurs analogues dans tous les végétaux. Nous arrivons donc à étudier la cinquième et la sixième question que nous avons posées : nous nous demandons d'abord si on peut, en réalité, faire deux catégories distinctes des sucs colorés. >. Ku vérité, on ne peut trouver aucun caractère qui puisse servir à éta- blir entre eux une ligne de démarcation ; souvent les sucs qui sont conte- nus dans des vaisseaux diffèrent plus les uns des autres par leur composition ( '9) qu'ils ne diffèrent de ceux qui sont dans des utricules. Les uns contiennent des matières graisseuses, les autres des substances toutes différentes, comnme le caoutchouc; les uns sont doux et alimentaires, les autres acres et véné- neux; les uns renferment des alcaloïdes doués de propriétés énergiques, d'autres sont privés de ces principes immédiats de composition complexe. On ne trouve pas de plus forte différence entre les liqiiides des divers réser- voirs. Si donc aucun signe ne peut faire reconnaître ni les uns ni les autres, par quelle raison déclarerait-on les uns des sucs spéciaux, sécrétés, excrémentitiels, et faire des autres le suc vital, le fluide alimentaire? Cette distinction est véritablement trop arbitraire. » Elle peut d'autant moins être admise que dans certaines plantes, comme leChélidonium, que nous avons cité, les sucs colorés de la tige sont dans des vaisseaux, tandis que ceux de la racine sont renfermés dans des utricules. Ces sucs conservent toutes leurs propriétés, quoique les organes qui les con- tiennent aient changé de forme. Ils affectent les nombreuses configurations qui sont propres aux tissus v.égétaux. » Nous avons à rechercher maintenant s'il est vrai que dans l'universalilé des végétaux non lactescents, on trouve des vaisseaux constituant un réseau capillaire tel que M. Schullz l'a décrit et dessiné, et ne différant des vais- seaux lactescents que parce que les liquides qu'ils renferment sont limpides au lieu d'être colorés. Ici nous abordons la plus importante des questions que nous avons posées; car si l'on trouve dans tous les végétaux un ordre de vaisseaux semblables, contenant des liquides qui ne différent que par leur limpidité ou leur coloration, on devra altrdiuer à ce système vasculaire des fonctions d'une importance générale, et considérer les uns et les autres comme les canaux parcourus par la sève descendante, ou le suc nourricier. » Les observations nombreuses que nous avons faites ne nous permet- tent pas de douter que dans la généralité des végétaux non lactescents on trouve des tubes pleins d'un liquide élaboré dans lequel on observe des granules souvent très-abondants, d'unvolume variable. Je lésai rencontrés dans presque tous les végétaux où je les ai cherchés; par exemple, ou peut en constater la présence, avec une extrême facilité, dans les Cucurbitacées, dont les tissus transparents, minces, affectent de larges dimensions. Si on enlève une tranche verticale d'un faisceau fibro-vasculaire diiPepo, après l'avoir soumis à l'ébuliiîion, on voit que la portion corticale de ces fais- ceaux est presque entièrement formée de tubes dans lesquels on aperçoit das granules nageant dans un liquide. Ces granules sont petits, inég,".ux, de forme mal déterminée, quelquefois un peu verdàtres. 3.. ( 20) » Mais ces liquides cliiTèiciU essentiellement des liquides colorés. Ceux-ci contiennent du caoutchouc, des matières graisseuses, des principes dont les propriétés sont souvent d'une énergie singulière, et qui ne sont nulle- ment en rap|)ort avec les organes qu'ils seraient chargés de former; ils ne bleuissent pas sous l'influence de l'iode. Les sucs des tubes droits sont d'une composition simple. M. Trécul a montré {InstUtit, n° 1/(87, P- ^iS) que les granules des fibres corticales deviennent bleus, lorsqu'ils sont pénétrés d'caii iodée; ils contieinient donc de l'amidon, principe qui est isomère avec la cellulose, base de tous les tissus. » Sous le rapport des propriétés physiques, les sucs que nous compa- rons ne sont pas moins distincts; les uns sont colorés, comme nous l'avons dit, les autres sont limpides; on remarque bien qu'ils sont granulifères, mais ils no prennent pas les mêmes apparences quand ils sont extravasés. La différence est extrêmement saisissante quand on examine les sucs laiteux et les sucs limpides de l'écorce dans un végétal où l'on peut facilement les séparer, dans VJcercampestre, par exemple Si l'on place une goutte de suc laiteux sur un verre, on voitque, tant qu'il soit séché, il s'étire en tilamenls très-longs, élastiques. Quand il se sèche, il se prend en masse uniforme, demi-transparente, dans laquelle on ne reconnaît pas les granules, et qui reste parfaitement indivise. Si on place sur le verre une goutte de suc lim- pide, il se sèche promptement, et se fendille à l'instar des substances gom- meuses. Les fen tesqui se produisent, fines ou plus élargies, anastomosées dune manière irrégulière, imitent, à s'y méprendre, des fibres réticulées. On croi- rait voirie réseau d'une feuille. C'est une des illusions les plus singulièresqne puisse donner le microscope. Mais on constate que les parties qui donnent l'image de fibres anastomosées ne sont que des fentes qui s'opèrent par dessiccation dans le suc gommeux desséché : les unes apparaissent d'une manière instantanée, les autres s'allongent par leur extrémité comme les fissures du verre qui se fend par une légère pression. Il est quelquefois bien difficile de saisir celle formation, tant est grande la rapidité avec laquelle la substance desséchée se fendille. Mais on peut facilement voir se former le réseau, en plaçant sous la lentille du microscope une tache de suc cortical desséché, en poussant légèrement l'haleine humide sur elle sans la dé- placer, et en l'observant promptement. D'abord tout est obscur, parce que l'humidité de l'haleine a détruit la transjiarence des verres; mais bientôt on aperçoit nettement les objets, l'humidité a permis à la substance gom- meuse de se réunir en une seule masse, puis la dessiccation reproduit un nouveau réseau de fentes, toutes différentes des premières. Si on observe ( 21 ) le suc cortical des jeunes pousses, ou de l'écorce âgée de IV/cer pseudo- plalamis, qui n'a pas de suc laiteux, on constate tous les phénomènes que présentait le suc limpide de VJcer campesire. On ne peut donc pas dire que les sucs limpides des végétaux non lactescents soient les analogues des sucs colorés; ils ont leurs analogues dans les végétaux lactescents, mais ce ne sont pas les sucs qui ont une couleur spéciale et des qualités propres. Nous ajouterons que les tubes qui les renferment ne ressemblent pas aux vaisseaux réticulés; ces tubes se rencontrent surtout dans les parties de récente formation; ils sont minces, transparents, de diamètre variable. Ils ne sont pas anastomosés en réseau, ils sont droits, parallèles, et se ter- minent en pointe plus ou moins aiguè, appliquée sur des tubes semblables, ou s'unissent bout à bout par luie ligne transversale avec les tubes qui leur font suite. Nous avons observé des tubes semblables dans la Vigne, V Anlirrhinum majiis, le Nicotiana Tabacwn, le Mercurialis anima, le Pelar- (joniiim zonale, le Clieirantlms Cheiri, le Brassica oleracen, etc. )) Si on soumet à la macération, pendant quelques joiu's, les tissus conte- nant les tubes granulifères, ils s'isolent facilement, et l'on parvient à bien constater leurs caractères. » S'ils sont soumis à une macération prolongée, ils deviennent extensi- bles, se rétrécissent en certains points par la traction, de manière que leur cavité s'efface presque entièrement et qu'ils se présentent comme des filets ténus, dont le liquide granulifère n'est plus qu'une faible traînée de petits corpuscules rangés sur une seule ligne. Quelques-uns de ces tubes présen- tent des articulations obliques ou transversales provenant de l'union des tubes avec ceux qui leur font suite. » Ces tubes, en raison de leur transparence, de la ténuité de leurs parois, de l'absence de fentes et de perforations, de l'existence des granules na- geant dans le liquide qu'ils renferment, ont donc des points de ressemblance avec les vaisseaux qui renferment des liquides colorés, mais ils présentent des dissemblances fort notables. » Ces derniers sont flexueux, rameux, anastomosés. Les tubes nous ont paru droits, parallèles, accolés les uns aux autres, clos à leurs extré- mités, dans les plantes que nous avons citées et dans beaucoup d'autres encore, comme V Àrum italiciim, Y Impatiens Balsamina , le Menjanlhes Irijhliatn , le Cynara Scotfnias, etc. Nous avons vu dans quelques plantes, par exemple dans le Brassica oleracea, des commencements de division, mais non des anastomoses, ni surtout un réseau compliqué. ( ") « D'où vient qu'un observateur aussi liabiie que M. Schultz a admis et figure- celle disposition réliculaire:' Est-ce par l'entraînement de son système? est-ce en raison des divisions partielles qu'il a pu apercevoir? est-ce parce qu'en certain cas les utricules, en partie détruits par la macé- ration, résistent dans leurs lignes de jonction et se présentent comme un réseau, ainsi que nous l'avons vu plusieurs fois? est-ce enfin parce que des filaments mycoderniiques , développés dans les eaux de macération , et se présentant comme des tijbes transparents, ramifiés, quelquefois articulés, ont été pris pour des lissus appartenant à la plante sur laquelle ils se sont développés? Nous ne saurions le dire. Mais dans les observations, que nous avons multipliées à dessein, nous n'avons pu rencontrer les tubes réticulés qui ont été donnés pour les analogues des vaisseaux propres. » Quant aux trois états d'arliculalion, d'expansion ou de contraction, admis par M. Schultz, ils me paraissent le résultat ou de la structure naturelle des tubes, ou des préparations auxquelles ils ont été soumis. Naturellement ils peuvent être arlirulé s puisque les tubes sont plus ou moins courts et qu'ils s'unissent quelquefois bout à bout par des extrémités rectangulaires; ils peuvent aussi paraître articulés quand les parois se rompent par suite de macération et que la continuité du tube est maintenue par le suc épaissi qu'ils contiennent; les tubes peuvent paraître en état d'expansion ou de contraction parce qu'ils sont de diamètre fort variable, dans leur par- cours; ils peuvent d'ailleurs, selon les circonstances, être pleins ou vides. Enfin par la macération leurs parois perdent leur consistance; ils sont donc extensibles et peuvent prendre l'apparence d'un simple filet ; il se peut même qu'on prenne pour le tube une traînée du liquide granulifere, plus glutineux et plus résistant que les parois. » Ces tubes se nuancent d'ailleurs avec les fibres , de manière qu'on voit tous les intermédiaires entre les fibres à parois épaisses et poreuses, à cavité presque oblitérée, et celles dont les parois sont d'une ténuité extrême. Les fibres sont fermes et poreuses dans les tissus complètement formés; elles présentent des parois de moins en moins épaisses, à mesure qu'on lesob.serve dans les parties de formation plus récente, de sorte que dans les tissus les plus récemment créés elles offrent la conformation qui les a fait prendre pour des lalicifcres; dans tous les cas leurs extrémités sont conformées de la uiènie manière. Les fibres se nuancent non-seulement par le degré d'épaisseru de leurs parois, mais aussi par la quantité de matière granuleuse qu'ils renferment : cette matière devient de plus en plus rare à mesure ( 23 ) que les tubes deviennent plus anciens, que leurs parois deviennent plus épaisses et leur cavité plus rétrécie ; mais, si rétrécie qu'elle soit, il est bien rare que la cavité ne conlietine pas des granules en certain nombre. » Quand la cavité devient bien apparente, les grains s'y montrent souvent abondants; quand les tissus sont incomplètement formés, cjue leurs parois sont peu distinctes, les granules y apparaissent en faible quantité. » Ces tubes se montrent dans les faisceaux fibro-vasculaires et ne sont pas disséminés dans la moelle ou le parencbyme de l'écorce comme les vaisseaux propres. « Nous ajouterons, pour montrer que ces tubes graïudifères ne sont pas identiques avec ces f'ernicrs, qu'on les rencontre dans les végétaux qui ont des sucs colorés comme dans ceux qui en sont privés. Ainsi V Asclepias syriaca et les autres espèces du même genre, ainsi V Acer platanoules, etc., ont des faisceaux fibreux, fort distincts des vaisseaux propres que de Mirbel a pris, mal à propos, pour des vaisseaux laiteux, qui sont parfaitement semblables aux fibres corticales ordinaires, et qui passent par tous les états que nous venons de décrire, offrant des parois épaisses et des cavités puncti- formes, ou des parois amincies et des cavités fort apparentes, contenant des granules rares ou abondants. Ce tissu fibreux accompagne, comme nous l'avons dit, les faisceaux trachéens dans les feuilles. Les tubes qui le composent s'amincissent, deviennent moins longs, accompagnent les ner- vures dans leurs divisions et concourent conséquemment à former !e réseau foliaire. i> Leurs parois ayant perdu leur épaisseur, on ne peut plus les distinguer aussi bien que dans la zone extérieure des faisceaux corticaux des tiges. Ce- pendant, dans quelques plantes, comme le Ficus elaslica, on voit encore un demi-cercle de petits points transparents au-dessous des faisceaux uiférieurs du pétiole et au-dessus de ses faisceaux supérieurs. » Dans le plus grand nombre des plantes, on peut facilement séparer le tissu qui renferme les tubes corticaux des vaisseaux trachéens, et on le dis- tingue facilement, fort nettement, des vaisseaux propres. Il faut donc penser qu'ils représentent un tout autre élément, d'autant plus que nous savons que les liquides qu'ils contiennent ne sont pas de même nature. « Ainsi les tubes rencontrés dans le plus grand nombre des végétaux, et renfermant des liquides transparents, granulifères, n'ont pas la forme des vaisseaux propres; ils ne sont pas rameux, anastomosés en réseau; ils sont analogues aux tubes fibreux et se nuancent avec eux; ils occupent la même place; ils ont des parois de plus en plus épaisses à mesure qu'ils deviennent ( 24 ) plus anciens; ils sont droirs, simples, serrés en faisceaux, aigus ou rectan- oulaires aux extrémités, s'appliquant contre les extrémités de tubes sem- blables, pour former des filaments ou fibres, non un système vasculaire aiiaslomosé en réseau; enfin ils contiennent lé même liquide. Us se trouvent, non-seulement dans les végétaux non lactescents, mais aussi dans ceux qui ont des vaisseaux colorés. On doit donc les considérer comme distincts de ces derniers. Ils sont les commencements des tubes fibreux, se nuancent avec eux et empruntent successivement tous leurs caractères. u Nous n'allons pas jusqu'à dire toutefois qu'on ne peut trouver dans les végétaux des vaisseaux anastomosés eu réseau et contenant des sucs "ranulifères non colorés. Les immenses variétés des produits des végétaux autorisent à penser que les sucs contenus dans les vaisseaux peuvent n'être pas toujours colorés par les granules qu'ils tiennent en suspension. U y a mieux : on a remarqué que certains végétaux lactescents, originaires des pays tropicaux, ne contiennent que des sucs liquides quand ils croissent dans nos climats; ils ne sécrètent plus, sous l'influence d'une température abaissée, des sucs d'une composition aussi achevée. Ils doivent pourtant conserver les appareils qui leur sont propres ; seulement les liquides qu'ils renferment ne jouiront plus des propriétés qu'ils auraient acquises si leur action vitale avait conservé toute leur énergie. La seule chose que nous ayons voulu dire, c'est que les tubes des végétaux normalement privés de sucs colorés ne nous paraissent pas les analogues des vaisseaux pro- pres. » Il nous paraît donc démontré qu'on ne rencontre pas dans les végé- taux un système vasculaire analogue à ceux qu'on rencontre dans les ani- maux, transportant et distribuant les sucs nutritifs préparés par des organes spéciaux : les vaisseaux propres eux-mêmes n'ont pas ce caractère. Si à leur origine ils constituent des tubes capillaires anastomosés, ils ne se terminent pas de même. >> Les vaisseaux trachéens sont fermés à leurs extrémités et anastomosés ; s'ils communiquent entre eux, c'est accidentellement. Us sont aptes, en raison de leur longueur, à transporter rapidement les liquides à une grande distance ; mais ils ne les répandent que par la perméabilité de leurs parois. .) Les tubes corticaux et les fibres, qui n'en sont que des modifications, présentent une disposition analogue ; ils sont clos comme les utricules et se nuancent avec ces derniers ; leurs parois ne se laissent traverser que par les substances litpiidcs. '. On ne peut donner utilement le nom de latex au liquide qu'ils ren- ( '^^ ) ferment, car ce nom a été donné à des sucs essentiellenienl distincts. Ou ne peut donner à ces tubes le nom de vaisseaux laUciJères, car ce ne sont pas des vaisseaux dans le sens qu'on a voidu allribuer à ce mol. Il a d'ailleurs été employé poiu' désigner des conduits essentiellement différents. Les ex|)res- sions de Inlex et de vaisseaux Inlici/èies me semblent donc propres à jeter de la confusion dans la science; elles pei'pétueraieni une idée inexacte en faisant attribuer aux végétaux des fonctions centralisées comme dans les animaux. Dans les plantes, tous les éléments organiques jouissent d'une vie indi- vidueUe et concourent à lenlrctien de la vie couimune ; tous, jusqu'aux utricules qui constituent les plus simples poils, sont des organes de trans- mission et sont le siège d'élaborations; dans tous, les liquides é|)rouvent des mouvements de cyclose ou degyration, et des matériaux propres à la nutrition se préparent par une action qui combine les principes élémen- taires ou sépare ceux qui sont nuisibles ou inutiles. Choque organe utri- culaire on vascidaire crée ainsi les substances qui sont pro|)res à son accrois- sement; chacun laisse transsuder ceux qui forment au contact de ses parois les tissus nouveaux quiconservent immuableniPUt les caractères de l'espèce, lors même que la masse des sucs élaborés provient d'une autre espèce greffée ; chacun, enfin, peut fournir des sucs aux parties éloignées, comme il en a reçu lui-même. » CHIMIE ORGANIQUE. — Sur le hlcu 'n:eslre. l'T. I.VII, N" 1.) 4 ( 26) lemenl iiidiflereiU. La transt'ormation s'accomplit avec facilité quand or. chauffe lies sels de rosaniline en présence de l'aniline, ou réciproquement la rosaniline avec des sels aniliciues. En outre, la nature des acides com- binés avec les bases n'est pas sans influence sur le résultat de l'opération , les fabricants donnant une préférence marquée aux. acides organiques, tels que les acides acétique et benzoïqne. L'action de l'aniline sur la rosaniline elle-même est très-lente, mais à la longue il y a formation de bleu. >) La production, sur luie très-grande échelle, de la nouvelle matière co- lorante, a attiré l'atlenLion sur les pliénomèncs les plus saillants qui accom- pagnent la transforoiation du rouge en bleu d'aniline; d'iui autre côté, les procédés de purification que doit subir le produit brut ont déjà fourni des renseignements précieux sur le caractère chimique de la nouvelle suljstance. MM. Girard et de Lair, dont les noms sont si intimement associés au déve- loppement de l'industrie des dérivés colorants de la houille, ont constaté (|ue la métamorphose de la rosaniline s'opère avec dégagement de torrents d'ammoniaque, et M. Nicholson, qui unit an génie de l'industriel les habi- tudes de l'investigateur scientifique, s'est assuré (jue la matière colorante bleue est invariablement le sel d'une base elle-même incolore comme la ro- saniline. Mais la relation qui existe entre ces deux bases incolores, et par conséquent la nature de la réaction qui transforme la rosaniline en son dé- rivé bleu, avaient échappé jusqu'ici à l'examen des chimistes. Ce fut donc avec un véritable plaisir que j'acceptai l'offre de mon ami M. Nicholson de me fournir les matériaux nécessaires à l'étude de cette question. Le sel que m'envoya M. Nicholson, et qu'il avait lui-mé(ne préparé, était le chlorhydrate. Clilorhrdrnte{\). — Cette substance se présente sous la forme d'une poudre faiblement cristalline, d'inio couleur brun-bleuâtre, qui, à loo degrés, de- vient d'un brun pur. Elle est complètement insoluble dans l'eau froide ou bouillante, à tel pouit cpie les eaux de lavage s'écoulent parfaitement inco- lores. Elle est également insoluble dans l'éther, mais elle se dissout, quoi- que avec peine, dans l'alcool, en lui comm ini(piaut la magnifique nuance bleu foncé qui caractérise cette matière colorante. Une solution alcoolique saturée et bouillante dépose le chlorhydrate, par le refroidissement, en gra- nules cristallins indistincts. Quand on évapore celte solution, elle aban- dornie la matière colorante sous la forme d'une mince pellicule, qui réflè- (i) Le produit, imparliutement piuifit-, contient une autre substance dont l'étude m'oc- rupe en ce moment. ( 27 ) chit la lumière avec un éclat inétailiqiie particulier, moitié cuivreux, moitié doré. )> Ce sel a la même com|iosition, qu'on le sèche clans le vide ou à loo de- grés. Plusieurs analyses, effectuées sur des échantillons de provenance diffé- rente, conduisent indubitablement à l'expression C^^H'^N'Cl. Celte formule contient l'histoire du bleu d'aniline ; car non-seulemcul elle précise son caractère chimique et la relation qui le rattache à la rosaniline, mais elle explique encore de la manière la plus satisfaisante la réaction qui accomplit la transformation du ronge eu bleu d'aniline. » L'interprétation simple et naturelle de la formule que je viens d'énon- cer fait envisager la nouvelle substance comme le cldorlijdrate de roianUine triphénylique C»« H" N^ Cl = C=° H"'(C''H= )' N%HC1, et la transformation de la matière coloi'ante rouge en son dérivé bleu se représentera alois })ar l'équation ^20 H" N% H Cl -h 3 C H^ N = C'-" H"= (C ir )' N% H Cl + 3 H» K . Sel de rosaniline. Aniline. Sel de rosaniline Iriphcnylique. Ammo- niaque. Voilà le résultai principal de ce travail dont tout le reste découle d'une manière simple et naturelle. J'avais déjà eu l'honneur de le communiquer à l'Académie dans sa séance du i8 mai. M Base libre. — La séparation de la base du chlorhydrate ne présente aucune difficulté. Dissous dans l'alcool ammoniacal, ce sel donne un liquide jaunâtre, cpii contient la base à l'état de liberté en même temps que du chlorure d'ammonium. L'ébullition fait reparaître la nuance bleue, le sel étant reproduit avec dégagement d'ammoniaque ; l'addition de l'eau, au contraire, donne naissance à un précipité blanc ou grisâtre de rosaniline tripliènylifiue. Le meilleur procédé pour se procurer celte substance à l'étal de pureté exigé par l'analyse consiste à verser dans l'eau une solution con- centrée du chlorure dans l'alcool auanoniacal ; la base se sépare alor&en une masse caillebottée qui se rassemble bientôt à la surface du liquide. Pendant les opérations du lavage et surtout de la dessiccation, même dans le vide, le précipité blanc acquiert peu à peu une nuance bleuàtie. La sub- stance séchée dans le vide, exposée à inie températinc de loo degrés, prend une coloration brun foncé qu'elle relient après le refroidissement. A 4-. ( 28 ) loo degrés, elle fond légc-rement, mais sans changer de poids. La rosaniline Iripliényliqne manifeste des tendances cristallines, mais jusqu'ici je n'ai pas rénssi à l'obtenir en cristanx distincts. La solution, dans l'alcool comme dans l'éthei-, qui dissout également la base" avec la plus grande i'acilité, l'abandonne, même par l'évaporalion spontanée, à l'état d'un résidu pres- que amor|)lie. L'analyse de la base lui assigne la composition c[ui correspond à celle du chlorhydrate déjà examiné, savoir : On voit donc que la rosaniline Iriphényliquese sépare de ses combinaisons sdinesà l'état d'hydrate, exactement comme la rosaniline elle-même. » Les formules précédentes se confirment par l'analyse de plusieurs sels de la rosaniline triphényliquc ; ceux-ci furent préparés, sans exception, en traitant la base libre par les aciiles voulus. Les propriétés de ces sels les rapprochent tellement du chlorhydrate, qu'il serait impossible de les dis- tinguer sans avoir recours à l'analyse. Le nitrate est peut-être un peu plus, le sidfate un peu moins soluble dans l'alcool que le chlorhydrate. Les sels suivants ont été soumis à l'analyse. Bionibyclral»?. C H'=N^Br = C-''H'«(C''Il=)^N%HBr. lodhytlmte. Nilr.ilp. C H" N* O' =-- C:-" H'^^C II')' N', HNO'. Sulfate. i -70 TIOl \3 CfV \ ' II- SO' (. Il ^ M) -c20H<«(C''H^/N» I " ^'^ • ;. On se rappelle que la rosaniline, outre ses coud>inaisons mouatomi- qiies ordinaires, donne naissance à une série de sels triatomic[ues, pins so- lidités et comparativement incolores. J'ai tenté en vain de former des com- posés analogues du dérivé triphényliquc. )) Alliait (les coips réducteurs sur lu rusaiiiliitc (riijltéii) lifjut. — La lacilite avec laquelle la rosaniline est attaquée par les agents réducteurs, et le sou- \i Mu-dii secours précieux que m'avait fourni l'étude de la leucaniline dans ( -^9) la déterininalioii de la lorimilede la rosaniliiie, iiiecoiulaisireiit à somuettie le dérivé triphénylique a la même réaction. Cette substance en elTel cède Facilement à l'attaque du suUnre d'annnoniinn et de l'hydrogène naissant. » La solution alcoolique du clilorhydrate, abandonnée en contact avec le zinc et l'acide chlorhydrique, se tlécolore rapidement. Le liquide clair, additionné d'eau, laisse déposer un précipité blanc à peine cristallin, qu'on sépare du chlorure de zinc par des lavages à l'eau, et des impuretés acciden- telles en le traitant par l'éther, qui le dissout facilement. » Quand on a recoiu's au sidfiu'e d'ammonium pour opérer la léduc- tion, la substance est souvent souillée par du soufre et des produits secon- daires. On eu effectue la séparation en traitant la masse impure par le sul- fiu'e de carbone c[ui dissout le soufre et le produit de la réduction, et laisse une substance brune résineuse dont la natin-e n'a pas encore été examinée. Le mélange, qui reste après l'évaporation du sulfure de carbone, est traité à plusieurs reprises par une solution bouillante de soude caustique cjui s em- pare du soufre. On purifie le résidu insoluble en le dissolvant dans l'éther qui le laisse déposer, par l'évaporation spontanée, sons la forme d'une ré- sine cassante. Malheureusement ce composé n'est plus basique, mais sa com- bustion a fourni des chiffres qui se confondent avec les valeurs indiquées pai' la théorie : » Cette substance est donc la Icnccuùline Iriplién^lique, et l'on remar([uera que le produit de la réduction, ainsi que la leucaniline elle-même, est anhydre : constance de rapport qu'on a signalée déjà entre la rosaniline et son dérivé triphénylique. Sous l'influence des agents oxydants, le corps hy- drogéné se retransforme rapidement en la substance qui lui a servi de point de départ. L'expérience réussit le mieux avec le chlorure de platine. La so- lution incolore de leucaniline triphénylique, chauffée avec quelques gouttes de chlorure de platine, régénère la magnifique coloration bleue qui distingue les sels de la base non hydrogénée. 1) La transformation du rouge en bleu d'aniline ouvre des points de vue variés et intéressants. Une imagination vive serait peut-être entraînée à spéculer sur le lien qui existe entre couleur et composition; mais d'autres questions réclament plus impérieusement l'attention de l'expérimentateur. » Jusqu'à présent les chimistes ne possédaient aucune méthode de pliénjlation. Les chlorure, bromure et iodure de la série phényliqiie n'ont été qu'imparfaitement étudiés; mais nous savons déjà qu'ils sont loin tie ( 3o ) posséder ce caractère |)lastiq!io des composés correspondants des séries inélliylique et étliyliqne, qui donne une si grande valeur à ces substances connue agents de reclierche. ÎS'ons ne savons pas substituer le phényle à riivdrogène par des procédés empruntés à l'expérience acquise dans la série des alcools ordinaires. I,a diphéu\ lamine et la lri|)bénylamine n'existent que dans la conception des cliimistes. Il était léservé à l'expérimenlalion parti- eidiére, et que j'appellerais presque instinctive, de l'industrie, de cnn)bler eelle lacune. » I.a Iransformalitjn du longe en bleu d'aniline suggère plusieurs autres questions que je ne puis passer sous silence, quoique j'espère m'en occuper ailleurs avee plus de détails. » Dans cette réaction, y aurait-il simplement un écliang(; entre les atomes d'hvdrogcne et de phényle, ou bien la molécule de rosaniline abandouue- rail-ellede l'auHnoniacpie pour s'approprier de l'aniline? » Je n'ai i)as la prétention île l'époridre à ces questions, mais je ilemaiide la permission de rapporter brièvement quelques faits j)our servu- de maté- riaux à la solution i]u problème. » Dérivés mélhyUijucs, élliyH(jiiei> cl otnyliqiieî, de la losaniline. — ]j inter- prétation des résultats consignés dans les pages précédentes devait uaturelle- ineul conduire à l'étude de la rosaniline sous l'influence des procédés ordu)aires de substitution, en d'autres termes, au tiaitement de ce corps par lesiodurcs de méihyle, d'élliyleet d'ainyle. Je ne décrirai pas le plaisir que j'éprouvai en voyant la couleiu" bleue intense du produit de réaction, lorsque après vingt-quatre heures je relirai du digesteur les tubes renfer- mant le mélange. L'action des iodures méthylique et éthvlique s'accomplit aisément à loo degrés; l'ioduic d'aniyle exige une température de i6o à i8o degrés. La jnésence de l'akooi facilite la l'éaction. » Je n'ai encore examiné en détail que l'aclion de l'iodure d'éthyle. Le dérivé éthvlique est un iodiire (jui se dissout dans l'alcool avec luie magni- fique coloration bleue-violacée. J.a puissance tinctoriale de la solution est à peine inférieure à celle de la rosaniline elle-même, et l'industrie ne dédai- gnera peut-élre pas celte voie nouvelle indiquée par la science pure. » Le dérivé bleu éihyliqiie delà rosaniline, ainsi qu'on devait s'y attendre, présente avec |;i l'osaniline elle-même de.-, analogies plus grandes que le composé Inphénylique. Ces analogies laissaient pre.ssentir des difficultés de séparation qu'il valait mieux éviter du |)remier coup. L'iodure résultant de la réaction fut donc décomjiosé |)ar la sotide, et le dérivé élliylique, encore mélangé de rosaniline non altérée , fut de nouveau soumis à l'action de ( 3i ) l'iodiire d'étliyie. Après un deuxième emploi de ce procédé, ou précipita par l'eau la solution alcoolique du produit final, c[ui laissa déposer luie sidjstance molle résinoïde, se solidifiant par le refroidissement en une masse cristalline, d'nn éclat métallicjue, rappelant à la lois celui des sels de rosa- niline et de son dérivé phénylicpie. Jl a suffi d'une nouvelle recristalli- sation dans l'alcool étendu poin- obtenir l'iodnre à l'état de pureté. I,a condjustioii et le dosage de l'iode ont fourni des résultats qui s'accordent avec la formule c-« 1130 ^3 1 ^ ç;.o ]il, (|u il iiu' soil permis d'exprinier mes remercîmenls h M. le docteur Geyger, donl le secours intelligent a beaucoup facilité mes ex|)érieuces. » Il APPORTS. GÉOLOGIE. — Ivippoit sur jitusieitrs Mémoires de M. Pissis, relatifs à la sUucHtrc orof/mpliifiiie et à la consiittUion (jéolocjique de l'Amérique du Sud, cl, en jinrlicultcr, des Andes du Chili. (Coinmissnires, MM. Éiie de Beaiuiiont, Boiissingault, Daubrée, Cil. Sainte-Claire Deville, rapporteur.) (. I,;i simple énumération des Mémoires (i) dont nous avons à rendre un compte sommaire à l'Académie témoigne assez que leur auteiu- a recueilli des données de nature très-variée sur une contrée qui embrasse prés du tiers du vaste continent de l'Amérique du Sud. » Peu d'explorateiu's ont montré plus de dévouement et de persévérance que M. Pissis. Parti d'Europe, en iS^i, l>our le Brésil, on le trouve encore, viu^l-deux ans après, entreprenant avec résolution et exécutant avec succès une tâche immense, la carte de la république du Cbili, au double point de vue de la Géodésie et de la Géologie. )) Dès son premier voyage, trois communication; avaient été faites par lui a l'Académie des Sciences. » L'une d'elles, pré.senlée le 28 mars 184^, avait pour objet le gisement et l'exploitation de l'or au Brésil. L'auteur y fixe l'étendue du terrain auri- fère, qui se développe sur une longueur de plus de quatre cents lieues. Il indique l'âge et la nature de cette formation (gneiss et talcite pbylladi- lorme^; il détermine nettement les limites entre lesquelles sont comprises les roches aurifères; il fait voir que l'étage des ilabirites est à la fois le plus riche et le plus récent de ceux qui contiennent les métaux précieux; il éla- U) Ceî M'-moires portent les titres suivants : Sur la structure orogrnphiquc des Andcx du Chili (séance du 5 avril i855); Etudes sur l'orographie et sur la constitution géologique du Chili (deux Mémoires; séances des 25 fi-viier et G octobre i856) ; Recherches sur les systèmes de soutènement de l'Amérique du Sud (di'ux Mémoires : séances des 25 février i856 et !"■ février l85S); Sur Its produits de la vuUanicité correspondant aux dicerscs époques géo- logiques '\" Q\ a'^ partie ; séances des iGavril 1862 et 12 janvier iSG3). Deux Membres di'r.Aradfnve, AIM. Dufrérioy et Constant Prévost, qui faisaient pirlie des Commissions clrirj,'ées d'examiner cpiel(iues-uns de ces Mémoires, étant di;céd's depuis lors, ont et^' remplafés par. M. Cli. Sainte-Claire Deville. ( 33 ) blit enfin que cette circonstance est liée à un phénomène chimique intéres- sant, à savoir, la substitution de l'oxyde de manganèse à l'oxyde de fer. » Le second Mémoire, consacré à la Géologie de la partie australe du Brésil et aux soulèvements qui ont produit son relief, a été publié dans le Recueil des Savants étrangers, sur les conclusions d'un Rapport très-favorable de M. Dufrénoy. » M. Pissis avait aussi utilisé sa présence au Brésil en recueillant une série d'observations météorologiques qu'il a soumises à l'Académie (séance liu 17 juillet 1843). » Après un séjour en France de moins de deux années, employées par lui au rangement et à l'étude des collections qu'il avait déposées au Muséum d'Histoire naturelle, M. Pissis retournait de nouveau en Amérique, et, cette fois, s'occupait avec succès de relever les hautes cimes qui entourent le lac de Titicaca. Les altitudes attribuées par lui à l'IlUmani et au Nevado de Sorata se trouvaient conformes à celles que, de son côté, M. Pentland dé- duisait des mesures exécutées lors de son second voyage en Bolivie, et dont M. Pissis n'avait pu avoir connaissance (i). Cet heureux accord de deux habiles observateurs établissait sans aucun doute possible que le Chimbo- raço dépasse réellement d'une centaine de mètres environ les deux colosses du haut Pérou. » C'est encore à M. Pissis qu'était réservé le mérite de déterminer, du moins par une opération géodésique complète, la hauteur de l'Aconcagua, le plus élevé jusqu'ici des pics connus de l'Amérique. Mesuré au moyen de deux bases différentes, l'Aconcagua a 6834 mètres, et dépasse le Chim- boraço de 3oo mètres environ (2). )i Au point de vue géologique, M. Pissis a fait voir que cette montagne, ordinairement désignée sous le nom de Volcan d'Aconcagua, n'a en réalité rien de volcanique. « Elle se compose, dit M. Pissis, depuis la base jusqu'au » sommet, de roches stratifiées : les plus inférieures sont ces mêmes por- « phyres que l'on rencontre à chaque pas dans les Andes, et celles du » sommet, à en juger par quelques blocs détachés, paraissent se rapporter » au terrain crétacé. Elle occupe le milieu d'un grand cirque situé un peu (i) Voir Comptes rendu.i, t. XXIX, p. i3. • (2) M. Pentland, au moyen d'un angle de hauteur, a évalué l'altitude de ce pic à ■jSoo mètres, ce qui diffère très-peu de l'altitude qui avait été obtenue en mer par les capi- taines Beechey et Fitz-Roy. (Voir Comptes rendus, t. V, p. ^03, et t. XLVI, p. io36.) C. R., iS63, 2°"^ Semestre. (T. LVII, N» 1.) 5 { 34 ) . à l'est de la ligne de faîte des Andes, dont il est séparé par la vallée où „ nail le Rio de Mendoza. Quelques roches syénitiques se montrent dans ,, la partie inférieure du cirque, qui, à l'époque où je le visitai, se trouvait >. presque ei-.lièremcnt rempli par la neige, circonstance qui ne m'a pas ,. permis de m'assurer s'il s'y trouve des roches érnptives d'une origme » plus récente, w .) Malgré la juste réserve de l'auteur, il semble difficile de ne pas con- clure de cette courte, mais substantielle description, que le pic d'Aconcagua occupe le fond • sur la conservation des matériaux de construction ». L'auteur fait remarquer (pic dans l'indication donnée au Compte rendu du sujet de sa première Note, l'omission du mot plâtre, oublié par le typographe, altère complètement le sens d'ime phrase. « J'avais, dit-il, parlé de la silicalisntion seulement pour constater que j'avais le premier, et avant i854, reconnu et déclaré qu'on ne pouvait réussir à silicatiser le plâtre d'ime manière satis- faisante, et que M. Kuhlmann, malgré ses assertions si longtemps contraires, avait été amené à le proclamer lui-même en i863. » Dans d'autres parties de sa Note et delà précédente, l'auteur soulève en- core sur d'autres points des questions de priorité, mais comme ce n'est pas pour lui qu'il réclame, le Compte rendu, en indiquant le sujet de ces Notes, n'a pas à s'occuper de cette partie. (Renvoi aux Commissaires précédemment nommés: MM. Dumas, Balard.) M. IIi-BEnT adresse de Trawsfynydd (pays de Galles) un Mémoire sur un système de simplification de l'écriture qu'il a imaginé et qu'il croit de nature à rendre de grands services, en raison de sa rapidité qui égale presque celle de la sténographie. Appliqué à l'invention de l'abbé Caselli, la panté- légraphie autographique [voir \e Moniteur dn 5 mai i863), ce système per- mettrait de quadrupler le nombre des dépêches qu'on peut transmettre dans un temps doiniè. La nouvelle invention appliquée à la chirographie est un moyen de ménager le ten)ps; elle s'applique aussi à la typographie et devient un moyen de ménager l'espace. (Renvoi à l'examen d'une Commission composée de MM. Mathieu et Laugier.) M. Dei.ac.nay présente ime Note concernant des expériences qu'il a faites sur des rliiens enrcicjés et des chevaux morveux, expériences qui lui font concevoir l'espérance d'arriver par luie sorte d'inoculation à préserver les animaux de l'une ou de laulre maladie. (Commissaires, MM. Rayer, Bernard, Longct.) (47) M. Moread-LemoiiXE adresse une rédaction nouvelle d'un INÎémoire dont il avait commencé la lecture dans la séance du 18 mai dernier. (Renvoi à l'examen des Commissaires précédemment nommés: MM. Babinet et Pasteur.) CORRESPONDANCE. M. LE SECRÉTAinE PERPETUEL présente au nom de M . J.-E. Cornay un « Mémoire sur le métisme animal dans les espèces humaines ». Et au nom de M. H. Boule/ un « Rapport sur la rage considérée au point de vue de l'hygiène publique, de la police sanitaire et de la prophylaxie », Rapport lu à l'Académie impériale de Médecine dans les séances du 2 et du 9 juin i863. M. LE Secrétaire perpétuel signale encore parmi les pièces imprimées de la Correspondance : 1° Un opuscule de M. Seiix sur le céphalaematome des enfants nou- veau-nés ; 2° La Correspondance médite de Linné avec Claude et Antoine Richard, traduite et annotée par M. Landrin. PHYSIQUE. — Sur la chaleur spécifique des corps solides; déductions relatives à ta nature composée des corps réputés simples; par M. H. Kopp. (Suite.) « Lorsqu'on retranche de la chaleur atomique des différents oxydes métalliques celle des métaux qu'ils renferment, ou de la chaleur ato- mique de sels oxygénés celle de tous les éléments combinés avec l'oxygène, on obtient pour la chaleur atomique de l'oxygène une valeur sensiblement plus petite que 6. Les chiffres qu'on obtient pour de telles déterminations indirectes de l'oxygène ne sont pas aussi concordants qu'on pourrait le désirer; néanmoins je ne pense pas que la chaleur atomique de l'oxygène diffère beaucoup de 4- Lorsqu'on compare les chaleurs atomiques des carbonates R-GÔ' et R€ô' avec les chaleurs atomiques des oxydes R''0'(=3Rt>) et R-t>% on trouve que celle des carbonates est sensible- ment moindre. De telles comparaisons montrent que la chaleur atomique du carbone à l'état de combinaison est sensiblement égale à celle du dia- (48) niant, = i,8 pour G. D'autres comparaisons du même genre conduisent à admettre que les chalcins atomiques d'autres éléments sont beaucoup plus petites que celles qu'on déduiiait de la loi de Dulong et Petit. C'est ainsi que la chaleur atomique de l'Iiydrogène égale 2,3 environ; celle du bore <>st comprise entre 2 et 3 ; celle du silicium égale 4 environ; même celle du fluor paraît être sensiblement plus petite que 6,4. >' Lorsqu'on calcule, à l'aide des nombres ainsi obtenus pour les cha- leurs atomiques des éléments, la chaleur atouiique et la chaleur spécifique des combinaisons, on obtient, dans un très-grand nombre de cas, des ré- sultats qui s'accordent d'une manière très-satisfaisante avec ceux qui sont déduits des expériences directes. Dans beaucoup d'autres cas on observe, à la vérité, des différences; mais on constate des différences du même ordre dans les chaleurs atomiques expérimentales de combinaisons analogues, même de celles qui reuferment comme éléments correspondants des corps qui, à l'état libre, possèdent sensiblement les mêmes chaleurs atomiques. Dans les déterminations de chaleurs spécifiques de M. Regnault, celte dif- férence a atteint quelquefois -j^ des chaleurs atomiques dont il s'agit, et dans certains cas elle était plus considérable. >• Les résultats de mes recherches confirment et étendent la proposition déjà énoncée par divers expérimentateurs, savoir : que parmi les corps con- sidérés comme simples, et pris à l'état solide, tous ne suivent pas la loi de Dulong et Petit. Pour un ceitain groupe d'éléments cette loi est valable; mais du moment qu'elle n'est pas générale et qu'elle ne s'applique pas à des éléments déterminés, sou application à certains autres éléments peut paraître douteuse. Le soufre présente un de ces cas douteux. La chaleur spécifique du soufre, déterminée par i\L Regnault, donne à la vérité pour ce corps nue chaleur atomique =6,5, qui se rapproche beaucoup de celle que possèdent les métaux. Mais la chaleur spécifique du soufre a été déter- minée entre 98 degrés et la température ordinaire, et la température de 98 degrés est déjà très-voisine du point de fusion du soufre. Des détermina- tions que j'ai faites entre 47 degrés et la température ordinaue m'ont donné des résultats d'après lesquels la chaleur atomique du soufre serait = 5,2 seulement, et ce nombre s'accorde avec celui qu'on, déduit indirectement des chaleurs atomiques des sulfures. Dans certains cas il est donc difficile ou presque im|)ossible de décider si tel élément, comparé à un autre, suit ou non la loi de Dulong et Petit. Si la loi de Dalouir et Petit était "éné- raie, on pourrait en déduire des conséquences importantes concernant les (49) corps qu'on envisage comme élémeiils et la question de savoir quels sont ceux qu'on doit envisager comme tels; on arrive à des conséquences non moins importantes, si l'on reconnaît que tous les corps simples ne suivent pas cette loi. w Lorsqu'on compare les chaleiu's atomiques des corps solides, on remar- que, en générai, qu'elles croissent avec la complication de la composition, avec le nombre des atomes élémentaires qui sont contenus dans un atome de lacombinaison.il en est surtout ainsi pour des combinaisons qui ne ren- ferment que des éléments auxquels s'applique la loi de Dulong et Petit. Si cette loi était générale et s'appliquait à Ions les éléments, on on pourrait tirer la conséquence que voici : en laissant indécise la question de savoir si les corps indécomposables et considérés comme éléments sont réellement des corps simples ou seulement des corps possédant une composition inac- cessible à nos moyens d'analyse, l'égalité des chaleurs atomiques de ces substances montre, dans ce dernier cas, que l'art des décompositions a trouvé sa limite dans des corps offrant le même degré de complication. » En d'autres termes, si les corps que nous considérons comme des élé- ments ne sont pas des corps simples, ce sont au moins des combinaisons du même ordre, et ces combinaisons, il faut le remarquer, montreraient une grande divergence de propriétés, comme on le remarque par exemple pour les métaux, le soufre, l'iode. Une telle conclusion serait légitime et la chaleur atomique d'un corps fournirait un critérium certain pour décider la question de savoir si ce corps doit être rangé au nombre des éléments ou être envisagé comme une combinaison. Ce fait, qu'on a trouvé pour l'iode la chaleur atomique que la loi de Dulong et Petit assigne aux élé- ments, tt pour le chlore, indirectement, la même chaleur atomique, mettrait hors de doute la conséquence que ces corps, s'ils sont des corps composés, le sont au même degré que d'autres éléments auxquels s'applique la loi de Dulong et Petit. » De telles déductions, qui seraient d'une haute importance pour décider les questions relatives à la nature de certains élétnents, pour savoir par exemple si le chlore est un corps simple ou un corps composé (un peroxyde), ne sont plus légitimes du moment que la loi de Dulong et Petit n'est plus reconnue comme une loi générale, mais qu'elle s'applique seulement à tel ou tel groupe de corps considérés comme élémentaires. Si d'un côté on con- sidère la chaleur atomique comme donnant, eu général, la mesure de la complication moléculaire, si d'un autre côté on constate que tous les corps C. R., i863, ara» Semestre. (T. LVII, N» J.) 7 ( 5o) considérés comme élémentaires ne possèdent pas la même chaleur atomique, on arrive à cette conséquence, que l'art des décompositions s'arrête d'une part à des combinaisons du même ordre (par exemple les métaux), d'autre part à des substances |)ossédant une composition plus simple. Dès lors il n'est pas impossible qu'un corps reconnu composé puisse posséder la même chaleur atomique qu'un corps réputé simple. Ainsi un peroxyde qui renfermerait un élément dont la chaleur atomique fût égale à celle de l'hydro- gène, soit 2,3 environ, posséderait une chaleur atomique = 2, 3 + 4 = 6, 3, c'est-à-dire sensiblement égale à celle des métaux, ou du chlore, ou de l'iode. Le chlore pourrait être un tel peroxyde; au moins les déductions tirées des chaleurs spécifiques ne sont pas contraires à cette hypothèse. » On peut trouver étonnant ou même invraisemblable que les corps réputés simples, qui peuvent se remplacer dans des combinaisons, comme l'hydrogène et les métaux, ou même qui peuvent entrer dans des combuiai- sons isomorphes, comme le silicium et l'étain, possèdent cependant des cha- leurs atomiques différentes. Mais ce fait n'est pas plus extraordinaire qu'un autre fait bien constaté, savoir : que des corps simples et des corps reconnus composés, tels que l'hydrogène et l'acide hypoazotique, ou le potassium et l'ammonium, peuvent se remplacer dans des combinaisons où le même ca- ractère chimique persiste, ou même dans des combinaisons isomorphes. » Mais, d'un autre côté, on conçoit aisément que de telles différences dans les chaleurs atomiques des éléments, différences qui se manifestent encore dans leurs combinaisons les plus simples, deviennent de moins en moins ap- parentes, à mesure que ces combinaisons se compliquent, et renferment, indépendamment des atomes à chaleur atomique inégale, un plus grand nombre d'atomes de la même espèce et possédant la même chaleur ato- mique. » CHIMIK ORGANIQUE. — Recherches sur la coloration en vert du bois mort; nouvelle matière colorante, acide xylochloérique ; Note de M. Fordos, présentée par M. Dumas. « On rencontre dans les forêts du bois mort depuis longtemps et déjà en voie d'érémacausie, qui présente, à l'intérieur, une coloration verte parti- culière, quelquefois très-intense. J'ai pensé qu'il serait intéressant de sou- mettre à l'examen chimique ce phénomène de coloration très-curieux, et je viens faire connaître les résultats que j'ai obtenus. ( 5i ) » Les premiers échantillons de bois coloré eu vert que j'ai eus à ma dispo- sition avaient été pris sur des chênes de la forêt de Fontainebleau par M. Cazin, secrétaire général de la Société d'émulation pour les sciences pharmaceutiques. J'ai reçu depuis quelques fragments de bois ofirant la même coloration, et ramassés à terre dans la torêt de Saint Germain. T^'exa- men de ce bois m'a conduit à isoler une belle matière colorante verte, pa- raissant jouir d'une grande stabilité, et susceptible, je crois, de recevoir des applications importantes, si l'ou jiarvonait à se la procurer facilement. Cette matière colorante est solide, amorphe; vue en masse, elle est vert foncé tirant sur le bleu, avec lui reflet cuivré; examinée en couches minces sur une capsule de verre, telle qu'on l'obtient par l'évaporation spontanée de sa dissolution dans le chloroforme, elle est d'un beau vert bleu, demi- transparent, avec un reflet rougeâtre. Elle est insoluble dans l'eau, l'éther, le sulfure de carbone, la benzine; elle est insoluble ou à peine soluble dans l'alcool ; elle est* soluble dans le chloroforme et l'acide acétique cris- tallisable. » Elle ne paraît pas altérée parles acides minéraux, même concentrés; elle se dissout dans les acides sulfurique et nitrique et donne des dissolu- tions vertes ; l'eau la précipite de ces dissolutions. )) Les alcalis lui donnent une teinte vert-jaunâtre en se combinant avec elle ; et quand on agite avec de l'eau ammoniacale la dissolution de la ma- tière colorante dans le chloroforme, la matière colorante se sépare du dis- solvant, et produit avec l'ammoniaque un composé vert-jaunâtre insoluble dans l'eau et le chloroforme ; si l'on ajoute de l'acide pour saturer l'ammo- niaque, et que l'on agite de nouveau, la matière colorante devenue libre se redissout dans le chloroforme, et reproduit la liqueur verte primitive. Les dissolutions de potasse, de chaux, de carbonate de soude, de bicarbonate de potasse et de sous-acétate de plomb se comportent comme l'eau ammo- niacale. )) L'eau chlorée ajoutée en quantité suffisante à la dissolution delà matière colorante verte dans le chloroforme transforme cette matière colorante en une substance jaiaie, que le chloroforme retient en dissolution, et si l'on agite avec de l'ammoniaque, après la réaction du chlore, on voit se produire un composé rouge insoluble dans l'eau et le chloroforme. » Indépendamment de la matière colorante verte dont je viens de donner les propriétés, il existe dans le bois, mais en très-pelite qiumtilé, une ma- tière colorante rouge assez altérable, et dont voici les principaux carac- 7-- ( 52 ) lercs : elle est insolublo dans l'eau, l'élher, le sulfure de carbone, la ben- zine ; elle est soluble dnns le chloroforme et l'alcool, et c'est à Taide de ce dernier dissolvant que l'on peut la séparer de la matière verte. Elle forme avec l'animoniaiiiie un composé vert foncé insoluble dans l'eau et le chlo- roforme ; on oblientce composé quand on agite avec de l'eau ammoniacale la dissolution de la matière ronge dans le chloroforme, et l'on peut, en ajou- tant \in acide |)our saturer l'ammoniaque, rendre au chloroforme la matière colorante rouge. » Pour extraire ces matières colorantes on épuise, par des traitements successifs avec le chloroforme, le bois coupé en petits copeaux. On obtient des dissolutions vertes, que l'on agite avec de l'eau acidulée pour débar- rasser la matière colorante d'un peu de chaux qui l'accompagne. Après ce traitement, la dissolution chloroformique est d'un vert plus bleuâtre ou même bleu vfrdàtre. On la sépare de l'eau acide, et on la distille après lui avoir ajouté de l'eau distillée; on a comme produit distillé le chloro- forme et pour résidu la matière colorante verte tenue en suspension dans l'eau ; on recueille celle-ci sur un petit filtre, et on la traite par de l'alcool pour lui enlever la matière colorante rouge qui ne s'y trouve qu'en très-mi- nime quantité, et plus spécialement dans les premiers traitements du bois par le chloroforme. L'alcool dissout la matière colorante rouge et un peu de matière verte; on abandonne cette dissolution à l'évaporalion spontanée et on traite le produit d'abord par de l'élher, qui dissout un peu de matière brune, et puis par un peu d'alcool à gS degrés, qui dissout la substance rouge et la laisse comme résidu par évaporation spontanée. .) Je me suis demandé quelle pouvait être l'origine de la inalière colo- rante verte du bois mort. Je ne pense pas que l'on doive l'attribuer à une altération particulière du ligneux, bien que celui-ci se trouve dans un état d'érémacausie plus ou moins avancé. Je ne crois pas non plus que l'on puisse attacher de l'importance à la présence d'insectes dont on trouve les traces dans la plupart des échantillons, car alors la matière colorante de- vrait se montrer de préférence dans les endroits que l'insecte a habités ; or, la matière colorante est répandue dans toutes les parties du bois. Cette der- nière circonstance me semble aussi exclure les champignons ou produc- tions cryptogamiques; mais dans ce dernier cas on peut, pour s'éclairer, avoir recours au microscope. L'examen microscopique ne m'a rien indiqué de particulier, si ce n'est une coloration uniforme des vaisseaux et des fibres ligneuses ; mais, comme je n'ai pas l'habitude de ce genre de recherches. ( 53) j'ai prié M. Miissat, jeune et habile naturaliste, de vouloir bien en fjire de son côté un examen attentif. M. Mussat a vu, comme moi, les fibres et les vaisseaux uniformément colorés en vert; il n'a pu observer aucun corps étranger, aucune production cryptogamique, et il a vu, en expérimen- tant sous le microscope, les vaisseaux et les fibres céder la matière colorante au chloroforme et à l'acide acétique cristallisable et se décolorer, [-.a colo- ration du bois me paraît due à un phénomène de teinture, et ce phénomène me semble pouvoir être attribué à une transformation spéciale, soit des substances astringentes contenues dans le bois au moment de sa mort, soit plutôt des matières apportées dans le bois mort par les sucs de l'arbre qui ont pu y pénétrer par imbibition ; car je rappellerai que les fragments de bois soumis à mon examen avaient été pris, pour la plupart, sur des arbres, et que, pour ceux qui ont été trouvés à terre, on peut admettre que la co- loration était produite lorsqu'ils y sont tombés. » La matière colorante rouge offre de l'analogie avec une subslancetrès- répandue dans le règne végétal, et que l'on a appelée cyanine, pnrncarlhn- mine. Elle en diffère cependant par quelques caractères; mais j'ai eu trop peu de produit pour l'étudier suffisamment. » I.a matière colorante verte, que l'on aurait pu, au premier abord, con- sidérer comme de la chlorophylle, en diffère par ses propriétés chimiques. Il ne serait pas impossible cependant que ces deux matières colorantes eussent la même origine; et si, comme je le suppose, la matière verte du bois a été apportée par les sucs propres de larbre, ne pourrait-on pas ad- mettre que les éléments qui donnent naissance à la chlorophylle dans les feuUles et les parties vertes des plantes ont produit dans le bois la matière colorante verte, et ne trouverait-on pas alors dans l'observation de ces laits la preuve que la chlorophylle ou du moins ses éléments sont fournis par la sève des plantes? » J'ai cherché à opérer sur cette matière colorante lui dédoublement analogue à celui que M. Fremy a produit sur la chlorophylle; mais je n'ai pu réussir : la matière colorante devient, il est vrai, d'un vert plus bleu sous l'influence des acides, mais c'est en cédant à ces derniers un peu de chaux, qui tend à lui donner une couleur vert-jaunâtre, ainsi que je l'ai dit en parlant de l'action des alcalis sur cette substance. La matière colorante verte ne fournit de substance jaune dans aucun cas. Je la considère comme une matière colorante spéciale, et je propose de la désigner sons le nom à'acide xylocliloérkjue, de ^i^)ov, bois, et de yloipoç, vert, nom qui rap- ( 54 ) pelle son origine, sa couleur el la propriété qu'elle a de s'unir aux bases. » Je profiterai de celte circonstance pour engager les chimistes à adopter, comme je le fais ici et comme je l'ai fait dans mon travail sur les suppura- li„„s hlciws, à adopter, dis-je, pour désigner les matières colorantes, un nom complexe formé de deux mois grecs ou latins propres à indiquer l'origine et la couleur de la matière colorante, et à donner à ce mot la terminaison en im- pour les matières qui jouent le rôle de bases, la terminaison en ique précédée du mot acide, pour celles qui jouent le rôle d'acides, et enfin la terminaison en ose pour les matières colorantes indilférentes. 11 me semble que l'adoption d'une nomenclature basée sur ces principes faciliterait beaucoup l'étude des matières colorantes, déjà si nombreuses, et dont le nombre va croissant chaque jour. » CHIMIE ORGANIQUE — Recherches sur les loluiles et leurs homologues ; Note de M.>I. A Riche et P. Bekard, présentée par M. Peligot. « La classe des amides a été fort étudiée, mais il n'en est pas de même des anilides et surtout des composés correspondants fournis par la loluidine et les autres bases homologues. Nous nous occupons depuis quelque temps de l'étude de ces corps, et, si nous publions ces premiers résultats, c'est en raison de l'intérêt qu'ils peuvent offrir aux fabricants des matières colorantes retirées du goudron de houille. .. Comme chacun lo sait, l'aniline, obtenue par la réaction du fer et de l'acide acétique sur la nitrobenzine, est soumise à une rectification : dans certaines usines on a remarqué que des huiles de houille, très-estimées d'ailleurs, connues sous le nom de benzines anglaises, donnaient à la fin de celle seconde distillation une boue épaisse, impropre à la fabrication des matières colorantes. Cette boue (^st un mélange d'huiles diverses et d'un corps solide qui fait l'objet de cette Note. Pour le séparer, on expose la masse pendant quelques jours sur un corps poreux, des briques par exemple, on la comprime ensuite dans un linge sous une presse énergique. Une huile visqueuse s'en échappe et on obtient un pain jaunâtre qu'on traite par une grande quantité d'eau bouillante dans une marmite de foule. On jette la liqueur sur une chausse en laine. T.e liquide dépose par le refroidissement des aiguilles blanches, souillées encore par des huiles. On les en débarrasse lol.'deini nt jiarune deuxième cristallis:ilion dans l'eau bouillante suivie par une ou deux cristallisations ilaus l'alcool à '6G degrés. ( 55 ) » Ce corps cristallise irordinaire en longues et belles aiguilles blanches. Notablement soluble dans l'eau bouillante, il ne l'est pas sensiblement dans l'eau froide. 11 se dissout en très-grande quantité dans l'alcool bouillant; il est moins soluble dans l'éther. Il fond à i45 degrés, età cette température il émet déjà des vapeurs blanches trés-âcres qui se condensent en aiguilles dans les parties froides du vase. Par le refroidissement le liquide se con- crète en une masse cristalline. Il ne bout pas à 3o5 degrés, limite de notre thermomètre, mais à 35o degrés il distille avec violence en ne laissant qu'un résidu insignifiant de charbon. Aussi avons-nous pu prendre la densité de sa vapeur, grâce à MIVI. Deville et Troost qui, avec leur bienveillance habituelle, ont mis à notre disposition leur appareil à température con- stante, celle de la vapeur du mercure en ébuUition. Celte densité a été trouvée égale à 5,32. » Sa formule est C'«H"AzO^ = 4vol. En effet, on a I. II. m. IV. Théorie. Carbone 72, i3 72,71 72,37 72,57 72,48 Hydrogène 7,97 8,25 7,58 7,67 7,81 Azote 9,79 9,33 9,35 ., 9,39 Oxygène » » « , 10,82 100,00 » La densité de vapeur vérifie cette formule, car la densité donnée par le calcul est 5, 1 7 . En effet, l'équivalent de ce corps est 1 49 et ■ ^^°'° ^ = 5,17. » Il restait à trouver la formule rationnelle de ce corps et son mode de génération. » Comme il se produit de l'acétone dans cette fabrication, on pouvait supposer que cette formule devait être écrite : (C'2H=) \ (C*H'02) Az, G- H' ) mais tous nos efforts pour en tirer de l'aniline sont restés infructueux. Au contraire ce corps fournit de l'acide acétique et de la toluidine dans diverses réactions, de sorte qu'il faut le considérer comme l'amide acétique de la toluidine ou ïacélo-lolidcle. ( 56) » On a, en effet, C'*H' C"H" AzO^ = (CMl'O*) I Az. H » Quand on fait passer la vapeur de ce corps dans un tube de porcelaine cliauffé au rouge sombre, on obtient une niasse brune solide qui renferme, outre de la matière primitive non altérée, vni mélange de loluidine et de résine. li Quand on la fait bouillir avec de la lessive de potasse, elle ne s'altère que lentement; mais si on la distille brnsqueuient sur de la potasse fondue, elle se change eu acide acétique et en toluidine sans qu'on remarque la moindre coloration dans la masse. On a constaté l'identité de ce dernier corps avec la toluidine par l'examen de ses propriétés physiques, par son analyse et par celle du chloroplatinate » La potasse qui avait servi à cette réaction a été dissoute dans l'eau, traitée par un courant d'acide carbonique : la liqueur a été évaporée à sec; jjuis on a repris par l'alcool qui n'a dissous qu'un acétate alcalin. » L'acéto-loluide s'échauffe au contact du chlore et du brome : de l'acide chlorhydrique ou bromhydrique se dégage et il reste une masse visqueuse connue de la térébiMithine ancienne. L'acide nitriipie moyennement con- centré l'attaque avec énergie en dégageant des vapeurs rutilantes : l'eau en précipite une résine jaunâtre soluble dans les alcalis. L'acide chlorhydrique et l'acide sulfurique en dissolvent même à froid mie grande quantité : l'eau la reprécipite inaltérée. Quand on la chauffe avec de l'acide phosphorique, il se dégage des fumées blanches, et il reste un résidu charbonneux tres- abondanl. Avec le perchlorure de phosphore la matière fond et s'échauffe. Le liquide obtenu par distillation, redistillé de nouveau, fournit de l'oxy- chlorure de phosphore et un liquide jaune qui se découipose par l'eau en précipitant une matière blanche ressemblant à la matière primitive. » L'iodure d'éthyle en excès ne fait que la dissoudre à loo degrés dans des tubes scellés; mais (piaud on niaiiilient ces deux substances en contact à i8o degrés pendant quinze à vingt heures, il se forme un liquide brun très-acide. Si l'on sépare l'iodure d'éthyle par distillation au bain-marie, il reste un li(|iude brun qui, distillé avec de la potasse, donne une huile ambrée. (.À'tte huile contient de la diélhyltoluidine, bouillant à i3o degrés, que nous avons analysée, et des produits bouillanls à une température plus ( 57 ) élevée. Les acides saturés par la potasse sont de l'acide iodhydrique et de l'acide acétique. B II restait à préparer synthéliquemeiit cette matière. A cet effet, nous avons distillé un mélange à équivalents égaux d'acide acétique et de tolni- dine, et, fractionnant les produits, nous avons recueilli séparément le der- nier cinquième, qui se solidifie dans le récipient. Ce corps est un mélange de toluidine et de toluide acétique, car il fond de 70 à 80 degrés, et quand on le traite par de l'eau acidulée, qui dissout la toluidine, on obtient un résidu blanc fondant à i45 degrés. » Nous avons répété cette synthèse au moyen de l'aniline pure do l'in- digo traitée par l'acide acétique, et nous avons obtenu de même pour résidu un mélange d'aniline et d'anilide acétique, corps isolé déjà par M. Cahours, puis étudié par Gerhardt. « Nous concluons de ces recherches que les fabricants de matières colo- rantes dites à l'aniline éviteraient une perte notable, si au lieu de rectifier le liquide seul, ils le redistillaient avec une petite quantité d'une base hydratée, telle que la chaux éteinte ou la soude caustique : la toluidine et même l'aniline entraînées par l'acide acétique seraient remises en liberté. En terminant, nous remercions M. Morel, ingénieur chimiste de l'usine de MM. Poirier et Ghappat, d'avoir bien voulu mettre, avec une grande obli- geance, à notre disposition les matériaux de ce travail. » M. Garrigou présente quelques remarques relatives aux Notes récentes de M. Eug. Roberi et de M. Scipion Gras, concernant la non-contempora- néité de l'homme et des espèces éteintes de grands Pachydermes. M. LiWDiER adresse une Note « sur l'observation des ondes atmosphé- riques des hautes régions », et stu' le parti que l'on peut tirer de cette observation pour prévoir, parfois plusieurs jours d'avance, l'approche d'une tempête. (Renvoi à l'examen de M. Le Verrier.) M. Lemaikf. rappelle, à l'occasion d'une Note récente de M. Pasteur siii' la putréfaction, les commiuiications qu'il a faites à l'Académie en 1860 et 1862, communications dans lesquelles il a cherché à faire ressortir le rôle des infusoires d;uis le phénomène de la puir.'ficlion. C. R., i863, a-ne Semestre. (T. LVII, N" l.) 8 ( 58) M. Chevaxdier adresse de Die ( Drôme) une Note sur un œuf monstrueux, et V joint la pièce elle-nièinp conservée dans l'esprit-de-vin. (Renvoi à l'examen de M. Coste.) M. BoLLMAXx-Co.vDY, qui avait précédemment adressé au concours pour le prix Barbier diverses pièces imprimées et manuscrites concernant les pro- priétés désinfectantes des manganates et permanganates alcalins, prie l'Aca- démie de vouloir bien renvoyer à l'examen de la Commission chargée île jugor ce concours un autre opuscule qu'il avait publié quelque temps auparavant et qui a pour titre : « Désinfection et moyen de prévenir des maladies ». [Voir an Bulklin bibliocjrapliique.) M. IIaussha.nn prie l'Académie |de vouloir bien comprendre parmi les pièces de concours pour le prix de Statistique l'ouvrage qu'il lui a présenté il y a quelques semaines et qui a pour titre : « Paris immobilier ». (Renvoi à la Commission précédemment nommée.) M. Da.n'bom adresse une Note concernant l'action heureuse qu'a exercée sur des plaies superficielles récentes l'immersion dans l'eau accumulée au fond du gazomètre de l'Hospice des aliénés de Charenton. La séance est levée à 5 heures un quart. T". BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. L'Académie a reçu dans la séance du 6 juillet i863 les ouvrages dont voici les titres : Rapport mr la raije considcrce au point de vue de l'Itjgiéne publique, de ta police scmiiaire cl de la prophylaxie; par M.. H. BOULEY. (Extrait du Bulletin de V Académie impériale de Médecine.) Paris, i863; in-8°. Recherches sur les maladies des enfants nouveau-nés [céphalœmatome) ; par V. Seux. Paris, i8G3; in-8°. Correspondance inédite de Linné avec Claude Richard et Jntoine Richard ( 59 ) (1764-1774))''''"^"''^^' annotée par A. Laindrin. (Extrait des Mémoires de la Sociéic des Sciences naturelles de Seine-et-Oise.) Versailles, i86'3; in-S". Leçon sur lu fermentation alcoolique, projessée le jeudi "j mai i863 à la Faculté des Sciences de Dijon; par M. Laduey. (Extrait de la Revue viiuole.) Dijon, i863; in-8". Essais sur les recherches à J aire et les réactifs à employer dans les visites des officines de pharmacie, les magasins de drogueries et d'épiceries, etc.; par M. A. Chevallier. Paris, 1862; in-8°. Practical... Lithotomie cl lilhotrilic pratiques, ou Recherches sur les meil- leurs moyens de débarrasser de la pierre la vessie urinaire^ /«i;' Henry Thompson. Londres, i863; vol. in-8°. (Présenté par M. Civiale, qui fait remarquer que l'auteur, en 1862 et 1860, avait obtenu le prix de la fondation Jackson pour des travaux se rapportant également aux maladies des voies uri- naires. ) Ti^^ nno ^g"! COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES SÉANCE DU LUNDI 15 JUILLET 1865. PRÉSIDENCE DE M. VELPEAU. MEMOIRES ET COMMUMCATIOIVS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. M. LE .^îiNisTRE DE l'I\strcctio\ PUBLIQUE traiismet ampliation d'un décret impérial en date du 6 courant qui confirme la nomination de M. le contre- amiral Paris à la place vacante dans la Section de Géographie et Navigation par suite du décès de J7. Bravais. Il est donné lecture de ce décret. Sur l'invitation de M. le Président, M. Paris prend place parmi ses confrères. M. LE Secrétaire perpétuel annonce à l'Académie la perte qu'elle vient de faire dans la personne de M. Denis {de Commercy), l'un de ses Correspon- dants pour la Section de Médecine et de Chirurgie. Le savant médecin, ainsi qu'on l'apprend par une Lettre de son fils adressée à M. le Président, est décédé à Toul, le 3 de ce mois. M. Bertrand fait hommage à l'Académie d'un exemplaire des « Lettres siu' les révolutions du globe )>, par feu M. Alexandre Bertrand, son père, ouvrage dont il vient de faire paraître la sixième édition en y joignant de nouvelles Notes et une Préface. « M. LE Président ayant invité le Secrétaire perpétuel à adresser les re- mercîments de l'Académie à M. Joseph Bertrand, M. Élie de Beaumont C. R., i8G3,2™« Se>7iesirc. (T. LVII, N» 2.) 9 (62 ) répond qu'il sacquittcra de ce devoir avec d'autant plus de plaisir, que i'ou- vra-e de M. Alexandre Bertrand lui paraît être, parmi ceux qui sont acces- sibles à la généralité du public instruit, l'un des plus propres à faire com- prendre les rapports qui existent entre la Géologie considérée sous les points de vue habituels de l'Histoire naturelle, et l'étude du globe terrestre consi- dérée aux points de vue de l'Astronomie, de la Mécanique et de la Physique. 11 doit en partie cet avantage aux Notes qui font suite au texte primitif, Notes qui dans l'édition actuelle ont reçu de M. Joseph Bertrand d'importants et utiles développements où il se montre le digne et lucide interprète des Laplace et des Fourier, de même que son père, dans le corps de l'ouvrage, a su mettre a la portée de tous les plus belles découvertes de Cuvier. » CHIMIE ORGAiNiQUE. — Recherches sur Ics pétroles ci Jmérique ; par MM. J. Pelouze et Aug. Cauouiis. « Dans deux Notes successives que nous avons présentées à l'Académie sur les pétroles d'Amérique, nous avons fait connaître huit carbures d'hy- drogène appartenant à la série dont le gaz des marais forme le premier terme. » Dans le travail que nous avons l'honneur de lui soumettre aujourd'hui, nous nous proposons de faire connaître quatre nouveaux termes de cette série que nous avons retirés de ces mêmes pétioles par des distillations fraction- nées, les matières étant ultérieurement purifiées par l'action successive de l'acide sulfurique concentré, du carbonate de sonde, une digestion sur du chlorure de calcium anhydre, une distillation sur du sodium, et {inalement par une nouvelle rectification. » Le premier terme que nous avons séparé bout entre 196 et 200 degrés. C'est un liquide incolore et très-limpide dont l'odeur est légèrement téré- bcnthinée. Sa densité est de 0,776 à la température de 20 degrés. Le brome, l'acide nitrique fumant et l'acide sulfurique au maximum de concentration ne l'attaquent pas à froid. Le mélange de ces deux acides agit sur le car- bure lorsqu'on soumet ces corps à la température de lébullition. M Prolonge-t-on l'action, ou voit se former une petite quantité d'un pro- duit solide et cristallisable, il se sépare une huile jaunâtre un peu plus pesante que l'eau ; de plus ou démêle au milieu du gaz nitreux l'odeur des acides volatils qui appartiennent à la série acétique. I) L'analyse de ce produit nous a douné les résultats suivants ; ( 63] » I. o^'', 365 de matière ont donné par la combustion avec l'oxvde de cuivre o^"', 607 d'eau et i^', i35 d'acide carbonique. » II. 0^^393 d'un second échantillon ont donné o^', 544 d'eau et i^'', 219 d'acide carbonique. »Ces résultats, traduits en centièmes, conduisent aux nombres suivants : I. ' II. Carbone ^4 '79 84,58 Hydrogène '5,42 i5,36 et s'accordent avec la formule C"''H-^ En effet, ou a C'« i44 84,70 H'« 26 i5,3o 170 100,00 » Celle-ci se trouve pleinement confirmée par la détermination de la densité de vapeur de ce carbure. En effet, l'expérience nous a fourni les nombres suivants : Température de l'air 16" Température de la vapeur 235° Excès (le poids du ballon i^'',07i Capacité du ballon 36i" Baromètre o™ , 762 Air restant 0,000 D'où l'on déduit pour le poids du litre 7>772 Et par suite pour la densité cherchée 5,972 Le calcul donne 5,987 » En conséquence nous désignerons ce produit sous le nom d'hydrure de lauryle. » Le second produit bout entre 216 et 218 degrés. C'est un liquide inco- lore et très-limpide dont l'odeur est un peu plus térébenthinée que celle du carbure précédent. Sa densité est de 0,792 à la température de 20 degrés. Le brome, l'acide azotique fumant, l'acide sulfurique au maximum de con- centration, ainsi que le mélange de ces deux acides, se comportent à son égard comme avec le composé précédent. » L'analyse de cette substance nous a donné les nombres suivants : >> o'', 44^ de matière ont donné par la combustion avec l'oxyde de cuivre 0^^612 d'eau et iS'^,371 d'acide carbonique. » D'où l'on déduit pour la composition en centièmes : Carbone 85, o4 Hydrogène,... i5,37 9'- (64) nombres qui s'HCCordeiit avec la formule C=»H=«. En effet, on a C". ....•• i56 84,78 H" 28 l5,22 184 100,00 » Celle-ci se trouve pleinement confiruiée par la détermination de la densité de vapeur qui nous a fourni les nombres suivants : Teiii|xiatiiie de l'air 16" Teiiipéialure de la vapeur 203° Excès de poids du ballon o^'', 87 i Capacité du ballon 276" Baromètre o-^j^Ga Air restant o ,000 D'où l'on déduit pour le poids du litre 8,494 Et par suite pour la densité cherchée 6,569 Le calcul donne 6 ,48 1 » Nous désigneronspar suite ce composé sous le noui (ïhjdruredt cocwrle. » Le troisième terme que nous sommes parvenus à isoler à l'état de pureté bout entre 2% et 240 degrés. C'est un liquide incolore et très-lim- pide dont l'odeur ne diffère pas sensiblement de celle du produit précédent. Quant à ses propriétés, elles sont entièrement analogues : même résistance à l'action de certains réactifs, attaque facile par le chlore et formation de produits de substitution tout semblables. » L'analyse de ce composé nous a donné les résultats suivants : » 08'', 353 de matière nous ont donné par leur combustion avec l'oxyde de cuivre 0^,485 d'eau et i^"", 096 d'acide carbonique. « D'où l'on déduit pour la composition en centièmes : Carbone 84,67 Hydrogène.... i5,25 nombres cpii s'accordent avec la formule C"'!!'". En effet, on a C» 168 84,85 H'" 3o i5,i5 198 100,00 » Nous avons comme précédemment déterminé l'équivalent de cette substance au moyen de la densité de sa vapeur. ( 65 ) » L'expérience nous a fourni les résultats suivants : Température de l'air 20° Température de la vapeur 281° Excès de poids du ballon "1984 Capacité du ballon ■292''' Baromètre o"',76i Air restant - o , 000 D'où l'on déduit pour le poids du litre 9)07*3 Et par suite pour la densité cherchée • . . 7 )0'9 Le calcul donne *3)974 » Nous désignerons par suite ce produit sous le nom d'hydinre de my- ristyle. n Le dernier ternie que nous sommes parvenus à séparer de l'échantillon d'huile peu volatile que nous avions à notre disposition se présente après purification sous la forme d'un liquide incolore entièrement semblable au précédent et par l'aspect, et par l'odeur, et par la manière dont il se com- porte avec les réactifs. Il bout entre aSS et 260 degrés. Soumis à l'analyse, il nous a donné les résultats suivants : » o^"^, 384 de matière fournissent par leur combustion avec 1 oxyde de cuivre o^"', 617 d'eau et i^^igS d'acide carbonique. » D'où l'on déduit pour la composition en centièmes : Carbone 84 , 7 1 Hydrogène.... i4>9*' nombres qui s'accordent avec la formule C"'H'-. En effet, on a C^» i8o 84,91 H" 32 15,09 212 100,00 » La densité de vapeur de cette substance continue complètement cette formule. B En effet, l'expérience directe nous a donné le nombre 7,523, le calcul donne 7,467- » Il n'est pas douteux, d'après cela, que l'on pourra retirer des pétroles américains, en suivant la méthode que nous avons indiquée, la série des termes supérieurs de ce curieux groupe jusqu'aux paraffines les moins volatiles dont l'équivalent doit être trés-élevé. » Dans notre dernière communication, nous avons annoncé que ces divers hydrures soumis à l'action du chlore fournissaient, comme premier (66) produit de substitution, des composés qui ne sont autres que les éthers clilorliydriques des divers alcools qui s'y rapportent. Nous allons faire con- naître ici sommairement ces divers produits. » Parmi les divers échantillons des pétroles américains que nous avons examinés il en est un qui nous a fourni sensiblement le sixième de son volume d'un produit bouillant au-dessous de 35 degrés. Par une nouvelle rectification, nous avons pu séparer une certaine proportion d'un liquide bouillant au-dessous de 20 degrés qui, par des traitements fractionnés, nous a donné finalement un liquide très-mobile bouillant entre +5 et + 10 degrés. Traité par le clilore sec, ce dernier fournit une substance qui, purifiée |)ar ■ des lavases au carbonate de soude, une dessication sur du chlorure de cal- cium, et finalementsoumise à la distillation, nous a donné une certaine quan- tité d'un produit incolore et très-limpide bouillant entre 64 et 68 degrés. » L'analyse de ce composé nous a donné les nombres suivants : » I. os^/ioode matière nous ont donné, par leur combustion avec l'oxyde de cuivre, o8%358 d'eau et os%765 d'acide carbonique. » II oE'',363 du même produit nous ont donné oS%537 de chlorure d'ar- gent, soit oS'',r398 de chlore. u Ces résultats, traduits en centièmes, conduisent aux nombres sui- vants : 1. 11. Théorie. Carbone 52,i5 " C 48,0 5i ,89 Hydrogène 9,93 » H' 9,0 9,78 Chlore » 38,5i Cl 35, o 38,38 92,0 100,00 » Il suit de là que la portion la plus volatile des pétroles que nous avons soumis à l'analyse renfermerait de l'hydrure de butyle, dont le point d'é- bullition doit être voisin du zéro du thermomètre, et que le produit pré- cédent ne serait autre que le chlorure de (mtf le; c'est ce que confirme du reste la détermination de la densité de vapeur de ce produit : Température de l'air iS" Température de la vapeur 1 14° Excès de jioids du ballon o8'',5io Capacité du ballon 288" Baromètre o'",763 Air restant 0,000 D'où l'on déduit pour le poids du litre. . . . 4)^69 Et par suite pour la densité cherchée 3,3o2 Le calcul donne 3 ,228 ( 07 ) » Nous avons fait voir dans nos Notes précédentes que les hydrures d'amyle et de caproyle traités par le chlore donnaient, comme premier pro- duit de substitution, le chlorure d'amyle et de caproyle, et nous annoncions dès notre dernière communication que les divers homologues de ces car- bures, soumis à l'action du même agent, fournissaient la série des chlo- rures analogues. » C'est ainsi que l'hydrure d'œnanthyle nous a donné dans ces circonstances un produit qui, purifié par des procé- dés semblables à ceux que nous avons indiqués pour le chlorure de caproyle, nous a donné un composé bouillant entre i48 et i52 degrés auquel l'ana- lyse assigne la formule C'M1"CI que confirme entièrement la densité de vapeur de ce produit. » En effet, l'expérience nous a donné les nombres suivants : Température de l'air i6° Terapcrature de la vapeur. 200° Excès de poids du ballon o5'','j28 Capaciié du balloa 3o5'^"' Baromètre C" , nôi Air restant o ,000 D'où l'on déduit pour le poids du litre 6, 180 Et par suite pour ta densité cherchée 4>779 Le calcul donne 4» 707 » L'hydrure de caproyle donne pareillement un premier produit bouillant entre 168 et 172 degrés dont la composition est exprimée par la formule COH-'Cl que confirme la densité de vapeur. » En effet, l'expérience nous a fourni le nombre 5,273; le calcul donne 5,201. » L'hydrure de pelargyle C'^H-" fournit un premier produit de substitution bouillant entre i85 et 188 degrés, (68 ) .ioiil la composition est représentée parla formule C'«H'»C1. ., La détermination de la densité de vapeur de ce produit nous a fourni les nombres suivants : Température de l'air 19° Température de la vapeur 238° Excès de poids du ballon o^^SSi Capacité du ballon s'jS" Baromètre o"' , 7^7 Air restant o ,000 D'où l'on di'duit pour le poids du litre 7 ,458 Et par suite ]>our la densité cherchée 5,769 Le calcul donne 5 ,093 i> Les carbures C"H-% Q28yj30^ soumis à l'action du chlore, nous ont donné les produits C^H^'Cl bouillant entre 204 et 206 degrés. C"H-'C1 » 222 et 225 C"H''C1 » 240 et 245 C"H="C1 » 258 et 262 C"H"C1 " vers 280 i. C" H" Cl » près de 3oo » Nous n'avons pu déterminer d'une manière utile la densité de vapeur que du premier de ces termes homologues, les autres laissant aux tempéra- tures élevées auxquelles s'effectue la détermination un produit dont la cou- leur d'un brun assez intense semble annoncer une décomposition partielle. )i Si l'on songe que dans le forage des puits destinés à l'extraction de ces huiles on a signalé le dégagement constant d'un gaz qui présente tous les caractères du gaz des marais, on voit que sous l'influence des grands phé- nomènes géologiques qui ont déterminé la formation de ces substances il s'est produit une série non interrompue de composés homologues, dont ( G9) les premiers termes sont gazeux, tandis que les derniers exigent, pour leur volatilisation, une température bien supérieure à celle de l'ébullition du mercure et qui se caractérisent tous par luie grande indifférence chimique. » Quant à la nature des substances qui ont engendré ces produits si divers, on ne saurait avoir que des présomptions à leur égard, un même composé pouvant donner naissance à des produits très-variés, suivant les circonstances dans lesquelles s'est opérée sa décomposition. Ces composés, quelle qu'en soit l'origine, que nous laissons aux géologues le soin d'établir, n'en présentent pas moins lui intérêt puissant, lorsqu'on songe qu'on peut les considérer comme le point de départ de combinaisons nombreuses et variées (alcools, aldéhydes, acides, ammoniaques, etc.), qui forment la ma- jeure partie des produits de la nature organique. » Dans les échantillons nombreux qui nous sont parvenus de sources assez diverses, nous n'avons jamais rencontré ni benzine, ni aucun de ses homologues, ce qui semblerait assez indiquer qu'on ne saurait faire dériver ces carbures de la houille, ou que, s'ils en proviennent, il faudrait admettre que cette substance aurait éprouvé une décomposition différente de celle qu'elle subit lorsqu'on la soumet à une distillation lente ou rapide, effectuée à une température basse ou élevée. Ces produits ressemblent beaucoup au contraire à ceux qui se forment lorsqu'on soumet à des tempéiatures éle- vées les divers acides gras et les alcools qui leur correspondent, ainsi qu'une foule de corps organiques qui renferment le carbone et l'hydrogène dans les rapports d'équivalent à équivalent, ou dans des rapports très-rapprochés de celui-là; c'est ce que l'un de nous a constaté, et ce qui ressortdes re- cherches fort intéressantes que MM. Wurtz et Berthelot ont communiquées dans ces derniers temps, relativement à l'action réciproque de ces mêmes alcools et de l'acide sulfurique concentré d'une part, du chlorure de zinc de l'autre. » PHYSIQUE. — Description d'un nouveau spcctromètre à vision directe rendu plus simple et moins dispendieux ; par M. B. Valz. « Pour observer l'étonnante variété des raies spectrales que présentent déjà un faible nombre d'étoiles, le spectromètre à vision directe est le plus commode et même le seul qu'on puisse employer pour ces importantes re- cherches. Cet ingénieux appareil fut d'abord proposé, comme bien d'autres très-dignes d'intérêt, par M. Amici, au moyen de trois prismes; mais, comme ils doivent être placés en sensinverse, la dispersion s'y trouve réduite au tiers C. R., i863. 2"« Semestre. (T. LVII, N" 2.) lO ( 70 ) environ de celle cl un seul prisme. Pour obvier à un pareil inconvénient et augmenter autant que possible la dispersion, il a fallu augmenter hors de foule proportion le nombre des prismes. Portés à ciiicj, ils rétablissaient à peine la dispersion avec lui seul. Au nombre de sept et de neuf, ils l'augmen- taient de plus en plus, et M. Merz, les ayant portés jusqu'à orne, en a obtenu irimporlauts résultats. Mais un pareil nombre de prismes, sur une aussi "rande épaisseur, doit absorber une forte partie de la lumière, rendre l'in- struuieut bien plus dispendieux qu'avec le nombre de prismes seulement nécessaire pour produire la même dispersion et exclure un plus grand nombre d'étoiles. Il fallût donc conserver la même direction au rayon avec une forte dispersion et le petit nombre de prismes seulement nécessaire. L'idée inc vint alors qu'on pourrait y parvenir en faisant parcourir au rayon une circonférence entière. Pour cela, soit a l'angle d'un prisme iso- cèle, / l'angle d'incidence, et n l'indice moyen de réfraction. En admettant la déviation minimum ou le rayon réfracté parallèle au côté opposé à l'angle (lu prisme, ^^ a sera l'angle de réfraction, et on aura sin i = /isin|rt. L'angle entre les côtés latéraux de deux prismes sera li, et celui entre deux côtés opposés à l'angle des prismes deviendra i8o° -ha — 21. Si on prend en général pour le flint « = i,y, on aura pour 4 prismes a= 70° 55', / = 80° 28' ; pour 6 prismes a= 61° 53', / = 60'' 56', et pour 8 prismes n = :>2"'io', /^AS^AS'. » Mais un rayon ne pouvant être admis, comme il est prescrit, ni sortir du polygone étoile des prismes, on n'en emploiera que la moitié pour faire tiécrire d'abord 180 degrés au rayon et ensuite encore 180 degrés à l'aide d'un prisme rectangle isocèle par une double réflexion, pour trois prismes réfringents, et où le rayon suit la direction abcdj. Deux prismes pourraient sufllre, à la rigueur; mais ils produiraient une trop forte incidence , et cjuatre prismes donneraient une moindre dispeision; car, en prenant suc- cessivement, avec les flints de Giiinand à l'acide borique, «= 1,68 et 1, 72, la dispersion pour /) |)rismes serait de la'V'i'i', et pour 3 prismes l5" ')!'. » [>a lunette du micromètre et son éclair:ige ne deviennent plus néces- saires, et leur suppression simplifiera encore l'appareil ; car \\ suffira d'ame- ner chaque raie du spectre sous le fd de la liuiette par le déplacement du système entier des |)rismes, qui sera indiqué jiar une graduation aj)- propriée. » J'aurais désiré pouvoir confirmer, par l'exécution, la théorie de cet appareil, en le construisant moi-même, si j'avais encore 5 ma disposition la forge, l'atelier et les tours verticaux et horizoïilal, avec les bassins en (7' ) cuivre que j'avais établis à l'ohservaloire pour le travail des verres optiques, et par le secours desquels j'avais f.iit construire mon réticule à sommets al- ternes, mes lunettes réciproques, mon micromètre à double image, adopté à Greenwich, un autre à retournement pour éluder les inégalités des vis, deux microscopes composés avec micromètres pour fractionner les divi- sions des instruments, un sjihéromètre à branches variables, et des objec- tifs simples de 20 et /[O centimètres d'ouverture, pour être achromatisés par une combinaison de crown et de flint de demi-grandeur, ce que ma retraite m'a empêché de mettre à exécution. » PHYSIQUE. — Note sur les spectres prismatiques des eorps célestes; par le P. Secchi. « L'étude des spectres prismatiques des corps célestes a une double im- portance : y" celle d'établir l'existence et la nature de leurs atmosphères, et 2° celle de pouvoir répondre à certaines questions d'ordre cosmique très- intéressantes, relatives surtout aux mouvements propres des étoiles. Mon prédécesseur, le P. Sestini, et moi-même, dans les années passées, nous nous sommes occupés de ce sujet, et c'est avec les nouveaux moyens qui ont été acquis à la science que je l'ai repris dans ces derniers temps ; je demande la permission de présenter à l'Académie les résultats auxquels je suis par- venu. L'appareil avec lequel j'ai fait mes observations spectrométriques a été un spectromètre de poche que j'imaginai d'appliquer directement à l'oculaire du grand équatorial de Merz, et auquel M. Jansseii, alors à Rome, appliqua une échelle réfléchie par la surface du prisme, pour déterminer la position des raies, et une lame de cristal à réflexion devant la fente, pour introduire la lumière d'une bougie ou de l'alcool salé pour fixer le point de départ des raies. » De nombreuses études furent faites d'abord avec le concours dv M. Janssen lui-même, études qui durent être interrompues en partie à cause de ma santé, en partie à cause d'autres travaux plus urgents. I^e premier appareil a reçu depuis différents perfectionnements, et à létat où il est actuellement doit se ranger parmi les appareils les plus commodes de celte espèce et les plus simples. Comme les détails des observations doivent ]ia- raître dans les publications de l'Observatoire, je ne parlerai ici cpie des ré- sultats auxquels je suis parvenu. » Mes recherches se sont étendues sur les planètes et les étoiles: je pnrleiai d'abord des planètes. 1 o.. ( 72 ) a Pour Jupiter, Saturne, Vénus cl Mars, de nombreuses observations, accompagnées de dessins multipliés et correspondant à des soirées diffé- rentes ont démontré que dans la lumière réfléchie par ces astres existent non-seuIcnuMit les raies propres de la lumière solaire directe, mais que quclqucs-uuos de ces raies sont énormément renforcées et dilatées en bandes par leurs atmosphères agissant de la même manière que le fait sur le spectre solaire l'atmosphère terrestre. En un mot, les spectres de ces planètes sont de même espèce que le spectre atmosphérique terrestre, avec la différence cependant que certains rayons sont plus absorbés que par l'atmosphère terrestre elle-même, de sorte que ces bandes sont plus sombres, surtout pour Saturne. » Pour démontrer cette décomposition, j'ai commencé par faire une étude assez soignée de l'atmosphère terrestre, en procédant de la même manière et avec le même instrument que pour les planètes. Voici une obser- vation, qui pourra être répétée par toute personne ayant à sa disposition l'appareil dit spectroscope de poche de Ji. Ilofman. On ôte la petite lunette, qui pour ces études ne peut pas servir, car elle affaiblit trop la lumière, et on regarde à l'œil nu à travers le spectroscope. Si, pendant que le soleil est très-haut et près du méridien, on mire à une surface blanche assez réfléchissante comme un bâtiment, ou une feuille de papier exposée au soleil, on verra les raies solaires assez fines et bien nettes; si on dirige alors à l'horizon éloigné le speclromèlre, on verra ces raies s'élargir dans les régions surtout du rouge et du jaune, et ou verra même paraître des bandes qu'on ne voyait pas. En changeant alternativement la direction de l'instrument du papier à l'atmosphère, on se rendra maître de l'ob- servation avec beaucoup de facilité, et l'on apprendrai reconnaître quelles sont les bandes qu'on appelle atmosphériques terrestres. Ces bandes sont, comme l'ont moiilré les travaux de M. Janssen, composées de raies très- fînes, mais l'instrument de poche ne peut les séparer. » Pour voir si les planètes ont ces raies, il suffit de les regarder avec le spectroscope appliqué à la lunette : on voit facilement paraître de larges bandes près de Bet C de Eraunhofer, et des deux côtés de la raie D, bandes qui ont une complète ressemblance avec les spectres atmosphériques terres- tres. L'observation devient très-instructive et concluante, si on choisit un moment où la lune soit à peu près à la hauteur des planètes qu'on veut examiner. En dirigeant alors alternativement la lunette vers la lune et vers les planètes, on voit la dinVrence énorme des spectres, car celui de la lune n'a que les raies solaires assez fines, et s'il y a quelque effet atmosphérique lunaire ou terrestre, il est très-faible et imperceptible; au contraire, on voit (73 ) sur les planètes de larges bandes dans les places indiquées, qui paraissent de véritables fils noirs, si l'atmosphère est tranquille. J'ai répété plusieurs fois cette observation curieuse, et pendant plusieurs soirées, les trois pla- nètes Jupiter, Vénus et Saturne étantmaintenantdans une position favorable. Les dessins des spectres planétaires, faits avec beaucoup d'attention dans les soirées sombres, conduisent à la même conclusion. On déduit de là : 1° que la lune n'a pas d'atmosphère, ou que si elle en a une son effet est peu sensible et demande pour son examen des recherches plus délicates; 2° que les planètes ont certainement une atmosphère qui, dans sa composi- tion, ne s'éloigne pas beaucoup de la nôtre. L'existence d'une atmosphère n'était pas douteuse, mais on ne pouvait deviner quelle était sa composi- tion : le spectroscope vient nous répondre sur cette question. » Je me suis demandé quel est l'élément qui produit cetle absorp- tion parmi ceux qui composent l'atmosphère? Après de nombreuses re- cherches, je suis arrivé à la conclusion que Vagent principal est la vapeur aqueuse. Les preuves de cette conviction sont celles-ci : ayant fait une longue suite d'observations sur ces bandes, j'ai trouvé que dans les jours où l'atmosphère était sèche et d'un bleu foncé et avec la tramontane, on ne pouvait pas voir ces bandes au zénith, et même à Ihorizon elles n'étaient pas très-fortes; surtout la bande intermédiaire a, h, c, d, nom- mée C* par Brewster, n'était pas visible. Au contraire, dans les jours de grande humidité et d'atmosphère blanchâtre et vaporeuse, ces bandes se voyaient très-bien, non-seulement à l'horizon, mais même à luie hauteur considérable. Dans des jours à demi voilés et brumeux, je les ai vues même très-près du zénith. Ainsi, pendant les nuits où la lune par l'effet des vapeurs revêt une couleur verdâtre, je les ai vues sur le disque même de la lune. Si on regarde au soleil couchant ou peu après son coucher la lumière atmosphérique, on voit ces bandes plus sombres et tranchées lorsque l'at- mosphère est plus vaporeuse et colorée en rouge. Dans les jours un peu va- poreux, on peut les voir même à travers une petite épaisseur d'atmosphère horizontale, comme celle qui sépare les montagnes éloignées de i G kilo- mètres ou des nuages assez bas. 1) On ne peut donc refuser d'admettre comme certain que si la vapeur aqueuse n'est pas la seule cause de ces bandes, elle est au moins la princi- pale, et il serait difficile d'en indiquer une autre. Après cela il est très-pro- bable que cet élément existe aussi dans les atmosphères des autres planètes ; ce qui ne doit pas surprendre, car en Mars on a vu des vestiges non douteux de fusion de glaces. Saturne, que tout indique comme environné d'une dense atmosphère, serait la planète qui absorbe le plus les rayons de la bande C, ( 74 ) et dans lui, aussi bien qu'en Jupiter, surtout près des bords de leur disque, j'ai réussi à voir même les traces de la bande C°. Pour les étoiles fixes, l'importance est encore plus grande, car un déplacement des raies fourni- rait une preuve de leur mouvement {voir Billet, Optique, t. I, p. 85); mais la précision avec laquelle ou peut faire ces observations est encore loin de l'exactiliule que demanderait le sujet. Cependant l'étude comme on peut le faire à présent n'est pas dépourvue d'intérêt. Je viens d'examiner plusieurs fois et lie dessiner les spectres de 35 des étoiles principales, et les conclusions auxquellesje suis arrivé sont celles-ci : » 1° ].es étoiles colorées en jaune ou en rouge ont en général des spectres avec plusieurs bandes obscures, surtout dans la partie la moins réfrangible. A cette classe appartiennent Antarès, Betelgeuse (aOrion), Aldébaran. Algol, p Pégase, Arcturus, p Ursa- minoris, etc., dont les spectres sont si discontinus, qu'on peut les comparer à ceux de l'étincelle électrique dans rai)pareil de Puibmkorff. Ces bandes sont ordinairement très-mal terminées et rappellent les spectres atmosphériques terrestres et planétaires. Au con- traire, les étoiles blanches ont en général un petit nombre d'interruptions, ordinairement dans la partie la plus réfrangible, et ces bandes sont bien tranchées à leiu- bord : Sirius, Rigel, jSScorpii, Castor, Ç Ursre majoris, êiV/., a L\ra (Véga), â' Orion ; a (Alpha) Lyre est remarquable cependant pour avoir quelque petite bande même dans sa partie la plus réfrangible. » a" La position des bandes dans les étoiles de la première classe colorées est en général d'accord avec les fortes raies du spectre solaire, lesquelles sont les régions C, D, E, F de Fraunhofer; mais entre celles-ci il y a des groupes qui n'ont pas la même force dans le spectre solaire, quoique pour la mul- tiplicité des raies dans celui-ci on puisse toujours en tracer quelqu'une de second ordre qui coïncide avec celles des étoiles. Les raies des étoiles blan- ches sont bien souvent en désaccord avec celles du soleil, surtout lesraiesG et H. Cependant la raie F est commune à toutes les étoiles que j'ai observées jusqu'ici, (pioiqu'elle ne voit pas toujours la plus forte (Arcturus, Spica, Rigel, etc.). >. 3" Dans les étoiles jaunes et rouges existe communément la raie D, qui manque ou est très difticile à voir dans les blanches (excepté a Lyra et a Virginis dans lesquelles elle se voit très-bien). On avait conclu à la présence du sodium dans ces étoiles, mais après avoir examiné les spec- tres de différents métaux dans la machine de Ruhmkortf, j'ai reconnu que dans le voisinage de D et à une telle distance de la raie du sodium que mon ai)]iareil ne jiourrait pis mesiuer, existent beaucoup d(! métaux qui don- nent cette bande (fer, cuivre, platine, zinc, charbon, etc.), et d'après cela on ( 75 ) ne peut rien affirmer de parliculier sur cette substance, car il est visible cjiic selon la théorie des absorptions, cette bande peut piovenir d'un grand nombre de substances, dans les limites de inesiu-e possibles pour les étoiles. » Je travaille actuellement à la confection d'un catalogue et des dessins de ces specties, dont il paraîtra ini essai d;iiis les publications de l'Observa- toire; mais le travail est plus difficile et plus long qu'on n'imagine ordi- nairement, car pour bien voir il faut avoir les étoiles en position favorable le plus haut possible, et que l'atmosphère soit très-calme comme pour la mesure des étoiles doubles les plus difficiles. Une petite agitation ou scin- tillation dans l'étoile efface tout, et cela explique les divergences entre les différentes observations. » Il serait prématuré de se prononcer sur la question du inouvenient des étoiles en se fondant sur ces observations, mais s'il y a probabilité de réus- site, on trouvera peut-être plus de ressources dans les étoiles blanches que dans les colorées, car celles-ci montrent les bandes à peu près à la place de notre soleil, tandis que les antres sont à des positions différentes. Mais avant tout, il faudra perfectionner la méthode d'observation, et il est évident que ces recherches ne pourront se faire qu'avec de grandes lunettes ou avec les miroirs argentés de M. Foucault, qui en raison de la grande quan- tité de lumière admise pourront seuls supporter des appareils plus forts de décomposition spectrale. » MÉTiiOROLOGlE. — Note sur la grêle tombée à Clerinonl-Ftvrand le '^ juillet i8()3; par SI. II Lecoq. « Depuis la grêle mémorable du 27 juillet i8'35, qui m'avait engagé à recueillir et à soumettre à l'Académie les faits remarquables qui se sont alors accomplis, aucune chute un peu importante de grêlons n'était venue assaillir la ville de Clermont. » Depuis plusieurs années, une extrême sécheresse l'ègne dans le centre delà France; les hivers y sont sans neige et les printemps sans pluie. Les orages, qui sont alors pendant l'été le seul espoir c[ue l'on ait de voir le sol |)artiellemeut arrosé, sont suivis avec beaucoup d'attention. En général, les vents du sud et ceux de lonest, cpii soufflent pendant qu'ils se forment, les amènent du côté de Clermont, mais presque toujours ils se divisent et lais- sent Clermont sur le bord d'une vaste enceinte au-dessus de laquelle ils pas- sent sans verser une goutte d'eau. Cjt effet tient-il aux nappes et aux pics de basalte dont Clermont est (76) piilouréPNous l'ignorons; mais la niasse de fer contenue dans ces basaltes mat^nétiques est considérable et pourrait certainement exercer une action sur des nuées surbaissées et chargées d'électricité. En supposant que ces basaltes aient une action quelconque sur les nues, il y a des jours excep- tionnels, comme nous allons le voir par l'exemple suivant : 11 Le 3 juillet, après une matinée dont la chaleur était accablante, le ciel montra, vers i heures, des cumulus nombreux dont la marche irrégu- lière et souvent contrariée annonçait un certain désordre dans les hautes régions de l'atmosphère. Vers 3 heures on ne distinguait plus de nuages isolés- ils étaient confondus en un voile immense, énorme nimbus d'un gris de plomb qui cachait partout le bleu du ciel. Les éclairs et les coups de tonnerre se succédaient avec rapidité. » Vers 6 heures du soir, au milieu d'un roulement continuel de ton- nerre, je vis arriver de l'ouest, sous le voile gris du nimbus, un nuage ex- traordinaire, marchant rapidement et directement sur Clermont. Il était situé à une hauteur qui n'atteignait pas l'altitude du Puy-de-Dôme, c'est-à- dire à moins de i5oo mètres. Au lieu de présenter un voile complet placé sous le grand nimbus, ce nuage, dont toutes les parties étaient violemment agitées, ressemblait à un immense réseau ayant des mailles de différentes grandeurs, à travers lesquelles on apercevait le gris de plomb du nimbus. » On remarquait, dans la partie du liuage à grêle qui formait le réseau, beaucoup de mouvement et une sorte de rotation irrégulière. Des flocons blancs ou gris se détachaient d'un point et traversaient l'espace vide des mailles pour se réunir à d'autres parties. Au bout d'un certain temps, la portion du nuage qui formait le réseau laissait pendre de longs prolonge- ments gris ou blancs. » Il était impossible de se méprendre sur la nature du météore qui avan- çait rapidement et en ligne directe sur Clermont. On entendait, à une faible hauteur, un bruit confus comme d'un nombreux convoi de voitures roulant sur le pavé. En quelques minutes ce bruit prit beaucoup plus d'in- tensité et devint réellement effrayant, mais il fut bientôt effacé par les coups réitérés de gros gréions sur les tuiles et sur les vitres des maisons. » La chute des gréions ne dura pas plus de cinq minutes, sans eau, sans vent; ce ne fut qu'un peu plus tard que de larges gouttes accompagnèrent la grêle. » Le sol était couvert; les plus gros grêlons avaient le volume d'une noix ; ils étaient formés par la soudure d'autres gréions et offraient une surface très-rugueuse. Je n'avais jamais vu de formes aussi variées pendant ( 77 ) la même chute de grêle. Le plus grand nombre des grains avaient le volume d'une grosse noisette. Les uns .étaient entièrement ronds, d'nutres étaient aplatis comme des lentilles; plusieurs n'étaient que des segments de sphère à trois liices polies; quelques-uns étaient transparents, d'autres opaques et blancs comme de la neige et tout remplis de bidles d'air microscopiques. Enfin il y avait aussi des gréions formés de couches concentriques avec noyau opaque, ovale ou arrondi. » Ce qui m'a le plus frappé dans la chute de ce météore, c'est que le lendemain, après avoir parcouru le terrain dévasté et avoir recueilli mes renseignements, je reconnus que le réseau avec des mailles vides, sous la forme duquel le nuage à grêle m'était apparu, n'était pas une illusion mais une réalité. » Jamais grêle n'était tombée, sans vent, d'une manière plus régulière, relativement au réseau nuageux dont elle s'échappait. Des espaces éloignés de quelques mètres étaient ravagés ou préservés. Dans ceux qui présentaient ce dernier caractère, quelques gréions seulement avaient touché le sol par suite de répulsion entre eux ou de chocs reçus en tombant. Ces effets étaient surtout sensibles sur les vignes, dont la belle végétation et les larges feuilles, atteintes par les projectiles du nuage, indiquaient l'étendue et la largeur des mailles du réseau, lesquelles ne dépassaient pas 60 à 100 mètres. Le réseau à grêle était du reste si irrégulier, qu'il était rare de voir deux pro- priétés voisines également ravagées. 1) Je n'ai pas su que la grêle, venant de l'ouest, ait commencé sa chute avant Clermont. Elle a continué pendant quelque temps au nord et à l'est de cette ville sans y causer de grands dégâts. Le réseau, une fois déchargé de ses masses glacées, s'est réuni au nimbus supérieur qui, pendant la soirée, a versé à l'est de Clermont de grandes quantités d'eau. » Voilà plus de trente ans que j'obsei've avec soin les effets météorolo- giques dont l'atmosphère est le théâtre au-dessus du sol de l'Auvergne; j'ai cru intéressant de signaler un fait qui m'a paru nouveau pour l'histoire d'un des plus mystérieux phénomènes de l'aérographie. » C R., 186S, î"i« Semestre. (T. LVIl, K» 2.) I I (78 1 RAPPORTS. CHIMIE APPLiQUÉli. - Rapport sur les procédés d'extraction du sucre colonial et indigène, comnmniqués à l'Académie par M. Alvauo Rey.voso et 3DI. PÉIUERC/ Possoz. f Commissaires, MM. Dumas, Pelouze, Payeii rapporteur.) « Les procédés d'extraction du sucre, que l'Académie nous a chargés d'examiner, se fondent, d'une part, sur l'emploi des sulfites, et d'un autre côté sur l'application de la chaux, alternant sou action avec celle de l'acide carbonique, parfois avec le concours d'acides plus puissants. „ 11 semble, au premier abord, que rien de nouveau ne saurait distin- auer les unes des autres ces applications de la science à l'industrie. ° « Chacun sait, en effet, que depuis très-longtemps l'acide sulfureux en usa-e pour suspendre la fermentation des vins fut, plus tard, employé en vue'' de muter (rendre muet ou non fermentescible) le jus sucré du raisin dont on se proposait d'obtenir du sirop; qu'en i8,o, Proust, Membre de l'Académie des Sciences, appliquait dans les mêmes intentions le sulfite de chaux et déterminait les doses convenables pour obtenir une décoloration momentanée; que même, prévoyant dès lors l'extension plus grande de ce moyen, il s'exprimait ainsi : « On pourra un jour, avec quelques gros de » sulfite, mettre le moût de la canne, de l'érable, du pahnier à l'abri de ,. ces fermentations brusques qu'ils subissent lorsqu'on tarde de les porter j) à la chaudière (i). » » Que plusieurs années après, Edouard Stollé essayait en grand l'appli- cation de l'acide sulfureux avec le concours de la chaux au traitement du jus des betteraves. « Qu'eu i8Z|f), M. Melsens, dont les expériences avaient attiré à celte époque l'attention publique, proposait d'ajouter au jus de betteraves liô^e bisulfite de chaux, à i o degrés Baume, ou -^ dans le jus des cannes, de défé- quer, puis de filtrer, évaporer et neutraliser au besoin par la chaux. » Relativement à l'application de la chaux et de l'acide carbonique, en vue d'épurer le jus des betteraves, nous pourrions rappeler les moyens dé- crits par plusieurs chimistes manufacturiers, notamment la méthode fondée par MM. Rousseau frères, qui fut l'objet d'un Rapport favorable à l'Acadé- (i) Bulletin de Pharmacie, t. III, p. l34, et Dictionnaire des Décourcrtcs, t. XIV, p. 38i à 383. (79) mie des Sciences, et n'a cessé depuis lors d'être employée avec succès dans un grand nombre de sucreries indigènes en France, en Allemagne et en Russie. » On aurait pu croire qu'en ce qui touche l'acide sulfureux et les sul- fites, la chaux et l'acide carbonique, appliqués à l'épuration des jus sucrés, soit de la canne, soit de la betterave, la science avait dit son dernier mot, que l'industrie avait tout essayé. Il restait cependant, des deux parts, d'im- portants progrès à réaliser par des méthodes nouvelles; et l'on pourra voir que la science, à cet égard, n'aurait encore rien de trop délicat pour éclairer ou même pour suivre la marche des opérations manufacturières. » M. Alvaro Reynoso adressait à l'Académie, le 6 janvier i863, une Note sur l'emploi du bisulfite de chaux dans la fabrication du sucre de canne. Cette Note était extraite du Diario de la Marina, publié à la Havane le 7 mars iSSg. L'auteur signalait l'emploi du bisulfite de chaux dans l'industrie saccharine comme très-nuisible ou susceptible, du moins, d'occasionner des inconvé- nients notables qu'un excès de chaux eût évités : les réactions nuisibles con- sistent, suivant l'auteur, en ce que le bisulfite, soit directement, soit par sa transformation en sulfate plus acide sulfurique, est capable d'intervertir le sucre et de produire pendant l'ébullition des composés ulmiques; en un mot, de rendre une partie du sucre incristallisable et de déprécier le reste par une coloration brune plus intense. M. Reynoso conclut en disant que, dans le cas où le bisulfite de chaux peut être utile, ce composé doit tou- jours être accompagné, non-seulement de la quantité de chaux suffisante pour saturer tout l'acide sulfureux, mais qu'en outre on doit employer un excès de chaux et s'en assurer, soit au moyen du papier de tournesol, soit par l'insufflation de l'air des poumons, qui, chargé naturellement d'acide carbonique, doit produire sur le liquide une pellicule de carbonate cal- caire. L'auteur annonce qu'en opérant de cette manière il a obtenu les meilleurs résultats dans des essais en grand sur les habitations dites la Ar- monia, la Conception, San-Domincjo et San-José, quatre sucreries appartenant à M. de Aldama. » Par une Lettre adressée à M, Dumas et insérée au Compte rendu le 6 oc- tobre 1862, M. Reynoso avait annoncé que dans les conditions précitées et suivant ses conseils, le sulfite de chaux était employé sur une grande échelle dans l'île de Cuba. » L'Académie apprendra, sans doute avec intérêt, la suite de ces obser- vations et des applications en grand du bisulfite de chaux, surtout si la description est accompagnée de quelques détails sur les appareils évapora- 1 1 . ( 8o) toires, les moyens employés pour prévenir ou enlever les incrustations calcaires , enfin sur les proportions et les caractères des sucres obtenus. » En résumé, sauf les inconvénients qui peuvent résulter des incrusta- tions, lorsqu'il s'agit d'effectuer la concentration des jus dans les appareils clos, et plus encore dans les chaudières tnbnlaires, M. Reynoso nous sem- ble avoir indiqué des conditions favorables à l'emploi du bisulfite de chaux dans les sucreries coloniales. » De leur côté, MM. Périer et Possoz ont été conduits, par de nom- breuses et persévérantes recherches sur des cannes à sucre importées d'Es- pagne et des colonies, à une méthode distincte, caractérisée par l'emploi du sulfite neutre de soude, en vue d'éviter toute chance d'incrustation, soit dans les chaudières ouvertes, soit dans les appareils tubulaires clos, évapo- rant sous une pression amoindrie des o,5 aux 0,9 de la pression atmosphé- rique ordinaire. » Les bons résultats qu'ils avaient obtenus dans leurs essais de labora- toire s'étant reproduits eu grand aux colonies, MM. Périer et Possoz, en communiquant à l'Académie leurs procédés, invitaient les Commissaires à suivre quelques opérations expérimentales, afin de vérifier leurs assertions. » Ils désiraient, en outre, nous rendre témoins d'essais comparatifs sur le jus des betteraves traité par une méthode récemment perfectionnée. Ce qui caractérise leur système dans ce dernier cas, c'est non-seulement l'em- ploi fractionné de l'hydrate de chaux avec élimination partielle par l'acide carbonirpie a|)rès la dsuxième addition, puis élimination totale après la dernière addition de chaux; mais c'est aussi luie épuration plus avancée à l'aide de la saturation partielle des carbonates alcalins dissous, et tout en réduisant des 0,7$ la quantité du noir animal. » Voici un compte rendu succinct des expériences faites en notre pré- sence le 19 février dernier. » On pèse 7 kilogrammes de betteraves blanches (un peu altérées), va- riétés à collets verti et roses. Elles fournissent, par le râp.ige et la pression, 525o grammes de jus ayant une densité de io4o. Ce jus chauffé à -}- 70 de- grés est déféqué avec 0,006 de chaux, en chauffant jusqu'à la première appa- rence d'ébullition ; le liquide alors filtré est limpide, mais offre une teinte brune orangée rouge âtre. » Comme point de départ et pour se ménager un terme de comparaison, i5oo grammes de ce jus sont traités par 0,001 de chaux, puis par l'acide carbonique en excès; on chauffe à l'ébullition et l'on filtre. 1000 grammes du liquide clair sont évaporés jusqu'à ce que la température d'ébullition ( 8i ) s'élève à -+- 1 15 degrés : le sirop ainsi obtenu est brun, trouble et visqueux; on le verse dans un verre conique en y ajoutant i gramme de menus cristaux de sucre, afin d'établir des centres d'attraction cristalline (i). Épuration du jus des betteraves par triple addition de chaux et double injection d'acide carbonique. (Procédé dt- MM. Périer et Possoz.) » aSoo grammes du même jus, pris après la défécation des 525ogranmies, reçoivent 0,00 1 5 de chaux par petites doses, au fur et à mesure que la sa- turation par l'acide carbonique s'accomplit, en laissant à la fin dominer un excès de chaux représentant o,oo3. On s'en assure en mélangeant 3 cen- timètres cubes d'une solution titrée de prolochlorure de fer avec i volume du jus, mélange qui produit en effet une tache verte lorsqu'une goutte du liquide surnageant est mise en contact avec une goutte d'une solution faible de prussiate rouge de potasse. On filtre alors tout le jus, puis on y ajoute par petites doses o,oo4 de chaux en injectant en même temps i volume suf- fisant d'acide carbonique, pour que cet acide s'y trouve en excès; ce qu'on reconnaît sans peine au moment où l'eau de chaux précipite une petite quantité du liquide filtré. On porte alors le jus ainsi traité à l'ébullition, soutenue quelques instants afin d'éliminer l'excès d'acide carbonique ; on filtre alors et l'on constate que le liquide clair ne renferme plus de quan- tités appréciables de chaux, car il ne se trouble pas immédiatement par l'oxalate d'ammoniaque. » Ce jus sucré limpide, exempt de chaux et mieux épuré de substances organiques étrangères que par les autres moyens usuels, fut traité compa- rativement de deux manières : 1000 grammes évaporés rapidement, jusqu'à ce que la température de l'ébullition s'élevât à + i i5 degrés, donnèrent un sirop fluide beaucoup moins coloré que celui de la première opération ; on le versa dans un verre en y ajoutant i gramme de sucre poiu- amor- cer la cristallisation. » L'autre quantité de 1000 grammes de jus limpide fut neutralisée aux 0,8 par ime solution aqueuse à o,o3 d'acide sulfureux, dont on a em- (1) En opérant sur 4oo graninies du jus carbonate filtré, on a reconnu qu'il contenait par litre ré([uivalent de 0"'^,8 de chaux, non précipitable dans ces circonstances par l'acide car- bonique, retenue par des matières organiques étrangères au sucre et colorées. On verra par les expériences suivantes, faites sur une autre partie du même jus déféqué, que ces composes peuvent être précipiîés presque complètement par des additions en doses suffisantes de chaux et d'acide carbonique. ( 8^) ployé i5 centimètres cubes pour transformer en sulfites la plus grande partie des carbonates alcalins (de potasse, de soude et d'ammoniaque). L'évaporation rapide, jusqu'au terme de cuite (ou correspondant à la tem- pérature de ii5 degrés), donna un sirop plus fluide encore et moins co- loré que le sirop de l'opération précédente; il fut de même versé dans un verre avec i gramme de sucre poiu' rendre plus facile la cristallisation. » Les trois masses cristallines produites par ces trois opérations offrirent des caractères en rapport avec ceux de chacun des sirops, car elles étaient graduellement plus abondantes et moins colorées. » On peut déduire de ces trois expériences des conclusions précises, en parfaite concordance avec les faits nombreux constatés dans les applications en grand : » Le produit de la première opération correspondante au traitement des jus par la défécation ordinaire qui enlève les matières azotées et pecti- ques coagulables par la chaux, et à une épuration incomplète par une dose insuffisante de chaux et une seule saturation à l'aide de l'acide carbonique, contenait encore une forte proportion de substances organiques étrangères colorées et colorables, unies sans doute aux 0,0008 de chaux non précipi- table par l'acide carbonique dans ces conditions. » Dans la deuxième opération, les effets utiles de deux additions de chaux, précipitée par l'acide carbonique, partiellement d'abord, puis tota- lement ensuite, ont été rendus évidents par l'élimination plus complète des matières étrangères colorées et de la chaux, dont les réactifs, effectivement, n'accusaient plus la présence. » Si l'on considère que, sous l'influence d'un léger excès de chaux, le précipité de carbonate entraîne avec lui ces matières en se colorant lui- même, graduellement moins, à mesure que l'opération s'avance, on sera porté à reconnaître avec M. Chevreul que le carbonate de chaux, à l'état naissant au sein du liquide, fixe par voie d'attraction capillaire ces matières organiques en formant une sorte de laque ; qu'en outre l'alcalinité de l'eau favorise la fixation de l'oxygène atmosphérique sur certaines substances organiques, et par conséquent leur altération, qu'enfin les additions suc- cessives de chaux et d'acide carbonique peuvent en partie prévenir cette altération spéciale. » Les mêmes phénomènes et de semblables résultats se sont d'ailleurs reproduits dans une seconde série d'expériences faites en présence de M. Chevreul. » Il est tout simple d'admettre que le liquide sucré étant débarrassé des (83) matières étrangères, la dernière addition de chaux soit entièrement préci- pitée, avec ce qui reste de chaux dans le liquide, par l'excès d'acide carbo- nique qui ne rencontre plus alors les mêmes obslacles à son action. » Dans la troisième opération on avait poussé plus loin les réactions favo- rables en saturant par l'acide sidfureux (après élimination complète de la chaux) les 0,8 des carbonates alcalins, en vue d'éviter les effets ordinaires des réactions alcalines qui produisent des coloration^ brunes en présence des traces de glucose et de plusieurs substances organiques facilement alté- rables. » Dans la pratique en grand on parvient très-aisément aujourd'hui à satu- rer les 0,8 des carbonates alcalins : il suffit pour cela de saturer complè- tement, par exemple, 8 hectolitres de jus sur 10, puis d'y mélanger ensuite les 2 hectolitres mis en réserve. )) Par l'effet même de décoloration qu'ils produisent, les sulfites alcalins se changent en sulfates ; mais il pourrait rester des sulfites non transformés qui communiqueraient aux sucres un goût désagréable : les inventeurs évi- tent cet inconvénient en effectuant la saturation avec un mélange d'acide sulfurique et d'acide sulfureux; la proportion des sulfites produits se trouve par là réduite d'autant, et l'inconvénient disparaît. » Le mode de saturation précité constituerait peut-être un procédé nouveau si , conformément à une description donnée par MM. Périer et Possoz , on l'appliquait au jus de betteraves filtré , après une seule saturation de la chaux par l'acide carbonique en excès. Dans ce cas, les opérations se trou- veraient simplifiées, et les ustensiles nécessaires moins nombreux. Il pourrait être intéressant de comparer ce procédé avec ceux dont nous avons vérifié expérimentalement les résultats. )) En tout cas, après l'épuration et la saturation des jus, il ne reste qu'à les évaporer dans les appareils tubulaires à triple effet, où aucune incrusta- tion calcaire n'est plus à craindre. Lorsque la concentration arrive à aS ou 26 degrés Baume, on filtre sur le noir animai, dont la dose est réduite des trois quarts ; enfin, on termine l'opération au degré de cuite dans une chau- dière close, où la pression atmosphérique peut être réduite à volonté au dixième de la pression normale. Les perfectionnements introduits dans les procédés de MM. Périer et Possoz, signalés par leurs diverses communica- tions, depuis l'époque oi'i un premier Rapport fut présenté à l'Académie, ne sont plus à l'état d'essai ; ils sont adoptés dans cinquante usines en France. On pourra juger des résultats qu'ils produisent régulièrement, en examinant l'échantillon, déposé sur le bureau, des sucres cristallisés partiellement du- ( 84 ) rant la dernière évaporation, puis égouttés, claircés aux sirops, et finalement à l'aide de la vapeur globulaire dans les centrifuges Seyrig. Ce sucre ne le cède eu rien, pourla blancheur et la pureté, aux sucres indigènes et exotiques directement obtenus, jusqu'ici, à l'aide d'une double filtration sur une quan- tité quadruple de charbon d'os. 11 La seconde série d'expériences effectuées devant la Commission est rela- tive au traitement du jus des cannes à sucre. 45oo grammes de cannes d'Otaïti, variété à superficie verdâtre venant de Cuba, pressées deux fois dans un laminoir, ont donné 8270 grammes de jus ayant une densité de 1078 (10°, 5 Baume) à -+- 15 degrés centésimaux. n Dans 1000 grammes de ce vesou froid on ajouta 2 grammes de chaux, l'acide carbonique y fut insufflé jusqu'à disparition de la nuance jaunâtre; on fit bouillir, puis filtrer; le liquide clair reçut un courant d'acide car- bonique, et, par petites portions, 3 grammes de chaux (préalablement hydratée, comme dans toutes les expériences, par dix fois son poids d'eau chaude); lorsque l'excès d'acide carbonique fut sensible à l'eau de chaux, on fit bouillir pour chasser cet excès d'acide et l'on filtra. La chaux ayant été ainsi éliminée, on décomposa presque complètement les carbonates alca- lins par une addition d'acide sulfureux : 12 centimètres cubes d'une solu- tion à o,o3 suffirent. » On fit alors évaporer jusqu'au degré de cuite, c'est-à-dire jiisques à élé- vation à -t- ii5 degrés de la température d'ébullition ; le sirop étant versé dans un verre on amorça la cristallisation avec i gramme de sucre; la cuite s'était opérée très-fiicilement, à feu nu (par la flamme du gaz). Le liquide sirupeux était limpide et très-peu coloré, il a produit une masse cristalline régulière de très-belle apparence. u Ce procédé, comme on le voit, élimine toute la chaux; il s'applique en effet dans les sucreries où l'évaporation s'effectue par le vide à l'aide d'appareils clos qui doivent être mis à l'abri des incrustations. )) MM. Périer et Possoz ont simplifié cette méthode eu supprimant la dé- fécation par la chaux et les inconvénients que présente celte substance rare- ment assez pure aux culouies. lis sont parvenus à ce résultat en complé- tant leur procédé au sulfite neutre de soude par une sorte de clarification faite avant l'évaporation, comme nous le dirons plus loin. » Leur procédé primitif au sulfite de soude, destiné aux habitations co- loniales dans lesquelles l'évaporation a lieu à l'air libre, se réalise dans les conditionsde l'expérience suivante faite devant nous : 1 kilogramme du même vesou reçut à froid 4 décigrammes de sulfite neutre anhydre; on fit éva- ( 85 ) porer à rébullition, en ayant le soin d'enlever les écumes au furet à mesure de leur formation; il ne se produisit plus d'écumes vers i8 à 20 degrés Baume. Le jus, devenu limpide, conserva ce caraclère jusqu'au degré de cuite; on obtint un sirop jaunâtre d'une nuance claire, légèrement plus foncée que le précédent. Versé dans un verre, amorcé avec i gramme de sucre et maintenu comme les autres à l'étuve, il s'est pris graduellement en une masse cristalline régulière d'apparence un peu moins belle que dans la précédente opération. » Le principal avantage de ce procédé aux colonies, où il est déjà trè.s- répandu, est d'être aisément applicable dans les sucreries dépourvues d'ap- pareils évaporatoires par le vide. » Quant aux grandes usines où Ion opère en vases clos, l'écumage n'étant pas possible, il fallait clarifier le jus avant de le soumettre à l'évaporation. Voici de quelle façon le but a pu être atteint. Ce fut en ajou- tant aux sulfites des substances susceptibles de former promptement dans le jus, avec les matières organiques étrangères au sucre, des composés inso- lubles. Ce résultat a été économiquement obtenu surtout à l'aide d'une argile calcaire commune (formée de silicate d'alumine 68, carbonate de chaux 3o, magnésie, oxyde de fer, sable 2). i à 4 de cette argile pour 2 de sulfite neutre de soude suffisent dans 3ooo litres de jus pour effectuer en quelques instants d'ébullitiou tuie clarification complète qui permet de pousser la concentration dans les appareils jusqu'au terme de cuite sans écumage et sans qu'on ait à redouter des incrustations calcaires. )> Après avoir constaté les résultats favorables obtenus dans les sucreries indigènes à l'aide des procédés décrits et graduellement perfectionnés par MM. Périer et Possoz ; après avoir vérifié dans des expériences de labora- toire l'exactitude des faits qu'ils avaient annoncés relativement aux mé- thodes d'épuration des jus de la betterave et de la canne à sucre, nous avons l'honneur de proposer à l'Académie d'accorder son approbation à la direc- tion scientifique et pratique qu'ils poursuivent avec de persévérants efforts. « Les conclusions de ce Rapport sont adoptées. GÉOLOGIE. — Rapport verbal sur la publication de la Carte (jéologique de la Suisse; par M. Daubrée. * « L'exploration géologique de la Suisse est en ce moment l'objet d'une étude détaillée, sur laquelle l'Académie voudra bien me permettre d'appeler C. R., i863, 3">e Semi-stre. (T. LVII, N" 2.) '2 ( «6 ) son atlontion, à propos de la première livraison d'un travail dont elle a réceninient rerii l'hommage. » Déjà, il y a dix ans, MM. Studer et Escher ont publié une Carte géolo- gique de la Suisse, qui est entre les mains de tous les géologues. C'était un premier tableau d'ensemble dont l'échelle, de ^g^'^^Q seulement, n'était pas assez grande pour bien représenter un sol à la fois aussi accidenté et aussi remarquable que la région montagneuse de ce pays. )) La Société helvétique des sciences naturelles ayant reçu, en i858, de l'Assemblée fédérale une allocation destinée à favoriser des recherches utiles à la Suisse, elle décida que cette subvention serait consacrée à l'exé- cution d'une Carte géologique de plus grande dinjension. La direction de l'œuvre fut confiée à ime Commission composée des deux éminents auteurs de la Carte actuelle, et de MM. Merian, Desor et Alphonse Favre : le travail à entreprendre ne pouvait donc être placé sous un meilleur patronage. )) On connaît quelles difficultés présente l'étude détaillée des Alpes, où les terrains stratifiés sont presque dépourvus de fossiles sur de grandes épaisseurs, et où les allures des couches déchirées ne peuvent être souvent reconnues que par des ascensions pénibles. Pour surmonter ces difficultés qui trouvent, il est vrai, une sorte de compensation dans le charme qu'in- spirent ces magnifiques montagnes, la Commission a dû faire appel, en de- hors de son sein, à plusieurs géologues déjà connus par de consciencieux travaux. » Dans l'impossibilité d'adopter l'échelle de ^^, „„„, on se servira de la Carte de M. le général Dufour. L'échelle de cette dernière, qui n'est que de TôûTiûrô' obligera à supprimer des détails intéressants à divers titres, mais elle aura l'avantage de mieux faire ressortir les traits généraux de la struc- ture du sol. Le travail est préalablement exécuté sur des cartes minutes, au TT^-fT^; ^t au 5-^0-5^, offrant les courbes horizontales de niveau, que les explorateurs doivent rendre à la fin de chaque campagne, coloriées géolo- giqucment et accompagnées de profils, ainsi que d'un texte explicatif. )) Dans une première livraison, la Commission vient de publier le Jura bàlois, OMivre de M. le professeur Albert Muller, de Bâle. La Carte, accom- pagnée de nombreuses coupes et d'un texte en langue allemande, repré- sente une région dont M. Merian a donné une excellente description il y a déjà quarante ans, c'est-à-dire à une époque où l'on commençait à peine à distinguer sur le continent les subdivisions du terrain jurassifjue. La feuille représentant la partie orientale des Grisons est sur le point de paraître. » La pairie de Saussure a toujours été féconde en naturalistes. C'est ce ( 87 ) que confirme complètement la lecture du volume druis lequel l'histoire de la géographie physique de la Suisse vient d'être exposée par le président de la Commission géologique, M. Studer, lui-même l'un des principaux re- présentants contemporains de celte phalange. Le zèle et l'habileté dés col- laborateurs, réunis dans une pensée commune de science et aussi de patrio- tisme, ne fera donc pas défaut. Il est à désirer, et nous ne saurions en émettre trop formellement le vœu, que la Commission continue à trouver auprès du gouvernement fédéral l'appui matériel qui est nécessaire à l'ac- complissement de son oeuvre. » aiÉMOIRES LUS. PHYSIQUE DU GLOBE. — iMicrograpliie atmosphérique ; par M. J. Samuelsox. « Dans le Mémoire que j'ai l'honneur de soumettre aujourd'hui au juge- ment de l'Académie, je décris les expériences que j'ai poursuivies pendant plusieurs années sur l'air atmosphérique et les germes qu'il tient en suspen- sion. » En i856, j'exposais à Hull, en Angleterre, des infusions de chlorophylle de chou, et j'y trouvais dos types infiisoires [Glaucoinascintillans). n En 1862, j'exposais à Liverpool les mêmes infusions et d'autres dans lesquelles la viande formait l'élément infusé. M. le D' Balbiani, iiion colla- borateur, exposait de son côté les mêmes substances. Nous y avons trouvé plusieurs types infusoires : des Cyclides, Kolpodes, Trachélies, Kérones, Monades, Vibrions, et le Cuxomoiui.s acumiiuUn.he D' Balbiaui a découvert le C/clidiiiin glaucoma dans ses infusions et dans la ponssière mouillée de sa fenêtre. Il a trouvé le Circomonas acuminata dans ses infusions. J'ai moi- même trouvé ce type dans mes infusions et dans de l'eau pure distillée expo- sée subséquemmcnt. Je l'ai dessiné et décrit. a En 1862, désirant savoir si partout l'atmosphère tenait en suspension les mêmes corpuscules, j'ai secoué la poussière de divers échantillons de chiffons tirés des pays étrangers, et j'ai obtenu ainsi la poussière du Japon, d'Alexandrie, de Trieste, de Tunis, du Pérou et de JMelbourne. Je les ai conservées jusqu'au 26 juin i863 et puis semées à travers de la mousseline dans de l'eau distillée et exposées au dehors. J'ai exposé en même temps de l'eau pure distillée dans une boîte triple, dont les couvercles consis- taient en carrés de verre bleu, jaune et rouge. » J'ai trouvé dans toutes ces poussières une foule d'infusoires, surtout des Monades bien développées, Vibrions, etc., et j'ai décrit une nouvelle Jinibe, 12.. ( 88 ) a motion rapide, observée dans la poiissiore d'Egypte. 11 y eut un accroisse- ment de la vie pendant les Irois ou quatre premiers jours, puis dimi- nulion. » Dans l'eau pure distillée je n'ai rien trouvé tant que les couvercles de verre colorié ont été placés de telle sorte qu'ils arrêtaient la chute de la poussière. Mais quand j'ai laissé la poussière pénétrer dans les vaisseaux qui contenaient l'eau, j'ai trouvé (le lendemain) un sédiment léger qui consistait en particules minérales et végétales, empâtées dans une pellicule gélati- neuse. Cette pellicule s'est montrée, sous un plus fort grossissement, formée de Monades sessiles, qui ont subséquemmeut repris la vie et peuplé les eaux. Conclusions. » 1° L'atmosphère, dans toutes les parties du monde, est plus ou moins chargée de corpuscules appartenant aux trois règnes de la nature, animal, végétal et minéral : de particules de silex, de craie, etc., de substances végétales fraîches et en état de décomposition, de fibrilles animales et végé- tales, de kystes et de germes d'infusoires, et probablement, dans des cas plus rares, de vers néraatoïdes. » 2° Les infusoires consistent pour la plupart en germes des types obscurs connus aujourd'hui sons les noms de Monades, Vibrions, Kolpodes, etc., mais aussi enCyclides, Trachélies, Kolpodes, Kérones, Vorticelles, etc. » 3° Ces corps organisés se trouvent dans des quantités variables selon la condition de l'atmosphère, plus abondants quand l'atmosphère est sèche, et moins quand il y a eu beaucoup de pluie; ils flottent dans toute l'atmo- sphère, et ordinairement ils pénètrent partout avec elle. n 4° La ténacité de vie dont sont doués ces germes est beaucoup plus forte que ne l'admettent quelques observateurs, et surtout les partisans de la génération spontanée, principalement dans les formes obscures, Fibrio, Monas et Bacteriuni, qui retiennent la vitalité dans des circonstances physiques Irès-peu favorables, et qui par l'addition de l'eau, aidée des rayons du so- leil, se raniment après une suspension de vie très-prolongée. » Il est impossible de limiter le temps qu'il faut pour éteindre cet attribut de la révivification, mais j'ai trouvé que quand ils ont repris la vie les con- ditions physiques les affectent sensiblement. « Le froid les tue. Les rayons liuiiineux et les rayons chimiques du soleil facilitent leur développement plus que les rayons calorifiques. » Je crois que ces rayons, quand ils accélèrent la décomposition des sub- stances organiques, produisent des infusoires par génération spontanée, mais (89) qu'en facilitant la décomposition des substances organiques, les rayons four- nissent pour ainsi dire à ces germes, qui viennent d'être doués do l'exis- tence, le moyen de croître plus rapidement. » Il me semble impossible que les particules microscopiques entraînées par l'atmosphère dans de l'eau distillée puissent donner naissance par gé- nération spontanée à la foule d'infusoires qui y apparaissent dans une seule nuit, et la condition immobile dans laquelle j'ai trouvé ces germes avant qu'ils eussent pris la vie est pour moi une évidence très-forte en faveur de leur préexistence. » HYGIÈNE. — Du climal et en pavlicidier des lieux de Venise; par M. Grimaud , de Caux. (Commissaires précédemment nommés: MM. Chevreul, Morin, Rayer, Combes. ) (i Orientation. — Peu de villes sont mieux orientées que Venise. Elle a la mer au midi et la montagne au nord. Le soleil monte à l'horizon du côté du Lido, à la pointe de San Nicolo ; il en descend derrière lit Sainte, vers Fusine. Du matin au soir il est sur mer, d'où il envoie sans obstacle sur la ville ses rayons bienfaisants. » En prolongeant les lignes des quatre points cardinaux on rencontre : au nord, à la distance de 20 lieues, un grand mur de protection, les Alpes ; au midi, l'Adriatique dans toute sa longueur ; puis la Méditerranée par son plus grand travers, menant à la côte plate de l'Afrique, vis-à-vis de Barkah, non loin de l'oasis d'Ammon : 5oo lieues d'espace ouvert, ne présentant au vent aucun obstacle; à l'est, les montagnes de la Croatie, qu'on va toucher en traversant l'Adriatique au fond du golfe, et qui viennent Itemper leur pied dans le Quarnero; à l'ouest enfin, les plaines arrosées par le Pô, qui aboutissent aux Alpes de Turin et deNovi. » Topographie. — Venise, en pleine lagune, entourée d'eau, est donc assise au milieu d'un grand espace plat, dont je viens de limiter dans tontes les directions l'horizon extrême. » Au temps des Romains, les bords de cette lagune étaient des lieux de délices. Martial voulait finir ses jours à Altino. Aujourd'hui Altino et ses environs sont fiévreux, ainsi que tous les lieux de la terre ferme confinant au littoral. Un pareil changement a ses causes. > De grands fleuves coulaient librement dans la mer. Attila paraît : les populations qui vivaient sur ces rives fleuries cherchent un refuge contre ( 90 ) les ravages de ses hordes sur les Ilots qui surgissaient au milieu de la l.ii^une voisine. Dans cette retraite sûre elles se fortifient, c'est-à-dire iiu'elles maintiennent l'eau au pied de leurs demeures, avec la profondeur et l'étendue qui rendent ce rempart naturel inexpugnable. Et, comme l'eau leur vient de deux côtés, par les fleuves avec des atterrissements, et par la mer sans aucuns troubles, ils accueillent la mer et repoussent les fleuves, afin de mieux assurer l'efficacité de cette fortification d'espèce nouvelle. » Libre accès laissé aux eaux de la mer, éloignement des eaux de rivière, tel est le principe qui, dès l'origine, a guidé les habitants de Rialto et a servi de base à la constitution présente de la lagune de Venise. Et voici quelle est cette constitution. » Marche dujlol. — Le flot de la mer entre en lagune à la fois par cinq ouvertures de dimensions inégales. A chaque ouverture il creuse un chenal proportionné à la masse des eaux qu'il roule. Les courants s'avancent en s'étalant jusqu'à la terre ferme, en même temps que, des deux côtés, ils vont à la rencontre les uns des autres. Quand le flot se retire, chaque courant retourne à la mer par son même chemin. Mais la rencontre d'une masse d'eau avec l'autre s'élant faite selon une ligne déterminée par l'éta- lage, cette ligne constitue une véritable ligne de faîte, limitant en réalité deux vallées contiguës. » Effets de la marée. — Les lignes de faîte se dessinent au moment où le flot reculant commence à découvrir la lagune. Elles portent le nom de parti acqua. Les j)arli (icqua divisent la lagune en trois bassins principaux, trois lagunes distinctes : il y a la lagune d'Altino, la lagune de Malaniocco et la lagune de Venise, qui relie les précédentes. )) Pendant longtemps les Vénitiens, dans l'intérêt de leur sûreté, n'eurent souci que de la lagune du milieu. Voulant la préserver des atterrissements, ils en éloignèrent la Brenta, dont l'ancien lit, dans Venise, est maintenant rempli par cette belle nappe d'eau qui forme le canal de Saint-Marc et le canal de la Giitdecca, et que l'on parcourt dans toute sa longueur lorsqu'on veut aller en gondole à Fusine. Cet ancien lit de la Brenta remonte dans les terres jusqu'au Dolo, au-dessus d'Oriago et de la Mira. La Brenta n'en- voie vers la lagune qu'un filet d'eau pour la Seriola, et le peu qu'il en faut pour entretenir, au moyen de l'écluse du Dolo et de Fusine, une faible na- vigation entre Venise et Padoue. Ainsi les eaux de la Brenta n'entrent point dans la lagune de Venise. Au moyen de grands travaux d'art, elles sont rejetées dans le bassin de Malaniocco, où elles rencontrent les eaux de l'A- (9^ ) (lige et même du Pô, tandis que les eaux du Silc et d'autres courants plus faibles vont joindre celles de la Piave dans la lagune d'Altino. » Conséquences liyqiéniqiies et application. — La lagune du milieu n'ad- mettant point d'eaux douces, la salubrité y est parfaite. Mais les autres lagunes où l'eau douce vient se mêler à l'eau salée sont insalubres comme tous les marécages. Il faui, en effet, une résistance vitale d'une certaine énergie pour ne pas éprouver l'influence des émanations lacustres et pour ne pas contracter des fièvres de marais, quand on veut fréquenter la lagune d'Altino ou celle de Malamocco. J'ai eu à mon service un gondolier dont le frère gagnait sa vie à chasser le gibier dans la lagune de Malamocco. Le chasseur passait régulièrement trois mois de l'année dans l'inaction à Venise, pour se guérir de la fièvre. C'était pourtant un garçon robuste et acclimaté. Pour celui qui ne réunit pas toutes les conditions de la santé, qui se sentirait la moindre tendance à un dérangement quelconque de son état normal, aller passer la nuit dans ces parages et en revenir indemne serait un hasard dont il devrait toute sa vie remercier la Providence. » Il faut rendre justice aux médecins du pays : au plus léger mal de tête, au plus petit sentiment de lassitude dans les membres, au moindre symp- tôme gastrique ou intestinal, ils vous défendent toute excursion en dehors du bassin de Venise, sous peine d'en revenir avec la fièvre, avec la fièvre des marais, avec la fièvre pernicieuse peut-être, qui, si elle est méconnue au premier accès, vous enlèvera au troisième. » Pour les mêmes causes, la fièvre est endémique aux bords de la lagune, mais pas bien loin dans les terres. A une courte distance de Fusine, non loin des Moranzani, il y a une villa c|ui tient de l'élégance d'un palais: elle s'ap- pelle Malcontenta ; le nom dit la chose. A Mestre aussi, au-dessus du fort de Marghera, les fièvres sont assez fréquentes; tandis qu'au sortir de cette petite ville, le Terraglio est bordé, jusqu'à Treviso, de maisons de campagne patriciennes qui rappellent des grandeurs passées. On n'aurait pas tant recherché et embelli des lieux naturellement insalubres. Quand ou est ma- lade en terre ferme, il faut retourner à Venise pour recouvrer la santé. En 1846 l'été fut très-chaud, l'automne pluvieux. L'eau ayant séjourné sur le sol plus longtemps qu'à l'ordinaire, la fièvre se montra où on n'avait pas l'habitude de la craindre, et toutes les villegqiaiure furent abrégées: on rentra pour se guérir du mal ou pour s'en préserver. ■» J'ajouterai encore un détail concernant la salubrité toute spéciale de la ville. M A Venise, les canaux ne fout pas seulement fonction de rue pour les (92 ) «ondoies ; ils tout aussi fonction d'émonctoire pour les habitations, et d'égout pour les véritables rues dans lesquelles on chemine à pied; de façon que la lagune celte nappe d'eau presque donnante, est en réalité la cloaca maxima d'une population de 120000 âmes (eu un temps 200000), agglomérée sur un très-petit espace. Là, depuis des siècles, tout va dans le canal : à Texcep- liou des scoazze, des matières solides encombrantes, tout est jeté par la fenêtre pour ainsi dire au pied des maisons, et la vase des canaux n'est point corrompue ; et \eJan(jo que l'on extrait de temps à autre avec la dra- gue, pour maintenir la profondeur, est porté derrière la Giudecca, sans inconvénient pour la santé j)ublique. Là il se dessèche et finit par procurer des extensions de terrain aux dépens de la lagune. » A Londres, il y a trois ans, on criait avec raison à la peste, parce qu'à chaque marée la Tamise découvrait ses bords plus que de coutume. A Ve- nise aussi la marée découvre toutes les six heures et met à sec la barène et les petits canaux, sans qu'on ait rien à redouter. Que conclure de cela, si ce n'est qu'à Venise il y a des éléments de conservation qui n'existent point à Londres, et qu'à Londres aussi les eaux de la Tamise n'ont pas les mêmes propriétés que les eaux de la lagune à Venise. » Je termine par un autre rapprochement. Supposez un instant que Paris n'ait pas d'égout, et que la Seine, au lieu d'être un cours d'eau, soit un lac d'eau douce venant se ramifier et baigner le pied des maisons, absolument comme la lagune de Venise. Supposez ensuite qu'on se contente de jeter dehor.s, comme on le fait à Venise, ce qui est confié maintenant aux réser- voirs étanches dont chaque maison est armée. Combien faudra-t-il de jours, combien d'heures pour que Paris soit un foyer pestilentiel? » PHYSIQUE. — Mémoire sur les retards de l'ébiUlition et de la congélation des liquides, sur les formations de la grêle et de la neige; j>ar M. J.-F. Artcr. (Extrait par l'auteur.) . La proportion précédente donne 18°"°: la""" : : 2'"'",576:x=: i=""°,7i7 ; i8:6::5,982:.r= r-"™99/j; i8:3::8,5i2:.r=: i="",4i9. Pour a voir égard à la pression de l'air sur le liquide, j'ai diminué d'une atmosphère les tensions de la vapeur d'eau à 140, i65 et 1178 degrés. Les trois résultats: 1,717; 1,994; 1,419 atmosphère, ne sont pas trop éloignés de la tension 2,671 at- mosphères de la vapeur à i3o degrés, diminuée de i atmosphère. La moyenne de ces trois résultats est 1,710 atmosphère. En faisant ces expériences, M. Dufour, qui n'en coiuiaissait pas l'explication, ne les a pas dirigées con- venablement pour obtenir la plus haute température que chaque globule d'un diamètre déterminé pouvait supporter sans dégager de la vapeur. )) En représentant par D le diamètre intérieur d'une sphère creuse, et par P la pression qu'exerce sur l'unité de surface la force élastique qu'elle renferme, je j)rouve que -j- exprime la force qui tend à séparer ses deux liémisphères sur chaque unité de longueur de la circonférence qui leur est commune. En faisant successivement D =: 18, 12,6, 3 millimètres, et P= 1,671; 2,576; 5,982; 8,5 12 atmosphères, on obtient DP — = 7,5195; 7,728; 8,973; 6,384 atmosphères. En multipliant 760 millimètres par la densité 13,598 du mercure, on ob- tient io334""",48 pour la hauteur de l'eau qui équilibre la pression atiiio- sphérique, et par suite io334"sy^8 ou io8%33448 pour cette même pres- sion sur 1 millimètre carré de surface. » En mnltipliant successivement ioS'',33448 par 7,5195; 7,728; 8,973; 6,384 atmosphères, on obtient 77S'',7io; ']Ç)^',èG5; 92S'',73i ; 65s'',975 pour les actions qui tendent à séparer les hémisphères de chacune des quatre sphères ci-dessus dans i millimètre de longueur sur leur circonférence com- mune. La moyenne de ces quatre résultats est 796"^, 070. i> Pour simplifier la théorie précédente, on y a négligé la résistance pro- duite par la couche condensée qui enveloppe chaque sphère, et qui appar- C. R., i8G3, 2"^' Semestre. T. LVU, N" 2.) '3 (94) lient au liquide dans lequel elles flottent, ainsi que celles qui sont dues aux condensations successives que les deux couches concentriques éprouvent par leur affinité et par leurs cohésions. » Les résultats des calculs précédents prouvent donc que les retards de l'ébuilition des sphères de l'eau, qui sont en équilibre dans un autre fluide de même densité, proviennent des résistances des deux couches concentri- ques liquides condensées qui les enveloppent, dont l'une appartient à l'eau et l'autre au fluide qui les entoure. Les retards d'ébullition de diverses dis- solutions, du chloroforme et de l'acide sulfureux liquide, observés par M. Dufour, sont dus aux mêmes causes, mais il est impossible d'y appli- quer les calculs précédents: i'' parce que les observations ne sont ni assez précises, ni assez variées ; 2° parce qu'on ignore les tensions normales des vapeurs de ces liquides aux diverses températures. Les retards de con- •^élation de l'eau, du soufre et du phosphore fondus qu'éprouvent leurs globules, qui flottent librement dans un liquide ou entre deux couches fluides, proviennent de l'inertie de leurs molécules qui les empêche de se présenter lès unes aux autres par les faces convenables à la solidification (Bibliothèque de Genève, 1861, t. X; archives, p. 3/|6, et t. XI, Archives, p. 23). M Dans mon livre sur la Capillarilé, j'ai indiqué la manière dont se tor- maient les vésicules creuses des nuages. Échauffées fortement par le soleil, l'air intérieur qu'elles renferment se dilate ainsi que la tension, toujours maximum, de la vapeur qu'elles contiennent ; ces dilatations augmentent les volumes de ces vésicules et les obligent à s'élever dans des couches atmo- sphériques plus froides où elles peuvent descendre beaucoup au-dessous de zéro sans se congeler. Lorsque le refroidissement ou des secousses, etc., déterminent leur congélation partielle ou toiale, il en résulte des vési- cules solides creuses et remplies de gaz. Quand ime vésicule totalement congelée rencontre une vésicule liquide, cette dernière s'étend plus ou moins sur la première solide et peut s'y solidifier. Si la vésicule rencontrée est congelée et recouverte d'eau, le liquide de cette dernière la réunit au premier corps et peut ensuite se solidifier. Ces actions engendrent de petits grêlons. Les grêlons augmentent aussi par la vapeur atmosphérique qui se dépose dessus à l'état liquide avant de se solidifier. D'après les quantités de vapeur et surtout d'eau à l'état vésiculaire que peut contenir l'air, on ne doit guère s'étonner des volumes qu'atteignent quelquefois les grêlons avant leur chute. (95) » Les applications précédentes des résultats auxquels j'avais été conduit en examinant les actions moléculaires des corps sont une nouvelle preuve de l'exactitude de ma Théorie capillaire. Celte Théorie, qui établit des liens si intimes entre la Physique, la Chimie et l'Organisation, ne me paraît pas suffisamment indiquée par l'expression : Théorie capillaire. » Il me semble que l'on devrait la définir ainsi : Théorie et conséquences des actions moléculaires des corps. » MÉMOIRES PRÉSENTES. M. Velpeau présente, au noiii de l'auteur, 31. Courty, professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier, un Mémoire ayant pour titre : « Nou- veau perfectionnement apporté à la litliotritie par le broiement de la pierre en une seule séance » . (Renvoi à l'examen d'une Commission composée de MM. Velpeau, Jobert, Longet.) MÉTALLURGIE. — Nouveaux moyens de traitement des minerais argentifères. Extrait d'une Note de M. J.-A. Pocmakède, présenté par M. Peligot. (Première partie.) (Commissaires, MAT. Boussingault, Peligot, H. Sainte-Claire Deville.) « Il y a déjà quelques années qu'ayant été chargé, au Mexique, par une grande Compagnie d'exploitation de mines, de me livrer, tant dans mon laboratoire que dans ses vastes ateliers, à des études suivies sur les incon- vénients que pouvait présenter pour elle la pratique de la méthode de trai- tement dite de Freiberg, et d'indiquer s'il était possible de trouver les moyens propres à prévenir ces derniers, je fus à même de constater plu- sieurs faits importants qui ont déjà été décrits dans un long travail, et que je me bornerai à indiquer ici d une manière sommaire, en ne m'attachant à décrire avec quelques développements que ceux qui ont servi de point de départ aux modifications radicales que j'ai fait subir au procédé saxon, que j'ai déjà mises en pratique sur une assez grande échelle et qui font l'objet essentiel de cette première communication à l'Académie sur ce sujet. '» Je dirai donc qu'il résulte des nombreux essais auxquels je me livrai à cette époque : i3.. (96) » i" Que les pertes, qui dans les divers ateliers de la susdite Compagnie s'élevaient à 28, 3o et 35 pour 100 de l'argent que l'essai docimasique indi- quait dans k's minerais, étaient occasionnées, d'abord et comme on le savait déjà, par des volatilisations qui se produisaient dans le fourneau à réverbère, mais qui provenaient principalement d'une chloruration unpar- faite de l'argent des minerais, qui, après sept et liuit heures de grillage, arrivaient rarement à renfermer à l'état de chlorure plus de 80 pour loo de celui qu'ils contenaient primitivement; » 2° Que cette chloruration imparfaite, quiétaitd'autant plusdéfectueuse que la teneur des minerais était plus élevée, provenait elle-même de ce que, tandis que l'argent de ceux-ci se transformait en chlorure, en vertu d'une réaction mal comprise et très-irrégulièrement conduite, il se produi- sait dans le fourneau un phénomène inverse : il y avait réduction d'une partie du chlorure déjà formé et régénération de sulfure d'argent ou d'ar- gent natif, qui, obtenu dans des circonstances pareilles, n'est pas susceptible d'être amalgamé dans le tonneau d'amalgamation ; » 3° Que le phénomène lui-même de la transformation de l'argent en chlorure, pendant le grillage, était le résultat d'une action directe du sel marin sur l'argent natif ou sur les combinaisons argentifères du minerai, s'eflectuant sous l'influence d'une grande quantité de matières feldspa- thiques ou quartzeuses, et ne dépendait pas, comme on l'a admis jusqu'à ce jour, des phénomènes d'oxydation du soufre, qui se produisent dans ce cas, et qui ne font que gêner la marche de l'opération; en d'autres termes, que la présence, dans les minerais, du soufre, de l'acide sulfurique ou de sulfates, n'était nullement nécessaire pour opérer la transformation, à l'état de chlorure, de l'argent que ceux-ci peuvent contenir. Les expé- riences fort simples que je vais décrire mettront en évidence la vérité de ce fait important. )) Si à du quartz finement pulvérisé anhydre ou hydraté, qui ne ren- ferme point de matière étrangère, on mêle une petite quantité (environ i pour 100) d'argent fin très-divisé, 1 ou 3 pour 1 00 de sel ordinaire, et qu'on introduise ce mélange dans un creuset de terre muni de son couvercle, que l'on chauffe de manière à le maintenir environ une demi-heure à la tempé- rature rouge, l'argent métallique primitivement mélangé se trouve dans ce cas complètement transformé en chlorure. En traitant le produit pulvéru- lent qui résulte de cette calcination par l'ammoniaque caustique étendue, jusqu'à épuisement complet, saturant les liqueurs, etc., on arrive, en effet; (97) en prenant les précautions d'usage, à obtenir la quantité de chlorure que le calcul indique. H Si, au lieu de faire entrer dans la composition du susdit mélange l'argent fin, on mêle cà sa place de l'argent sulfuré, du sulfure d'argent antimoniai ou toute autre combinaison minéralisatrice argentifère, la réaction est la même que dans le cas précédent, du moins cpiant à la production du chlo- rure d'argent; celle-ci ne se trouve modifiée de manière à contrarier les réactions du traitement métallurgique, que tout autant qu'on a fait intervenir dans le mélange certaines quantités de plomb sulfiu-é ou métallique, ou des quantités relativement grandes de pyrites cuivreuses, produits qui don- nent lieu, eux aussi, à la formation de chlorures, qui viennent modifier les propriétés du chlorure d'argent. « Si enfin on remplace dans le mélange en question le quartz par une matière feldspalhique, comme une argile, par exemple, seule ou plus ou moins mêlée avec des matières qu'on retrouve souvent dans les gangues naturelles, telles que carbonates terreux, oxydes de fer, etc., la chloruration s'effectue encore de la même manière et avec la même facilité. « Que se passe-t-il dans ces réactions? Évidemment il y a là des faits curieux à mettre en lumière! Ceux par exemple qui se produisent lorsqu'on opère la transformation de l'argent métallique en chlorure au milieu d'une gangue feldspathique me semblent particulièrement dignes de fixer l'atten- tion des chimistes; car le radical alcalin du sel marin, qui dans ce cas est déplacé par l'argent, vient, comme j'ai eu occasion de l'observer, produire sur les éléments de la gangue certains effets de réduction fort curieux, qui, bien étudiés, pourront jeter du jour sur la nature de quelques corps que nous ne connaissons encore que d'une manière très-imparfaite. Mais ce serait sortir des limites naturelles de ce travail, que d'aborder aujour- d'hui de pareilles questions, sur lesquelles je me propose d'ailleurs de reve- nir bientôt. Il me suffit pour le moment de démontrer que la chloruration des minerais est, à quelques excejjtions près, une opération toujours facile à réaliser quand on se place dans les conditions cpie je viens d'indiquer et qui n'ont rien de commun avec celles dans lesquelles on cherchait à se placer antérieurement. » Je décris ensuite dans mon Mémoire une méthode d'essai et de trai- tement qui repose sur ces premières données et qui permet d'arriver à extraire tout l'argent que les minerais renferment. » (98) PHYSIQUE. — Analyse spectrale de l'étincelle électrique produite dans les liquides et les qnz. Extrait d'une Note de M. Daniel. (Commissaires, MM. Pouillet, Fizeau, Edm. Becquerel.) « Dans toutes mes expériences j'ai fait usage d'un appareil de Ruhmkorff, de grandeur moyenne, avec ou sans condensateur dans le circuit, et j'ai toujours employé des étincelles très-courtes, de a à 3 millimètres, si ce n'est dans certains milieux qui n'offrent pas un grande résistance au passage du courant. D De tétincelle dans les liquides. — Les liquides dont je me suis servi sont : l'éther sulfuriquo, l'alcool absolu, le sulfure do carbone, l'essence de téré- benthine, la benzine, l'aniline, l'huile de naplitc, le chloroforme, le proto- chlorure de phosphore, les éthers chlorhydrique, bromhydrique, iodhy- drique, l'huile des Hollandais et enfin l'eau distillée. J'ai employé, comme électrodes, des boule.s de zinc, de cuivre, de laiton, de cadmium, de bismuth, d'antimoine, d'étain, de plomb, de fer, d'aluminium, de cuivre amalgamé, d'argent, de platine; des fragments de nickel et de cobalt, mé- taux obtenus dans un très-grand état de pureté par M. Jacquelain. » Les boules plongeant dans le liquide soumis à l'expérience, l'étincelle est généralement, poin- la même distance d'exj)losion, plus vive que dans l'air. Sa coulein- varie avec la nature du métal et avec celle du liquide. » Cette étincelle donne un spectre dans lequel on aperçoit les raies carac- téristiques du métal qui forme les pôles, en nombre d'autant plus grand que ce métal est plus volatil. Ces raies sont très-nettes, pourvu que l'étincelle ne soit pas trop forte. Généralement, elles deviennent très-confuses et dispa- raissent même complètement, si le condensateur est dans le circuit. C'est parce qu'il employait l'étincelle d'un condensateur que Masson n'a pas vu les raies métalliques dans les liquides. » Dans les carbures d'hydrogène, tels que l'essence de térébenthine, l'huile de naphte, la benzine, substances que l'étincelle décompose très-ra- pidement, l'observation n'est possible que pendant quelques instants, à moins que l'on n'opère dans un courant de ces liquides. Dans tous les cas les premières étincelles suffisent j)oiu' montrer que le phénomène est sensi- blement le même que dans l'élhcr sulfurique ou dans l'alcool. « Il faut employer le condensaleur et disposer dans le circuit deux inter- ruptions , la première dans l'air et la seconde dans l'eau, pour obtenir avec ce liquide une étincelle suffisamment intense. On aperçoit encore les raies ( 99 ) principales des métaux volatils, mais accidentellemeiil, et elles ne sont pas nettes. M Outre les raies caractéristiques de chaque métal, on voit le spectre du charbon et les raies principales de l'hydrogène, dans tous les liquides qui renferment ces éléments. La raie ronge de riiydrogène est toujours très- nette et très-brillante. » Le spectre du charbon n'est pas toujours complet ; les raies du violet sont rarement visibles; mais les raies rouges, jaunes, vertes, et surtout les raies bleues ne manquent jamais. C'est ce second spectre qui rend l'étincelle plus brillante dans les liquides que dans l'air. » L'appareil d'induction fonctionnant d'iuie manière continue, il se dé- pose du charbon sur les boules, après un temps plus ou moins long, et il se produit alors un spectre continu, spectre du charbon solide incandescent, qui finit par prendre une grande intensité et par masquer le spectre métal- lique et le spectre de la vapeur. Cependant, il ne masque jamais complète- ment les raies des métaux volatils et rarement les raies les plus brillantes du charbon. » Eu résumé, l'étincelle dans les liquides fournit trois spectres : le spec- tre du métal, le spectre de la vapeur du liquide (des éléments de cette vapeur), et, après quelque temps, le spectre du charbon solide incandescent. » Les raies métalliques sont généralement plus brillantes dans le sulfure de carbone, dans les éthers chlorhydrique, bromhydrique, iodhydrique, dans le chloroforme, que dans les autres liquides. » Tout se passe, quand l'étincelle se produit au sein d'une masse liquide, comme si elle éclatait dans la vapeur de ce liquide : c'est ce que j'ai vérifié par un grand nombre d'expériences. » De rétincelle dans lesviipeurs et les gaz. — J'ai opéré avec des étincelles courtes, dans un courant de gaz ou de vapeur sous la pression atmosphé- rique, courant qu'il est toujours facile d'accélérer, de ralentir ou d'arrêter. J'emploie, à cet effet, un petit tube entourant les deux boules de l'excita- teur et portant latéralement deux tubulures. Le gaz purifié arrive par la tubulure inférieure et s'échappe par la tubulure supérieure. » Dans la vapeur des liquides indiqués précédemment, les phénomènes sont les mêmes que dans le liquide qui la fournit; mais les spectres ont plus d'éclat. On aperçoit, généralement, le spectre du métal et le spectre de la vapeur, ou, plus exactement, des éléments de la vapeur. » Ou peut observera loisir les deux spectres superposés, en faisant jaillir les étincelles dans un tube renfermant de l'alcool jusqu'au niveau de la ( loo ) boule inférieure, ou en faisant couler le liquide goutte à goutte le long de la tige supérieure de l'excitateur. On obtient alors le spectre du métal, le spectre du charbon et les principales raies de l'hydrogène. Rien ne révèle la présence de l'oxygène, qui d'ailleurs, d'après plusieurs observateurs, ne devient pas libre. » En employant comme électrodes des fragments du charbon que l'on obtient en faisant passer des vapeurs de différents carbures d'hydrogène à travers un tid^e de porcelaine incandescent, on observe, quand on par- vient à empêcher la production du spectre continu, exactement le même spectre qu'avec tous les carbures. L'étincelle peut donc vaporiser ce charbon plus facilement que le charbon des cornues : avec ce dernier, on n'arrive pas au même résultat. On conçoit dès lors pourquoi ce charbon, préparé en masses assez considérables par M. Jacquclain, donne un arc voltaïciue plus régulier dans ses effets que le charbon des cornues. » Dans les gaz suivants : hydrogène, azote, acide carbonique, protoxyde d'azote, bioxyde d'azote, ammoniaque, sous la pression atmosphérique ou sous une pression un peu plus forte, le s|K-ctre des métaux volatils domine. » Avec le cuivre, l'argent, le platine, le spectre du gaz ou de ses élé- ments est plus nettement accusé. » Dans l'azote : raies fines dans l'orangé et le jaune, bandes bleues. Le tube est fluorescent. )) Dans l'hydrogène : raies caractéristiques de ce gaz, bandes bleues. » Dans l'ammoniaque : spectres de l'azote et de l'hydrogène, fluores- cence. » Le spectre des gaz n'est jamais très-brillant, mais il est suffisam- ment accusé pour qu'on y reconnaisse les spectres que donnent les tubes de Gessler. » Le spectre du gaz me paraît fourni surtout par l'auréole de l'étincelle ; car en opérant dans l'air et en dirigeant dans le tube un courant de ce gaz par une tubulure latérale disposée à la hauteur de l'étincelle, on voit l'au- réole se déplacer latéralement; elle sort du champ de l'instrument, le trait ne se déplace pas sensiblement : les bandes bleues et violettes de l'azote dis- paraissent presque complètement; les raies du métal persistent. )) Quand l'étincelle jaillit dans certains gaz, les raies caractéristiques du métal qui forme les électrodes deviennent très-brillantes. On peut leur don- ner de l'éclat, tout le inonde lésait, en employant un condensateur; mais elles deviennent plus larges et souvent confuses. Ici, rien de semblable; elles peuvent être éblouissantes sans cesser d'être nettes sur les bords. ( lo. ) » Dans la vapeur de sulfure de carbone, les raies du cuivre, du zinc, du laiton, de l'argent, sont très-brillantes. Il en est de même dansl'acidc sulfu- reux et dans l'acide sulfhydrique. » Dans l'oxygène, les raies des métaux volatils ont à peu près la même intensité que dans l'air. Mais le plomb donne, dans ce gaz, des raies plus intenses : on apeiçoit netleiuput dans l'indigo deux raies fiui ne se voient qn'à peine, quand le tube est plein d'air. Les deux raies que ce métal donne dans le rouge et le violet extrêmes sont plus brillantes dans l'oxygène que dans l'air. » Dans la vapeur des éthers chlorhydrique, bromhydrique, iodhv- drique, de chloroforme, tous les métaux employés, le platine excepté, don- nent, comme dans ces corps à l'état liquide, des raies Irés-brillantes. Il en est de même dans le chlore et le brome. » Dans l'acide chlorhydrique, les raies du cuivre, du zinc, du laiton, du cadmium, de l'argent, du nickel, du cobalt, du fer, de l'étain, du plomb, sont éblouissantes et d'une netteté remarquable. Avec des boules de pla- tine, on voit une ou deux raies assez belles; le spectre du chlore domine : il est parfaitement indiqué par ses groupes de r.iies vertes, visibles avec la plupart des métaux. Le spectre de l'hydrogène est accusé par ses raies caractéristiques. Je crois que c'est surtout dans l'acide chlorhydrique qu'il convient d'observer les raies que fournissent les métaux proprement dits. " En résumé : la constitution de l'étincelle est toujours la même, quel que soit l'état du milieu dans lequel on la produit, qu'il soit liquide ou gazeux. » Il y a, généralement, i° volatilisation du métal polaire et incandes- cence de la vapeur produite; 2° incandescence des éléments du milieu tra- versé par le courant. Dans certains cas, le milieu seul ou même l'un de ses éléments semble devenir incandescent. Dans d'autres cas, c'est surtout la vapeur métallique qui devient lumineuse. » Tous les corps simples qui ont pour les métaux une grande affinité, qu'ils soient libres ou engagés dans une combinaison facilement décompo- sable par l'étincelle, donnent de l'intensité au spectre métallique. ■> PHYSIQUE. — Faits tendant à dénrontrer l'action électrique des rayons solaires. Note de M. Cu. Musset. » Les sciences physiques et naturelles sont depuis longtemps en posses- sion de faits qui prouvent la manière différente dont agit sur certains cor[)s C. R., i863, a"»» SemeHre. (T, LVII, W 2.) '4 ( '02 ) la lumière solaire, selon qu'elle est directe, réfléchie ou diffuse. Une Note récente du P. Sanna-Solaro sur l'action électrique des rayons solaires, contient des observations nouvelles qui caractérisent cette différence (l'influence de la lumière. En faisant des expériences sur l'action variée des couleurs du spectre solaire dans la genèse des infusoires, j'ai recueilli des faits tellement confirmatifs de ceux que publie le savant étranger, qu'il est peut-être utile de les faire connaître. )) Dans mes expériences je me suis servi du galvanomètre de Nobili. A l'ombre, les aiguilles de l'appareil sont dans une immobilité complète; mais sitôt qu'elles sont frappées par les rayons solaires, n'importe l'heure et la température, elles exécutent des oscillations dont l'amplitude, variable (le minute en minute, peut aller jusqu'à 90 degrés. Si une cause naturelle ou artificielle, un nuage ou un écran, intercepte les rayons, les aiguilles deviennent bientijt stationuaires. Mais alors un léger choc imprimé à l'ap- pareil détermine de nouvelles oscillations, moins amples, et qui cessent pour ne plus recommencer si l'appareil est resté quelque temps dans l'om- bre. Pendant la nuit le même choc n'est pas suivi d'oscillations, les aiguilles tremblent sur place. Les oscillations sont extrêmement irrégulières; elles diffèrent en rapidité, en amplitude, même parfois en direction ; les ai- iiuilles s'arrêtent brusquement ou lentement, rétrogradent ou avancent. On les voit rester quelques secondes en repos, pour recommencer leurs oscil- lations, tantôt avec une sorte d'effort, tantôt sans hésitation ; en un mot, l'irrégularité est la loi de leurs mouvements. Je ne les ai jamais vues suivre le soleil dans son cours, toujours elles ont oscillé entre deux grands cercles passant l'un parle sud, l'autre par l'ouest. Cette circonstance, contraire à l'observation du P. Sanna-Solaro, tient peut-être à l'aimantation des aiguilles. J'ai également constaté que les lumières artificielles, telles que celle d'une lampe Carcel, n'avaient aucune influence directrice. » Dans le but d'aller lui peu plus au fond de la cause de ces phénomènes, j'ai successivement fait tomber sur l'appareil les couleurs du spectre ; il ma paru, sans que je puisse l'affirmer, car durant cette expérience j'ai malheu- leuseuient été souvent dérangé, il m'a paru, dis-je, que l'action des rayons violets était la plus énergique. » A quelle cause rattacher ces singuliers mouvements? Je crus dès le principe qu'ds étaient le résultat, soit d'une rupture d'équilibre dans la température, soit et plutôt de courants ascendanlset descendants dansl'inté- rieur du glol)e piotectour. Plusieurs personnes à qui j'avais fait |iait de mes observations, n'ont pas hésité à voir dans l'agitation de l'air intérieur l'ex- ( io3 ) plication des faits avec d'autant plus de raison apparente, que la cloche du galvanomètre est ouverte par le haut. Mais il m'a été facile de me con- vaincre que l'objection n'était pas fondée. » i" Un thermomètre placé dans l'intérietn- du globe n'accuse aucun changement brusque dans la température; 1) 2" Que la cloche soit ouverte ou exactement fermée, les oscillations sont absolument identiques; » 3° Des barbes allongées de duvet placées tant sur les aiguilles que sur les bords du limbe métallique gradué n'ont jamais donné aucun signe d'agi- tation, et cependant j'a!i pris la précaution de les regarder avec une forte loupe. » Mais ce qui démontre jusqu'à l'évidence que les oscillations n'ont pas leur cause dans l'agitation de l'air, c'est que si on fait tomber les rayons sur le globe selon un plan qui ne passe pas par les aiguilles, celles-ci restent immobiles. Je n'hésite donc pas à voir là une action électrique des rayons solaires. D'ailleurs, en songeant au rôle immense que le soleil joue dans la nature, n'est-il pas rationnel d'admettre une influence électrique? A l'ombre la chlorophylle disparaît, la plante s'étiole, les feuilles des mimosas s'en- dorment, le chlore et l'hydrogène restent mélangés, et les aiguilles demeu- rent immobiles. Mais si les rayons frappent ces corps, la plante verdoie et renaît, les feuilles se réveillent_, les deux gaz se combinent et les aiguilles oscillent. Ces divers phénomènes, pris entre tant d'autres, ont une telle analogie, qu'ils pourraient légitimer l'opinion qui par induction ascendante rattacherait à luie influence électrique les actions si multiples et souvent si mystérieuses du soleil sur la nature. » PHYSIQUE. — Mémoire sur les moyens de dimimier In résistance intérieure des piles vollaïques, et sur les ejjets de celle diminution dans les appareils à grandes intensités; par M. J.-B. Viollet. (Extrait par l'auteur.) « On sait que plusieurs obstacles s'opposent à la construction des piles voltaïques capables de produire économiquement des courants d'une grande intensité, et qu'un des principaux consiste dans la résistance intérieure de la pile. Parmi les modifications de l'appareil auxquelles on pouvait songer pour échapper à cette difficulté l'accroissement de surface des vases poreux se présentait naturellement. Mais dans l'état actuel de la fabrication de ces vases, on se trouvait bientôt arrêté, parce que cet accroissement diminue la 14.. ( .o4 ) perméabilité, en exigeant une augmentation d'épaisseur, et fait perdre une forte partie de l'avantage attendu. » J'ai donc cherclié à produire des vases poreux présentant aux liquides un passage beaucoup plus facile, et je suis parvenu depuis quelque temps à en exécuter de tels, par |)liisieurs moyens dont le principal consiste à inter- poser dans un mélange céramique convenable une matière susceptible d'être plus tard détruite et de laisser îles pores très-nombreux, capables de donner un produit aussi spongieux qu'on le juge utile. La matière dont je parle est ordiuaircmenl une substance orgunique pulvérulente qui disparaît par la cuisson. » J'ai exécuté ainsi des vases beaucoup plus poreux que ceux dont on se sert actuellement, et ces nouveaux vases, quoique plus épais, ont donné, toutes choses égales d'ailleurs, des intensités notablement plus fortes que des vases poreux ordinaires qui avaient cependant été améliorés déjà par l'usage. « L'accroissement considérable de la perméabilité des vases n'augmente pas autant qu'on le croirait d'abord l'influence nuisible des fdtratious d"un compartiment ilu couple dans l'autre et la consommation inutile qui en résulte. Pour rendre cet inconvénient très-négligeable, il suffit de faire en sorte que, par l'effet de leursdensités respectives, les deux colonnes liquides soient en équilibre dans les deux compartiments. » Quoique l'on puisse accroître dans une proportion très considérable la pera::éabilité des vases, je ne dois cependant pas exagérer l'importance absolue de l'augmentation. La résistance du vase poreux n'est, en effet, qu'une fraction de la résistance intérieure totale du couple; et quand même on supprimerait entièrement le diaphragme, on n'anéantirait pas la résis- tance intérieure apportée par les liquides, ni celle du circuit extérieur. Aussi, dès que les vases ont atteint un certain degré de porosité, on a beau les rendre de plus en plus perméables, on n'observe bientck que des accroissements d'intensité de moins en moins marqués. w Mais l'augmentation pour ainsi dire indéfinie de la porosité permet- tant d'agrandir considérablement les dimensions des vases et de laisser, malgré l'accroissement nécessaire de l'épaisseur des parois, ces vases aussi et même plus perméables que les plus poreux de ceux qui sont aujourd'hui en usage, il est clair que ce moyen permet de diminuer la résistance inté- rieure dans des proportions beaucouj) plus fortes que si l'on se bornait à modiher la porosité des vases sans eu changer les dimensions. Il est d'ail- leurs évident que, plus les vases sont grands, moins il faut en assembler ( io5 ) pour mtensiré, lorsque l'on veut obteuir un effet donné, ce qui diminue considérablement les difficultés et la main-d'œuvre. » Dans le Mémoire, je termine par une analyse fort élémentaire et par la discussion de plusieurs formules, montrant l'importance des amélio- rations que l'accroissement de la porosité des vases apporte dans les piles, et je fais voir qu'elle permet : )) i" D'augmenter l'intensité dans un même circuit extérieur; » 2° De diminuer très-notablement, quand le circuit extérieur n'est pas fort résistant, le nombre des couples de tension nécessaires pour obtenir luie même intensité; » i" D'employer utilement, pour parvenir aux mêmes intensités, des réactions chimiques donnant lieu à de moindres forces électromoîrices. » M. Vaussix-Chardanxe soumet au jugement de l'Académie un système de son invention pour prévenir les ^w/to (/e j/os d'éclairmje, d'eaux forcées, etc. " Ces moyens, dit l'auteur, consistent principalement dans une double enveloppe de tuyaux de conduite et dans ini système de robinets aussi simple dans sa construction qu'efficace dans son emploi. » M. Plagxiot prie l'Académie de vouloir bien faire examiner lui niveau de son invention dont il envoie un modèle. (Renvoi à l'examen de MM. Mathieu et Delaunay.) CORRESPONDANCE. M. LE MixVisTRE DE LA Marixe adrcsse, pour la Bibliothèque de l'Institut, un exemplaire du nnmérode juillet delà « Revue maritime et coloniale ». M. le Secrétaire PERPÉTCEi, présente, au nom de l'auteur, M. Annibal de Gasparis, un Mémoire « sur la détermination des orbites planétaires ». M. Delaunay est invité à faire de ce Mémoire, qui est écrit en italien et publié à Naples, l'objet d'un Rapport verbal. M. LE Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la Cor- respondance, un nouveau volume des " Grandes Usines delà France », par M. Turgan, et appelle l'attention sur les planches gravées qui s'y trouvent, notamment sur les clichés de M. Dulos. ( io6) ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur une classe d'équations du quatrième deqré. Extrait d'une Lettre adressée à M. Hermite par M. Brioschi. « Permettez-moi de vous entretenir un moment de quelques relations entre les équations analogues à celles du multiplicateur, dans la théorie des fonctions elliptiques, et celles de la théorie des formes cubiques à trois in- déterminées; ces relations, établissant une nouvelle liaison entre ces formes et la transformation du troisième ordre des fonctions elliptiques, peuvent avoir quelque intérêt pour vous qui le premier avez signalé un fait analy- tique de la même espèce. Soient ST les invariants d'ime forme cubique ter- naire U ; s, t ceux de sa transformée canonique : x' + ^^ + z' -+- 6 Ixjz ; en indiquant avec d le déterminant de la substitution propre à réduire U à la forme canonique, on aura S^d's = hdH[P-\), T = dH = d'{8l' +20/' et les racines X,, .r,, X3, x^ de l'équation (i) x*-6Sx= + 8Tx-3S= = o peuvent s'exprimer au moyen des formules 13 \fx]^ld\J — 6, \^JC2^{l — i)d\J^, y/jc^^Çl — ix)d\/'2, \Lvt=[l — a.'^)d\Ji, a étant une racine cubique imaginaire de l'unité; c'est-à-dire, les deux pro- priétés évidentes des coefficients de l'équation supérieure donnent pour les racines les deux conditions y/xa + v/xj + v^Xj = — \J — 3x,, y/xj + a y/xg + a} \/x, ^ o . Or on peut déterminer deux, et seulement deux fonctions entières de yjx, qui ont la propriété de vérifier deux équations linéaires analogues aux précédentes. En nommant \/X une quelconque de ces fonctions, et X,, Xj,..., les valeurs de X correspondantes à x = x,,X2,..., on doit avoir pour ces fonctions VX -(- v'Xj + s/X, = - y/- 3X, , VXj +ûLsjX,-\- a? y/X, = o, et l'on trouve très-facilement que ces fonctions sont (a) VX=V^> VX = (x'-7Sx-i-8T)v'^. ( I07 ) Évidemment l'équation dont les racines sont données par les valeurs de la seconde de ces fonctions correspondantes à x = x,, Xj,..., aura la forme de l'équation (i), et cela aura lieu aussi pour l'équation dont les racines sont les valeurs d'une fonction linéaire des deux fonctions (2) correspondantes à x = x,, .Tj,.... Or on a le )) Théorème I. —L'équation dont les racines sont données parles valeiirsde l'expression correspondantes à a: = X,, Xn,...,esl la suivante: X' - es^^jX^- + 8T,4X - 3 s:, = o, Sab-i T^ab indiquant les invariants de la forme rtU + ^H, et H le hessien de la forme U. » J'ai cherché aussi les deux fonctions entières de s/x qui satisfont aux équations suivantes : v/x"j + v/X3-f-vX, = v/-3X,, v/X^+aV^s+K^X, = 0; elles sont (x'-5Sx + 8T)V^, (x--5S)v'x, et l'on a » Théorème II. — L'équation dont les racines sont données par les va- leurs de l'expression (3) ^X=-\[a[x'-SSx + 8T)-b(lx^-5S)]s/x, correspondantes à x = x,, Xj,..., est la suivante : X* — eS-'^X^ + ST-'^X - 3 (S'^'-f = o, S"*, T"* étant les invariants de la forme cubique a'S + b^, et $,^lesdenx contre-variants du troisième ordre de la forme U. » Corollaire 1. — En supposant dans l'expression (2) a = 0, b=i, on aura VX=^(x'-7S;c + 8T) yjx, de laquelle, au moyen de l'équation (1), on déduit X= — -2T; ( '08 ) mais dans ce cas S,i = 4T=-3S^ T,4 = 9S=-8r, par conséquent, en substituant dans l'équation X' _ G (4r - 3S^) X= + 8T(9S^ _ 8r) X - 3(4'P - 38=»)' = o, l'expression 38" )■ — sT au lieu de X, on obtiendra l'équation à racines réciproques de l'équation donnée. » Corollaire 2. — En supposant dans l'expression ( 3 ) a = i , b = o, on aura par l'équation (i) X = 3S fa:+-^- 2T, mais dans ce cas, S°* = 4(T= + 3S=), T''* = 8T(9S'— T»). Par conséquent, en posant au lieu de X, dans l'équation X* - 24 (T= + 38' ) X^ + 64T (gS' - T=) X - 48 (T= 4- 3 S')^ = o, l'expression X = 2(6Sj-T), on aura l'équation (4) i2Sj*-8Tj=-6S=j='+6STj-T-- 7S' = o, dont les racines auront, avec les racines de l'équation (i), la relation ^=7i^+|)' comme vous l'avez déjà démontré. » En dernier lieu, en supposant a:=o, h= — i , on a X_— g^--6-, et on obtiendra l'équation à racines réciproques de l'équation (4)- » PHYSIQUE. — Réponse de M. A. Dcpré à des remarques qui le concernent dans une communication de M. Reech. Note présentée par M. Bertrand. M M. Reech affirme la possibilité d'établir, sans avoir recours au principe de l'équivalence, l'équation (i) xL = {i-hat)y ( 109 ) que j'ai démontrée dans le Compte rendu du 1 8 mai, C'est là une erreur que, dans l'intérêt des travaux présentés en mon nom à l'Académie depuis plu- sieurs années, je ne puis éviter de combattre. )> L'équation (i) renferme des quantités L et X' définies et mesurées avec grand soin par M. Regnault, le coefficient limite a de dilatation des gaz et la température, sur la définition de laquelle il est inutile que je levieiine ici. Cette relation m'a permis de prévoir des faits remarquables que les expéri- mentateurs ne manqueront pas de vérifier. » M. Reech n'arrive à rien de tel, puisqu'il conserve jusqu'à la fin des fonctions inconnues de la température R, r, qu'il ne précise pas suffisamment, car il omet de dire si les dilatations dont il parle ont lieu avec ou sans travail complet. Quand bien même les quantités R et r, qui dépendent du travail mécanique tant interne qu'exlerne et par suite de l'équivalent dont l'utilité est contestée dans cette question, seraient remplacées par des quantités con- nues, il resterait à établir la valeur de la fonction T donnée sans démonstra- tion, et mes précédents travaux montrent que cela n'est possible qu'en s'appuyant sur les principes de l'équivalence et de l'égalité de rendement. » M. Ciausius, dont, à mon grand regrel, je ne connais pas les travaux écrits dans une langue autre que la mienne, a adressé à l'Académie une réclamation de priorité relative à la même formule. Je pense qu'il n'en a point tiré les mêmes conséquences que moi et que son mode de démons- tration est tout différent; toutefois, les extraits insuffisants que j'ai lus ne m'autorisent nullement à parler de ce sujet en détail, et j'attendrai la déci- sion de la Commission nommée par l'Académie. » MÉTÉOROLOGIE— Sur l'existence à la Havane des arcs surnuméraires et sur les arcs-en-ciel obseivés en tSGa. Lettre de M. Andrès Poey à M. Élie de Beaumont. « Les théories de Descartes et de Newton sur l'arc-en-ciel ne tiennent nullement compte des arcs signalés en 1666 par Mariotte, nommés supplé- mentaires et surnuméraires par Young, et secondaires par Arago; arcs en géné- rai alternativement ronges et verts qui bordent à l'intérieur l'arc-en-ciel de premier ordre. La théorie de Young, fondée sur l'interférence des rayons, soumise à une solution analytique par 3L Airy et expérimentalement par JNL Miller, paraît être plus satisfaisante. » D'après la dernière théorie, les arcs surnuméraires exigeraient au moins C- R., i863, 2">= Semestre. (T. LVII, N» 2.) l5 ( 'lo ) Il ois conditions essenliellos à lenr complèle formalion : i" le plus giand noirihre de gouttes d'eiui ; 2" leur |)lus parfaite spliéricité; 3° leur plus petite dimension possible. On voit de suite l'intérêt qui se rattache à l'étude de ces arcs sous toutes les latitudes du globe; car, ainsi que l'a très-judi- cieusement observé Arago, si dans quelques légions les arcs surnuméraires manquaient toujours, il faudrait en conclure que toujours aussi la pluie s'y détache des nuages à un état de grosseur inusité, assignable d'ailleurs par le calcul. Cette simple manifestation optique pourrait donc nous donner une idée assez exacte sur la distribution géographique de la quantité d'eau de pluie. D'un autre côté, si ces arcs ne s'étendent point jusqu'à l'horizon, n'est-il pas curieux, remarque Arago, de trouver dans une particularité de l'arc-en-ciel la preuve que la quantité de pluie doit être d'autant moindre qu'on la reçoit dans un récipient plus élevé! )i Slalheureusement l'étude des arcs surnuméraires dans la région équa- toriale du globe a été très-négligée. Les observations de M. d'Abbadie ne concordent nullement avec les miennes; car tandis que ce savant affirme n'avoir jamais aperçu d'arcs surnuméraires à Olinde (Brésil) et dans les régions équinoxiales, même par une pluie d'une extrême finesse, à la Havane, au contraire, je les observe très-souvent jusqu'au point d'avoir vu même trois alternances d'arcs rouges et verts, et d'autres fois Varc verl- jaune-serin si^mdé pdv Langwitli et dernièrement par M. de Tessan. Arago ajoute encore que les observations faites pendant la camj)agne de ta Vénus confiinient plutôt qu'elles ne contredisent les remarques de M. d'Abbadie. Bouguer aussi avait souvent observé les arcs surnuméraires sur la Cordillère du Pérou où le ciel est quelquefois de la plus grande sérénité. )) Voici maintenant quelques faits principaux observés en 1862 dans ces arcs. Le 28 mai à G'' 22™ du soir, on vit un double arc-en-ciel dont l'intérieur n'offrit qu'une bande jaunâtre et surnuméraire. Le 28 juillet à 6 heures du soir, un arc-en-ciel complet et d'un grand éclat présenta une double rangée d'arcs surnuméraires à trois teintes disposées ainsi : rouge, jaune et vert. Ce qu'il eut de remarquable fut que l'arc-en-ciel se prolongea dans une étendue de 10 degrés sur l'azur du ciel, où il n'y avait la moindre trace ni de nuages, ni de vapeur d'eau. Le polariscope bis-quartz et à double rota- lion d'Arago n'accusa même pas la plus légère différence de ton dans la comparaison que je fis avec d'autres portions du ciel bleu. Le plan de pola- lisation était horizontal ou parallèle à l'horizon. La même observation a été faite le 22 octobre à 8 heures du matin, mais d'une manière plus inté- ressante : c'était un double arc-en-ciel, où les couleurs de l'arc de second ( «tl ) ordre apparaissaient l)ien plus inten.ies et détinies sur ia portion bleue du ciel que sur la partie nuageuse. Il disparut quelques minutes après, et alors les couleurs de l'arc-en-ciel de premier ordre et celles de la double ranaée d'arcs surnuméraires verts et rouges qui l'accompagnaient prirent plus d'éclat. » J'avais déjà observé ce phénomène le 3o septembre 1839 à 5 heures du soir : sur des fragments de cumulus passagers, qui versaient des gouttes d'eau à leur passage au zénith, il s'était formé un arc-en-ciel complet. Lorsque ces cumulus eurent cessé de traverser cet espace, l'arc-en-cic! demeura toujours visible sur l'azur du ciel pendant dix minutes, sans altéra- tion de son éclat ni sans perdre aucune de ses couleurs. Ensuite le bleu s'effaça le premier, probablement par la difficulté de le distinguer du fond de même teinte, car ce fut ensuite l'exlrémité la moins réfrangible, à partir du roiige, qui commença à disparaître. Le 12 février i836, M. Wartmann observa à Genève un arc-en-ciel par lui temps serein. » Non-seulement ce fait est incontestable, mais encore toute la série de phénomènes météorologiques qui dérivent des nuages s'observe sous un ciel parfaitement serein et parfois d'une grande diaphanéité. J'ai fait voir en i855 que les vapeurs élastiques, dont la dissémination ne trouble point ou ne trouble que fort peu la pureté de l'air, peuvent se groiq;cr et former de véritables nuages transparents. » Voici un autre phénomène, bien plus remarquable et, à ma connais- sance, jusqu'ici sans exemple. Le 17 novembre, à 7 heures du matin, une por- tion d'arc-en-ciel de ao degrés apparut au N.-N.-O. sur des cumulus couleur d'ardoise claire. Tout à coup la portion d'arc, conq^rise vers le N. jusqu'à 8 degrés d'élévation au-dessus de l'horizon, fut animée durant trois minutes d'un mouvement vibratoire assez rajjide, suivant la normale de l'arc, de manière à présenter une série de bandes transversales alternativement colorées et obscures. Toutes ces bandes semblaient converger vers le centre de l'arc-en ciel où justement se trouvait un cumulus plus obscur que ceux du fond. Il y avait en outre deux séries d'arcs surnuméraires, et l'ensemble de cette apparition ne dura que cinq nunutes.Une heure plus tard, à 8 heures, une autre portion d'arc-en-ciel double et d'égale dimension que la pre- mière se présenta au même endroit. L'arc primaire était plus brillant que l'arc secondaire, et dans les deux le violet atteignait l'horizon, le premier ayant offert trois rangées d'arcs surnuméraires. C'était le plus grand nombre d'alternances que j'avais observé jusqu'ici; mais M. Haidiuger a présente, dans la séance du l'i mars 1862, à l'Académie des Sciences de Vienne, la i5.. ( '12 ) description d'un triple arc-en-ciel avec cinq séries d'arc surnuméraires qu'il aurait observés. » Je ne puis mieux comparer le mouvement vibratoire de la portion d'arc-en ciel du 17 novembre, ainsi que l'effet des tranches annulaires, alter- nativement colorées et obscures, résultant de cette vibration, qu'aux phé- nomènes de la lumière stratifiée dans les tubes de Geissler, lorsque le cou- rant électrique est très-intermittent. Cette circonstance m'a rapporté à la mémoire la théorie mécanique de M. Riess sur la stratification de la lumière électrique. Pour que la stratification ait lieu dans le sein de l'atmosphère, il suffirait d'un état plus ou moins considérable de raréfaction, accompagné d'une tension électrique pins ou moins forte. Or ces deux conditions peuvent fort bien exister sous un ciel orageux. Le cumulus qui occupait le centre de l'arc-en-ciel, et vers lequel les stries allaient converger, électrisé de signe contraire au fond nuageux du ciel, aurait pu encore exercer une puissante attraction siu- la lumière de l'arc-en-ciel. » Langwith dit qu'il n'a jamais vu des arcs surnuméraires vers l'horizon, ce qu'il attribuait à d'autres propriétés qu'auraient les gouttes d'eau vers la base de l'arc. Arago affirme aussi <( que dans les régions inférieures, près de » l'horizon et même assez haut au-dessusde ce plan, on n'en aperçoitjamais » de traces, du moins en Europe. » Ces assertions sont en partie démenties à la Havane, car j'ai parfois vu très-distinctement les arcs surnuméraires se prolonger jusqu'à l'horizon, mais je n'en ai jamais aperçu dans l'arc-en-ciel de second ordre. On a observé en 1862, à l'Observatoire delà Havane, quatre- vingt-dix-huit arcs-en-ciel, soit complètement formés, soit n'offrant que des portions d'arcs détachés et isolés. Voici leur distribution mensuelle com- parée au nombre de jours de pluie : Mois. .Arcs-en-ciel. Jours de pluie. Alois Arcs-cn-ciel. Jours de pluie Janvier 2 4 Juillet 10 18 Février 2 8 Août 19 16 Mars I 8 Septembre... 4 ^i Avril 2 4 Octobre 20 24 Mai M 17 Novembre... 7 16 Juin i3 22 Décembre... 7 i5 Total 98 >' Ce tableau fait ressortir une relation assez intime qu'il y aurait entre le nombre d'arcs-en-ciel et le nombre de jours de pluie durant les deux sai sons bien caractérisées de notre climat. Il y a cependant une exception ( «13 ) remarquable pour le mois de septembre, où, sur vingl et un jours de pluie, on n'aurait observé que quatre arcs-en-ciel dont un seul fut complet et double. Cette différence ne paraît consister ni dans l'état nuageux du disque solaire, ni dans la quantité de nuages visible à l'opposé du soleil, mais plutôt dans quelque condition particulière de leur constitution phy- sique. Pour confirmer cette hypothèse, j'ai fait le relevé de 1 état de diapha- néité du disque solaire aux heures où l'arc-en-ciel généralement se mani- feste, c'est-à-dire de 6 à 9 heures du matin et de 3 à 6 heures du soir, en tenant également compte du lever et du coucher de cet astre durant ces deux mois. Le tableau stùvant indique le nombre de fois que le soleil avait disparu au moment de l'observation horaire : Octobre. Différence. 5 1 fois . 6 48 » :.(-) 14 » 9 Septembre, Soleil couvert . . . . 45 fois. Soleil nébuleux . . 5o :> Pluie invisible. . . . 5 » Total 100 fois. 1 1 3 fois . 1 3 » On voit donc qu'en octobre précisément le disque solaire a été dans treize occasions plus couvert qu'en septembre. Nature des arcs-en-ciel suivant leur apparition. Portion d'arcs simples 76 cas. Portion d'arcs doubles 7 « Portion d'arcs simples avec arcs surnuméraires 3 « Portion d'arcs doubles avec arcs surnuméraires 1 » Arcs-en-ciel complets simples. . . . 8 » Arcs-en-ciel complets doubles [ >. Arcs-en-ciel complets simples avec arcs surnuméraires o » Arcs-en-ciel complets doubles avec arcs surnuméraires 2 » Arcs-en-ciel complets et partiellement doubles avec arcs surnuméraires. i » Arcs-en-ciel du matin 27 » Arcs-en-ciel du soir 76 u Direction des portions d'arcs. N aras. E.-S.-E. . . 7 cas. O.-NO 3 cas. N.-N.-E... 6 1. S.-E 23 » N.-0 11 ■ N.-E 17 » S.-S.-E. .. 2 .. N.-N.-0 3 >. E.-N.-E... 2 » S.-0 4 " Région zénithale. t £ 4 » I .. 3i cas. 37 cas 18 cas. (■>/,) » On remarque dans ce lableau : i° une grande disproportion entre les arcs-en-ciel complets qui sont uniquementaunombrede seize, elles portions d'arcs qui s'élèvent au contraire à quatre-vingt-sept apparitions; i° que les arcs surnuméraires ont accompagné d'un côté les arcs-en-ciel complets, mais (ntiérenient ou partiellement doubles, et jamais l'arc primaire et simple, tandis que d'autre part il n'y a eu qu'un seul cas de portion double d'arcs qui en ait offert ; 3° que les arcs-en-ciel, de 3 à 7 heures du soir, dépassent grandement ceux observés de 6 à 9 heures du matin, et qu'au delà de ces heures ils sont très-rares; 4" que, par suite, les portions d'arcs sont bien plus fréquentes vers l'E. que vers l'O., ayant excédé le S.-E. de sept cas sur le N.-E. » PHYSIQUE DU GLOr.E. — Oscillations du sol manifestées par des jterlurbalioiis dans le réf/inie de quelques pidts attésiens. Note de MM. Degousée et Laurext. « Pendant l'année 1862, les deux sondages de Saâda et Solthans, cercle de Bou Saâda (Hodna), province de Constantine, présentèrent des accidents très-extraordinaires. M. Jus, directeur des travaux, nous informa des faits qui se produisaient. Isolés, ces faits pouvaient se ranger dans la catégorie des accidents qui affectent quelquefois les travaux de sondage, obstruc- tion, par suite de la chute du ciel argileux qui recouvre souvent les couches sableuses aquifères, écrasement des colonnes par les argiles, etc. Mais les circonstances ordinaires ne se présentaient pas suffisamment pour justifier uniquement ces idées. Il y avait là des causes qui agissaient plus énergique- nient que d'habitude et qu'il était difficile de s'expliquer ; aussi, aux bonnes indications que M. Jus nous donnait sur la nature de ces accidents, se représentant de nouveau après leur réparation, nous ne pûmes que lui répondre : « Vos accidents sont bien singuliers ; n'avez-vous jamais pensé à des )i oscillations souterraines du sol? En Espagne, dans le sud, que j'ai par- » couru l'année dernière, on a établi un système d'observations qui a permis )> de constater vingt-trois secousses en une année. A Naples, lors d'une » éruption du Vésuve, sans tremblement de terre apparent, nos deux sondes )) ont été simultanément prisonnières au forage du Palais et à celui de " la Victoria. » » Les puits ont été réparés et avaient repris leur écoulement depuis plu- sieurs mois; leur débit était régulier, et tout faisait supposer cjue leur ( i>5 ) régime était définilivemen! établi, lorsque nous reçûiiies la Lettre suivante (le M. Jns, accompagnant son Rapport hel)domaclaire des travaux. « Sondage d'El AnatI, i3 juin i8('i3. » Messieurs, .) Il vient de se passer daiis le Hodna un fait météorologique dont je » m'empresse de vous rendre compte. » La journée du lo juin avait été insupportable; la température était de » 37 degrés à midi par un vent d'ouest, et l'atmosphère chargée au point M qu'il était difficile de respirer. » Vers 5 heures du soir le vent a cessé, et tout laissait à présumer que )) nous aurions une nuit tranquille, lorsqu'à i i heures du soir un ouragan )> terrible s'est élevé dans la plaine : lèvent d'ouest soufflait avec une telle » violence, qu'il lançait dans le vide des cailloux aussi gros que des noix ; )) le ciel était en feu au nord, le tonnerre grondait, toutes les tîntes arabes » étaient par terre, déchirées en morceaux, et les femmes jetaient des cris de " frayeur, croyant à la fin du monde. L'eau de la source d'El Anatt )i avait 26 à 27 degrés au moins; dans les réservoirs, elle a conservé cette » température pendant tout le temps de l'ouragan. Quant à nous, nous » étions cramponnés à la chèvre et aux tentes qui étaient restées de- « bout. A minuit, le vent était tellement fort, que j'ai pensé pour un mo- » ment à ce que nous allions devenir, lor.sque tout à coup une violente i) secousse (je n'ose dire un tremblement de terre, cependant c'est bien le » mot que je devrais employer) a apaisé la tempête comme par enchante- « meut. De mémoire d'indigène on n'avait jamais vu cela. )i Le II, mon premier soin fut de prendre des nouvelles de nos puits, et )) voici les résultats qu'on m'en a rapportés : " Ain Kelba. — La cuve s'est affaissée pendant l'ouragan ; l'eau a cessé )i de couler et a repris son cours primitif; les arbres ont été déracinés. » Saula. — S'est arrêté entièrement la nuit du 10. » Solthans (le dernier puits). — A cessé de couler la nuit du lo, a repris )) son cours le 1 1 et a disparu de nouveau. » J'ai organisé de suite une petite chèvre que j'ai installée sur le puils de » Solthans; la soupape descendue m'a donné l'explication suivante de l'ar- » rêt de l'eau. " Les tuyaux neufs d'ascension sont encore broyés à 71 mètres (même )) profondeur qu'à Saïda, ,et les terrains bouchent le passage de la source). » Il y a vraiment de quoi être découragé; je sais bien qu'il n'y a nulle- ( "6 ) i> ment de noire faute, c'est bien malheureux de voir un travail qui m'a » donné tant de misères être détruit par des causes inconnues. » » Ici les effets d'oscillations du sol ont été sensibles, et on ne peut guère mettre en doute leur influence sur les couches aquifères. La secousse de tremblement de terre dans le Ilodna ne se trouvc-t-elle pas confirmée par celles qui, les jours suivants, sont venues agiter si vigoureusement le sol de l'Espagne méridionale. » P. S. Jusqu'à présent, ces singuliers phénomènes ne se produisent que dans cette localité. Tous les autres puits restent dans les conditions régulières d'un écoulement constant. « M. Élie DE ÏÎK.\iJMOXT fait remarquera cette occasion qu'on a pu, pour d'autres forages artésiens, constater le rapport dont .MM. Degousée et Laurent citent des exemples. Ainsi M. Hervé Mangon ayant déterminé pres- que journellement, depuis près de deux ans, la quantité de matières ter- reuses tenues en suspension clans l'eau du puits arlésien de Passy, a constaté que les époques où la quantité de ces matières avait subi une augmentation exceptionnelle avaient correspondu à celles pour lesquelles les relevés de M. Alex. Perrey accusaient des trépidations du sol en différents pays. PALÉONTOLOGIE. — Nouveaux ossements fossiles adressés poj' M. Husson. Lettre à M. Élie de Beaumont. « Toul, le i" juillcl iSCÎ. « Vous avez été assez bienveillant pour présenter, lundi, ma Note à l'Académie, et vous avez demandé l'analyse de la dent d'éléphant. Peut-être auriez-vous désiré avoir quelques autres ossements. Aussi je m'empresse de vous en adresser par le chemin de fer. Ce sont : » N" 1. Débris d'une dent étiquetée chez moi n° i; » N° 2. Débris d'une dent étiquetée n° i; » N" 5. Petite portion d'os trouvé dans le diluvium des fortifications; » N** 4. Débris provenant du même terrain et du même endroit; u N" o. Grande |)orlion d'os trouvé il y a quinze ou vingt ans dans le même lieu, je crois. Je reverrai mes notes à ce sujet, et s'il n'en était pas ainsi je vous l'écrirais. » Les quatre dents ou portions de dent non enveloppées proviennent du terrain remanié des forlificalions. » Les ossements adressés par M. Husson seront remis à M. Chevreul, avec prière d'en faire l'analyse. ("7) M. DiTiiocssET, qui avait présenté en mars dernier un Mémoire sur les populations de la Perse, demande et obtient l'autorisation de reprendre ce Mémoire qui n'a pas été l'objet d'un Rapport. L'auteur a reproduit sous une forme un peu plus développée ses observations dans un opuscule dont il offre un exemplaire à l'Académie. M. Altobelli, qui avait précédemment adressé d'Aquila un Mémoire imprimé « sur l'emploi de la poudre de salsepareille dans les inflammations érylhémateuses etphlegmoneuses », prie l'Académie de lui faire savoir si ce travail, sur lequel il souhaitait obtenir son jugement, a été l'objet d'un Rapport. (Renvoi à M. Andral à qui l'ouvrage avait été soumis.) M. Jeanjaquet, qui avait précédemment soumis au jugement de l'Aca- démie un Mémoire sur les taches du soleil, puis un appendice à ce travail, adresse aujourd'hui un deuxième supplément qui est renvoyé comme l'avaient été les deux premières pièces à l'examen de M. Babinet. M. DE Crena présente un Mémoire sur un appareil qu'il a imaginé pour obtenir instantanément le nombre des membres d'une assemblée, et, en cas de scrutin, la répartition des votes. M. Dupin est invité à prendre connaissance de ce Mémoire et à faire savoir à l'Académie s'il est de nature à devenir l'objet d'un Rapport. La séance est levée à 5 heures et demie. E. D. B. BULLETIN BIBLIOGRAPniQCE. L'Académie a reçu dans la séance du i3 juillet i863 les ouvrages dont voici les titres : Éludes de Balistique théorique et expérimentale, ajrant particulièrement pour objet les nouvelles armes à feu portatives de l'armée impériale et royale et les carabines Minié de r arméejrançaise ; par J.-G. BOEHM (extrait des Annales de la Société royale des Sciences de Bohème); traduit de l'allemand par E. Taudieu. Paris, i863; vol. in-8° avec 3 planches. (Présenté au nom de l'auteur par M. iMathieu.) Essai d'une Flore mjcologique de la région de Montpellier et du Gard. — C. R., i8G3, 2"" Sewcslre. (T. LVII, N» 2.) l6 (ii8) Observations sur les Acjaricinés, suivies d'une énumération métliodique, par J. DE Seynes. Paris, i863; in-8° avec planches. (Présenlé au nom de l'auteur par M. Duchartre.) Les Grandes Usines, éludes induslrielles tu France et à l'étranger; par Turgan; 3"^ série. Paris, i8G3; vol. in-4°, avec de nombreuses planches. Etudes sur les populations de la Perse etpa^s limitrophes pendant trois années de séjour en Asie; par le commandant E. DuHOUSSET. (Extrait de la Revue Orientale et Américaine.) Paris, i863; br. in-8°. Lettres sur les révolutions du globe, par Alexandre Bertrand; 6" édition, précédée d'une préface par J. Bertrand, Membre de l'Institut. Paris; vol. in-i2. Du refroidissement nocturne et de l'écliauj/ement diurne, pendant l'hiver de Montpellier, des diverses espèces de terres cultivées; par Charles Martins. ( Extrait du tome V des Mémoires de l 'Académie des Sciences et Lettres de Mont- pellier, année i863. ) Montpellier, i863; in-4°. Formule générale pour trouver la latitude et la longitude par les hauteurs hors du méridien ; par honis Pagel. Paris, i863; br. in-8°. Mémoires de la Société d'Agriculture, Commerce, Sciences et Arts du dépar- lement de ta Marne ; année 1862. Chalons-sur-Marne; vol. in-8°. Mémoires de la Société des Sciences naturelles et archéologiques de la Creuse ; t. III. Guéret, J862; in-8<*. Verhandlungen. .. il/emones de la Société des Naturalistes de Baie; 3° partie, 4* et dernière livraison. Bàle, i863; vol. in-8°. Ueber... Sur la parallaxe de l'étoile "LL 7.12.^^; par A. Krueger. (Extrait des Mémoires de la Société des Sciences finlandaise.) Helsingfors, i863; br. in-4°. Rapporti... Rapports entre les accumulations électriques sur deux sphères conductrices de rayon connu exprimés en termes finis; par le prof. VOLPICELLI. (Extrait des Alti délia Acadcmia de Nuovi Lincei.) Rome, i863; in-4". Rendiconto... Société royale de Naples. Comptes rendus de l'Académie des Sciences physiques et mathe'matiques ; 2® année, fasc. 6, juin i863. Naples, i863; inV,". Suila... Mémoire sur la détermination des orbites planétaires ; par M. Anni- bal DE Gasparis. (Extrait des J(a' délia R. Acudeniia délie Scienze fisiche e matemaliche.) Naples, i863; in-4°. Planta... Plantes cryplogamiques de l'ordre des Champignons, du genre Aspergillus, «/xV-c glaucus (Fries;, trouvées dans le poumon humain; par le D' Carlos May FiGUEiRA. Lisbonne, 1862; in-8°. ( "9 ) Ouvrages adressés par M. Vatteinare. Report... Rapport du Surintendant de la topographie des côtes sur les tra- vaux exécutés dans le cours de l'année iSS'j. Washington, i858; vol. in-4°. Transactions... Transactions de la Société centrale d' agriculture de l'Étal de New-Vork, avec un résumé des Comptes rendus de la Société agricole des comtés; t. XX, année 1860. Albany, 1861 ; vol. in-8°. Address... Discours prononcé devant la Société centrale d'Agriculture de l'Etat de New -York, le "i février 1862; par G. Geddes. Albany, 1862; br. in-8°. Transactions... Transactions de la Société d'Agriculture de l'Étui dt^ Connecticut pour l'année 1859. Hartford, 1860; in-8°. Médical... Communications médicales et Bulletin de la i']^ convention médi- cale du Connecticut pour l'année 1862; nouvelle série, 11° 23. New-Haven, i862;in-8°. Tijdschrift... Journal d'Entomologie , publié par la Société d'Entomologie néerlandaise, sous la direction de MM. J. Van der Hoeven et M. -G. Verloren ; vol. II, III et IV, et livraisons i, 2 et 3 du vol. V; 1859-1861, livr. in-8°. Bryologia Javanica,seu Descriptio muscorum frondosorum Archipelagi Indici, iconibus illustrata ; auctoribus F. DoZY et J.-IÏ. MOLKENBOER, post mortem auctoTum edentibus R.-B. Van den Bosch et G. -M. Van der Sande Lacoste; fasc. 12 a 22. Lugduni Batavoruin, i858et iSSq; livraisons in-4°. Kruidkundige. . . Observations sur la botanique des Indes néerlandaises ,• par M.G.-L. Blume; liv. i à 3 et 5 à 17. Batavia, 1825-1826, 16 livraisons in-8''. (La 4* manque.) Ijerigten... Comptes rendus et communications de la Société d'Agriculture et de Botanique d'Utrecht; vol. I, livr. 1-6, et vol. II, livr. i; 1843-1849, 7 livraisons in-4''. Boiiwstoffen... Matériaux pour servir à une faune des Pajs-Bas; par J.-A. Herklots ; vol. I, vol. II, n°» i et 2 ; vol. III, n° i. Leyde, i853-i859; 4 livraisons in-8°. Magazijn... Magasin d' Agriculture et de Botanique; par J.-C. Ballot. Utrecht, 1 857-1 858; 6 livraisons in-8°. Afwijkingen... Observations météorologiques et thermoméiriques dans les Pays-Bas en 1857 et i858 {Magasin d'Agriculture et de Botanique) ; br. in-4''. Jaarboek... Jnnuaire de la Société royale Néerlandaise pour iencourage- mcnt de l' horticulture ; année i854; in-8°. ( >20 ) Flora... Flore des Indes néerlandaises; par F.-A.-W. Miquel; i" cahier. Sumatra-Amsterdam, 1860; in-8°. De bodem... Le terrain sur lequel repose la ville d^ Amsterdam ; par V . Hah- TiNG. Amsterdam, i85a. iii-4° avec planches. Tuinbouw-Fiora... Flore des Pays-Bas cl de ses colonies; vol. I, II et 111, années i854, i855 et i85G. Leyde, livraisons in-8° avec planches. Annales d' Horticulture et de Botanique, ou Flore des jardins du royaume des Pays-Bas, et histoire des plantes cultivées les plus intéressantes des possessions néerlandaises aux Indes orientales, de r Amérique et du Japon ; publiées par la Société royale d'Horticulture des Pays-Bas ; vol. II à V, 1859-1862. Leyde, livraisons in-8° avec planches. Report... Rapport de la Commission des Brevets d'invention pour l'an- née 1860; Arts et Manufactures ; \o\. I et II. Washington, 1861 ; 2 vol. in-S". Report... Rapport de la Commission des Brevets d'invention pour l'an- née 1861 ; Agriculture. Washington, 1862; vol. in-8''. rnmoc^^^t COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES SÉANCE DU LUNDI 20 JUILLET 1865. PRÉSIDENCE DE M. VELPEAU. MEMOIRES ET COMMUXICATIOIVS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. GÉOLOGIE.— Tableau des données numériques qui fixent iSg cercles du réseau pcntacjonal; par M. L. Eue de Beaumoxt. « J'ai eu riionneiir d'entretenir plusieurs fois l'Académie des grands cercles qui composent le réseau pentagonal^ et des nombres par lesquels on peut exprimer la position de chacun d'eux sur la sphère terrestre. » La position d'un grand cercle est fixée sur le globe lorsqu'on donne la longitude L du méridien auquel il est perpendiculaire, et la longueur de l'arc b de ce méridien compris entre le pôle de la terre et le point d'in- tersection. Un grand cercle est toujours divisé par l'équateur en deux parties égales, situées l'une dans l'hémisphère boréal et l'autre dans l'hémi- sphère austral. Dans chacun des deux hémisphères, il coupe perpendicu- lairement un méridien, et les longitudes L et L'de ces deux méridiens diffè- rent de i8o degrés, tandis que relativement aux deux intersections, les distances polaires b sont les mêmes. Pour nous, habitants de l'hémisphère boréal, il est naturel de considérer de préférence l'intersection située dans cet hémisphère : je l'ai fait constamment. » Lorsqu'un grand cercle présente, comme ceux du réseau pentagonal, des points d'un caractère spécial situés à des distances assignables l'un de l'autre, il faut encore, pour ne rien laisser d'indéterminé dans sa position, donner la longueur de l'arc c compris entre l'un de ces points remarquables et l'intersection orthogonale avec le méridien. » Je suis en mesure de mettre aujourd'hui sous les yeux de l'Académie le tableau des valeurs numériques des quantités Ij, b et c pour un certain nombre de grands cercles du réseau peiitagonal, savoir : pour les 6i cercles principaux, et poiw 98 cercles auxiliaires; iSg en tout. Parmi ces grands c. R., iS63, 2"^' Semestre. (T. LVII, N» 3.) '7 ( 122 J cercles sont compris tous ceux qui ont été employés ou essayés pour repré- senter différents systèmes de montagnes. Les autres ont été calculés d'après diverses considérations qu'il serait inutile de mentionner ici. » Presque tous ces cercles sont gravés en lignes pleines ou diversement ponctuées, suivant les classes auxquelles ils appartiennent, sur le globe de M. Dien, de 3o centimètres de diamètre, sur lequel M. Laugel a tracé, d'après mes données, avec une intelligence et une dextérité remarquables, le réseau pentagonal: on pourra les y trouver et les y suivre de l'œil très- facilement. J'ai riionneur de déposer un exemplaire de ce globe sur le bureau de l'Académie. « Je ne reviendrai pas en ce mouieut sur les définitions des différentes classes de cercles du réseau pentagonal. J'ai donné à cet égard les détails nécessaires dans ma Notice sur les systèmes de montagnes, p'. SgS et suivantes. Je me bornerai à expliquer la forme que j'ai cru devoir donner aux tableaux numériques qui forment l'objet principal de ma communication actuelle. » Chacun des cent cinquante-neuf grands cercles dont j'ai fixé la position y occupe une ligne contenant trois nombres de degrés. Toutes ces lignes sont semblables, et chacune d'elles est indépendante de toutes les autres. L'ordre dans lequel elles seraient écrites avait en lui-même peu d'importance, et j'aurais peut-être préféré l'ordre alphabétique si j'avais pu trouver poiu' chacun des cent cinquante-neuf grands cercles, comme je l'ai fait pour quelques-uns des grands cercles principaux, une désignation géographique suffisamment claire et distincte. Ne pouvant, faute de [)areilles désignations, me réduire à un simple dictionnaire, j'ai adopté nn ordre méthodique au- quel je trouve l'avantage de fixer l'attention sur la manière dont les grands cercles du réseau pentagonal sont ajustés entre eux, ajustage qui, très-pro- bablement, n'a pas été sans influence sur l'ordre chronologique dans lequel se sont produites les différentes rides dont l'écorce solide du globe terrestre s'est successivement hérissée. » Ainsi que je l'ai déjà établi ailleurs (i), les quinze grands cercles pri- mitifs du réseau pentagonal forment cinq systèmes trirectangulaires ajustés entre eux suivant les lois de la symétrie pentagonale et corresjiondanl res- pectivement aux faces de cinq cubes inscrits dans la sphère (a). 1 1) Notice sur les systcinrs de moiitiigncs, p. goS. (2) Chacun de ces cinq systèmes trirectangulaires est susceptible de se confondre avec les quatre autres si on le fuit tourner successivement autour de ses quatre diagonales do 44°28'39" ou de ';5"3i'2i", ainsi que je l'ai indiqué dans les Comptes rendus, t. XXXUI, p. I 35 (séance du 1 1 août i85i), et dans ma Notice sur les systiiiies de montagnes, p. 909, et non de 180 degrés, comme je l'avais écrit par un lapsus calaiiti dans le Compte rendu de la séance du 9 septembre i85o i t. XXXI, p. 328). ( >23) » Les dix grands cercles que je nomme icosoéclriques ou octaédriques cor- respondent à la fois aux viugt faces d'un icosaèdre régulier et à celles de cinq octaèdres réguliers, un pour chaque système frirectangulaire. Dans la formation de ces cinq octaèdres, chaque cercle octaédrique est employé deux fois, ce qui augmente l'importance individuelle de chacun d'eux. » Les six grands cercles que j'appelle dodécaédriques rcijuliers corres- pondent aux douze faces d'un dodécaèdre régulier unique, qui est eu quelque sorte le résumé le plus simple de la symétrie pentagouale. » Enfin les trente grands cercles auxquels j'applique la dénomination de dodécaédriques rhomboidaux se divisent en cinq groupes, dont chacun appartient à l'un des cinq syslèmes Irirectangulaires et y leprésente un dodécaèdre rhomboïdal régulièrement adaplé au cube et à l'octaèdre. » Le tableau n° 1 présente, avec leurs données numériques respectives et avec des désignations géographiques faciles à retrouver sur le globe, les grands cercles qui correspondent aux cinq systèmes trirectangulaires, aux cinq octaèdres et au dodécaèdre régulier unique. » Le tableau n° 1 renferme les trente dodécaédriques rhomboïdaux, divisés en cinq groupes, dont chacun correspond à l'un des cinq dodé- caèdres rhomboïdaux. » Restaient à classer les grands cercles auxiliaires. « Parmi ces derniers, j'ai d'abord considéré les trente bissecteurs des angles de 60 degrés. » Ces grands cercles passent respectivement aux vingt points I pôles des octaédriques, où ils divisent respectivement en deux parties égales les angles de 60 degrés que forment en ces mêmes points les grands cercles primitifs du véseriu pentagonat. Passant chacun aux deux pôles d'un octaédrique, les bissecteurs dont il s'agit sont perpendiculaires à cet octaédrique qu'ils ren- contrent constamment en un point H extrémité d'un des axes de l'un des systèmes trirectangulaires. De là il résuite que chaque système frirectangu- laire contient six des bissecteurs que nous considérons, lesquels y sont pour ainsi dire conjugués à six octaédriques, auxquels ils sont respectivement perpendiculaires. Ces douze cercles correspondent aux vingt-quatre faces d'un hexalétraèdre, et les faces de l'bexatétraèdre se dédoublent suivant les lois ordinaires de l'hémiédrie, pour former deux dodécaèdres pentagonaux dont l'un est constitué par les octaédriques et l'autre par les bissecteurs des angles de 60 degrés. Mais chacun des trente bissecteurs ne concourt à former qu'un seul dodécaèdre pentagonal, tandis que chacun des dix oc- taédriques concourt à en former trois, ce qui est un nouveau signe de l'importance des octaédriques. » Les bissecteurs des angles de 60 degrés ont poiu- pôles les points a du 17.. ( 124 ^ réseau pentagonal. Le tableau n° 5 renferme ces trente bissecteurs groupés et rano'és conformément au rôle qu'ils jouent dans les cinq hexatétraèdres auxquels ils appartiennent. .. Les trente bissecteurs des angles de 36 degrés que forment aux centres des douze pentagones les grands cercles primitifs du réseau jouent un rôle analof'ue aux précédents et se conjuguent, de leur côté, avec les six dodé- caédriques réguliers, pour produire cinq hexatétraèdres, d'où dérivent, du moins en apparence, dix dodécaèdres pentagonaux, cinq formés par les bissecteurs et cinq par les dodécaédriques réguliers. Mais, ainsi que je 1 ai fait remarquer ailleurs (i), les faces de ces dodécaèdres pentagonaux for- ment, avec les faces du cube sur lequel elles s'appuient, des angles de Si^/lS'S". Or cet angle est celui pour lequel le dodécaèdre pentagonal, qui est généralement irrégulier, se réduit au dodécaèdre régulier. Il résulte de là que les cinq dodécaèdres pentagonaux que semblent former les six dodé- caédriques réguliers se réduisent à un seul qui est le dodécaèdre régulier unique déjà mentionné ci-dessus, comme étant le résumé le plus simple de la symétrie pentagonale. Quant aux cinq dodécaèdres pentagonaux, formés par les bissecteurs des angles de 36 degrés, ils sont eux-mêmes réguliers, mais ils demeurent distincts. Chacun d'eux n'est adapté qu'à l'un des cinq systèmes trirectangulaires, et c'est l'ensemble seulement de ces cinq dodé- caèdres qui est en rapport complet de symétrie avec le réseau pentagonal. L'ajustage de ces six dodécaèdres réguliers présente quelque chose de cu- rieux à étudier, et de même que l'ajustage des cinq octaèdres entre eux et avec l'icosaèdre, il pourra donner lieu à des considérations qui serviront à déterminer à priori l'ordre chronologique de la lorm^ion des systèmes de montagnes. » Les bissecteurs des angles de 36 degrés ont pour pôles les points h du réseau pentagonal. Le tableau n° i renferme ces trente bissecteurs groupés et rangés d'après le rôle qu'ils jouent dans les cinq hexatétraèdres qu'ils concourent à former. » Enfin, le tableau n" 5 contient les trente-huit autres grands cercles auxiliaires que j'ai calculés. Ces trente-huit grands cercles appartiennent à différentes séries de soixante cercles chacune, dont plusieurs correspondent à des hexatétraèdres ou à des trapézoèdres, et dont chacune, si elle était compléïe, pourrait donner lieu à une classification méthodique; mais n'ayant encore calculé que quelques cercles de chacune de ces séries, je me suis borné dans le tableau n° 5 à rapprocher les cercles qui appar- lieimont à des calégories analogues, en signalant ceux qui sont exactement les homologues les uns des autres. (i) Comptes rendus , t. XXXI, p. .352, séance du 9 septembre i85o. ( 125 ) Tableau N" t. Les quinze grands cercles primitifs du réseau pentagonal. \" système li-ircctansulairc. Primitif de l'Etna i système du Ténare). Piimitif (lu Groenland et du Chili Primitif equatorial L:= 70.50. 29,. '|9 0. L= 20. 8. 16, 3(5 E. L=i48. 39. 38,3s E. J= 8.16.47,80 i= 6.4i.56,3'| 6 = 79.19.10.75 c = 5 1 . 4() ■ I > , f)6 ( T ) c= 8.20. 1 4, o3 (H) 0= 19. 16.25,34 (I 2" système trirectniigiihiire. 1 ' , „ 1. Primitif do Lisbonne. ., L= 4''-53. i3.o6 E. ô. Piimilif du mont Saint-Élie ("Amérique Russe I L= 141 .39.59,92 E. Cl. Primitif — Floride, Terre d'Arnhem i^ Nouvelle-Hollande) | L=ii7. 8 4o,o5 E. i = 32.45. 5S, 17 C= 11 .■.4.16,54 D) ''= 7--''l- 7j'-5 r- 53 58. .54, 23 I J = 5() Il 5o,49 e= 44 53.34,39 D) 3° système trirectnngiilairc. Primitif de Saiiit-Kilda (système du Tlmringei-wald) . 8. Primitif — Medine, Valdivia. 39.14.35,31 O. 90. 12. 5,83 E. 9. Primitif —lac Supérieur, cap San-'fhonié (Brésil).,.., | L= i44 ■ 47.4' ■ '7 O. 6 = 28.35. 14 , 19 6 = 49.22.48,27 6 = 26. 1 i.5o,P5 c:= 28. 6. 0,00 (D) c^ 26.23.09,91 (1) c^ 101 . 19.18,85 (1 ■i" système trireetniig, ilair 10. Primitif Je la Nouvelle-Zemble {système du Rhin). 11. Primitif — Cuba, cap Sandy (Nouvelle-Hollande) l'2. Primitif — illontagnes Rocheuses, îles Galapagos. . . L= 80.49.28,53 E. L= 176. 17.50,93 E. 6 = 1 4 ■ 1 2 . 37 , 60 6^=64 .^>3.45,20 6^20.38. 16,72 C^ 36 37. 4 2 63 D c = i3 57 5 21 1 c = 53 • t.l i3 S6 1 13. 15. S" système trirectangitlaire L= 2.39 Primitif du Laïufs-End Primitif — presqu'île Alaska, terre de Van Dieinen Primitif du cap Caslle ou Paternoster(C"''' du cap de B"^"-Espérance) 18,46 E. L=; 105.42. 32, 3i O. L^ 142.45.57,35 E. 6^39. 3.67.41 6 = 21.12.48,38 6 = 43.23.20,63 3.56.23,71 (D) 63.26 19,52 (I 1 50.46. 4,i4 (I) Les dix octaèdriques . \°' octaèdre . 1 . Octaédrique — lac Baikal,,ile du Prince Edouard 2 Octaédrique du cap Cod ^ Etals-Unis) 3. Octaédrique du mont Sinaï ( système des Pyrénées) 4. Octaédrique de Pile Trinidad ( Océan Atlantique austral)... L = i54 2.15.45 E. L=i22.58.56,72 O. L= 24.18.39,41 O. L= 71.52.36,81 E. 6 =i24*-^8. 10, i5 6 = 35.40 18, 5i 6 = 45.52.35,93 6 = 33.28.25,42 e= 66. 32 .30, 59 (H ) c= 58.38.10,97 (1) c= 28.24.28,33 (T) c= 42.45.56,97 (T) Octaédrique des Garrow-Hills (Inde) Octaédrit|ue — Cochabainba, golfe de Pechely. Octaédrique du Mulehacen ■ Octaédrique n® 3 répété 2' octaèdre. L=i2i 54.28.30 E. L=i62.55. 6,80 O. L= 91.41.18,82 O. 6^6û. 3. 58, 60 6^ 13.59. 5,66 6 = 5 . 1 9 . 5o , 96 43.31 . 10,02 ^H) 6o.46.24,47(T) 3i.3o.2,i5 iT) 3" octaèdre. 8. Octaédrique — iles Sous le Vent, cap A alsch ,) Nouvelle-Guîuée) Octaédrique n" 1 répété 9. Octaédrique de Nijney-Tagilsk Octaédrique du Mulehacen repété L= 97.28.59,49 O. L= 23.28.39,48 E. 6 = 75.47. 1)11 6^ 27.21 .44 ' '8 c= 36. 7.14,91 ;t) c= 17. 5.34,91 (T) 10 Octaédrique n° 5 répété. Octaédrique n^ 2 répété. Octaédrique n" 9 répété. Octaédrique d'Hindoê.... ■4'' octaèdre. 49.44.36,94 O. 6= 10. 8.45,07 f= 25.35.33,64 (T) Oclaédrii[ue n" 8 ucpélé . . Octaédrique 11° 6 répété . . Octaédrique n^ 10 répété . Octaédrique n** 4 répété. . . S° octaèdre. Les six dodécaédriques réguliers. Dodécaèdre règidier unique. Dodécaedrique régulier — cap Corientcs, Singapoor .. Dodécaedrique régulier — Sénégal, IVouvelle-Guinéo Dodécaedrique régulier — Açores, Terre de Van Diemen . Dodécaedrique régulier — Brésil, Japon Dodécaedrique régulier — Spilzberg, lac Supérieur Dodécaedrique régulier — Mer Caspienne, Terre Graliam L=i7i. 6.28,87 O. L= 36.21 .33.90 E. L= 75.27.48,44 O. L= 5i .29.29,82 E. L= 11.45.15,44 E, L=ii3. 1.29,83 E. 6 = 5o..'|6. 3,08 6 = 63.47.53,43 6 = 39.43.35.69 6=^ 1 .20.52,o3 6^10. 4 • 3o , 96 6=: 23, 12.40,33 c= 67. 9.40,93 (H; c= 34.57.51,74 (H) c= 26 43.26,55 (H) c= 46.35.45, 19 (H) e= 39.33.43,72 (H) c= 61.17.31,46 (H I ( 126 c c c o o o c.=.=.c.c-c. :; s: C C » w z z n rz z S - =; c. =- =.£•« 2 wô ze- CMWRmO tt- c- c- c c- *- ^1 LO M 00 O -E^ c.-t^-o o o a p> ri Pi fï ft ft .a^ ci-as. owc o « Wi — i.-^ GO o o c c o o o 3-r -r -r û-o. s- ré- :£• râ- *" " H j 3 r--:^ - p^ r< tr* r t- r §^ OCOROR &• &• c- ?- ft- ^ 1 fï "^ fï Pi fi lid - o OC OC C5 ODOi c ■^1 o o- no C C? C O n o o o O CL £. c- c „ H. „ _ „ „ 3- =r — • •^ __ =r r. c n 3 Cr :- F" F ~ ~ = =: =: = = = S= » » — — — , r -) V Oi jj ", CL a. CL m C _ u ^rî c. Cl- i:i rt f5- • Q O " CL jL ' ^ M -j t=f a. c- r- 1- r- p-" r- ^ r=i c=] o O RI K C" ©• ©• c- ^ c- f^ fï pj Pi Pi Cï >o «■ c; (ic OC -O Dooaoo c o C' o c o Cl. CL c. c c CL 9 o o c c c 3 = 33 = 5 Ç^ cr c- c- p- tr = c i = ?5 PS H c ? ~ z; =^a. ^ — t? §" » s- g- 5 :? ; ÏT ? " r- ^* « CL i_ n S c -, s- = « S'^ s s ^ s < s c r- - C " H- r* t- C- r- r r- OJ C7) Cl U; h c- ïï- e- &• C^ ^ -C^ Cï^ tû -o Cl -t^ w oc - i^ c Pi Pi ri PJ Pi PI COCTîO OS - O C^ ** Ci j-c ^ o c c o c o d, C- c- £- c Q. O : : ; C 3 2 S g'- P C C^ ^ 2 = 2 ;3 :? ,' !§ c5 et S =: Et ^- -3 H. ^ 3 = ' * " o « =" § i « 5. s £ o. a. s. 5 " 3. o. I! Il II il II II Cî Cl^J -t- 1^. O 2 OROPïOO c- ^ ^ c- o *- Il II II II II II LfJ tn tr> ï>3 ■- O .!>. t^'vC O C fi n P; Pi n 0-> lO Cl OJ tn o; li t^ sj t>i 13' o <) =0 s o 5 \r> - to te 00 r- - r-co O r* Il II II II II II b U t» o U U — — es or: ■-■ ^ rO C: Ci c^eo — es - l-^îO Il II II II II 11 ^ -a pQ «o •£ >a ij d d Cad w' d '.s 00 oc Cî r-f^ ro to c«jr îs CM un - (0^=r II II II Il II II ^û-O; 3" t. = - ? 5 *— -u ^ o --9d o I '. 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ÎJ-S LOILC Ui SOhS ■^ c „ to u* c^oc ■^l-O .^ IC V ■JO *.l ce -' iJ - ^ " c- c- a- e- c- --. !l II II II II II K3 - ^ J^ClO te — _ ^ ^^ ■-^ —v ^ ^^ w ^-^î: CT. 1 y. l>5-0(^ a. 3C »-o " ce ife- oc K3 H- o ce cr' 7' ï- c/^' !/■• K «) V u) t/i tr tr C ra ra n o C c o n o o c o ^ re ^ fî rt t T -î -5 -^ ■-: = :: = =: = X "~~ "H Sf^ 3 3-" c- o o w D -■ O (B ?*- — E f O — fî fC ^ ra *^ ?^ Il II II II II II U»0 00 o^_ -0 00 ^ ^~i -c^ i»3 a: î*; C O O R O ff ^ c- c- ^ e- *■ ri P) fï o P) fï Il II II II II 11 u c^ n: K9 k^ en 00 (-1 1,''0 Cî w 00 Ui - n: Ci - "^ occacc 00 -J Cï en ►&•! es 3: W ^ 3= ff. iT> Tr (T n fS o irs ra o C3 oaoooc V- lA tr in 1/1 v pi ^ ;- a- C C S G 2 u re 53 G- se '^ i^' a 1 u "3 -r 2. -î C C r T u C ?* ? - S! c. y) n a. -Tl Q n t: tf* u fO 0) •p rr-r t-r r- tsBOCOC c- o- lï- :r* c- c- Il II II II II II f^ ^ ri n n r^ Il II II II II II oosooo ^^ «— 0000 ^ CSSsrKStB = C •s. c c^ S" -î -5 r-rrr-r X X = = a: JE s = = H S X w C cr ir ^. V-- tr U K kh 3 ce W (T C — Cl* _ f > c o = X «^ — 3 S !« to 2 r- r- r- c- [- r- n! O O O w w (î« la- C- c> ^ II Il II II II II t.*. OJ s: ■sO lo — ~^ " ^ = M 01 C/" ^ ocoocu bJ !>. » CJi - to t^ -.1 w O-J -t> OJ (LO 0C--O — ^ n fï Ci ïï fi n Il II II II II II j:^ wo C; Ui CïO OJ Oi _ ». co ïnS ^- cewsewoïce en n n ft (D f^ ra Q ffi œ a j= = s = srasxss: s ^ ^ t^ o c^ o ~ £ s 3 r- -, T 3 _ 3 Ç s" 5' 3 » fT ce = =3-t ^ a) O ffi o) (6 r-t-r r t-r O "— N3^ î^ b OPltflOpC o- a- c- ^ c- îî- Il II II II II II !^ ^ O fi fi ^ o o Ci - o Ci CJ' oc OJ ClîC o tn o Ci i^-O '^ a Os a a" ■«■ s c; ^. R a s o S- a a es a 3 a s 12C aS^Tœ^ P £,t^^ S ^f r- r^rn O^ro r^to a CN UD - O r^OtO rO ^rr-^ (M tnio " U U tj u u QQ C5Q - rî cû ri - lo c^iD a> -1 M OO in*^ Cl p' - in. ri 00 u-j l>Ln t^oo - m co '^ m o cjiun >■ uouMcij a o ro te MO Ul WWWOWuMWWO WOWOCdOOW WWW WC OW ^^ fi m ^^r ^^3*o-i o o co i-^ ï^io .- ir: ^o ^^o — o:j — o cî r^ ci^^ r^ o '^1 ^^j,j^^ ►j j j ^ j j _! ^ >: -j -] .j ^ I-: ^ >j >j >j ^ >j >j hJ >J I-! iJiJi-] .Ji-: .^.^ S a ■ .5^-^ t ■> ;j -1) o — •:? « Ter ■ .2 ^ ■- c . = "Ô S '^ S ■ « :-«-5 ca s ° = p,w ^ ï z « -^-> rt tJS"" o c ,« 5 2 5 ?«=; y. ^ « ~ -c ~ = -5 g. S B "* uj - _ j. ^ ■^ -^ ■- (/i " T3 = f_ S O -a cf o ^ o "c o X ■• '■ "^ n ■o H o „• - H 2 H H"°-^ •= - a ~ . KBKaSKK ^H «^oaaici:C^^ cr tr c- o' tr ~"^ b.ï = -^ • > ■ - 1 :§ A * "=: S . . 3 ca-d . u, QJ ■ ■ 3 ^ & • ■ t3 ■ O ■^ ?= : . S o rt « • -..- ■ eu = . tJ ï'C : ^ <^ ►j^ • t^ tn n . Oï ■ TS := o . s*^ : -^ii ■ '. « o V ' > '^ . :o ^Cxi_ - '—' 0, ■.«-« ï Hh-~ îii^r^ 1 ^ " "n '"^ '^ •■S-. 2 S o wo g . C ■ c ' c .-a • S -^ § l ■ "'.^ P--Qi a dj ^ en R C .qÎ 3 "^ ■-- I ^ O ta r. 1 tn S ^ _0 •G = « - ^ • oT o i "^"^ . • — - CJ - ^-. C- o as (« "! -, 3 e '^ ÛJ ■.:|~ • .5 o : ^ a ■ ^ o 5 2-?, ,S ÏC ,^ 5 O o ■'S c'a s p s ■ = o ?,, « o ^ •lil ^-•^'^ ; £ £ S ■ fc-S'ïï I tfi . ~ •0- = -3 s -5 , co "y ffi t, 3 • — S = ï-<" C-Z ■5 13 - = = ï; 3 s 1, n - -* -ï <= ^ .:r - - ce Q) "^ ° -a : :«=;■= 5 .'^ZJ ■^ 3 ; oT "= o ^ , U i. "t. i. ij C" -> X O QJ 4) QJ 0) u/ - sssssm ^^ c-< co "^ in to « .- ~. ^^ 0) 01 o 2 5; ■; 3 3 = ï 3 ■ï T= -3 -^ , -s -. -aj .;; .5j î; -31 ^5 O O O t O ™ « N M -n ?J ,>- -o 'Cl -3) ^ -Cl . -:; n H n c? « -i 31 31 , 3 = 5 ^ .Q ÏQ-o oTo '2a : .--■= 31" - -.2 • • ■ •■! • ■ ■ ■ = 'g i" -2 "S 3 " U t. - ^, 31 3 . .-■^■^ S^ «1 S 5 Cl- H^"HH ■Cl •-* -Û -a -c -Q «û Q ;aQOo t-t-HS-H^E — M N *-i'' M 31 I K -il , — wOoOOOOOO ■O' c "2/ -n ■1' -o -o -cj "3* -t -oj -ai -qJ -o "(u -o -QJ o c o o a c — HHH ffl -3 H :hhhhhe^hhh hhhhqqdg qSÎS "S : s :-5 B= 11 -c ï -« : c^ a 5(5 i5 c. R , i863, i^' Semestre. (T. LVII, N" 5.) i8 ( >3o ) » Les grands cercles consignés dans les cinq tableaux précédents ont tous été calculés en partant de points du réseau pentacjonal déterminés eux- mêmes en latitude, en longitude et dans l'orientation de l'iui des cercles qui s'y croisent, comme ceux dont j'ai donné des tableaux dans les Conipies rendus, t. XXXllI, p. i35, et dans ma Notice sur les systèmes de luorilaqnes, p. to^^ô et \o!ii. Le plus souvent j'ai fait usage des formules coimues : sinè = sinrtsinB, tang6' = tangacosB, cotC = cusr/ tangB. » Les nombres obtenus ont été vérifiés de différentes manières. « Beaucoup de cercles ont été calculés deux et même trois fois en par- lant de points différents. Pour d'autres les chiffres obtenus ont été employés a calculer d'autres cercles ou des points qui ont eux-mêmes été vérifies. Il Enfin un grand nombre de ces mêmes cercles ont été vérifiés par la méthode dont je donne un exemple en abrégé dans la Note suivante pour les personnes qui ont quelque habitude de ces sortes de calculs. Point H de la mer de la Chine : LatitudeS". i6'.43">^i i^- Longitnde iO(^".9'.3o",5i E. a =81°. 43'- «î'Sig- L. cot8i''.43'. i2",iy = 9,i62y43i, L. cos 8i°.4-3'. 12", 19 = 9, 1683922 Différence pour 10" i447 Différence pour 10" i447 i" correspond à '4? 1 7 ' ' correspond à '44 > 7 Pour chacun des cercles qui se croisent en H, on aura cot a ^= cet b (OS C, cos n = cos b cosr . Primitif. — Groenland -Chili : L= 20". 8'. 16", 36e. * =6<'.4i'.5(i",24, ( =8°.2o'. i4",o3 iH) (*,, 1 09" . 9' . 3o" , 5 1 E C= 89"'.i'..4",i5 L. cot 6°. 4i'-56", 24 = 10,9301284 L. cos6''.4i'. 56", 24 ^=9,9970248 L.cosSg". i'.i4",i5= 8,2328175 L. sin 8".2o'. i4",o3 =9, i6i3655 L. cot a = 9 , 1 629459 \-.. cos« =9,1 5839o3 Ce calcul de vérification donne donc pour L. cotn une valeur trop grande de 28, ce qui . 280 i" . correspond a une erreur de —, — =: -z- environ, cl pour L. cosrt une valeur trop petite de ici, 1477 5 ' 1 ! . ( *) H du Groenland situe à lyo degrés dv H delà iiiei' do la Chine. ( i3, ) ce qui correspoiul à une erreur de /: =:= -jr^ environ. Ces deux erreurs, ne s'élevant cha- 447 ^ cune qu'à une fraction de seconde, sont négligeables. Li' même procédé, applique aux autres cercles qui se croisent au point H de la mer de la Chine, donne les résultats suivants : Primitif équatorial Par cot« -t- 8, erreur -j, environ, 10 i" Par cos a -f- 1 o >> — v » •4 Octaédrique. — Cochabamba, golfe de Pechely : , r Par cet a — 14, erreur — environ , m , 1" Par cosa — erreur -^-^ environ, 00 i" Par cosa — 07 " ~7" " Dodécaédrique rhomboïdal. — H nier de la Chine, I Nouveau-Mexique t" Parcot« — I, erreur -7^ environ , 145 1" Par cosa — 2 » — » •J2 8.. ( i32 ) Bissecteur IH — H mer de la Chine, I Soudan : Par rotfl — i i , erreur -^ environ, c Pa r cos a — o » — • Bissecteur 111. — H mer de la Clilne, I au N. des îles Sandwicli : " Parcot« +14 > erreur — environ. 10 I Par cos« +1 » —F7 '44 Bissecteur DU — H de la nier de la Chine, D Remda : i" Parc()l« — 2, erreur — environ, 72 i" Parcos« — 2 » — • 72 Bissecteur DB. — H de la mer de la Chine, D Amérique Russe : 1" Par cotrt — I , erreur —t^ environ , 145 1" Par cos« 4-2 >' — » 72 Uexatétracdrii]ue Wba. — Alpes principales : Parcotfl — I, erreur —;- environ, 1" Par cosrt +1 » -77 » '44 Ce procédé assez expéditif met généralement en évidence, avec une rigueur inexorable, toutes les fautes un peu notables, et met sur la voie de les corriger. La plus grande des erreurs qu'il fait ressortir ici de l'emploi des quantités L, i et c relatives à treize cercles dif- férents, quantités calculées en partant de points du réseau pcntagonal très-éloignés les uns des autres, est d'un quart de seconde. Des erreurs de cet ordre ne supposent pas nécessai- renienl des fautes de calcul. Les tables de logarithmes de Callet à sept décimales, que j'em- ploie habituellement, introduisent naturelleuieut des erreurs semblables. Pour en apprécier l'importance, il suffit de remarquer qu'une seconde de degré terrestre est égale à environ 3o mètres; d'où il résulte qu'un quart de seconde équivaut à 7 ^ mètres. Si le dôme du Panthéon était placé au point H de la mer de la Chine, les treize arcs de grands cercles qui, de diverses régions du globe, convergent vers ce pointu, aboutiraient tous f/anj/'/nrcnVHrrfurfdwr. ( «33) CHIMIE APPLIQUÉK. — Recherches chimiques sur la teinture ; par M. CHEVREtL. « J'ai parlé précédemment de la nécessité de dépouiller les étoffes des corps étrangers qu'elles peuvent retenir, avant de les soumettre à des expé- riences précises, enti'tprises avec l'intention d'apprécier l'influence des eaux naturelles en opérant dans des circonstances semblables comparativement avec l'eau distillée : c'est dire que les résultats des expériences compo- sant le Xlli^ et le xiv^ Mémoire de mes Recherches chitniques sur la Teinture ont été obtenus avec des étoffes passées à l'acide chlorhydrique. TREIZIÈME MÉMOIRE. PREMIÈRE PHASE DE MES RECHERCHES. » Les étoffes de laine, de soie et de coton ont été teintes comparativement dans trois circonstances : i*^ sans mordant; a° avec mordant d'alun; 3° avec mordant d'alun et de bitartrate de potasse, et cela dans l'eau distillée, dans l'eau de Seine et dans l'eau d'iui puits des Gobelins. )i Les étoffes de laine ont été teintes au bouillon et les étoffes de soie et de coton à froid. u Etoffes non moi (lancées. » Les différences des étoffes non mordancées teintes dans les trois eaux sont plus ou moins grandes. » La simple vue des étoffes teintes avec le campèche et le brésil dans les eaux de Seine et de puits donne la preuve que celles-ci ont agi par leurs sels, en un mol que ces sels ont fait l'office de mordant. M II eu est de même de la teinture avec le fustet. Les différences sont moindres avec les autres matières colorantes, quant à la différence de la couleur de la gamme; mais quant à l'intensité de la couleur qui produit ce que je nommele ton, la différence est grande entre la laine teinte en cochenille et même en garance, d'une part dans l'eau distillée et d'une autre part dans les eaux de Seine et de puits. La raison en est la production d'une laque résultant de l'union de la plus grande partie de la matière colorante avec les bases insolubles de ces deux dernières eaux, avant l'union du reste de la matière colorante avec l'étoffe. )) Enfin, on voit que l'eau de puits n'a pas agi conformément à l'opinion d'après laquelle on admettrait qu'elle aurait une action semblable à celle de l'eau de Seine, qui serait seulement plus intense à cause d'une plus torte proportion de carbonate de chaux. ( i3/| ) » La soie non mordancée présente, comme la laine avec la cochenille, un ton plus élevé dans l'eau distillée cpie dans les deux autres eaux. » Elle présente le résultat inverse avec la gaiide. » Les différences des cotons non niordancés à l'égard du Brésil et de la garance sont peu prononcées. » Elles sont extrêmes pour le campéche et même le Tustet et le bois jaune employé avec l'eau de puits; elles sont sensibles à l'égard de la gaude. Le coton à l'eau de puits est le plus beau. » Etoffes inordancées. » J. Alwiées. „ Les laines akmées teintes au campéche sont peu différentes. Les diffé- rences sont bien plus grandes pour le brésil, la cochenille, la garance, le fustet, le bois jaune, le sumac et même la gaude. » Les soies akmées présentent peu de différence à l'égard du campéche, du brésil, du bois jaune, du quercitron, du sumac. .> Elles en présentent une très-sensible à l'égard de la gaude et surtout de la cochenille, mais elle est inverse de la première. La soie est beaucouj) plus belle avec l'eau distillée et la cochenille qu'avec les deux autres eaux, et celles-ci sont au contraire plus favorables à la gaude. » Les cotons alunës sont très-différents à l'égard du campéche, du fustet; ils montrent moins de différence à l'égard du brésil, de la garance, de la cochenille, de la gaude. Enfin les différences sont plus prononcées que ces dernières à l'égard du bois jaune, du quercitron et du sumac. » B. Akmées et tarifées. n Les laines alunëes et tarlrées présentent entre elles plus de différence avec le campéche que les laines alunées. » Les différences sont moindres avec le brésil, la garance, le bois jaune et la gaude. » Les teintures opérées dans les eaux de Seine et de puits sont plus belles a l'égard des teintures opérées dans l'eau distillée, avec le cam- péche. le brésil, le fustet, le bois jaune, le quercitron et la gaude. » La teinture en cochenille et en garance dans l'eau distillée est supé- rieure à la teinture opérée dans les deux autres eaux. Même résultat pour les laines simplement alunées. » Résultats inverses pour la gaude. » Les soies alunées et tarlrées teintes en campéche, en brésil, en fustet, sont fort différentes. Elles le sont sensiblement en garance, en cochenille, en quercitron, en sumac, et moins en bois jaune. ( i35 ) » Les cotons alunés et Unirés. Les différences, assez grandis a l'égard du campéche, du fustet, sont moindres à l'égard du brésil, du bois jaune, du sumac. I. Différence faible à l'égard de la garance, du quercilron et de la gaude. Conclusions dei expériences. » La différence de couleur, et surtout celle de ton , des étoffes teniles dans l'eau distillée, l'eau de Seine et l'eau de puits est si grande et si variable, eu égard aux diverses matières colorantes, qu'il est impossible d'arriver à aucune généralité, relativement à une préférence absolue qu ou accorderait à l'une des eaux à l'exclusion des deux autres; par exemple l'eau distillée donne les tons les plus élevés avec la cochenille sur la lame et la soie non mordancées et mordancées, et l'eau de puits les moins élevés, tandis qu'avec la gaude le résultat est inverse dans les deux eaux. « Cochenille. » L'eau distillée a donné les meilleurs résultats pour les laines et les soies mordancées ; pour la soie non mordancée et le coton, l'eau de Seine en a donné de préférables à ceux de l'eau de puits. » Les cotons sans mordant étaient à peu près les mêmes a l'égard des trois eaux, ainsi que les cotons alunés; ceux-ci étaient les plus beaux. , )i Garance. » Résultats analogues pour les laines, mais différence de ton mouidre qu'avec la cochenille. o L'eau distillée a donné les meilleurs résultats pour les soies; pour les cotons, la différence est faible à l'égard des trois eaux; en général, plus de rouge avec l'eau de puits qu'avec l'eau de Seine; pas de différence à l'égaid des trois eaux entre le mordant alun et le mordant alun et tartre. » Campéche. » L'eau distillée a donné les meilleurs résultats, exce|)té avec l'alun et le tartre ; et l'eau de puits en a donné de meilleurs que l'eau de Seine, quant aux laines. » L'eau distillée a «lonné les meilleurs résultats pour les soies et les colons non mordancés. » Les soies alunées et tartrées, les cotons alunés et tartres et les cotons alunés, sont trop différents de couleur pour les comparer. Les soies alu- nées sont peu différentes. » L'influence de l'acide tartrique pour alfaibhr l'uifluence de l'aliui a été surtout remarquable dans l'eau distillée à l'égard des trois étoffes. ( i36) » Brésil. » Les différences des effets obtenus s'expliqvient bien par les sels des eaux de Seine et de puits. » Les différences que présenlent les laines non mordancées et mordancées s'expliquent bien par les sels des eaux de Seine et de puits; les différences portent plus sur la couleur que sur le ton ; meilleurs résultats sans excep- tion. Les couleurs obtenues sur la soie et le coton sont plus piires avec l'eau distillée qu'avec les eaux de Seine et de puits. •> L'eau de puits a été surtout inférieure à l'eau de Seine pour la soie sans mordant et pour la soie et le coton alunés et tartres. » Fitslet. n Les trois étoffes teintes dans l'eau dis'tillée sans mordant et avec mor- dant n'étaient pas semblables certainement, mais les différences ne présen- taient rien d'important; il en était autrement de l'eau de Seine, et surtout de l'eau de puits ; car l'influence de l'eau de Seine, et surtout de la seconde, pour donner du rouge au coton, et même à la soie, a été remarquable. )i Bois jaune. )> r/influence des sels des eaux de Seine et de puits a été sensible. L'eau de puits a donné de meilleurs résultats que l'eau de Seine et l'eau distillée quand il s'est agi des étoffes mordancées. n Quercitron. » Les résultats ont été à peu près analogues à ceux du bois jaune. » Gniide. y L'eau de puits a donné les meilleurs résultats, viennent ensuite ceux de l'eau de Seine. L'alun a donné des couleurs plus intenses que l'alun et le tartre. 1) Sumac. « L'eau distillée a paru meilleure que l'eau de puits et l'eau de Seine, et celle-ci a paru inférieure à l'eau de puits. Résultiits d'une exposition de six mois à Vair lumineux des étoffes teintes dans l 'eau distillée, l 'eau de Seine et l 'eau de puits. « 1° Il est remarquable que le fustet, le bois jaune, le quercitron, la gaude et le sumac sont plus stables sur la soie que sur la laine, quand on a égard à la bauteur du ton de la matière colorée restée sur les étoffes après une exposition de six mois au soleil. ■• 9° Il est remarquable encore que la couleurdu sumac, qui baisse sur les laines et sur les soies alunées, sur la soie sans mordant et sur la soie alunée ( >37 ) et tartrée, teintes dans l'enii de puits, s'élève sur les trois colons teints dans l'eau distillée, sur le colon sans mordant et sur le coton aluné et tarlré teints dans l'eau de Seine. M 3° L'influence de l'étoffe est évidente dans les cas précités; mais lors- que la matière colorante s'altère, est-ce en vertu d'une action de l'étoffe, action que n'exercerait pas l'étoffe sur laquelle la matière colorante prend du ton? Ou bien est-ce l'inverse? l'action de cette étoffe concourrait-elle, en vertu d'une véritable action chimique dérivée de l'aftinité ou de toute autre force, affinité ou force qui n'agirait pas dans les étoffes sur lesquelles la matière s'abaisse de ton? Si celte hypothèse était vraie, il faudrait recon- naître que certains corps pourraient neutraliser l'influence de l'étoffe, car le sumac a baissé sur le coton ahnié teint dans l'eau de Seine, et sur les trois cotons teints dans l'eau de puits. QUATORZIÈME MÉMOIRE. » Les différences entre les résultats que je viens d'exposer et ceux qu'on pouvait prévoir, d'après ce qu'on savait des eaux de Seine et des eaux des puits de Paris, étaient si grandes, que je crus devoir, avant de tirer des con- clusions définitives de mon travail, entreprendre de nouvelles expériences: dans tous les cas ma conclusion était celle-ci. >■ J'avais constaté d'une manière précise et comparaliTe, au moyen d'é- toffes pures et des cercles chromatiques, les différences obtenues de l'usage en teinture de l'eau de Seine et de l'eau d'un puits des Gobelins, compa- rativement avec l'eau distillée. C'est la première phase de mon travail (treizième Mémoire). )) J'entrepris de nouvelles recherches pour trouver la cause des différences observées, et voici une deuxième phase. DEUXIEME PHASE DE MES RBCHEECHES. » La deuxième phase de mes recherches repose sur le principe que, poiu* acquérir la certitude de la connaissance de la cause matérielle des effets produits en teinture par l'eau de Seine et par l'eau de puits, il faut repro- duire ces mêmes effets avec de l'eau distillée, dans laquelle on a dissous les corps que l'on sait être contenus dans l'eau de Seine et dans l'eau de puits. " En conséquence je préparai avec de l'eau distillée des solutions de sul- fate de chaux pur, de craie, de carbonate de chaux acide et de plâtre, el je teignis dans ces quatre solutions, comparativement avec de l'eau distillée, C. R., iSG3, 3™= Semestre. T. LVll, N» 5.) iQ ( i38 ) ainsi que je l'avais fait précédemment en teignant dans l'eau de Seine et dans l'eau de puits. » Les résultats furent satisfaisants à l'égard de l'action du sulfate de chaux, du carbonate de chaux et du plâtre, pour expliquer l'effet de l'eau de Seine. Je dis satisfaisants, en tenant compte de la petite quantité de car- bonate de fer que cette eau contient. Mais aucun des résultats obtenus n'expliqua l'action de l'eau du puits des Gobelins sur un certain nombre de principes colorants. Conclusions relativement aux étoffes non mordancées teintes dans des eaux tenant différents corps en solution. j> Eau de sulfate de chaux. » Elle agit généralement comme l'eau distillée. Ce n'est que rarement que le sel agit par sa base à l'instar d'un très-faible alcali. » Le sulfate de chaux peut agir encore en modifiant le pouvoir dissol- vant de l'eau. Par exemple, l'eau de sulfate dissolvant moins bien que l'eau distillée certaines substances colorantes, si ces substances colorent en fauve, par exemple, il pourra arriver que la couleur des étoffes sera moins rabattue en opérant dans l'eau de sulfate de chaux que dans l'eau distillée. » Eau de chlorhydrate de chaux. « Des étoffes que l'on submerge dans de l'eau de chlorhydrate de chaux se comportent avec les matières colorantes dont je me suis servi, pour la plupart des cas, comme les étoffes passées dans l'eau de sulfate de chaux. » Mais les résultats pourraient être différents, si l'on teignait dans des eaux de chlorhydrate de chaux susceptibles de précipiter la matière colo- rante dont on ferait usage. « Eau de sous-carbonate de chaux. » Elle agit à l'instar d'un alcali faible. Mais pour en évaluer l'effet, d faut toujours tenir compte de la proportion de l'eau relativement à l'étoffe, à cause de la faible solubilité du sous- carbonate de chaux, et du cas où l'eau ne se renouvelle pas et de celui où elle peut se renouveler. » Eau de carbonate de chaux acide. » Elle est susceptible d'agir avec plus d'énergie que l'eau de sous-car- bonate de chaux, parce que la solution renferme plus de carbonate quand on la prépare, comme je l'ai fiut, au moyen du gaz acide carbonique et de la craie en excès tenue en suspension dans l'eau. » En outre, lorsque l'acide carbonique qui dépasse la composition de sous-carbonate s'évapore et qu'une matière colorante, comme celle du sumac par exemple, est présente, il peut y avoir une altération profonde de ( i39) cette matière sous l'influence de l'oxygène atmosphérique qui est alors absorbé. » Eau de plâtre. » Tous les résultats que j'ai obtenus sont d'accord avec la composition de cette eau représentée par du sulfate de chaux et du sous-carbonate de chaux. TROISIÈME PHASE DE MES RECHERCHES. » Ainsi conduit à entreprendre la troisième phase de mes recherches, je soumis les eaux de Seine et de puits à de nouvelles expériences, qui me con- duisirent à constater les faits suivants : » 1° L'eau de Seine renferme une matière colorante susceptible d'altérer la blancheur des étoffes de laine et de soie qu'on y plonge pendant plu- sieurs jours. » 2° L'eau du puits des Gobelins renferme du carbonate de cuivre qui colore la laine et la soie en bleuâtre. Elle azuré donc les étoffes qu'on y plonge. j> 3" Toutes les deux contiennent du carbonate de fer. « 4° L'infusion de brésil est extrêmement sensible au cuivre de l'eau de puits ; elle produit une couleur violette et il se précipite une laque dans laquelle il y a de la chaux et des oxydes de fer et de cuivre. » 5° L'infusion de fustet est rougie aussi par le sel cuivreux de l'eau de puits. » J'ai étudié comparativement les effets du sulfate et du carbonate de protoxyde de fer acide et les effets du sulfate, de l'acétate et du carbonate de cuivre acide sur les étoffes. Sulfate de protoxyde de fer. » Les étoffes mordancées avec le sulfate de protoxyde de fer se teignent : En 4 et 4 bleu violet rabattu, et 2 bleu violet rabattu, avec cochenille. En 3 et 4 orangé rabattu, et 3 violet rouge rabattu, avec garance. En 4> 5 et I violet rabattus, avec brésil. En bleu violet, 3 bleu violet et 2 bleu violet rabattus, avec campéclie. En orangé jaune, 4 orangé jaune, 2 orangé jaune rabattus, avec, fustet. En I orangé jaune, 4 orangé jaune, 2 orangé jaune rabattus, avec, bois jaune. En 5 orangé jaune, 3 orangé jaune, 3 orangé jaune rabattus, avec quercitron. En orangé jaune, i orangé jaune, 4 orangé jaune rabattus, avec, gaude. En violet, 3 violet, violet rouge rabattus, avec sumac. » Le sumac se rapproche de la cochenille. 19.. ( '40 ) Sulfate de cuivre. » Les étoffes morJaiicée» avec le sulfate de cuivre se teignent : En I violet ronge, 4 violet rabattus, 3 violet, avec cochenille. En 2 orangé, 5 rouge orangé, rouge orangé rabattus, avec ... . garance. En rouge, i rouge, 4 violet rabattus, avec hrésil. En I bleu violet, i bleu violet, 3 bleu rabattu, avec carapèche. En orangé jaune, orangé jaune, rouge orangé rabattus, avec, fustet. En 3 jaune, 3 jaune, 5 orangé jaune -^j, avec bois jaune. En 4 jaune, 2 jaune, 3 orangé jaune jj, avec quercitron. En 4 jaune, i jaune rabattus, 5 orangé jaune, avec gaude. En 5 orangé jaune, 2 orangé jaune, i orangé jaune rabattus, avec, sumac. .) L'acétate de cuivre se comporte comme le sulfate, sauf avec la coche- nille et la laine ; il violette le brésil, rougit le fustet, surtout dans la teinture du coton ; il verdit la gaude. » Après ces expériences j'ai teint les étoffes non mordancées, les étoffes alunées, les étoffes alunéesettartrées dans l'eau de Seine, l'eau de puits, l'eau de sulfate de chaux, l'eau de craie, l'eau de carbonate de chaux acide, l'eau plâtrée, comparativement avec l'eau distillée. » Je mets sous les yeux de l'Académie les résultats de ces expériences. M Les plus grandes différences portent sur les étoffes non mordancées teintes dans l'eau de puils avec le campèche, le brésil, le fustet surtout, la garance, le bois jaune et le simiac. » Mais ces expériences n'expliquaient pas pourquoi la laine et la suie, teintes avec le fustet dans l'eau de puits, avaient plus de rouge que la laine et la soie teintes dans les eaux calcaires et les eaux cuivreuses. Fallnif-il admettre, outre l'alcali et le cuivre dans l'eau de puits, l'existence d'un troisième corps ? » Je fus assez heureux, après plusieurs recherches, de triompher de cette dernière dilficulté par les expériences suivantes; » 20 centimètres cubes de décoction de fustet furent mêlés avec : I" 200 centimètres cubes d'eau de carbonate de chaux acide; 2" 200 centimètres cubes d'eau de carbonate de cuivre acide; \ loo centimètres cubes du premier carbonate; ( 100 centimètres cubes du deuxième carbonate. » Eu teignant dans ces trois liqueurs, on constata le fait intéressant que le mélange des deux carbonates donna une teinture plus rouge à la laine et ;, la soie que les deux carbonates appliqués séparément. ( i4r ) » Ainsi les recherches de la Iroisième phase on\. donc complètement rempli l'objet que je m'étais proposé en les entreprenant. Conclusions définitives. » Eau de Seine. » Elle agit surtout par son carbonate de chaux. r Elle agit aussi par son carbonate de fer. » Enfin elle peut agir par une matière organique susceptible de colorer la laine et la soie, surtout au roux. » Eau du puits des Gobelins. » L'eau du puits des Gobelins agit dans tous les cas par son carbonate de chaux ; » Et avec les matières colorantes, telles que la cochenille, le bois de Bré- sil, le bois de campêche, le fustet, par un sel cuivreux, le carbonate. » Le bois de Brésil est surtout propre à démontrer l'extrême différence des étoffes teintes dans l'eau de puits d'avec celles qui le sont dans l'eau de Seine, dont l'action se compose surtout de celle d u carbonate de chaux et du carbonate de fer. » Les conclusions de ce travail, relatives à l'usage des eaux naturelles dans les arts et dans l'économie animale, seront exposées dans le Compte rendu prochain. » PHYSIQUE. — Nouveau speclromètre à vision directe. Note de M. Valz, faisant suite à sa communication du i3 juillet. « De nouvelles considérations m'ayantfait reconnaître qu'on pourrait en quelque sorte augmenter indéfiniment la force de dispeision de l'appareil, je compléterai comme suit mes idées à ce sujet : » Les onze prismes réfringents, employés par M. Merz, peuvent donner une dispersion de ilfiO)' moindre que celle des trois prisînes seulement; mais il est possible d'obtenir une plus forte dispersion encore, en faisant parcourir 270 degrés par réfraction au rayon, et 90 degrés par une simple réflexion dans un prisme. Avec six prismes, la dispersion serait de 9.1° 35'. Pour cinq prismes, rt = 58" 36', ?'= 56° 18', et la dispersion 28° 33'. Si on n'employait que quatre prismes, rt = 65°i2', j=66°2o', et la dispersion 3i° 46', mais le spectre ne pourrait être vu en entier. Enfin on pourrait faire parcourir au rayon une circonférence entière en plaçant les prismes en hé- lice, de façon que les extrêmes soient au-dessus l'un de l'autre: alors, pour neuf prismes, a = /|8° 26', i= /j/j" i3', et la dispersion 38° i3'; avec huit pris- mes, la dispersion serait 45" 67', mais le spectre ne se verrait plus en entier. ( l42 ) On pourrait ainsi augmenter indéfinimenl la dispersion, en faisant parcourir au rayon plusieurs circonférences, par la disposition des prismes sur plu- sieurs tours d'hélice; mais comme alors on n'apercevrait qu'une partie du spectre, il sera plus simple et plus avantageux d'avoir des spectromètres pour chaque partie du spectre. Ainsi, pour une des moitiés, on aurait avec six prismes a = 6i° 18', i=6o° ^o', et pour l'autre « = 62" 3o', i=6i° i5', et la dispersion totale sera 40° 48'. » NOMEVATIONS. L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination de la Com- mission qui sera chargée de décerner le prix Bordin pour l'année i863, question concernant les courants thermo-électriques. MM. Pouillet, Becquerel, Regnault, Fizeau et Edm. Becquerel réunissent la majorité des suffrages. MÉMOIRES LUS. OBGANOGÉNIE VÉGÉTALE. — Etudes sur l'évolution des bourgeons et sur la force qui préside à ta séparation des divers organes végétaux; par M. Ch- Fermond. (Extrait par l'auteur.) (Commissaires, MM. Brongniart, Decaisne, Duchartre.) a Quand on examine un bourgeon naissant, on reconnaît au microscope qu'il n'est constitué que par une multitude de petites cellules assez sem- blables et intimement liées entre elles; mais bientôt cette petite masse de tissu cellulaire se fend par le sommet, et cette fente se poursuit d'un seul côté pour les feuilles alternes (raonocotylédones), ou de deux côtés pour les feuilles opposées, ou de trois, de quatre, de six côtés pour les feuilles verticillées, en même temps qu'une séparation se fait concentrique- ment entre les parties circulaires et la partie centrale. Au centre de ces organes, eu général peu développés, et qui alors prennent le nom d'écaillés, se trouve donc une petite masse indivise de tissu cellulaire qui se compor- tera de la même façon en observant d'ordinaire la loi d'alternance; mais les organes qui se sépareront cette seconde fois, mieux nourris ou protégés déjà par les premières écailles, acquerront un plus grand développement. La masse indivise centrale nouvelle subira le même sort et donnera lieu à d'autres organes qui se développeront encore mieux, et ainsi de suite, jusqu'à ce que Ton soit arrivé à reconnaître la figure de la feuille particu- lière à l'espèce sur laquelle on fait l'observation. Or il arrive un moment où cette masse centrale, bien enveloppée par les organes appendiculaires déjà ( i43 ) très-développés, est si petite, que l'on ne sait plus distinguer le phénomène de séparation dont nous venons de parler, quoique pourtant cette sépara- tion se continue encore : c'est qu'alors, dès qu'elle se prononce, les organes appeiidiculaires naissants prennent aussitôt l'apparence de mamelons qui, par leur développement ultérieur, revêtiront la forme connue de l'organe appendiculaire. » C'est à cette force qui oblige les parties à se séparer les unes des autres, et dont, plus tard, nous ferons connaître le mécanisme, que nous avons cru devoir donner le nom d'exastosie ou écastosie (du grec iKctcTToç, chaque individu), parce qu'en effet elle sépare, individualise, pour ainsi dire, plus ou moins profondément les diverses parties, si bien qu'elles ne sont plus liées les unes avec les autres que par des points très-restreints. w Afin de bien se rendre compte des phénomènes dus à l'exastosie, il faut dès à présent distinguer trois formes de cette propriété générale, savoir : i" celle qui sépare conccntriquement les parties autour de l'axe, telles que les feuilles, les bourgeons, les sépales, etc., et que nous appellerons eamïosic centripèle, parce qu'elle tend à marcher vers le centre de l'axe; 2" celle qui sépare circulairement en une ou plusieurs les parties que l'exastosie centri- pète a déjà séparées de façon à constituer des organes plans alternes, opposés ou verticillés; nous la nommons exastosie circulaire ou plane. M 3° La troisième forme de l'exastosie est celle qui fait que les parties qu'ont divisées les exastosies centripète et circulaire sont séparées les unes des autres par un tube cylindrique ou prismatique nommé entre-nœud ou mérithalle, parce qu'il est en effet placé entre les points d'où émergent les organes appendiculaires et où se trouvent des renflements que l'on nomme noeuds vitaux. Si nous portons notre attention sur ces nœuds vitaux, nous ne tarderons pas à reconnaître que bien souvent, selon les espèces où on les observe, ils sont le siège d'une articulation qui permet de détacher les mérithalles les uns des autres comme s'ils n'avaient été que collés ensemble {Equisetiim, Vilis, etc.). Pareillement, vers la fin de la saison, presque toutes les feuilles, les folioles mêmes des feuilles dites composées, se désarticulent de l'axe qui les porte et tombent d'elles-mêmes. Les pédoncules ne sont pas exempts de cette désarticulation spontanée quand les fleurs qu'ils portent ont rempli leurs fonctions [Asparacjus ojjiciiiatis, JEsculiis tiippocastanuin, etc.). Enfin, c'est grâce à de semblables désarticulations spontanées que les carpelles et certains bourgeons (bulbilles) tombent; que certaines car- pelles (lomentacées) se séparent par articles et que les graines se sèment d'elles-mêmes, etc. ( i44 ) « En présence de ces faits irrécusables, il est donc bien établi que la petite masse de tissu cellulaire, unique et homogène dans le principe, n'a pas seulement subi des séparations verticales, concentriques et latérales, mais encore des séparations transversales, que nous désignons sous le nom d'exastosic transversale. Si maintenant nous observons qu'en agissant ainsi, ces trois forn)es de i'exastosie dirigent leur action suivant les trois dimen- sions de l'étendue : longueur, largeur et profondeur ou épaisseur, nous reconnaîtrons que ces trois exastosies en se produisant simultanément ont précisément pour effet de délimiter et circonscrire d'autres petits amas de cellules ayant chacune une vie particidière dans la vie générale de l'individu, et leurs mouvements propres dont la variabilité entraînera nécessairement des différences dans les parties produites. C'est la réunion de ces trois formes de I'exastosie, prises strictement à leur naissance, qui conduit logi- quement à la nécessité de reconnaître dans les parties végétales des centres vitaux que, pour plus de simplicité et surtout à cause de leurs propriétés, nous nommerons plijtogènes. » Le plus souvent les mérithalles se succèdent sans phénomènes extraor- dinaires, produisant autour d'eux des feuilles et des bourgeons, puis des fleurs. Dans ce cas, si l'on vient à couper transversalement l'axe ou tige, on y trouve un seul canal médullaire généralement arrondi. Les exastosies sont normales. Mais il peut arriver que ce phytogéne, ne s' étant pas encore constitué à l'état de bourgeon, se comporte dans son développement de façon à produire des phénomènes anormaux. Ainsi, il se peut que ce phy- togéne, avant de produire aucune des parties latérales et circulan-es qui constituent les organes appendiculaires, se divise en deux parties par suite de l'action de I'exastosie centripète, et qu'alors, au lieu de former un seul axe, il en forme deux qui d'ordinaire marchent parallèlement dans leur évolution. Dans ce cas, on a le phénomène nommé dédouhlemenl, lequel présente trois modifications appréciables, i" Si I'exastosie est complète, les deux axes seront entièrement séparés ; ainsi isolés, ils se comporteront d'une manière normale, et chacun d'eux offrira un canal médullaire arrondi. 2° Il se peut que I'exastosie centripète se prononce beaucoup moins, et qu'elle se traduise à l'extérieur par un aplatissement de l'axe et par une rainure longitudinale plus ou moins profonde sur l'une ou sur les deux faces de cet axe. Dans cette circonstance, si l'on coupe l'axe transversalement, on remar- quera qu'il s'est formé deux canaux médullaires dont l'ensemblo simule un 8 àc chiffre (Moquin-Tandon), et d'autant plus distincts que les sillons étaient plus profonds, ce qui accuse un état exaslosique plus prononcé. 3° Enfin, ( '45) si l'exastosie centripète est encore moins prononcée que dans l'exemple précédoiit, quoique manifeste encore, le phénomène ne se traduira que par l'aplatissement de l'axe et par lui bourgeon lui-n)éme aplati comme l'axe, et dans le même sens. La section transversale d'une semblable tige ne montre plus deux canaux médullaires, mais un seul, qui a alors une forme elliptique. Cet état particulier est un conuiiencement de la monstruosité que les phy- siologistes appellent y«5c/e ou lige fasciée. Tous ces phénomènes constituent des excès d'exastosie centripète, puisqu'au lieu d'iui élément on est forcé d'en reconnaître deux. » Par contre, il y a une autre série d'anomalies que nous désignerons sous le nom de déjauh dexaslosie, et dans laquelle viennent se ranger tous les phénomènes connus sous le nom impropre de soudure. » Nous terminons notre Mémoire par des réflexions qui conduisent aux conséquences suivantes : » 1° Les phénomènes de l'exastosie sont en général d'autant plus mar- qués qu'on les observe chez les végétaux les plus élevés dans les classifica- tions méthodiques. )• i" L'exastosie centripète est d'une importance plus grande que les deux autres formes de l'exastosie et se retrouve d'autant plus développée qu'on l'observe chez les végétaux les plus élevés dans les différents groupes. u 3° L'exastosie circulaire est d'une importance moins grande que l'exastosie centripète et se montre souvent d'autant plus développée dans les fleurs qu'on l'observe dans les espèces les plus élevées dans les diffé- rents groupes. )) 4° L'exastosie transversale est d'une importance inférieure aux deux autres et peut indifféremmnnt se rencontrer dans tous les groupes végé- taux. » MÉ3I01UES PRÉSENTES. CHIMIE. — Dosage et équivalent du cuivre; par MM. E. Millon et Co.^lMAILLE. (Commissaires, MAL Payeii, Peligot.) « Dopage. —C'est à l'état de bioxyde que le cuivre se dose le plus habituel- lement; si simple que l'opération soit en apparence, elle entraîne néan- moins une erreur plus ou moins sensible : le dosage est toujours faible. C. R., i8e3, 2™" Semestre. (T. LVII, N" 5.) 20 ( i46 ) » Vient-on à précipiter l'oxyde de cuivre par la polasse et à le calciner, le filtre dans lequel rox)'de est retenu, et dont il est impossible de le déta- cher, réduit une partie du cuivre; il faut alors réoxyder le métal. Mais la calcination à l'air libre ou même dans un cornant d'oxygène pur ne re- forme pis comjilélement le bioxyde; l'oxygénation du métal reste au-dessous de CuO, si prolongée que soit la réaction. On a forcément recours à l'acide nitrique dont l'action oxydante est radicale; alors apparaît un autre incon- vénient. Au moHient où le nitrate de cuivre achève de se décomposer, il y a du bioxyde entiainé par le jet de vapeurs nitreuses. On rend ce phéno- mène très- visible, en opérant dans un petit ballon de verre, d'une capacité de loo centimètres cubes et surmonté d'u!i col long de 7 à 8 centimètres. La décomposition du nitrate, conduite avec tout le ménagement possible, n'en tapisse pas moins l'intéiieur du ballon et son col tout entier d'une j)oudre impalpable d'oxyde cuivrique; celui-ci même s'échappe hors du ballon en quantité appréciable. » En opérant, avec le plus grand soin, dans un creuset de platine d'une capacité comparativement très-grande et bien fermé par son couvercle, nous avons eu encore une perte notable: iS%33o5 de cuivre pur n'ont donné que i^'',66o5 de bioxyde, au lieu de it'%6675. Cette perte est la moindre de toutes celles que nous avons constatées, en variant beaucoup les condi- tions de la calcination. » Pour échapper à ces difficidtés, nous avons préféré doser le cuivre à l'état métallique. L" bioxyde est |)récij)ité par la potasse, le précipité lavé à chaud et séché est brûlé aveclefdtre dans une large capsule de platine. Le résidu de cette calcination ne contracte aucune adhérence avec les parois de la capsule, et on le fait passer de celle-ci dans une nacelle de platine où s'opère la réduction par un courant d'hydrogène pur. » Ce mode de dosage, rapproché des indications que fournit la précipi- tation de l'argent métallique par le cuivre à l'état d'oxydule, permet de rectifier nos idées actuelles sur la composition de plusieurs combinaisons dans lesquelles entre le cuivre. En voici quelques exemples. « Le beau composé violet que l'on obtient en faisant bouillir une solu- tion d'acétate de cuivre avec du sucre, et que l'on considère comme du protoxyde do ciùvre pur, renferme toujours 2 pour 100 do bioxyde de cuivre, avec interposition de ^ pour 100 de matière organique, analogue au sucre ou au caramel. » L'hydrate jaune de protoxyde de ciùvre s'écarle encore bien davan- ( '47 ) tage de la coinpositioti qu'on lui assigne et ne reiifeime jamais moins de 4 pour loo de bioxyde. » L'existence du carbonate de protoxyde de cuivre, bien qu'elle ait été indiciiiée par un liabile observateur, est très-douteuse; au moins ce sel ne se forme-t-il jamais dans la réaction des carbonates ou des bicarbonates alcalins sur le protocblorure de cuivre. 1) Équivalent du cuivre. — A|)rès avoir obteiai, d'une part, la purification du cuivre, et, d'autre part, son dosage, avec une précision dans laquelle la pratique nous inspirait de jour en jour plus de confiance, nous avons cru qu'il n'était pas sujjerflu de faire quelques expériences sur la détermination de l'équivalent de ce métal. » Comme le bioxyde, provenant du nitrate de cuivre, ne cbange pas de poids à la suite de plusieurs calcinations successives sur une lampe d'alcool, nous avons pris cet oxyde pour point de départ : il a été réduit par un cou- rant d'hydrogène sec, purifié par son passage à travers une longue colonne de tournure de cuivre, chauffée an rouge. En outre, l'eau provenant de la réduction de l'oxyde était recueillie et pesée. » Deux cxpérieiices faites avec de l'hydrogène, dégagé de l'eau par le zinc et l'acide sulfurique, ont donné les nombres suivants : Première cjcpcrience. Bioxyde de cuivre employé D,'ji45 Cuivre réduit 5,3565 Eau produite i ,5325 Eau théorique i ,53o2 Deuxième c.vpérience. Bioxyde de cuivre , 3 , 3945 Cuivre réduit ■?., 7086 Eau produite o ,7680 Eau théorique ^-ill^l » Dans une troisième expérience, l'hydrogène provenant de la décom- position de l'eau par la pile, l'eau n'a pas été recueillie. Troisième expérience. Bioxyde de cuivre employé 2,7880 Cuivre réduit 2 ,2240 20.. ( '48 ) » On trouve ainsi pour poids de l'équivalenl du cuivre : Première expérience 894, 3 1 Deuxième expérience 894 ,80 Troisième expérience 3g4 ,55 En moyenne 394,55 )) MM. Erdmaiin et Marchand avaient indiqué 896,60, en remplacement lu nombre de Berzélius qui est SgS, 55. » CHIMIE MiNliRALOGiQaE. — De la l'eprodiiclion du rutile, de In brookile et de leurs variétés; pi olojluorure de titane. Note de M. P. Hautefeuille, pré- sentée par M. H. Sainte-Claire Deville. (Commissaires, MM. Delafosse, Fremy, H. Sainte-Claire Deville.) « Rutile. — On obtient facilement l'acide titanique cristallisé en faisant passer sur du titaiiate de potasse, mélangé de chlorure de potassium, un courant d'acide chlorhydrique. Le mélange contenu dans une capside de platine est chauffé au rouge blanc dans un grand creuset de terre, où deux tubes de porcelaine lûtes sur le couvercle permettent d'établir un courant de gaz acide chlorhydrique. L'acide titanique mis en liberté et modifié par l'acide chlorhydrique cristallise en prismes accolés les uns aux autres. Ces cristaux prismatifjues, transparents et jaunes, offrent tous une zone carac- téristique de huit faces présentant les angles de i35 degrés des faces verti- cales d'un prisme à base carrée, comme ceux qu'a obtenus M. H. Sainte- Claire Deville en fiùsant passer de l'acide chlorhydrique sur de l'acide titanique amorphe chauffé au rouge. La densité de ces cristaux a été trou- vée égale à 4,'"^, ce qui les identifie avec le rutile. » lîulite aciculaire. — Un mélange de titanaleet de fluotitanate, obtenu en fondant ensemble de l'acide titanique pur et du fluorure de potassium, sou- mis au rouge vif à l'action de l'acide chlorhydrique, fournit des cristaux prismatiques isolés, terminés par de beaux |)ointeaients octaédriques. Au- cun de ces prismes ne présente plus de quatre faces; ces faces, très-planes dans le voisinage des arêtes du prisme ou du pointenient, réfléchissent un peu irréguHèreuient la lumière sur les autres points de leur surface. Ces cris- taux ressemblent, par leur forme cl leur couleur d'un jaune d'or, au rutile aciculaire enfermé dans les cristaux de quartz de Madagascar. La densité de ces cristaux est f\,i6. La comparaison suivante entre l'angle des faces de l'octaèdre^', donné par j\L Des Cloizeaux, et celui que j'ai mesuré, établit ( '49) l'identité de ces cristaux avec le rutile aciculaire naturel : Dus Cluizeaiiï. Tiouvé. b'b- i35°5' rSSoiS' » Quelques-uns de ces prismes sont colorés en bleu tellement foncé, qu'on les croirait noirs, si la nuance ne perdait beaucoup de son intensité près de leurs extrémités. J'attribue cette coloration au protofluorure de titane pro- duit par une réduction accidentelle (i). Ces cristaux colorés établissent un nouveau point de conlact entre les cristaux artificiels et naturels de cette variété, ces derniers étant souvent aussi gris d'acier sur une partie ou sur la totalité de leur longueur. » La petite quantité de fluorure titanique qu'exhale le mélange en fusion, pendant le passage du courant d'acitie cblorhydrique imparfaitement des- séché, donne naissance à des prismes rectangulaires portant, comme ceux baignés par le fluotitanate, le pointement caractéristique du rutile : donc on n'obtient pas de brookilc en faisant réagir la vapeur d'eau sur le fluorure titanique, du moins au rouge vif. » Rutile laminaire. — Ij'acide titanique en dissolution dans le fliiosilicate de potasse cristallise au rouge vif sous l'influence de l'acide chlorhydrique, en lames à structure lamcllcuse, sur lesquelles on peut mesurer les angles (le i35 degrés du prisme à huit pans du rutile; c'est là le rutile laminaire qu'on rencontre à New-Jersey (États-Unis). Ces cristaux, d'une légère nuance verte, sont pulvérisés, traités par le bisulfate d'ammoniaque à une température inférieure au rouge dans un creuset de platine. La matière fondue ne renferme point de silice, l'eau tiède la dissolvant sans résidu. L'acide titanique, précipité de sa dissolution par l'ammoniaque, puis cal- ciné au rouge, n'est pas coloré et pèse ce que pesaient les cristaux employés. Cette analyse prouve cpie ces cristaux ne renferment que de l'acide ti- tanique. » Sagéiiile. — Un mélange d'acide titanique, de silice, de fluosilicate de potasse chauffé au rouge vif dans un courant d'acide chlorhydrique, donne naissance à une infinité de petites aiguilles implantées de champ sur ini squelette de silice. Ces aiguilles, d'un gris jaunâtre, sur lesquelles j'ai pu mesurer des angles de 90 degrés, présentent une analogie incontestable avec la sagénite de Saussure. L'analyse assigne à ces cristaux la composition du rutile. » I^a sagénifc artificielle se colore en jaune \erdàlre à une température (i) P^oir plus loin le procédé qui permet de produire à volonté ces cristaux colorés. ( i5o ) voisine du ronge, et reprend ;i peu près sa coloration primitive j)ar le re- froidissement : c'est là une propriété de l'acide titaiiique précipité qu'on n'avait pas signalée dans l'acide cristallisé. » Ces synthèses minérales ne sont pas tontes nouvelles, [."acide titanique a été obtenu cristallisé sous la forme du rutile par bien des mélhodes; mais aucune ne donne la série complète des variétés de cette espèce, ce que l'action combinée sur l'acide titanique des fluorures et de l'acide chlorhv- drique permet de réaliser avec luie grande facilité. I) Brooliili:. — [/acide chlorliydrique conserve au rouge sombre la remar- quable propriété de donner des cristaux d'acide litauique en réagissant sur un mélange d'acide titanique, de silice et de fluosilicate de potasse, [.'acide titanique cristallisé à cette température se présente en lames transparentes d'une grande fragilité. Ces lames ont la densité de la brookite dont el!es ont également la forme, ce qui résidte de la comparaison suivante entre les angles de deux zones caractéristiques donnés par les auteurs et ceux que j'ai mesurés dans les zones correspondantes : Li:vy. Dos C loizeaux Trouvé. /('' l4l''4l' l4i''4o' /''b' i43'>57' i43''43' n On peut, sur quelques lames, mesurer l'angle delà face A' avec la face b^ ; cet angle de i32°3o' n'est pas caractéristique, mais en clivant une de ces lames parallèlement aux stries de la face h' , l'angle de la face M de clivage avec la face b^ étant, comme dans la brookite, de iSq degrés, cette mesure établit que les stries de la face dominante h' sont parallèles aux faces M du prisme à base rhombe comme dans l'espèce naturelle. » On ne trouve pas de silice dans ces cristaux, que la densité et la forme identifient à la lirookite lamelliforme implantée sur les roches de l'Oisans et du Saint-Gothard. » Arkansilc. — [/opération précédente réalisée dans un vase en charbon de cornue donne des cristaux noirs de même densité que ceux de la variété de brookite appelée arkansite. Ces cristaux noirs portent des faces triangu- laires /r' et e^ très brillantes, et une face rectangulaire //' fortement striée, [.es angles suivants établissent l'identité de ces cristaux avec ceux d'ar- kansite : Des Cloîze.iiix. Trouvé. e^ b"' i34° i33°3o' h' b" i32"25' I32O30'. ( i5r ) » Il est remarquable que la fiice e^, la plus brillante de cette variété arti- ficielle, soit également la plus nette dans les cristaux d'aïkansite des États- Unis. » On trouve dans ces cristaux des traces de fluor; il serait intéressant de rechercher cet élément dans l'arkansile naturel. )> La reproduction de la biookite met une fois de plus en évidence le parti que l'on peut tirer de l'acide clilorhydrique comme agent minérali- s.Hteur pour transformer nos produits de laboratoire en matières minérales identiques à celles que l'on rencontre dans la nature (i). » Prolofluorure de titane. — Lorsqu'on chauffe du fluotitanate dépotasse dans un courant d'hydrogène sec, chargé d'une petite quantité d'acide chlorhydrique, le fluorure titanique mis en liberté passe à l'état de proto- fluorure de titane, comme le prouve l'analyse suivante : Titane 56, i Ti 56,3 Fluor 4"îO FI 43i7 Perte en fluor. ... 3,q ^ ioo,o ioo,o » Cette analyse délicate a été faite en attaquant le protofluorure par la potasse caustique et le nitre dans un creuset d'argent, el en suivant, |iour doser le fluor à l'état de fluorure calcique, les précautions indiquées par M. H. Rose. I. Le prolofluorure obtenu à très-haute température se présente en cris- taux prismatiques d'un beau violet foncé. Le grand éclat des pans de ces prismes permet de mesurer des angles de i35 degrés caractéristiques du prisme à base carrée. Une petite quantité d'acide titanique pouvant être la cause de cette cristallisation prismatique, je demanderai à l'Académie la permission de revenir un peu plus tard sur ce point délicat. » Rutile aciciilaire coloré par le jirotofhiorut e de titane. — La préparation du rutile aciculaiie réalisée dans un creuset de charbon, en maintenant long- temps en fusion le mélange de titanale et de fluotitanate avant de faire passer le courant d'acide chlorhydrique^ doiuie des cristaux bleus renfer- mant jusqu'à 5 pour loo de fluor, tout en conservant la densité, l'asjX'ct et le ])oinlemcnt du rutile aciculaire, comme le prouve la mesure suivante : b' b' i43°43'. (i) F;j;> les Notes de M H. Ueville, Comptes rendus, t. LU, p. i264; t. LUI, p. i6i f '99- ( '5^ ) B La coloration du rutile aciculaire est due au protofluorure de titane, car ces cristaux, dissous J3ar le bisulfate d'ammoniaque, donnant un poids d'acide titanique inférieur au poids de la matière employée, ne renferment point d'oxyde bleu de titane (i). » L'anatase doit-elle aussi sa coloration à ce protofluorure ou bien à l'oxyde salin TiO-, Ti'O' découvert par M. H. Sainte-Claire Deville ? Cette question ne peut être résolue que par de nouvelles recherches; cependant l'excellente analyse de l'analase du Brésil, faite par M.Damour, ayant donné un poids d'acide titanique inférieur tle près de i centième du poids (le la matière employée, l'existence du prototluorure de titane dans l'échan- tillon analysé est bien probable (2). » Ces recherches ont été faites dans "le laboratoire de l'École Normale supérieure, sous la direction de mon excellent maître M. H. Sainte-Claire Deville, dont les conseils m'ont été bien précieux pour ce travail que je poursuis depuis une année. » CHIMIE MINÉRALOGIQUE — Sur l'acide vanadicjiie . Extrait d'une Note de il3. Phipson. (Commissaires, MM. Fremy, H. Sainte-Claire Deville.) « Depuis les expériences de M. Beauvallet, qui a constaté en iSSg l'exis- tence de petites quantités d'acide vanadique dont l'argile de Gentilly près Paris, j'ai fait des recherches sur la quantité d'acide vanadique contenue dans plusieurs substances minérales. J'ai préféré, pour extraire ce corps des argiles, etc., employer une méthode semblable à celle imaginée par Sefstrom. Je calcine la substance en poudre fine avec la moitié environ de son poids de salpêtre, et je fais bouillir le produit dans de l'eau. L'acide vanadique est précipité à l'état de vanadate barytique qui est ensuite con- verti en vanadate ammonique. Pour l'extraclion de l'acide vanadique en grand, ce procédé peut être simplifié comme je le dirai plus loin. » Dans les argiles, j'ai rencontré ordinairement de l'acide titanique (indiqué déjà par M. Riley) et de l'acide tantalique (indiqué par M. Terreil). (1) Cette méthode d'analyse, ([u'on ne peut accepter sans le contrôle du dosage direct du fluor, donne cependant, en l'appliquant au protofluorure de titane, la quantité théorique d'acide titanique, soit r)3,2 pour 100. (2) Annales de Physique et de Chimie, 3^ série, t. X. ( -53) J'ai également trouvé ces deux substances dans ie résidu qu'on obtient en dissolvant dans l'acide chlorliydrique le carbonate de fer argileux. » La substance que j'ai nommée vanadiiim-ochre (i) contient près de 2 pour loo d'acide van;ulique. C'est une espèce de limonite rouge-pourpre, à poudre jaunâtre, formée de petits grains durs, solides, réunis par un ciment argileux qui m'a donné à l'analyse les chiffres suivants : Eau et un peu de matière organique 12,60 Oxyde ferrique 57 ,5o Alumine 5, 00 Acide vanadique i îQO Acide phosphorique 1,10 Acide titanique Traces. Magnésie o , 3o Chaux 0,20 Acide carbonique 0,24 Sable quartzeux 20,00 99 '94 » L'acide vanadique me paraît exister dans ce minerai à l'état de phos- phate, Vd^ Ph', décrit par Berzélius, et j'ai toujours trouvé de l'acide vanadique dans les minerais de fer contenant de l'acide phosphorique. Voici maintenant les résultats quantitatifs que j'ai obtenus avec plusieurs substances minérales dans lesquelles l'acide vanadique est accidentel : Acide vanadique Substance examinée, pour loo. Argile de Londres (Londres) o,023 Argile de Londres (Londres) o,o56 Gault de Sussex. . , 0,046 Gault de Sussex 0,070 Argile blanche (Ypres, Belgique). . . o,o33 Oligiste micacé (Anglet.) o,4o (beaucoup d'acide phosphorique). Hématite rouge (Anglet.) 0,92 Id. Id. Vanadium-ochre (Saxe) i ,62 Id. Id. Vanadium-ochre (Saxe) i ,go Id. Id. Plusieurs argiles et oxydes de fer. . . Quantité indéterminée. » Poiu- préparer l'acide vanadique sur une grande échelle au moyen de plusieurs de ces substances, notamment la limonite vanadifére et le (r) Journal de la Société Chimique de Londres; i863, p. 244- C. R., i863. a"!» Semestre. (T. LVII, N° 3.) 21 ( >54 ) pechblende, on Iraife le minerai en poudre fine par la moitié on le quart de son poids de salpêtre, on fait bouillir la masse calcinée daus une petite quantité d'eau, on filtre. Si le volume de liqueur est trop grand, on le réduit par évaporation. On sature alors ce liquide avec du chlorure amnioniqne et on laisse reposer vingt-quatre à trente-six heures : l'acide vanadiquc se sépare à l'état de vanadate ammoniqiie. Pour avoir ce produit chimique- ment pur, il taut suivre le procédé analytique ordinaire. Le vanadate ammo- nique calciné avec précaution, et au contact de l'air, donne l'acide vana- dique. Le chlorure animonique dans !a liqueui- d'où l'acide vanadique a été séparé peut être utilisé de nouveau. » CHIMIE APPLIQUÉE. — Nouveau mode de rept oduclion , à l'aide de In liiinière, de toute espèce de dessins, cjravés^ imprimés, photographiés, etc. Extrait d'une Note de M. Monv.4N. (Commissaires, MM. Pouillet, Fizean.) « ... Mon procédé, simple, prompt et facile, peut être exposé en peu de mots. Sur une pierre à lithogra|)hier, préalablement enduite, dans un lieu obscur, d'un vernis com[)osé d'albumine et de bichromate d'ammoniaque, je place le recto de l'image à reproduire, que cette image soit sur verre, siu- toile ou sur papier (celui de Saxe est naturellement préférable, mais tout autre, ayant quelque transparence, suffit à l'opération). Cela fait, j'expose ma pierre à l'action de la lumière, de '5o secondes à 2 ou 3 minutes seule- ment, si elle est au soleil; de 10 à aS minutes au plus, si elle est à l'ombre. Au bout de ce peu de temps, j'enlève l'image et je lave ma pierre, d'abord à l'eau de savon, puis à l'eau pure, et immédiatement je l'encre avec le rouleau d"inq)rimerie. Le dessin est déjà fixé, car l'image commence à se révéler en noir sur fond blanc. Alors je gomme, je laisse sécher quelques minutes, et l'opération est terminée; on peut mettre sous presse et tirer.... » On couiprend que la hnnière a fixé le vernis et l'a rendu insoluble, partout où elle a frappé; mais qu'au contraire toutes les parties de la pierre ombragées par l'image sont restées solubles, conséquemment attaquables par la soude et par l'acide, outre qu'elles retiennent la substance du savon : l'action produite ici sur la pierre tient à la fois delà graviu'e et de la litho- graphie. » Quant aux avantages du procédé, on jm'uI les résiuncr ainsi : simplicité et rapidité de l'opération; exactitude de la reproduction ; aucun besoin de clichés nécjatijs sur verre ou sur papier : le moiMAe positij est ohtçini positif ; ( i55 ) conservation absolument intacte et immaculée du modèle; solidité au moins égale ;'i celle de la gravure sur pierre proprement dite; enfin extrême économie du procédé, à raison du bas prix des substances employées. » Je serais heureux que l'Académie des Sciences voulût bien inviter quelques-uns de ses Membres à assister aux expériences que j'offre défaire sous leurs yeux. » Je joinsà la présente communi:Mtion quelques-unes de- épreuves tirées dans ces derniers jours. » PHYSIQUE DU GLOBE. — Dosarje de l'aride rnrbotmfue de l'rnr. Extrait d'une Note de M. Mène. (Commissaires, MM. Payen, Boussingault, Pelouze.) « Les tableaux que j'ai l'honneur de transmettre à l'Académie, dit l'au- teur dans la Lettre d'envoi, présentent le relevé de tous les dosages de l'acide carbonique de l'air que j'ai faits depuis le mois de juillet 1862. J'ose espérer que ce travail sera utile, tant pour les questions d'hvgiène que pour la physiologie végétale. Comme je poursuis à mon laboratoire les mêmes études pendant cette année encore, j'espère que des conclusions sérieuses pourront en résulter. La méthode que j'ai employée pour mes analyses a été présentée à l'Académie des Sciences dans sa séance du 24 mars 1862, je n'ai donc pas à y revenir. Pour le calcul, je ferai remarquer que je n'ai pas tenu compte de l'état de l'almosphère, ni des températures ou pressions barométriques, etc.; tout a été calculé en moyennes.... » En considérant ces tableaux qui représentent les observations de treize mois, on est conduit à reconnaître : » 1° Que pendant toute une année l'acide carbonique n'existe pas dans l'atmosphère en même quantité; )> 2° Que pendant les mois de décembre et janvier, l'acide carbonique est à peu près en égale quantité; que ce gaz augmente en février, mars, avril et mai, pour diminuer de juin à août; qu'il y a ensuite une augmen- tation de septembre à novembre, pendant laquelle, au mois d'octobre, est atteint le maximum de l'année; » 3" Que pendant la nuit il y a toujours plus d'acide carbonique que le jour; 1) /)" Il paraîtrait exister une légère oscillation de gaz acide carbonique pendant le jour : ce serait vers midi que l'on remarquerait une petite augmentation; » 5° Enfin, qu'après luie pluie l'acide carbonique se trouve presque tou- 21. ( i56 ) jours en plus grande quantité dans l'atmosphère qu'avant la tombée de l'eau. » Je rappellerai qu'en i85i, à la Société d'Agriculture de Paris, j'avais déjà remarqué quelques-uns de ces résultats qui sont consignés au Bulletin des séances, t. Yll, 2' série, i85i-i852. » M. Ghersi (John) soumet au jugement de l'Académie un ouvrage manu- scrit sur un nouveau système de navigation, et un Mémoire également ma- nuscrit sur un cjonvernail de proue de son invention. Ces deux travaux, qui sont écrits en anglais et accompagnés de nombreuses figures, seront exami- nés par une Commission composée de MM. Duperrey, de Tessan et Paris. M. VioLAND adresse de Colmar un Mémoire « sur l'arnica et sur ses propriétés physiologiques et thérapeutiques ». (Renvoi à l'examen de M. Bussy.) CORRESPONDANCE . M. LE Secrétaire perpétuel présente au nom de l'auteur, M. Foley, une « Étude sur le travail de l'homme dans l'air comprimé », ouvrage destiné au concours pour les prix de Médecine et de Chirurgie. « En étudiant, dit l'auteur, les maux de l'homme soumis à de trop brus- ques variations barométriques, j'ai pensé aux animaux qui supportent sans en souffrir de grandes différences de pression quand ils se déplacent dans le sens vertical, et j'ai cru pouvoir attribuer cette précieuse faculté chez les uns à des sacs aériens, chez les autres à une vessie natatoire, chez ceux-ci à des modifications pulmonaires, chez ceux-là enfin à des poches à gaz, supposant ainsi, comme on le voit, à certains organes des usages qu'à ma connaissance on ne leur avait pas encore attribués. >> (Renvoi à l'examen de la Commission des prix de Médecine et de Chirurgie. ) M. LE Secrétaire perpétuel présente encore, au nom de M. Parlalore, un opuscule intitulé : « Considérations sur la méthode naturelle en Bota- nique ». — Et au nom de M. Bonjcan, un ouvrage ayant pour titre : « La Savoie agricole, mdustrielle et manufacturière ; suivi d'une Notice sur la percée du mont Cenis ». ( '57) M. LE Secrétaire perpétuel signale parmi les pièces de la Correspon- dance, les deux ouvrages suivants : « i" Le Baron Larrey, par le Général Baron Joacli. Amberl ». « 2° De l'inoculation delà péripneumouie de l'espèce bovine, envisagée au point de vue scientifique, par le D' L. ïJ'itlems ». M. Barral, qui, en présentant dans une précédente séance une « Étude analytique sur le blé, la farine et le pain », avait exprimé le désir d'être compris dans le nombre des candidats pour la place vacante dans la Section d'Économie rurale, par suite du décès de M. de Gasparin, présente aujour- d'hui un travail imprimé sur le même sujet, et demande que cet ouvrage soit renvoyé à la Section d'Économie rurale. GÉOLOGIE. — Extrait d'une Lettre adressée à M. Ch. Sainte-Claire Deville par M. A. LoNGOBARDO, agent consulaire de France à Catane. « Catane, le 8 juillet i863. » Depuis le mois de mai, l'Etna nous a fait entendre des détonations; le cratère a subi de grands changements par de très-sensibles échancrures; des flammes ont quelquefois illuminé le cratère. Hier, dans l'après-midi, à de fortes détonations a succédé une pluie de cendres cjui a duré peu, mais qui a fini par couvrir entièrement d'une légère couche toute notre ville. Ce matin, le bruit court (sans que je puisse vous en garantir l'exactitude) que l'Etna a fait éruption du côté septentrional, à la partie supérieure de son sommet, entre Broute et Maletto. Ce que je puis assurer, c'est que, ce matin, le grand cratère lançait des colonnes de fumée et de vapeur, et que, hier au soir, on voyait la réverbération de ce nouvel incendie. )• J'ai cru vous être agréable en vous faisant connaître, sans perdre un instant, ce que j'ai observé moi-même. » MICROGRAPHIE. — Sur l'organisation et la nature des Psorospermies ; par M. Balbiam. « Il règne encore une grande obscurité sur la nature des productions singulières découvertes par J. Millier sur divers Poissons d'eau douce et désignées sous le nom de Psorospermies. Néanmoins tous les observateurs s'accordent à les placer dans le règne animal, soit qu'ils les décrivent comme une classe particulière de parasites, ou qu'à l'exemple de MM. Leydig et Lieberkùhn ils les fassent entrer dans le groupe des Grégarines. ( '58 ) » Mes observations personnelles m'ont conduit a une conclusion diffé- rente. Je me propose en effet de montrer que tous tes caractères des Psoro- sponnies sont ceux de véritables végétaux, et que si Ton a méconnu jiis- quici leur nature réelle, c'est qu'on n'avait qu'une notion insuffisaiite des conditions d'organisation et de vie de ces êtres. Dans cette Note je parlerai de l'organisation dos Psorospermies ; je traiterai des pbénomènes de leur dévelopiiement dans une autre communication. » Les Psorospermies sont des corpuscules microscopiques transparenls (l«nt la foiine et. le vohiiae varient presque autant que les différentes espèces de Poissons chez lesquelles &n les, rencontre. Leur forme est tantôt presque complètement globuleuse, tantôt plus ou moins déprimée, lenticti/- laire ou ovale, d'autres fois enfin plus ou moins allongée, cylindrique ou fusiforme. Ordinairement l'une des extrémités est plus atténuée que l'autre ou se termine par une véritable pointe, tandis que le bout opposé est plus ou moins obtus et arrondi. Quelquefois ce bout; se prolonge en rme sorte de queue simple ou bifurquée; nous verrons plus loin comment on doit expliquer la présence de cet appendice. Quant à leur volume, il dépasse souvent à peine celui des globules rouges du sang chez la plupart des Poissons. » Quelles que soient les variations que l'on remarque dans leur confor- mation extérieure, ces corpuscules se composent toujours d'tme enveloppe ou coque résistante et d'une cavité renfermant différents organes dans son intérieur. La coque est formée de deux valves concaves qui s'appliquent exactement par leurs bords comme les deux moitiés d'une coquille de noix. Ces valves sont sans structure appréciable et laissent facilement apercevoir les parties contenues dans leur intérieur. Les alcalis caustiques, les acides minéraux déterminent après un temps variable leur séparation, mais ne parviennent point à les dissoudre, même après un contact prolongé à chaud ou à froid, tandis que les parties contenues sont plus ou moins rapidement dissoutes par ces agents. La déhiscence de la coque par l'écartement des valves se fait aussi d'une manière spontanée au moment de la reproduc- tion, pour laisser échapper les organes propagateurs. Chaque valve est en- tourée à sa circonférence d'un anneau élastique formé de deux pièces qui s'articulent sur la ligne médiane et se terminent par des prolongements fili- formes plus ou moins nombreux. Dans les circonstances ordinaires ces fila- ments sont peu visibles et restent appliqués contre le bord de la valve; mais au temps de la reproduction ils s'en écartent, grossissent en s'allon- geant cl se portent dans différentes directions. Ces filaments, comme nous ( '59) le verrons en traitant du développement, sont de véritables organes de coii- jugaison à l'aide desquels deux Psorospermies voisines s'entourent muiael- lement, se fixent solidement l'une à l'antre et se maintiennent en contact pendant toute la dnrée des phénomènes de propagation. Chez quelques Midividus, ces filaments, au lieu de se replier le long des bords des valves, s'étendent dans la direction de l'axe du corps, et, en se réunissant dans une longueur variable, constitnent le prolongement catidal simple et divisé que Millier et d'autres observateurs ont décrit comme un caractère particulier > CHIMIE ORGANIQUE. — Recherches sur l'orcine. Note de M. V. De Luynes, présentée par M, Dumas. « L'orcine a été découverte en 1829, par Robiquet, qui a fait connaître en même temps quelques-unes de ses propriétés. Elle a été ensuite l'objet de travaux remarquables de MM. Dumas, Scliunck, Stenhouse, Gerhardt, Laurent, Strecker, etc. » Si l'orcine, après avoir été étudiée par des chimistes aussi illustres, nous ottre encore quelques lacunes dans son histoire, cela doit être attribué surtout à la rareté de cette substance et à son prix élevé, comme le décla- rent du reste quelques-uns des auteurs que je viens de citer. » J'ai donc di"i me préoccuper tout d'abord de la préparation de l'orcine; et je suis parvenu, en décomposant l'acide érythrique par la chaux sous pression à 1 5o degrés, à me procurer l'orcine dans des conditions où toute la dépense se réduit, pour ainsi dire, au prix du lichen dont on l'extrait; de sorte que, dès à présent, l'orcine peut être considérée comme appelée à de- venir un produit industriel, du jour où l'on trouvera qu'il est avantageux de l'employer dans les arts. » Plusieurs hypothèses ont été faites sur la nature chimique de l'orcine. La plupart des chimistes la considèrent comme une substance neutre; Lau- rent et Gerhardt font remarquer que, par sa formule C'*H'0', elle pour- rait être une isomère de la saligénine, et se rattacherait peut-être, par quelque métamorphose, à la série salicylique; M. Rosing observe que l'orcine se rapproche beaucoup de l'acide pyrogallique, tant par les réac- tions qu'elle est susceptible de produire, que par son mode de génération. Enfin, M. Berthelot dit que l'orcine semble devoir être classée, soit parmi les alcools diatomiques, soit plutôt dans un groupe particulier de corps qu'il désigne sous le nom générique de phénols, dont ferait également partie l'acide pyrogallique, et dont l'acide phénique serait le terme caractéristique. » Les essais que j'ai faits jusqu'à présent, pour rattacher l'orcine à la série salicylique, ne m'ont donné aucun résultat satisfaisant ; je n'ai pas été C. R., i863, ï"'<: Semestre. (T. LVII, N» 3.) 22 ( -G^ ) plus heureux en sounietlant l'orcine aux réactions caractéristiques des al- cools. J'ai étudié alors ses propriétés comparativement à celles de l'acide phénique et de l'acide pyrogallique. Ce sont les premiers résultats de ces études que j'ai Thonneur de présenter à l'Académie. )) Si l'orcine est neutre aux papiers réactifs, il faut néanmoins recon- naître que, dans certains cas, elle paraît se comporter comme un acide; en effet, lorsqu'on projette du carbonate de soude desséché dans de l'orcine fondue, il se produit un dégagement d'acide carbonique. 1) Lorsqu'on verse une solution aqueuse d'orcine dans une dissolution de silicate de soude, la silice est précipitée; on peut même faire cette expé- rience d'une manière plus curieuse, en plaçant un cristal d'orcine dans une solution bouillante de silicate de soude. L'orcine ne paraît pas se dissoudre ; mais si l'on examine ensuite le cristal, on voit que l'orcine a disparu, et qu'elle a été remplacée par de la silice gélatineuse. » Cette tendance acide est conforme aux faits antérieurement connus; on sait, en effet, que l'orcine forme avec l'oxyde de plomb une combinaison définie découverte et analysée par M. Dumas. » L'orcine précipite les solutions de certaines bases organiques. Si l'on verse une solution aqueuse concentrée d'orcine dans une solution concen- trée et légèrement acide de sulfate de quinine, on voit la liqueur se trou- bler ; au bout de quelques instants, il se rassemble au fond du vase une matière huileuse qu'on lave avec un peu d'eau ; cette matière devient solide par son exposition à l'air sec ; elle renferme de l'orcine et de la quinine. » Le sulfate de cinchonine agit sur l'orcine de la même manière. » Dans les mêmes circonstances l'acide pyrogallique donne, avec le sul- fate de quinine, un précipité jaune cristallisé. M Le chlore attaque l'orcine et la transforme en un produit chloré, dé- couvert par Schunck et étudié depuis par Stenhousc ; mais il se forme en même temps une matière résinoïde qui empêche la purification de cette substance, de sorte que sa composition n'a pu être déterminée. J'ai préparé cette matière à l'état de pureté en attaquant l'orcine par un mélange de chlorate de potasse et d'acide chlorhydrique; l'analyse conduit à la for- mule C'Il^CPO*; c'est donc de l'orcine trichlorée analogue à l'orcine tribromée de Laurent et Gerhardt. » H n'est pas inutile de faire remarquer que, dans les mêmes circon- stances, l'acide phénique donne de l'acide phénique trichloré. » Lorsqu'on verse de l'acide azotique monohydraté sur l'orcine, elle ( i63 ) prend feu ; si au contraire on projette peu à peu l'orcine dans l'acide fumant refroidi, elle se dissout sans dégagement de vapeurs nitreuses. L'eau préci- pite une matière rouge soiuble dans les alcalis. » En étudiant d'une manière méthodique l'action de l'acide azotique à différents états de concentration sur l'orcine, j'ai été conduit à des résultats intéressants, au point de vue des matières colorantes qu'on peut en dériver. » Jusqu'à présent ces matières ont toujours été obtenues en soumettant les lichens eux-mêmes, ou les principes colorables qu'ils renferment, à l'ac- tion simultanée de l'air et de l'ammoniaque. C'est ainsi que Robiquet a transformé l'orcine en matière colorante, en la plaçant sous une cloche à côté d'un vase contenant une solution ammoniacale. C'est aussi parce pro- cédé que M. Dumas a préparé l'orcéine, dont il a déterminé les propriétés et la composition. On peut encore exposer à l'air une solution d'orcine dans l'ammoniaque ; au bout de deux ou trois jours la liqueur se prend en une masse violette. » Si dans l'expérience de M. Dumas on remplace l'ammoniaque par de l'acide azotique ordinaire, ou mieux par de l'acide à l\o degrés, de ma- nière à exposer l'orcine, à la température ordinaire, à l'action lente des vapeurs d'acide azotique, on remarque que la surface de l'orcine brunit peu à peu ; au bout de quelques jours les cristaux paraissent rouges dans toute leur masse. L'orcine est alors transformée en une matière colorante qui par ses propriétés paraît différente de l'orcéine. » Cette matière est soiuble dans l'eau, l'alcool et l'éther ; elle teint sans mordant la laine et la soie en rouge ; l'ammoniaque la rend violette d une manière passagère, les alcalis fixes d'une manière permanente; les acides font passer au rouge clair sa solution violette. Elle est précipitée de sa solu- tion aqueuse par le sel marin, et se redissout dans l'eau lorsque le sel a été entraîné par le lavage. » Je suis occupé à étudier cette matière et à rechercher si elle se rattache aux produits signalés dans l'orseille ou le tournesol, ou à d'autres substances colorantes. Mais j'ai cru devoir, dès aujourd'hui, signaler les circonstances remarquables dans lesquelles elle j)rend naissance. » Ces expériences ont été faites au laboratoire de recherches et de per- fectionnement de la Faculté des Sciences de Paris. » •il. (164) CHIMIE APPLIQUÉE. — Nouvelle méthode pour jauger les Jluides. Note de M. Th. Schlœsi.xg, présentée par M. H. Sainte-Claire Deville. « Les méthodes qui ont servi à déterminer les quantités d'eau, de vapeur et d'air s'écoulant dans un canal ou par un orifice, ont toujours reposé sur des données et des expériences purement mécaniques, et personne, je crois, n'a encore songé à faire intervenir la chimie dans de semblables questions. La méthode que je vais indiquer peut donc offrir quelque intérêt, en deliors de celui que lui donne l'importante question du jaugeage des fluides. » Elle me paraît très-simple et tout à fait élémentaire. Soit F la quantité d'un fluide s'écoulant dans un canal pendant l'unité de temps; je suppose l'écoulement constant; j'introduis dans le canal un fluide auxiUaire qui se mélange intimement avec le premier, et auquel je suppose aussi un écou- lement constant dont je sais la mesure; soit/ la quantité de ce fluide auxi- liaire écoulée dans l'unité de temps. En un point du parcours où le mélange est parfait, je puise un échantillon et je l'analyse. Je trouve une quantité i|/ . F -i du fluide F, et une autre o de/. Il est évident que j'ai la proportion -7 = -' ou F = ~-f. La détermination de/, c'est-à-dire de la quantité de fluide auxiliaire écoulée dans l'unité de temps, pourra se faire par les moyens connus dont la précision est aujourd'hui en quelque sorte illimitée; l'exac- titude du JHugeage du fluide ne dépendra donc que de celle de l'analyse chimique. Pour rendre celle-ci aussi grande que possible, il restera à choisir le fluide auxiliaire parmi les corps que la chimie sait doser exactement, lors même qu'ils sont délayés dans un très-grand volume d'un autre fluide. « Au lieu de prendre pour l'analyse un échantillon unique du mélange des fluides, il conviendra d'échantillonner continûment pendant toute la tlurée de l'expérience, et d'analyser la somme des échantillons successifs. On s'affranchira ainsi de la condition de constance de l'écoulement de /, et il suffira de connaître la quantité qui s'en est débitée du commencement à la fin de l'expérience. » Dans la plupart des cas, F a un ilébit constant, comme je l'ai supposé, du moins pendant les quelques minutes que demande une expérience. Je citerai pour l'eau : les déversoirs, vannes, moteurs hydrauliques, canaux, rivières même; pour la vapeur : les chauffages; pour l'air : les ventilateurs, la ventilation en général, les cheminées, etc. » Mais il est d'autres cas où F est variable. Alors, pour que l'échantil- ( i65 ) lonnage soit fidèle, il faut : ou faire varier / en même temps que F, de manière que le rapport entre les deux fluides soit constant; ou faire un échantillonnage continu, et observer un rapport constant entre le poids de mélange des fluides écoulé dans chaque élément de temps, et le poids de l'échantillon correspondant : la somme des échantillons successifs recueillis dans ces conditions représentera fidèlement les sommes de F ety écoulées pendant l'expérience. » Il faut remarquer que lorsque F est variable, il est en même temps presque toujours périodique; exemple : pompes, vapeur alimentant les machines motrices.... Il sera souvent possible en pareil cas de transformer l'écoulement variable en écoulement constant par quelqu'un des moyens connus. » La nature du fluide auxiliaire et le dispositif pour le répandre et le mêler dans le fluide F, et pour assurer la fidélité de l'échantillonnage, doivent changer selon la nature du fluide à jauger et les conditions dans lesquelles il s'écoule. » S'agira-t-il de jauger de l'eau, les chlorures de calcium et de sodium paraissent devoir être d'un bon emploi comme fluides auxiliaires, à cause de l'extrême précision du dosage du chlore. Exemple : jaugeage de l'eau passant dans im moteur hydraulique ; le fluide auxiliaire est une dissolution de sel marin contenant 1 5o grammes de chlore pour i kilogramme de liquide; on en a dépensé 2000 kilogrammes en 600 secondes, durée de l'expérience. Dans 10 kilogrammes de l'échantillon recueilli, on trouve 2 grammes de chlore. On a donc ■Il 10 000 — 2 , i = ^999- En désignant pary le chlore écoulé en une seconde, on a y = 3oo''Xg^ = oS5. En conséquence, F (eau passée dans la roue en une seconde) = o'', 5 X 4999 — ^^9^^ ^■ » S'il y a lieu de craindre que la roue n'ait pas mêlé suffisamment les deux fluides, on multipliera les prises d'échantillon en aval, pour suppléer, par une bonne moyenne, au défaut de mélange. » Les eaux courantes contenant du chlore, il faudra évidemment doser ce corps dans l'eau naturelle, prise immédiatement avant l'expérience, et dans les échantillons, et prendre, pour ©, la différence. ( i66) !■ Faudra-l-il jauger la vapeur qui s'écoule dans un tuyau, j'aurai recours à l'ammoniaque, corps volatil et susceptible d'un dosage rapide et exact par les liqueurs titrées. L'échantillonnage sera fait par un petit alambic chargé de condenser les quantités de vapeur et d'ammoniaque qui représenteront les fluides F ety'. )i Enfin, s'il s'agit de jauger un courant gazeux, l'acide carbonique, une vapeur acide, comme celle de l'acide chlorhydrique, une vapeur alcaline, comme celle de l'ammoniaque, du gaz de l'éclairage, tous corps suscep- tibles d'un dosage précis, lors même qu'ils sont étendus dans de très- grands volumes d'autres gaz, pourront être employés selon les cas. « Je n'ignore pas qu'une méthode générale de jaugeage comme celle que je propose n'acquiert une valeur réelle que lorsqu'elle a été contrôlée par des expériences variées; aussi ai-je l'intention de profiter des ressources nombreuses que m'offre à cet égard le service des tabacs, auquel je suis attaché, pour tenter des expériences sur le débit des appareils à vapeur, à ventilation, et même sur les moteurs hydrauliques employés dans ses éta- blissements. » PHYSIQUE. — Sur l'analogie de l'étincelle d'induction avec toute autre décharge électrique; par M. J.-M. Seguin. Extrait d'une Note présentée par M. Pasteur. « Les faits examinés dans le travail que j'ai l'honneur de présenter à l'Académie s'accordent à prouver que l'étincelle d'induction n'a rien de plus singulier que toute autre décharge électrique, et que ses propriétés rentrent dans les lois de l'électricité ordinaire. » On fait voir en particulier qu'une foule de circonstances modifient l'aspect de l'étincelle, en y faisant prédominer soit le trait de feu, soit l'at- mosphère lumineuse; que la décharge entière peut même être réduite à l'une ou à l'autre de ces deux formes, sans que ses propriétés soient essen- tiellement changées. )) Enfin, en observant l'étincelle soit entre des électrodes différents, soit dans des milieux différents, et examinant au spectroscope soit le trait de feu, soit l'atmosphère lumineuse, on recherche les substances incandescentes qui contribuent à ces deux parties de l'étincelle, et on constate que l'illumi- nation du gaz traversé par la décharge est plus marquée dans le trait de feu, tandis que l'éclat de l'auréole dépend davantage de la présence des parti- cules enlevées par la décharge aux électrodes. » ( i67 ) CHIMIE MÉTALLURGIQUE. — Sur l' élimination du phosphore dans tes fontes. Note de M. H. Caron, présentée par M. H. Sainte-Claire Deville. « Les nombreuses tentatives que j'ai faites dans le but d'éliminer le phosphore des fontes ont été infructueuses jusqu'à ce jour, et bien plus, j'ai été à même de constater que la fonte absorbe en grande partie le phos- phore qui l'environne au moment de sa formation , surtout si les laitiers sont siliceux. Ainsi, ayant traité plusieurs fois des minerais complètement exempts de phosphore, par du charbon de bois additionné de phosphate de chaux et de silice, j'ai constamment retrouvé dans la fonte ainsi produite presque tout le phosphore que j'avais mis dans le creuset à l'état de phos- phate. Voici du reste les résultats exacts de mes expériences : un minerai de fer carbonate de Benndorf a été réduit dans un creuset brasqué par du charbon mélangé de phosphate de chaux. » La quantité de phosphate de chaux a été calculée d'après le rendement du rainerai, de manière à pouvoir introduire i pour loo de phosphore dans la fonte obtenue. Phosphore pour lOO de fonte. N" 1. — Réduction avec i5 pour loo de silice o>92 N" 2. — Réduction avec lo pour loo de silice o,8() N" 5. — Réduction avec 5 pour lOO de silice 0,87 N° 4. — Réduction sans addition o ,85 N° 5. — Réduction avec 5 pour 100 de carbonate de chaux. . . 0,82 IN" 6. — Réduction avec 10 pour 100 de carbonate de chaux.. 0,82 » Puisqu'il semble n'exister aucun moyen d'enlever aux fontes le phos- phore qu'elles contiennent et qu'en outre elles ne manquent jamais de s'allier à ce corps lorsqu'elles le rencontrent, il sera important d'écarter toutes les,causes qui peuvent contribuer à introduire ce métalloïde nuisible dans la fabrication des fontes. Parmi ces causes il en est une à laquelle on attache ordinairement peu d'importance, mais qui cependant me paraît digne d'examen : c'est la composition chimique des combustibles végétaux. » Presque tous les bois contiennent du phosphore, aussi les fontes au bois faites avec des minerais où l'on ne rencontre pas traces de phosphore en renferment toujours au moins 0,2 pour 100 (i). A cette dose le phos- phore n'est pas nuisible; à o,5 pour 100 il est encore inoffensif, mais à \i) Karsten. ( >68 ) 0,7 pour 100 le fer qu'on obtient se brise déjà par la percussion bien qu'il puisse encore être plié à angle droit. » Il sera donc de la plus grande importance de ne jamais employer des charbons capables de donner à la fonte 0,7 pour 100 de phosphore. » Pour arriver à ce résultat il est nécessaire de choisir avec discernement lo bois qui doit être employé à la réduction du minerai. » Les différentes essences de bois contiennent des quantités différentes de phosphore, non-seulement suivant la nature du terrain qui les produit, mais aussi dans le même terrain, suivant leur espèce. Berthier [Essais par la voie sèchent. I, p. 262) a fait à ce sujet des analyses connues de tous les métallurgistes , mais sans insister sur le point qui m'occupe aujourd'hui. )) Le chêne de la Roque-les-Arts, par exemple, dont les cendres con- tiennent 0,008 d'acide phosphorique, ne pourrait être remplacé comme réducteur par du charme de la Somme ou de la Nièvre, dont les résidus de la combustion renferment jusqu'à 0,09 ou 0,10 du même corps. Ces deux essences donnant à peu près la même quantité de cendres, il est évident que le chêne de la Roque-les-Arts, qui n'introduirait au maximum que o, 1 2 pour joo de phosphore dans la fonte (i), serait préférable au charme de la Nièvre qui pourrait en apporter au moins i pour 100. I^a quantité de phosphore absorbée dans le premier cas serait inoffensive, mais dans le deuxième cas elle deviendrait incontestablement nuisible. )i Ainsi donc, s'il est indispensable, pour obtenir des fontes de bonne qua- lité, de choisir avec soin les minerais à réduire, il n'est pas moins important de s'assurer que le réducteur, c'est-à-dire le combustible, n'apportera pas au métal des impuretés nuisibles qu'on ne pourrait plus enlever ensuite. » M. Dehaut adresse des remarques sur une communication récente de M. Decaisne concernant la variab'd'dé dans l'espèce (ht Poirier. « — Sans nier cette variabilité, dit M. Dehaut, je crois qu'on ne saurait en voir la démonstration dans des expériences dont les résultats viennent plutôt confirmer ce que l'on sait de la production des hybrides. Le passage suivant, que j'emprunte à dessein au travail de M. Decaisne, fournit la ( I ) Il est facile d'arriver à connaître le maximum de phosphore que peut absorber une fonte (par le combustible) pendant sa fabrication, si l'on connaît la quantité de phosphore contenue dans le charbon de bois employé et la quantité de fonte produite par un poids donné de ce charbon. ( •% ) preuve que ses recherches conduisent à des conclusions tout autres que celles qu'il en a tirées : " Je suis loin de nier ici les croisements et leur in- >' fluence, je dis même que rien ne me parait plus vraisemblable; il n'est » du moins guère possible d'en douter, lorsqu'on voit ce qui se passe dans )> un verger de poiriers en fleurs où les abeilles, attirées d'une lieue à la » ronde, butinent du matin an soir, brouillant les pollens de toutes les !i variétés et les disséminant sur des stigmates auxquels la nature ne les des- " tinait pas. » » La justesse de cette observation, poursuit M. Dehaut, est frappante, et me semble jeter lui doute sérieux sur tontt^ expérience tians laquelle on ne s'est pas mis en garde contre la possd^ilité d'ime fécondation étran- gère, soit par l'intermédiaire d'insectes, soit même par le Iranspoit aérien du pollen d'autres arbres. Or, M. Decaisne n'a pris aucune précaution contre ce genre de difficulté » « M. Decaisne fait observer qu'il a discuté dans sa Note la question de l'hybridité, et que c'est précisément parce que toutes les poires qu'il a examinées contiennent des pépins fertiles qu'il est arrivé à conclure l'unité spécifique des Poiriers cultivés, ainsi que le prouve le paragraphe dont M. le docteur Dehaut ne donne qu'une partie et auquel il renvoie. r> M. Place annonce l'intention de soumettre au jugement de l'Académie un photomètre de son invention qui permet de noter d'une manière absolue l'intensité de la lumière naturelle ou artificielle, instrument applicable à divers usages, et qui, mis à la disposition du photographe, aura, entre autres avantages, celui de le préserver d'une erreur bien souvent commise, celle d'attribuer à la perfection plus grande d'un nouveau procédé la beauté des résultats obtenus, quand ce succès tient uniquement au jour plus favorable. Si M. Place veut adresser une description de son instrument, elle sera sou- mise à l'examen d'une Commission. M. ScHi.MKo adresse d'Olmutz (Moravie) deux ouvrages écrits en alle- mand et intitulés, l'un n Constitution de l'univers «, l'autre» Habitants des planètes i> . L'auteur, dans une Lettre d envoi écrite en latin, annonce l'intention de donner une nouvelle édition du premier de ces deux ouvrages avec des cor- rections et additions. Il a déjà fait ces changements écrits à la main sui' C. R., i86:i, 2"'« Semcslre. (T. LVIl, N» 3.) ^3 ( 17° ) Jexeiuplaire envoyé à F Académie afin d'avoir son avis avant de rien iiii[)iinier. On fera savoir à l'auteur que, d'après les usages constants de l'Académie, cette demande ne peut être prise en considération. A 5 heures, l'Académie se forme en comité secret. COMITÉ SECRET. La Section de Chimie présente la liste suivante de candidats pour une place de Correspondant vacante par suite du décès de M. Desormes : En première ligne M. Favre. En deuxième ligne M. Dessaignes. En troisième ligne, ex aequo et j M. Cuancel. par ordre alphabétique. . .jM. Lamy. Les titres des candidats sont exposés par M. Fremy. L'élection aura lieu dans la prochaine séance. La séance est levée à 5 heures et demie. F. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. L'Académie a reçu dans la séance du ao judlet 1 863 les ouvrages dont voici les titres : Le Jardin fruitier du Muséum ; par M . i. Decaisnk ; 62= livraison. Paris, in-4°, avec planches. Du terrain (ptalernair-e et de l'ancieimeté de l'Iionmie dans le nord de la France, d'après les leçons professées au Muséum par M. d Arc hiac, recueillies e(/ju/;/(ees prtr Eugène Trut AT. Paris, i863; in-S". (Présenté par M. d'Ar- chiac.) Réfutation du système des vents; par M. J. BouRGOis. 1 Extrait de la Revue Maritime et Coloniale.) Paris, i863; in-8°. (Présenté au nom de l'auteur par M. Duperrey.) Considér-ations sur In méthode naturelle en Botanique ; par Philippe Parla - TORK. Florence, i863; in-S". ( 17' ) Examen critique du Mémoire de M. Pasteur relatij aux générations spon- tanées; par M. le D'N. JOLY. (Extrait des Mémoires de r Académie impériale des Sciences de Toulouse.) Toulouse; br. iii-S". Le Blé et le Pain ; liberté de la boulangerie ; par J.-A. Bakral. Paris, i863 ; vol. in-S". (Renvoi à l'examen de la Section d'Économie rurale.) Le baron Larrey ; par le général baron Joachim Ameert. Paris, i863; br. in-8°. (Présenté par M. Flourens.) De l'inoculation de la pleuropnewnonie de l'espèce bovine envisagée au point de vue scientifique; par le D'' L. WiLLEMS. Bruxelles, i863; br. in-S». Théorie des surfaces de révolution à courbure moyenne constante; pai L. LiNDELOF. (Extrait des Mémoires de la Société des Sciences de Finlande.) Helsingfors, i863; br. in-^". La Savoie agricole, industrielle et manufacturière, suivi d'une Notice histo- rique surlapercée du montCenis; par J. BoNJEAN. Chambéry, i863; in-12. Appareil scolaire perfectionné; parF.-P. Lallement, br. in-8°. Silzungsberichte... Comptes rendus de l'Académie impériale des Sciences de Vienne [classe des Sciences mathématiques et naturelles); t. XLVII, livrai- sons 3 et 4> Sciences mathématiques; et t. XLVII, livraisons 1, 2 et 3, Sciences naturelles. Vienne, i863; in-8''. Jahrbucb... Jnmiaire de l'Listitutl. R. géologique de Fienne;3innée i863; vol. XIII, n° I, janvier à mars. Vienne, in-4°. Der Weltenbau... La constitution de l'univers, sa formation et sa mer- veilleuse harmonie ; par J.-G. SCHIMKO. Vienne, 1847 > i'^-S"- Die Planetenbewohner... Les habitants des planètes; par le même. Olmulz, r856; iii-8°. (Addition à l'ouvrage précédent.) COMPTE RENDU DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES SÉANCE DU LUNDI 27 JUILLET 1865. PRÉSIDENCE DE M. VELPEAU. MEMOIRES ET COMMUMCATIOIVS DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. M. LE Présidext de l'Ixstitct invite rAcadéiiiie des Sciences à procéder au choix des lecteurs qui devront la représenter dans la séance publique annuelle, séance dont la date est fixée au vendredi i4 août. CHIMIE APPLIQUÉE. — Suite des recherches chimiques mr la teinture; par M. E. Chevreul. CONCLUSIONS DES TREIZIÈME ET QUATORZIÈME MÉMOIRES ET RÉFLEXIONS GÉNÉRALES. APPLICATIONS AUX ARTS. n Les recherches sur l'emploi en teinture de l'eau de Seine et de l'eau de puits, faites comparativement avec remploi de leau distillée, montrent combien l'industrie est intéressée à connaître les effets des eaux naturelles qui intervieiuient dans ses opérations. Et certes, si l'eau chi puits que j'ai examinée n'a pas été aux Gobelins constamment d'usage en teinture, cepen- dant elle l'a été quelquefois à ma connaissance sans qu'on se soit jamais douté de l'influence qu'elle pouvait exercer. Quoi qu'il en soit, il est in- structif de voir l'influence qu'elle aurait pu avoir dans l'industrie particu- lière, effets qui auraient été inexplicables sans les recherches que je viens d'exposer. « Supposons qu'un blanchisseur-apprêtenr d'étoffes de laine en eût eu à G. R., i863, 2'n« Semestre. (T. LVII, N" 4.) 24 ( '7-1 ) sa disposition en même temps que de l'eau de Seine : il aurait bientôt re- marqué la supériorité de la première, parce que le sel cuivreux donnant à une étoffe de laine ou de soie un œil d'azur, c'est un avantage dont l'eau de Seine est dépourvue. )) Mais supposons que l'étoffe de laine, après avoir élé apprêtée, eût été dans le cas d'être passée à la vapeur; alors, sous l'influence de la réaction que j'ai décrite en iS'^-j, le soufre que la laine contient naturelle- ment aurait formé avec le cuivre du sel un sulfure de couleur de rouille qui aurait succédé à la blancheur azurée de la laine. Je présente à l'Acadé- mie un écheveau de laine azurée dans l'eau du puits des Gobelins et un écheveau de la même laine soumis à la vapeur, afin de montrer que je n'a- vance pas une supposition gratuite. Au reste, la supposition précédente n'est que le rappel du fait qui s'est passé en iSS^ (i). « Les recherches exposées dans ce Mémoire et le précédent (XIV et XIII) sont une démonstration parfaite du grave inconvénient de Vabsola dans nos jugements. Effectivement, que répondre à la demande : Quelle est la meilleure eau pour la teinture? lorsqu'on voit d'abord la diversité des résultats obtenus avec l'eau distillée, l'eau de Seine et l'eau de puits employées dans des circonstances semblables avec une même matière colo- rante, puis telle matière colorante qui donne le meilleur résultat avec l'eau distillée, tandis que telle autre le donne avec l'eau de puits; évidemment tout est relatif, les circonstances étant les mêmes, à la matière colorante. Seulement, les différences une fois constatées d'une manière précise, lors- qu'il s'agit de reproduire un résultat obtenu avec une eau impure, sachant quel est le corps auquel cette eau doit la propriété qui en fait préférer l'u- sage à l'eau pure, on ajoute à celle-ci ce corps qu'on sait nécessaire pour obtenir le résultat désiré. APPLICATION A LCSACE DF.S EAUX UÈDICIXALES. » Quelle application peut-on faire de la méthode que je viens de formu- ler, mise en pratique pour rechercher des espèces chimiques, causes des différences observées en teinture selon qu'on opère avec une eau naturelle ou avec de l'eau distillée? )> Je réponds que cette méthode s'applique à la question de reconnaître les espèces chimiques, causes des effets curatifs qui font prescrire des eaux médicinales pour combattre des maladies déterminées. (i) Voir Compte rendu des séances de l'Académie des Sciences, séance du 26 décembre J837. (175) » Bien des gens, élrangers à la connaissance fies manières dont l'esprit humain procède dans la recherche de la vérité considérée au point de vue le plus général de l'ensemble des problèmes qu'il se propose de résoudre, sou- riront sans doute de voir un système d'expériences institué dans l'intention d'éclairer la science et la pratique de la teinture, aboutira une question de thérapeutique. N'ayant jamais senti le besoin de justifier auprès des gens dont je parle les opinions auxquelles ma conviction est acquise, je suis fort indifférent à l'accueil qu'ils leur feront; ma seule prétention est d'exposer aux esprits sérieux des inductions auxquelles mont conduit des études mul- tipliées, soutenues par l'amour du vrai et animées de l'espérance que les esprits auxquels je m'adresse ne verront dans mes inductions que le désir de faire concourir des méthodes déduites de recherches précises sur des objets peu complexes, si on les compare à ceux du ressort de la médecine, que je me propose d'éclairer en leiu' appliquant des méthodes précises dans l'in- térêt du progrès scientifique et conformément aux considérations que j'ai exposées sur la philosophie naturelle. » Que l'on veuille bien réfléchir à la suite des raisonnements d'après lesquels je suis arrivé à reconnaître la cause de la différence en teinture de l'eau du puits des Gobelins et de l'eau de Seine employées comparativement avec l'eau distillée, et l'on verra en effet que, s'il s'agissait de rechercher la cause spéciale d'un phénomène physiologique, ou, en d'autres termes, celle d'un effet organoleptique quelconque, la marche à suivre serait semblable à celle que j'ai suivie, sauf la complication du dernier cas. Mais admettons que la nouvelle recherche n'aboutisse pas, parce que le sujet que l'on se propose d'éclairer par l'application renferme encore trop de causes d'obs- curité pour l'être actuellement, on saura d'une manière précise l'existence de ces causes et ce qu'il conviendra d'entreprendre pour les dissiper. On saura dés lors qu'il faudra se garder de raisonner comme si ces causes n'existaient pas, et que l'intérêt de la vérité exigera l'ajournement de toute conclusion définitive à l'époque où de nouvelles études permettront enfin de la formuler. » Lorsqu'on examine l'état de nos connaissances les plus générales sur les eaux médicinales, on voit que nous sommes redevables à l'empirisme de la connaissance des actions diverses exercées par les eaux sulfureuses, les eaux ferrugineuses et les eaux alcalines sur l'économie animale, et qu'à lui appartient la distinction de ces eaux médicinales en trois groupes, relative- ment à leur usage en médecine. 24. ( '76 ) » Je compare cet état de nos connaissances à l'état où étaient nos con- naissances avant mes iravaux sur l'influence en teinture de l'eau de Seine, de l'eau de puits et de l'eau distillée. » Maintenant je vais examiner successivement quelles seraient les con- naissances sur les eaux médicinales qui correspondraient à chacune des trois phases par lesquelles j'ai passé pour donner la théorie de l'influence en leiultue de l'eau de Seine et de l'eau de puits relativement à l'eau distillée. PREMIÈRE PHASE. — Des connaissnnccs relatives aux propriétés thérapeutiques des eaux médicinales. » Si l'on résume les expériences exposées dans le treizième Mémoire, que l'on considère la précision avec laquelle on a déterminé, au moyen des cercles chromatiques, les couleurs différentes que la lame, la soie et le coton ont prises dans les trois eaux, on voit que ce travail a conduit à des résultats bien autrement précis que ceux que nous devons à l'empirisme relativement à l'influence thérapeutique des eaux médicinales sulfureuses, ferrugineuses et alcalines. )) Mes expériences montrent ce qui manque en précision à ces connais- sances eu même temp.sque la marche qu'il convient de suivre pour les faire avancer. » Il faudrait prendre les eaux sulfureuses, les eaux ferrugineuses, les eaux alcalines les moins complexes, étudier des effets bien constatés produits par chacune des eaux sulfureuses, par chacune des eaux ferrugineuses, par chacune des eaux alcaluies dont on aurait choisi nn certain nombre dans chaque groupe, en appréciant, autant que possible, l'analogie ou la diffé- rence des localités où les malades vont prendre ces eaux. » En outre, l'étude des eaux d'un même groupe devrait s'étendre, non- seulement aux localités où sourdent ces eaux, mais encore aux individus qui les prennent. Car la diversité des résultats de teinture qu'on peut obser- ver entre des écheveaux de laine, de soie et de coton teints dans un même bain colorant, correspond assez bien ;i la diversité d'action qu'une même eau médicinale peut avoir sur différents individus d'après leurs idiosyn- crasies respectives. M Enfin, avant la conclusion finale, il faudrait prendre en considération encore l'influence qu'une grande diversité de localité peut exercer sur l'éco- nomic animale, ainsi que le changement d'habitude produit par le dépla- cement des malades. ( '77 ^ DEUXIÈME PHASE. — Les différences entre tes effets d'eaux médicinales une fois constatées d'une manière précise, en rechercher la cause. » On a vu que les différences d'effet en teinture des eaux distillées de Seine et de puits une fois observées et définies, il a fallu en rechercher les causes; et que poiu- cela on a eu recours à la synthèse en prenant les es- pèces chimiques indiquées par l'analyse dans les eaux de la Seine et de puits, et formant avec l'eau distillée autant de solutions qu'il y avait d'espèces chimiques dont on pouvait soupçonner l'influence en teinture. Cette re- cherche, exposée dans la première partie du quatorzième Mémoire, a mon- tré l'insuffisance des analyses chimiques dans le cas présent; aussi est-ce l'occasion de traiter de l'usage qu'on doit faire en médecine des analyses des eaux médicinales envisagées au point de vue où je les considère Uiain- tenant. » Lorsqu'il s'agit d'une eau sulfureuse, d'une eau ferrugineuse, d'une eau alcaline, le médecin doit avoir avant tout la certitude qu'une eau sul- furée, soit par l'acide sulfhydrique, soit par un sulfure, qu'une eau ferrugi- neuse composée de carbonate de protoxyde de fer, qu'une eau de carbo- nate de soude, produisent des effets déterminés, parce qu'il doit savoir, par sa propre expérience, ce dont les corps tenus en solution sont capables sur l'économie animale. » Mais par la raison que toutes les eaux sulfureuses, toutes les eaux ferrugineuses, toutes les eaux alcalines, ne produisent pas des effets iden- tiques, il doit chercher la cause des différences que présentent des eaux sulfureuses, des eaux ferrugineuses, des eaux alcalines qu'il peut ordonner, et c'est à lui de voir si parmi les corps accompagnant le soufre, le fer, l'alcali, corps signalés par l'analyse chimique, il en existe quelqu'un capable de produire l'effet dont on cherche la cause. » Il est extrêmement probable que les résultats obtenus dune première recherche ne seront pas plus heureux que ne l'ont été les expériences expo- sées dans la première partie du quatorzième Mémoire. De là donc la néces- sité de se livrer à des recherches correspondantes à celles que nous avons décrites dans la deuxième partie du même Mémoire. TROISIÈME PHASE. » Une fois qu'on aura constaté que les corps auxquels ou avait attribué d'abonl l'action thérapeutique d'une eau minérale donnée ne l'expliquent pas, il faudra se livrer à la recherche d'autres corps. » Et c'est ici qu'il faudra recommencer les analyses comme je lai fait ( .78 ) pour l'eau de Seine el l'eau du puits des Gobelins, mais je ne dissimule ])oinl les difficultés de telles recherches; car évidemment le succès en est subordonné à la double direction d'un chimiste et d'un médecin physiolo- giste, tous les deux du rang le plus élevé dans les sciences, et c'est parce que j'apprécie mieux que personne ces difficultés que les réflexions suivantes sur le concours indispensable de la chimie, de la pliy&iolocjie et de la mtdccinc pratique pour éclairer la connaissance des eaux médicinales ne pourront paraître déplacées à ceux qui veulent sérieusement le progrès de ces cou- naissances; et si je n'ajoutais rien aux observations qui précèdent, je ris- querais de voir mes inductions repoussées comme stériles, parce qu'à la simplicité des recherches d'où je pars on opposerait la complexité d'un sujet du domaine de la médecine que j'ai le désir d'éclairer au point de vue critique. 1) La facilité avec laquelle on a admis les résultats de l'analyse sans avoir l)réalal)lement examiné si elle était précise, exacte, et si les effets théra- peutiques d'une eau analysée étaient expliqués par la nature des corps in- diqués par le chimiste, a été la cause de bien des erreurs lorsqu'il s'est agi de la préparation des eaux médicinales dites arlificielles. » Par exemple, longtemps on a ignoré l'existence de l'arsenic dans cer- taines eaux médicinales ; eh bien ! qu'on eût voulu alors imiter une de ces eaux, et en admettant bien entendu que le composé arsenical qu'elle con- tient exerce une certaine action organoleptique, et évidemment on aurait échoué dans l'imilation. » L'imitation d'une eau médicinale n'est donc possible qu'avec !a certi- tude acquise de connaître tous les principes constituants de cette eau. Des lors le médecin connaissant par expérience l'efficacité d'une eau médi- cinale naturelle dans laquelle se trouve un composé arsenical que nous avons supposé être efficace, aurait échoué si, au lieu de prescrire l'eau naturelle, il eût prescrit l'eau artificielle. H Sachant la complexité du sujet, je commence par reconnaître quatre causes principales susceptibles de concourir aux effets des eaux médici- nales prises à leurs sources respectives, et qui rendent bien plus difficile une détermination de ces effets aussi satisfaisante que l'a été la détermina- tion des couleurs dans celles de mes recherches correspondant à la pre- mière phme. » Les quatre causes sont : » 1° Les matières définies ou espèces chimiques contenues dans l'eau médicinale examinée; { 179 ) » 2° L'influence des circonstances climatériques où cette eau est prise par les malades ; » 3" Le changement apporté dans les habitudes par le déplacement des malades ; )) 4° L'influence des idiosyncrasies respectives des malades. » Je suppose un chimiste et un médecin j^hysiologiste réunis avec l'inten- tion de remonter des effets d'une eau minérale à la nature des corps con- tenus dans cette eau, et auxquels on doit attribuer la cause de ces effets. » Ils chercheront, en discutant les effets de cette eau recueillis parreni- pirisme, s'ils expliquent par la nature des corps dissous dans Icau les effets de celle-ci, en tenant compte, bien entendu, autant qu'ils le pourront, de l'influence des causes indiquées par les numéros a, 3 et 4 précédents. )) Pour contrôler leurs inductions, ils feront une solution dans l'eau dis- tillée des corps indiqués par l'analyse, en ayant égard, bien entendu, a leurs proportions respectives. Ils la feront prendre à un certain nombre de personnes, en même temps qu'ils feront prendre l'eau médicinale naturelle à un même nombre de personnes choisies aussi semblables aux premières que possible. » Je suppose que l'expérience comparative eût porté sur une eau arseni- cale, avant qu'on eût reconnu l'arsenic dans celle-ci; évidemment, en sup- posant ce principe doué d'activité dans l'eau médicinale, l'eau faite à l'imi- tation de celle-ci n'aurait pas produit d'effet, et dès lors le chimiste et le médecin physiologique se trouvant dans ce que j'ai appelé la deitxiènie phase de mes recherches, ils auraient recherché quel pouvait être le corps, cause des effets inconnus. ') Et s'ils eussent trouvé le composé arsenical et qu'ils eussent produit avec l'eau distillée et ce composé arsenical une eau semblable k l'eau médicinale, ils auraient été dans la troisième phase, où je me suis trouvé lorsque j'ai reproduit par la synthèse les effets de l'eau de puits cuivreuse. )) Voici encore des conséquences qui se déduisent de mes expériences : » Quand il s'agit de l'usage d'une eau médicinale en thérapeutique, il est nécessaire, pour qu'il réponde à l'intention du médecin qui le prescrit, de prendre cette eau dans les conditions où l'usage en a fait connaître l'effica- cité, puisque j'ai démontré : » i" Que la distillation de l'eau du puits des Gobelins en précipite uu change l'arrangement des principes cuivreux et ferrugineux, de sorte que ( i8o ) l'eau concentrée n'agit plus sur la décoction du bois de brésil comme le fait l'eau du puits simplement filtrée. « 2° Que l'évaporation à siccité de l'eau, de ce puits et même de l'eau de Seine a complètement changé la constitution des matières qui étaient tenues eu solution dans les eaux naturelles, puisque l'eau pure restituée aux résidus de l'évaporaliou des deux eaux précipitées a donné deux solu- tions différentes de l'eau de puits et de l'eau de Seine. )) On commettrait donc une grave erreur si on pensait qu'en restituant au résidu de l'évaporatian d'une eau minérale l'eau quelle a perdue on re- produirait une eau identique à l'eau naturelle. » Enfin l'observation que le carbonate de chaux et le carbonate de fer ont une action bien plus énergique pour rougir le fustet, quand ils agissent simultanément, que quand ils agissent isolément, démontre la possibilité que deux corps dissous dans luie eau médicinale produisent un effet orga- noleptique beaucoup plus énergique dans un même sens que ne produi- laient deux eaux médicinales dont chacune ne contiendrait qu'un des deux corps à l'exclusion de l'autre. » Si l'on me demandait la manière de procéder pour se faire une opinion sur la qualité bonne, médiocre ou mauvaise d'une eau naturelle destinée à servir aux besoins de l'économie animale, je répondrais qu'une eau qui ne laisse pour looo parties que de 0,09 à 0,20 de résidu après l'évaporation, et qui d'ailleurs est fraîche en été, et en outre inodore, insapide, aérée, est de très-boime qualité; que des eaux inodores, insapides, aérées, laissant de o,4o à o,5o de résidu fixe calcaire, peuvent être bonnes sans égaler les premières (i). Enfin j'ajouterais la condition que ces eaux ne se colore- raient pas par l'acide suif hydrique, ou en d'autres tern)es qu'elles seraient dépourvues de cuivre et de plomb; car si on est intéressé à connaître les bonnes qualités d'une eau potable, on doit l'être également à avoir la cer- titude que les moyens employés pour faire arriver l'eau au heu même de la consommation ne seront pas susceptibles d'en compromettre la bonne qualité, ainsi que peuvent le faire le cuivre et le plomb employés comme pompe ou tuyaux do conduite. » Supposons que l'on veuille aller plus avant dans la connaissance d'une eau qu'il s'agiia de consommer comme potable plus ou moins loin de sa source ou des lieux qu'elle arrose; il faudra eu ce cas aller en ces lieux pour juger de son influence sur ceux qui la consomment depuis longtemps. (l) Mémoire sur plusieurs réactions chimiques qui intéressent l'hygiène des cités popu- leuses, lu à l'Académie des Sciences les 9 et 16 de novembre 1846. (Mémoires de l'acadé- mie des Sciences, t. XXIV, note 3.) ( '8i ) Il est entendu qu'il y a nécessité de s'enquérir des écrits dont elle a pu avoir été l'objet. En définitive, on fera ce que conseille un architecte chargé d'élever un monument durable ; c'est que dans le cas où il ignorerait la qualité des pierres destinées à son œuvre, il devrait visiter les carrières où elles gisent et voir dans les environs les édifices construits le plus ancienne- ment avec ces mêmes pierres. » « M. Le Vekrier présente à l'Académie un nouveau volume des Annales de l'Observatoire impérial de Paris, t. VII. Ce volume comprend sept Mémoires, savoir : Sur le mouvement et la compensation des chro- nomètres, par M. Yvon Villarceau (ce Mémoire fait l'objet d'uneNote sépa- rée); — Sur les inégalités à longues périodes du mouvement des planètes, par M. Puiseux ; — Sur le Magnétisme, par MM. Desains ot Charault; — Sur le calcul des termes du développement de la fonction perturba- trice, par M. Bourget; — Sur le mouvement de rotation de la Lunette méridienne, par M. Yvon Villarceau ; — Sur l'orbite de la planète Eugénie, par M. Lœvy ; — Sur l'application des phénomènes capillaires à la con- struction de divers thermométrograplies, par M. Barbier. « M. Le Verrier présente à l'Académie, en son nom et au nom de M. le général Elondel, Directeur du Dépôt de la Guerre, un Mémoire com- prenant la discussion des opérations astronomiques faites en i856 pour la détermination de la longitude de la station géodésique de Berri-Bouy, près Bourges. » Les observations astronomiques ont été faites par M. Le Verrier et M. Rozet. Le Dépôt de la Guerre vient de relier avec précision la station de Berri-Bouy à la tour de Bourges. Ce travail a été exécuté par M. le capitaine Beaux. u De l'ensemble des opérations il résulte que la détermination astrono- mique de la longitude ouest de la station Berri-Bouy excède la détermi- nation géodésique de o%4o ^'i temps, ou de 6",o en arc. » PHYSIQUE. — Sur le mouvement moléculaire des gaz; par ^l. Thomas Graha.m (i). Dans ce travail nous nous sommes occupé du mouvement molécu- (i) L'Académie, sur la demande de plusieurs de ses Membres, a autorisé la reproduction intégrale de la Note de M. Graliam, quoique dépassant en étendue les limites réglementaires. C. R., i863, 2™« Semestre. (T. LVII, N» 4.) ^5 ( i82 ) laire des gaz, surtout en vue de leur passage, sous pression, à travers de fixes parois ou des plaques poreuses, et de la séparation partielle des gaz mélangés, qu'on peut obtenir par de pareils moyens, comme nous le mon- trerons plus loin. » Le point de départ de ces recherches fut un examen nouveau et tant soit peu prolongé de la diffusion des gaz (dépendant de ce même mouve- ment moléculaire). Cet examen conduisit à quelques résultats nouveaux qui pourraient bien présenter de l'intérêt, soit pour la théorie, soit pour les applications. )) Le diffusiomètre, tel qu'il avait d'abord été construit, se composait simplement d'un tube cylindrique en verre, ayant un peu moins de i pouce anglais (= 25'°'",4) de diamètre et environ lo pouces de longueur; en fer- mant l'une de ses extrémités par une plaque en plâtre de Paris, d'envi- ron I de pouce d'épaisseur, on l'avait converti en une espèce d'éprouvetle à gaz (i). » Mais depuis on a trouvé une matière bien préférable pour la prépa- ration de plaques poreuses dans le graphite (ou plombagine) artificiellement comprimé de M. Brockedon, tel qu'il est employé pour la fabrication des crayons. Le graphite se vend à Londres sous forme de petits cubes à base de 1 pouces carrés. Au moyen d'une scie faite avec un ressort d'acier, on peut facilement découper ces cubes en plaques de i à 2 millimètres d'é- paisseur. » En usant à sec ces plaques sur un grès plat, on peut les amincir au point de ne plus présenter que l'épaisseur d'à peine ^ millimètre. En dé- coupant maintenant dans une pareille plaque de graphite un disque circu- laire (qui n'est pas pins épais qu'un pain à cacheter, mais qui malgré cela présente encore une assez grande ténacité), et le fixant au moyen d'un ciment résineux à l'une des extrémités du tube de verre déjà mentionné, on ferme ce dernier et on le transforme en diffusiomètre. » Pendant qu'on remplit ce tube d'hydrogène, au-dessus de la cuve à mercure, on empêche les effets de la porosité du graphite en le couvrant momentanément avec une feuille mince de gutta-percha, qu'on y applique bien exactement. Celle-ci étant ensuite enlevée, la diffusion gazeuse s'effec- tue immédiatement à travers les pores du graphite. En 4o-6o minutes tout (i) Sur la loi de la diffusion des gaz, par Th. Graham; Transactions de la Société Royale d'Edimbourg, vol. XII, p. 222, ou bien Philosophical Magazine, i834, vol. II, p. 175, 263 et 35 1 . ( i83 ) l'hydrogène s'échappe du diffusiomètre et est remplacé par un volume d'air atmosphérique beaucoup moins considérable (environ {), conformé- ment à la loi de la diffusion des gaz. Pendant ce temps, le mercure, à moins qu'on n'y mette obstacle, s'élève dans le tube, formant une colonne de plu- sieurs pouces de hauteur : ce fait constitue une démonstration des plus frappantes de l'intensité de la force avec laquelle s'effectue la pénétration réciproque des différents gaz. » Le graphite natif, qui possède une structure lamellaire, ne paraît pré- senter que peu ou même pas de porosité : on ne peut donc l'employer à la place du graphite artificiel, comme parois de diffusion. » Après ce dernier, c'est la poterie non vernie qui se prête le mieux à cet usage. Les pores du graphite artificiel paraissent être réellement de dimensions si minces, qu'il est impossible au gaz, en masse, de traverser la plaque. Il semble qu'il n'y a que les molécules gazeuses isolées qui puissent passer, mais cependant sans être gênées par aucun frottement ; car évidem- ment les pores le plus petits dont nous puissions supposer l'existence dans le graphite doivent être de véritables tunnels, comparativement aux dimen- sions minimes de l'atome élémentaire d'un corps gazeux. La cause motrice paraît résider uniquement dans ce mouvement intérieur des molécules, qui est maintenant admis généralement comme une des conditions essentielles de la matière à l'état gazeux. » Conformément à l'hypothèse physique actuellement adoptée (i), un gaz est regardé comme constitué par une infinité de particules ou d'atomes sphériques, solides, doués d'une élasticité parfaite, et qui se meuvent dans toutes les directions, mais avec des vitesses différentes, suivant la nature du gaz. Renfermées dans un vase non poreux, les particules en mouvement se heurtent constamment contre les parois, et occasionnellement s'entre- choquent elles-mêmes, sans qu'il puisse en résulter aucune perte de mou- vement, grâce à l'élasticité parfaite de ces particules. n Si la substance du vase est poreuse, comme cela a lieu dans le diffusio- mètre, alors les atomes de gaz sont projetés à travers les canaux ouverts (par suite du mouvement moléculaire signalé) et finissent par s'échapper. Mais simultanément l'air atmosphérique ou un gaz quelconque, se trou- (i) D. Bernoulli, J. Herepath, Joule, Krœnig, Claiisiiis, Clerk Maxwell et Caz.in. Le mérite d'avoir fait revivre cette hypothèse et de l'avoir appliquée le premier à l'explication des phénomènes de diffusion doit être justement attribué à M. Herepath. Voir Physique mathématique, 2 vol., par John Herepath (1847 )■ 25.. ( i84 ) vant à l'extérieur du vase, est transporté à son tour, et de la même ma- nière, à l'intérieur et remplace le gaz qui s'échappe. Ce même mouvement moléculaire ou atomique e.st également la cause de la force élastique et du pouvoir de réagir contre la compression que nous observons dans les gaz. 11 est accéléré par la chaleur et ralenti par le froid, la tension du gaz étant augmentée dans le premier cas et diminuée dans le second. .1 Ce mouvement moléculaire n'éprouve aucune altération dans le cas même où le même gaz se trouve à l'intérieur et à l'extérieur du vase, et conséquemment en ^contact avec les deux côtés de la plaque poreuse. En effet, dans ce cas, les molécules gazeuses entrent et sortent par les pores exactement dans la même proportion, et produisent ainsi un échange qui n'est rendu perceptible, ni par un changement de volume, ni par aucun autre phénomène. „ Si les gaz en communication sont de natures différentes, mais possè- dent approximativement la même densité et la même vélocité de mouve- ment moléculaire, comme cela a lieu, par exemple, pour l'azote et l'oxyde de carbone, alors il y a simplement échange de molécules sans changement de volume. Si au contraire les gaz, communiquant par la paroi poreuse, sont de densités et de vitesses moléculaires différentes, alors la i)énétration réciproque cesse évidemment d'être égale dans les deux directions. » Noiis avons fait précéder ces observations préliminaires à la considé- ration des phénomènes que présente le passage d'un gaz à travers la plaque de graphite, dans une seule direction, soit sous pression, soit par l'effet de sa seule force élastique. Nous supposerons que le vide soit maintenu d'un côté du diaphragme poreux, tandis que de l'air ou un autre gaz soumis a une pression constante se trouve en contact avec l'autre côté. >. Le passage du gaz clans l'espace vide peut s'effectuer de trois manières différentes, ou plutôt de deux autres manières, outre celle que nous ve- nons d'indiquer. V 1. Le gaz entre dans le vide en passant par une seule ouverture très- petite, percée en paroi mince, telle qu'une piqûre faite avec une pointe en acier très-fine dans une feuille de platine. >, La rapidité du passage des différents gaz dépend alors de leur pesan- teur spécifique, conformément à la loi pneumatique que M. John Robinson a déduite du théorème bien connu deTorricelli, sur la vitesse d'écoulement des fluides. . Un gaz se précipite dans le vide avec la vitesse acquise par un corps ( i85) pesant, en tombant de la hauteur d'une atmosphère composée du gaz en question et supposée partout d'une densité uniforme. » La hauteur de cette atmosphère uniforme sera en raison inverse de la densité du gaz. L'atmosphère d'hydrogène, par exemple, serait seize fois plus haute que celle de l'oxygène. » Mais la vitesse acquise par la chute d'un corps pesant n'étant pas di- rectement proportionnelle à la hauteur, mais à la racine carrée de la hau- teur, il en résulte que la vitesse d'écoulement des différents gaz dans le vide sera en raison inverse de la racine carrée de leurs densités respectives. La vitesse d'écoidement de l'oxygène étant représentée par i, celle de l'hy- drogène sera exprimée par 4 = V 'C- )) Cette loi a été soumise à une vérification expérimentale (i). La loi d'écoulement des gaz que nous venons de citer est tout à fait analogue à celle qui règle la diffusion moléculaire, mais il importe d'observer de suite que les phénomènes d'écoulement ou d'effusion sont très-distincts et d'une nature essentiellement différente de ceux dediffusion, » C'est le gaz en masse qui participe aux mouvements d'effusion, tandis que ce ne sont que les molécules du gaz qui sont affectées par le mouvement de diffusion : généralement la vitesse d'écoulement d'un gaz est plusieurs milliers de fois plus grande que la vitesse de diffusion. La vitesse d'écou- lement de l'air est aussi rapide que la vitesse de translation du son. » 2. Si l'orifice d'écoulement est percé en parois de plus en plus épais- ses et se convertit ainsi en tube, les vitesses d'effusion sont soumises à des perturbations. Ou observe cependant de nouveau un rapport constant entre les vitesses d'écoulement des différents gaz, lorsque le tube capillaire ac- quiert une longueur assez considérable, c'est-à-dire lorsque la longuein- dépasse au moins 4ooo fois le diamètre. » Ces nouveaux rapports constituent les lois de la transpiration capillaire des gaz (2); elles ne varient pns, que le tube capillaire soit en cuivre ou en verre, et paraissent indépendantes de sa nature et de sa composition. » Cela provient sans doute de ce qu'une couche de gaz excessivement ténue reste adhérente à la surface interne du tube, et que le frottement a heu en réalité entre les molécules du gaz, et ne peut être influencé par la na- ture de la substance du tube. y> Les vitesses de transpiration ne dépendent pas de la densité et sont eu (i) Sur le mouvement des gaz, P/hVo^. Trans., 1846, p. 5-3. (2) Ibid., p, 5g I, et Philos. Trans,, 1849, P' ^49' ( i86) réalité singulièrement différentes des vitesses d'effusion. La vitesse de trans- piration de l'oxygène étant = i, celle du chlore = i,5, celle de l'hydro- gène z= 2,7.6, celle de la vapeur de l'éther à de basses températures égale ou presque égale à la vitesse de l'hydrogène, celle de l'azote et de l'oxyde de carbone presque la moitié de celle de l'hydrogène, celle du gaz oléfiant, de l'ammoniaque et du cyanogène =2, c'est-à-dire le double ou approxi- mativement le double de celle de l'oxygène; celle de l'acide carbonique = 1,376, et celle du gaz des marais = 1,81 5. M Pour le même gaz la transpirabilité pour des volumes égaux croît avec l'augmentation de la densité, qu'elle soit produite par le froid ou par la pression. » Les rapports entre les vitesses de transpiration des différents gaz ne pa- raissent présenter aucune relation constante avec les autres propriétés con- nues de ces mêmes gaz, et constituent une classe de phénomènes extrê- mement remarquables, précisément par leur isolement au milieu des faits connus concernant les gaz. » L'une des propriétés de la transpiration est immédiatement applicable à la pénétration des gaz à travers les pores de la plaque de graphite. Les tubes capillaires offrent au passage du gaz une résistance analogue à la ré- sistance due au frottement, en ce sens qu'elle croît proportionnellement avec la surface et augmente par conséquent à mesure que les tubes se multiplient ou diminuent de diamètre, la section totale du passage des gaz restant constante. » La résistance au passage d'un liquide à travers un tube capillaire est, d'après les observations de Poiseuille, très-approximativement en raison du diamètre du tube élevé à la quatrième puissance. » Pour les gaz, cette résistance au passage augmente également très-rapi- dement dans les mêmes circonstances, mais la loi n'en a pas encore été déterminée. >) Il en résulte cependant avec certitude cette conséquence qu'en dimi- nuant de plus en plus, et pour ainsi dire indéfiniment, le diamètre des tubes «apiliaires, on ralentit aussi à peu près indéfiniment l'écoulement du fluide, au point qu'il cesse d'être appréciable. On peut donc concevoir lui assem- blage de tubes capillaires assez nombreux pour que leurs sections réunies constituent une large surface, tandis que cependant chaque tube individuel est trop étroit pour permettre un écoulement sensible de gaz, même sous pression . Une masse solide et poreuse peut parfaitement présenter ces mêmes conditions de difficulté de pénétration comme l'agrégation de tubes capil- ( i87 ) laires, et en effet, cet état de porosité paraît être réalisé d'une manière pins ou moins approximative par toutes les masses minérales résultant d'une agrégation de particules légère et peu compacte, telles que la chaux vive, le plâtre, le stuc, la craie, l'argile calcinée, les poudres terreuses non cris- tallines analogues à l'hydrate de chaux ou à la magnésie qui ont été com- primées par une pression énergique; mais c'est le graphite artificiel qui pré- sente peut-être au plus haut degré cet état de porosité. » 3. Une plaque de graphite artificiel, quoiqu'elle paraisse pratiquement impénétrable aux gaz sous le rapport des deux genres de passage que nous venons de décrire, est peut-être facilement traversée par l'effet du mouve- ment moléculaire ou de diffusion des gaz. On le démontre en comparant le temps nécessaii'e pour le passage de volumes égaux de différents gaz sou- mis à une pression constante. Déjà antérieurement on avait trouvé les nom- bres suivants pour le passage, à travers un tube de verre capillaire, de volumes égaux d'oxygène, d'hydrogène et d'acide carbonique placés dans les mêmes conditions de pression et de température. Temps exigé pour la transpiration capillaire. Oxygène i Acide carbonique 0,72 Hydrogène o ,44 » Le passage des mêmes gaz sous la pression d'une colonne de mercure de 100 millimètres de hauteur, ayant été maintenant observé en faisant usage d'une plaque de graphite artificiel de ^ millimètre d'épaisseur, donne les résultats suivants : Temps employé pour te passage moléculaire. Racine carrée delà densité. (Oxygène =1.) Oxygène r i Acide carbonique i , 1886 i , 1760 Hydrogène • 0,2472 o,25oa » Il paraît d'après cela que la durée du passage à travers la plaque de graphite ne présente aucune relation avec le temps exigé pour la transpira- tion capillaire de ces mêmes gaz, temps que nous avons indiqué plus haut. » Les chiffres observés se rapprochent en outre beaucoup de ceux que fournit le calcul, en prenant pour base la racine carrée des densités des trois ( i88 ) gaz, comme le montre le dernier tableau, et jusque-là ils s'accordent avec les temps de diffusion théoriques qui sont généralement attribués à ces mêmes gaz. » Pour multiplier les expériences en les variant, on dispose la placpie de graphite de manière à faire pénétrer les gaz dans le vide deTorricelli, en les soumettant en conséquence à la pression entière de l'atmosphère. )' Des volumes égaux de gaz exigèrent pour la pénétration les temps suivants : Racine carrée Temps. de la densité. Oxygène i i Air atmosphérique o,g5oi 0,9607 Acide carbonique i , 1860 i , 1760 Hydrogène o , 35o5 o , i5oi » Cette pénétration des gaz à travers les pores de la plaque de graphite paraît être due à leur mouvement moléculaire propre, sans que les phéno- mènes de transpiration y prennent la moindre part. » Elle semble offrir l'exemple le plus simple possible du mouvement moléculaire ou de diffusion. Ce résultat doit être attribué à la porosité d'une si admirable finesse de la plaque de graphite. Les pores ou canaux paraissent être assez petits pour empêcher complètement la transpiration et le passage en masse. » On pourrait comparer le graphite à une espèce de tamis moléculaire qui ne laisse passer que des molécules. » Avec une plaque en stuc, la pénétration des gaz sous pression est très- rapide, et les volumes d'air et d'hydrogène qui passent dans le même temps sont dans le rapport de i à 2,891 . Ce dernier nombre se rapportant à l'hy- drogène est intermédiaire entre le volume de transpiration ^2,04 et celui de diffusion =3,8, et indique que le passage des gaz à travers le stuc n'est point un résultat simple (le résultat d'une cause unique), mais la résultante de deux causes réunies. » Avec une plaque de biscuit d'une épaisseur de 2"™, 2, le volume d'hy- drogène (l'air étant =1) atteignit 3,704, se rapprochant donc beaucoup de 3,8, nombre exprimant l'effet du mouvement moléculaire. Pour le même gaz, la rapidité de passage à travers le graphite paraît être très-approxima- tivement proportionnelle à la pression. » On observe en outre que l'hydrogène pénètre dans le vide à travers la plaque de graphite avec sensiblement la même vitesse absolue que lorsque ( '89) le même gaz se diffuse clans l'air; ce fait important démontre que la force dimpulsion est la même dans les deux cas. » La mobilité moléculaire peut donc être considérée comme identique avec le mouvement de diffusion des gaz; le passage d'un gaz dans le vide à travers une plaque poreuse, comme diffusion dans un seul sens ou une seule direction, c'est-à-du-e comme tliffusion simple, et la diffusion ordi- naire ou le passage de deux gaz dans des directions opposées, comme diffu- sion double, composée ou réciproque. /) Almolyse. — I,es considérations précédentes permettent de prévoir qu'on peut arriver à une sépaiation partielle d'un mélange de gaz et .vapeurs de diffusibililés différentes, en permettant à ce mélange de se diffuser à travers une plaque de graphite dans le vide. Cette nouvelle méthode d'analyse présentant un caractère pratique et étant susceptible d'applications très-éten- dues, il paraît convenable de la distinguer par un nom spécial [iamolysc\ La séparation sera d'autant plus considérable que la pression sera plus grande, et elle atteint son maximum en permettant aux gaz de se diffuser dans un vide presque parfait. » Un grand nombre d'expériences furent faites à ce point de vue; les plus intéressantes sont sans doute celles qui ont rapport à la concentration de l'oxygène de l'air atmosphérique. Une certaine quantité d'air renfermée dans un ballon étant mise en communication avec le vide, à travers une plaque de graphite, l'azote devra passer plus rapidement que l'oxygène dans le rapport de 1,0668 à i, et la propoi-tion d'oxygène doit donc devenir plus forte dans l'air qui n'a pas encore quitté le ballon. En effet, Taiigmen- tation de la proportion d'oxygène fut trouvée, lorsque le volume d'air du ballon s'était réduit de 1 volume : A 0,5 volumes, de 0,4^ pour 100 A 0,25 » 0,98 » A G , 1 25 » I ) 54 • A 0,0625 » 2,02 » En d'autres termes, la quantité d'oxygène s'était accrue de 21 à 23, 02 pour 100 dans le dernier seizième d'air restant dans le ballon. » Les plus remarquables effets de séparation furent produits au moyen du tube almolyseur. » 11 consiste tout simplement en un tuyau très-étroit en porcelaine ou poterie non vernie, tel que par exemple un tuyau de pipe à fumer en tene C. R., i863. ame Semestre. (T. LVU, N» 4.) 26 ( »9o ) lie deux pieds de longueur, fixé au moyen de bouchons dans un tube eu verre plus court et plus large, de manière à faire ressembler le tout à tui réfrigérant de Liebig. Le tube en verre est mis en communication avec une machine pneumatique, de manière à maintenir le vide le plus cocnpiet possible dans l'espace annulaire compris entre les deux tubes. » On dirige ensuite un courant d'air atmosphérique ou d'un mélange quelconque de gaz à travers le tuyau en terre de pipe, et on recueille les gaz à mesure qu'ils se dégagent de l'autre extrémité du tuyau. I.e mélange de gaz ainsi almolysé a évidemment diminué de volimie, de toute la quan- tité de gaz. qui a passé, à travers les pores du tuyau en terre, dans le tube en verre et de là dans le récipient de la machine pneumatique. Plus le cou- rant de gaz est lent dans le tuyau en terre, plus sera aussi considérable la perte en volume. i> Mais par contre, dans le gaz recueilli, les éléments gazeux plus denses auront été concentrés dans un rapport arithmétique, pendant que le voliune total du mélange aura été diminué dans un rapport géométrique. Dans l'une des expériences, la proportion d'oxygène dans lair atmosphérique, qui avait traversé le tube atmolyseur, s'était élevé à al\,5o pour loo, constituant une augmentation de 16,7 pour 100 de la quantité totale d'oxygène existant normalement dans l'air. » En opérant avec des gaz où la différence de densité et de diffusibilité est aussi grande que celle qui existe entre l'oxygène et l'hydrogène, la sépa- ration est évidemment beaucoup plus complète. Un mélange détonant de 2 volumes hydrogène et i volume oxygène, en passant par le tube atmo- lyseur, fournit de l'oxygène ne renfermant plus que g, 3 pour 100 d hydro- gène, et dans lequel on peut faire brûler une bougie sans provoquer d'ex- plosion; en opérant avec un mélange de volumes égaux d'oxygène et d'hydrogène, la proportion de ce dernier gaz est aisément réduite de 5o à 5 pour 100. 1) I nier -dif fusion, double diffusion des gaz. — La construction du tliffu- siomètre a reçu un perfectionnement important de la part de JM. le professeur Bunsen, par l'addition d'un levier arrangé de manière à souhner ou à déprimer le tube dans la cuve à mercure. » Mais la niasse de stuc faisant fonction de plaque poreuse dans son instrument semble être trop volumineuse, et susceptible de se détacher spontanément des parois du tube, lorsqu'elle est séchée à l'aide de la chaleiu'. » Cet illustre physicien ne parait d'ailleurs plus attacher une extrême ( '9' ) importance au nombre 3,4 qu'il avait obtenu pour l'hydrogène. Il est cer- tainement assez remarquable que dans mes anciennes expériences les nombres trouvés dépassaient plutôt, au lieu d'en approcher seulement, le nombre théorique pour l'hydrogène, --=r^ = 3, 7994- V 0,6926 11 En se servant de stuc comme diaphragme, les cavités de la plaque poreuse forment environ un quart du vohuiie total et affectent sensiblement le nombre en question, suivant qu'elles sont ou ne sont pas comprises dans la capacité de l'instrument. '1 En commençant constamment la diffusion avec ces cavités remplies d'hydrogène, les nombres actuellement obtenus en employant une plaque de stuc de 12 millimètres d'épaisseur et séchée sans l'aide de la chaleur, les nombres trouvés furent 3,783, 3,8 et 3,739. Lorsque le volume des cavités du stuc était ajouté à la fois à l'air et à l'hydrogène, les nombres étaient 3,93i, 3,949 et 3,883 lorsque cette addition n'était point faite à ces volumes. » La plaque de graphite, au contraire, à cause de son peu d'épaisseur, et le volume trop minime de ses pores pour qu'il soit nécessaire d'en tenir compte, ne présente point une pareille cause d'incertitude. Avec une plaque de graphite de 2 millimètres d'épaisseur, le nombre pour le passage de l'hy- drogène dans l'air fut trouvé =3,876, et celui pour l'hydrogène dans l'oxygène = 4) 1^4 (:> Ni l'appui du Ministre des Travaux ])uli|ics, ni le concours d'ingcnieurs habiles et dévoués à la science n'ont manqué à M. Darcy. Les ressources nécessaires avaient été mises à sa disposition; M. Baumgarten, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, lui avait prêté l'aide d'iuie longue expé- rience acquise dans les travaux du Rhin; M. Ritter, alors ingénieur ordi- naire attaché au service hydraulique de la Côte-d'Or, l'avait assisté de son dévouement. Mais M. Darcy n'avait pas mesuré l'étendue de la tâche qu il s'était imposée aux forces qui lui restaient après de longs travaux. D'une autre part, M. Baumgarten et M. Ritter, appelés par les exigences du service à d'autres destinations, avaient été séparés de M. Darcy en i856, au mo- ment où, les préparatifs préliminaires étant achevés, les expériences allaient commencer. » Il était réservé à M. Bazin, que M Darcy s'était adjoint dès cette époque, de le seconder d'abord, et plus tard après sa mort si regrettable, survenue en i858, de réunir, de compléter et de discuter les résidtals de tant de nombreuses et délicates expériences, et den déduire, pour l'art de 1 ingénieur, les conséquences importantes auxquelles elles conduisent. )) Le travail dont nous avons à rendre compte à l'Académie est donc l'œuvre de plusieurs ingénieurs. 11 a été conçu, organisé, commencé par M. Darcy, jjoursuivi sous sa direction jusqu'à sa mort; mais l'exécution d'une très-grande partie des expériences, la discussion de leurs résultats, ainsi que les déductions scientifiques qui en découlent, et qui sont exposées dans le Mémoire de M. Bazin avec une remarquable lucidité, doivent être considérées connue apjiartenant en propre à cet ingénieiu-. » Le Mémoire que M. Bazin soumet au jugement de l'Académie est par- tagé en quatre sections principales, ayant pour objet : » 1° Les expériences sur les canaux à l'égime uniforme; » 1° Les expériences sur la distribution des vitesses dans les courants; » 3° Les expériences sur le mouvement varié; ( 194 ) » 4° I-'fis expériences sur le mouvement des oudes. o L'étendue considérable de ces recherches, qui sont contenues et discu- tées dans quatre volumes manuscrits in-folio, accompagnés de quarante planches parfaitement exécutées par M. Cliapuis, conducteur des Ponts et Chaussées, nous a obligés à en partager l'examen entre deux Membres de la Commission qui ont l'honneur de soumettre à l'Académie les Rapports i)artiels dont nous allons lui faire connaître le premier, principalement relatif au mouvement de l'eau dans les canaux à régime uniforme. £>u mouvement uniforme de l'eau dans les canaux. )) Avant d'analyser la partie principale de ce long ensemble de recher- ches qui, commencé en i8j5, n'a été terminé qu'en 18G2, il est néces- saire de dire quelques mots des dispositions prises pour assurer l'exac- titude des résultats observés et des conséquences qu'il est permis d'en déduire. » Disposilions générales.— Pour l'exécution des expériences, et afin de leur donner un caractère tout à fait pratique, comp;irable à celui des circon- stances où l'on pourrait a%'oir à se servir des règles que l'on espérait en déduire, M. Darcy avait fait établir au bief n" 67 du canal de Bourgogne Une rigole de 5q6'",5o de longueur qui, après avoir suivi parallèlement ce canal sur 45o mètres, se détournait à gauche pour verser dans la rivière d'Ouche les eaux qu'elle avait empruntées au canal. Cette rigole, dont les parois étaient revêtues en planches de peuplier, convenablement maintenues par des cadres, avait dans œuvre 2 mètres de largeur sur o'°,95 de profondeur. Elle était enveloppée à l'extérieur par un corroi à très-peu près imper- méable, et ses dimensions intérieures ont permis d'y installer de faux plan- chers pour opérer sur des pentes diverses et des profils variés, selon les formes que l'on se proposait d'étudier. » Prise d'eau. — L'emi que l'on voulait faire couler dans cette rigole était, à l'origine, simplement empruntée au canal à 175 mètres en aval de l'écluse n*" 56, au moyen d'un vannage à quatre ouvertures de i mètre de largeur, pouvant avoir o'",4o de hauteur; mais l'observation ne tarda pas à mon- trer que, pour obtenir un écoulement régulier et normal de l'eau dans la rigole, il était nécessaire d'établir, entre le vamiage et cette rigole, im bas- sin ou un bief de distribution particulier, terminé par un barrage muin d'orifices plus petits et plus nombreux. 1. C'est ce qui conduisit M. Darcy à faire construire un deuxième barrage percé de douze orifices de o^jtio sur o'",20, avec encadrements et ventelles ( '95) en cuivre, se rapprochant autant qtie possible des formes et des proportions des orifice» à contraction complète, si bien étudiées par IMM. Poucelet et Lesbros, dans leurs belles recherches sur l'écoulement de l'eau. » Mais nous devons dire de suite que les dispositions locales et le rap- prochement des orifices ayant occasionné quelques différences dans la valeur des coefficients de la dépense, on a été obligé de se livrer à des expériences spéciales, très-utiles d'ailleurs, pour déterminer les valeurs particulières qu'il convenait de lui attribuer dans chacun des cas variés qui se sont présentés. » Ces expériences étaient rendues faciles, et l'exaclitude de leiu's résul- tats ne pouvait rien laisser à désirer, attendu que la grande étendue de la rigole régulière, dans laquelle les eaux pouvaient éire reçues, permettait de déterminer exactement le volume d'eau qui y avait afflué. M Outre l'usage ultérieur qui a éié fait de ces résultats pour les recher- ches spéciales qui sont l'objet du Mémoire, elles ont donc pu fournir des données utiles à l'art de l'ingénieur, quant à l'écoulement de l'eau par des vannages accolés plus ou moins nombreux. 1) Moyens employés pour déterminer la vitesse en différents points d'une même section. — L'étude de la distribution des vitesses dans les différentes parties d'une même sectioii, faite dans un courant, est l'une des questions les plus délicates et les plus controversées de l'hydraulique, et sa solution ne pouvant être obtenue que par l'expérience, la recherche des instruments à employer présente une grande importance. Aussi a-t-elle depuis longtemps occupé les hydrauliciens. Il était réservé à feu M. Darcy d'arriver, par des perfectionnements bien conçus et bien étudiés, à rendre d'un usage com- mode et sur l'appareil connu sous le nom de tube de Pitot, qui, jusqu'à lui, n'inspirait qu'une médiocre confiance aux observateurs. » On sait que c'est eu lySa que Pitot présenta à l'Académie des Sciences l'appareil qui porte son nom, et qui ■< consistait en une longue tringle en » bois de section triangulaire, dans l'une des faces de laquelle étaient logés « deux tubes en verre. L'im de ces tubes était horizontalenient recourbé )i à son extrémité inférieiu-e; l'autre, an contraire, descendait verticalement )> jusqu'au niveau de la partie rocourbée du premier. » » L'opinion de Pitot était que son appareil, exposé au courant de l'eau, donnerait, par la différence de niveau existant entre les deux colonnes d'eau logées dans les deux tubes, la hauteur due à la vitesse du fluide au point que l'on considérait, et qu'il serait facile, dès lors, de déduire la ( '96 ) vitesse cherchée au moyen de la relation V- = 2g/?, h étant la différence observée. M L'idée était simple et ingénieuse ; mais, malgré les tentatives de Dubtiat et de plusieurs expériraentateurs, diverses circonstances s'étaient opposées jusqu'ici à ce que l'on en déduisît lui moyen commode et suftisammeiit sûr (le déterminer la vitesse des différents filets fluides d'une même secîion. Il était réservé à M. Darcy de les faire disparaître par un ensemble de dispo- sitions ingénieuses, auxquelles il a été conduit par des considérations déve- lopp es dans son Mémoire sur le Mouvement de l'eau dans les tuyaux de con- duite, auquel nous renverrons aussi pour la description de rinsfrument. u D'après ces considérations, l'élévation h' du niveau dans le premier des deux tubes qu'il employait et la dénivellation fi'" dans le second, par rapport au niveau général du courant, donneraient, par leur somme //'-(- //' introduite dans la formule la vitesse des filets fluides à l'extrémité du tube horizontal, si Ion connais- sait le coefficient p.' par une tare préalable de l'instrument. « Tels sont la formule et les moyens employés par M. Darcy ; mais il y a ajouté d'autres dispositions ingénieuses qui rendent les observations plus faciles et plus sûres. On les trouvera décrites dans le Mémoire de M. Bazin. » Tare du tube jaugeur. — Après les indications que nous venons de donner des perfectionnements apportés au tube de Pitot par M. Darcy, il est nécessaire de justifier la confiance que lui et ses collaborateurs ont ajoutée aux indications qu'il leur a fournies pour leurs importantes expé- riences, en faisant connaître les différents procédés qu'ils ont employés pour les vérifier. » X cet effet, ils ont procédé au tarage de cet instrument de trois manières différentes : » i" En mesurant, à l'aide de flotteurs, la vitesse superficielle d'un cou- rant et en comparant les résultats obtenus aux indications i\u tube; « 0° En faisant mouvoir l'instrument avec une vitesse connue dans une eau tranquille ; » '3° Eu mesurant, à l'aide du tube, la vitesse en un grand nombre de points de la section transversale d'un courant, et en comparant ensuite la valeur du débit connu à l'avance avec les indications de l'instrument. « Ces trois modes de tare, complètement indépendants les uns des autres, ( '97 ) ont donné pour le coefficient |u,' de la forniide : Le premier, moyenne de ga expériences fi'^i,oo']; Le deuxième, moyenne de 32 expériences [i' = i,o34; Le Iroisième, moyenne de 3i expériences fi'=o,gg3. )' M. Bazin fait remarquer que les résultats fournis par le mouvement d'une barque ont dû donner des valeurs im peu trop fortes pour le coeffi- cient de tare, par suite de la forme de lavant-bec de cette barque, qui déterminait nne certaine inclinaison. C'est par ce motif que Ion a pris pour Ja valeur définitive du coefficient de la formule la moyenne arithmétique di •' 1 1 I ■ ■• 1 1 ,007 -1- o,qq3 e la première et de la troisième valeur, qui est — — ^^^^^ = i , oo. » Ce coefficient dépend d'ailleurs des proportions des appareils, et si! est constant pour un même instrument, il varie de l'un à l'autre, selon la disposition et les dimensions relatives des orifices. » Après cet examen préalable, mais nécessaire, des moyens d'expérmieii- tation organisés par M. Darcy et mis en usage par M. Bazin, il convient d'aborder la question la plus importante qui est l'objet principal des belles et laborieuses recherches dont ce dernier ingénieur nous présente les ré- sultats et la discussion dans son remarquable Mémoire; c'est celle de la résistance que les parois des canaux et des rivières offrent au mouvement de l'eau parvenu à l'état de régime uniforme. » On sait que la formule donnée par Prony et qui devient dans laquelle R est le rapport de l'aire A de la section transversale du cou- rant au périmètre mouillé S de cette section ou ce que l'on nomme le lajou mojen, I := — la pente par mètre courant ou le rapport supposé constant de la pente totale TI à la longueur L considérée, U la vitesse moyenne, a et b des coefficients numériques constants, n'a été basée que sur la discussion d'un petit nombre d'expériences faites dans des circonstances qui n'étaient en réalité que fort peu comparables. I) Depuis longtemps beaucoup d'hydrauliciens avaient proposé de la modifier. » Quelques ingénieurs, et généralement les auteurs italiens, étaient reve- nus à la formule monôme proposée dès 1775 par M. de Chézy, et qui est RI = ^U% dans laquelle on fait ordinairement b = o,ooo4. C. R., i8G3, î-n^ Semestre, T. LVII, N° 4.) ^7 ( '98 ) » M. de Saint-Venant remplaçait dans la même formule l'exposant 2 par — en laissant au coefficient b à peu prcs la même valeur. » Mais tous ces hydrauliciens avaient continué à admettre d'après Dubuat que la nature de la paroi était sans influence sensible sur l'inten- sité de la résistance qu'elle oppose au mouvement, ce qui ne pouvait plus être considéré même comme approximativement exact, depuis les expé- riences de M. Darcy sur l'écoulement de l'eau dans les tuyaux de conduite, qui avaient mis en évidence l'influence très-considérable qu'exercent l'état des parois et la nature de la matière dont ils sont formés. » Si, pour des surfaces aussi régulières que celles des parois intérieures des tuyaux, il était devenu désormais incontestable que la résistance qu'elles opposent au mouvement des fluides dépend essentiellement de leur nature et de leur état, il était évident qu'il devait en être àjortiori de même, quand il s'agissait du mouvement de l'eau dans des canaux ou dans des rivières, dont les parois présentent des aspérités de proportions bien plus grandes. » Pour mettre en évidence l'inexactitude des formules employées jusqu'à ce jour et obtenir quelques indications sur l'écart auquel elles pouvaient conduire, M. Darcy pria d'abord M. Baumgarten d'exécuter des expériences préliminaires sur le canal de Marseille, qui offre une grande variété de profils et des matières de parois très-diverses. » Ces expériences, faites en mai i855, montrèrent que, si pour une par- tie de l'aqueduc de Roquefavour, dont le fond avait une surface très-unie et des côtés en briques bien rejoinloyées, la valeui- du rapport — n était guère que la moitié de celle que lui assignent les anciennes formules, elle en devenait à peu près le double pour tuie partie du canal dont les parois étaient en terre. » D'autres expériences plus variées, exécutées en i856par M. Bazin sur des canaux rectangulaires de même pente et de même largeur, mais dont les parois ont présenté les matières suivantes : ciment pur, briques posées à plat, petit gravier de o^jOi à o^jOa de diamètre, gros gravier de o™, o3 à o"',o5 de diamètre, mainteiuies par un enduit déciment, ont montré qu'à mesure que le débit et la vitesse augmentaient les valeurs du rapport — ,, au lieu de varier seulement de 0,000327 ■* o.oooSSg comme les formules ( '99 ) de Prony l'indiquent, avaient été en décroissant : Pour les parois en ciment, de.. 0,000242 à OjOooiTa " en planches, de o,ooo4i i à 0,00022g » en briques, de o,ooo4o8 à O,ooo2'j7 » en gravier, de 0,000882 à 0,000472 " en cailloux, de o,ooi454 à 0,000661 » Enfin, une antre expérience faite sur un canal à section demi-circulaire a même montré qu'entre une paroi enduite de ciment mélangé d'un tiers de sable et une paroi en ciment pur, il existait, en faveur de la seconde, une différence de résistance qui, à penle égale, pouvait augmenter le débit dans le rapport de 1 à 1,1 3 ou de — environ. " . 7.7 » Il devint donc évident, par ces expériences comparatives, que la na- ture des parois avait, pour les canaux, de même que pour les tuyaux de conduite, sur la valeur de la résistance qu'elles opposent au mouvement de l'eau, bien plus d'influence même que M. Darcy n'en avait trouvé dans ce dernier cas. )> D'autres expériences non moins concluantes ont été exécutées sur les rigoles dépendantes du canal de Bourgogne, et qui se trouvaient dans les conditions normales des canaux ordinaires. Leurs résultats montrent : 1° que la résistance dans ces rigoles a toujours été beaucoup plus considérable que les formules de Prony et d'Eytelwein ne le faisaient penser; 2° que les valeurs du rapport — décroissent à mesure que le débit augmente. )> On a reconnu enfin, par deux de ces séries, que la présence seule de la mousse sur les parois d'un perré peut faire croître la résistance dans le rapport de i k 2. » En présence de ces variations si grandes d'un rapport que les hydrau- liciens avaient presque tous jusqu'ici regardé comme à peu prés constant, et dont la valeiu- paraît dépendre de tant d'éléments divers, il semble impos- sible de chercher à en déterminer la loi par des considérations physiques ou maihémaliques générales. On est alors réduit à étudier les cas princi- paux qui se présentent le plus souvent dans la pratique, et à cherchera lier les résultats par des formules d'interpolation qui les représentent avec une exactitude suffisante pour les besoins des applications. » Dubuat avait déjà remarqué que le rapport — diminuait lorsque le rayon moyen R = ë et la vitesse augmentent, mais les limites entre les- 27.. ( aoo ) quelles il avait pu faire varier les données de ses expériences étaient trop restreintes pour qu'il pût dt'terminer la loi de celte variation. » D'une autre part, l'examen des diverses séries d'expériences rapportées «ians le Mémoire de M. Bazin montrant que la valeur de ce rapport paraît tendre vers une certaine limite constante, il s'ensuit qu'en désignant cette RI limite par a la valeur du rapport —-, aurait pour expression générale |-^ = «+/(RU). M. Bazin a comparé les résultats des expériences aux deux formes les plus simples de la fonction inconnue, en supposant successivement /(RU)=| et /(RU) = 1, et en choisissant pour cette comparaison cinq séries d'expériences pour lesquelles la pente I par mètre courant était la même et égale à o'",oo49, et poiu- lesquelles le profil rectangulaire avait des largeurs presque identiques. Dans ces expériences les vitesses ont varié, dans des limites étendues qui compreiuient et dépassent même celles des cas de la piatique, où l'on a à calculer les proportions à donner aux canaux de navigation et d'usines. » Or, en représentant tous les résultats des observations par des con- structions graphiques; en prenant, dans tous les cas, les valeurs du rap- port — pour ordonnées, et successivement pour abscisses celles de — et celles de —■, M. Bazin a reconnu que pour une même pente de o™,oo49 et un mèmeprofd, les points ainsi déterminés se trouvaient, dans les deux cas, à très-peu près sur des lignes droites, dont il a trouvé ainsi l'équation pour chacun des cinq canaux sur lesquels ces expériences ont été faites, tandis que les formules qui font abstraction de la natiu-e des parois et qui seraient, d'après T, RI T o,ooo444 Prony , — = o,ooo3o9-<- u ' 17 . I • RI o/'r- 0,000024 Eytelwein ^, = o,ooo366-f- ' ^, 1 et M. de Saint-Venant. . . ^ = 0,000401 (^)", étant aussi représentées graphiquement, il est facile de reconnaître qu'au- ( 20I ) cune d'elles ne reproduit les résultats des observations et que par con- séquent elles doivent toutes être abandonnées. )) Influence de la pente I. — Mais si les cinq séries d'expériences piccé- denles, faites dans des canaux qui avaient tous la même pente et des profils rectangulaires identiques et dans lesquels la nature seule des parois a varié, ont servi à montrer la nécessité de tenir compte de ce dernier élément, et si leurs résultats peuvent être à peu près indifféremment représentés par l'une ou l'autre des deux formules d'interpolation précédentes, en y introduisant les valeiu-s convenables pour les coefficients, il restait à savoir si l'une ou l'autie de ces formules pouvait convenir pour des pentes et des profils différents. C'est ce qui a f\it l'objet des expériences exécutées en i858 et iSSg par M. Bazin, après !a moit prématurée de M. Darcy. M Afin de ne pas compliquer la question de l'influence accidentelle et déjà signalée que des différences, en apparence très-légères, dans la nature des j)arois, pouvaient exercer, on se décida à opérer sur trois pentes différentes deo'",oi5o, o", 0059 et o'°,oo88G par mètre, avec des canaux en planches rectangulaires ayant tous la même largeur de i'",9G environ. « Pour étudier l'influence de parois présentant des aspérités diverses, sans changer la nature des nialériaux, on se résolut à n'employer, dans tous les cas, que le bois, et à crçer dans les parois de plusieurs des canaux en expérience des aspérités artificielles, en y fixant régulièrement des liteaux de o'",o-27 de largeur sur o'",oio d'épaisseur que l'on a placés d'abord à o", 01, puis à o^joS les uns des autres. On a -eu ainsi neuf séries dex- l)érienccs faites sur trois canaux identiques cliacpie fois quant aux parois, mais de pentes différentes. )> En calculant pour chacune de ces séries la valeur du rapport — » M. Bazin a recoiniu que cette valeur va toujours en diminuant, à mesure que le volume d'eau débité et la vitesse augmentent, et que, pour le débit d'un même volume, ce rapport augmente, mais assez lentement, avec la pente et la vitesse ou à mesure que la hauteur d'eau s'accroît. M Ainsi, en passant du débit de o™*^, 100 en une seconde à celui de RT i™'^,236, la valeur de:p^ varie : pour le canal à parois en planches, de 0,000420 à 0,000226 pour la pente de o'^jOoiS; pour le canal à parois garnies de liteaux espacés de o^'jOi, elle varie de o.ooo6.54 à o,ooo338, et, pour le canal à parois garnies de liteaux espacés de o™,o5, elle varie de o , 00 1 3^g à o , ooo65q . ( 202 ) » On est donc conduit à conclure de cette discussion que la for- ,„i,le ^ — a + — î qui n'est autre chose que la formule binôme adoptée pnr Pronv et par Eyteiwein et employée jusqu'ici, doit être complètement r> r o abandonnée, tandis que la formule ^î — " "^ r P»''^'' beaucoup plus con- venable pour représenter les résultats de l'observation relatifs à un même état des parois et à des pentes diverses. » Inliuence de la forme du profil transversal des canaux, — Les canaux ont le plus souvent pour profil un rectangle ou un trapèze, quelquefois cepen- dant, quand ils sont étroits et profonds par rapport à leur largeur, ce der- nier profil se rapproche beaucoup de la forme triangulaire. Enfin les radiers de certaines rigoles en maçonnerie ont un profil en arc de cercle. » Les expériences relatives à l'influence de la forme du profil des canaux dont les résultats sont consignés dans le Mémoire de iNL B,izin ont été exé- cutées : » 1° Sur trois canaux en planches à section rectangulaire de i"',i97 sur o^.So et o'",48 de largeur; » 2° Sur deux canaux à section en trapèze, dont l'un avidt r mètre de lar- geur au fond et des talus inclinés à l\5 degrés, et l'autre o'",945 de largeur au fond avec une paroi verticale et l'autre inclinée à 45 degrés; » 3° Sur un canal en planches à section triangulaire, dont les côtés étaient inclinés à 45 degrés. )) Les six séries d'expériences exécutées sur ces canaux, et dans lesquelles les vitesses ont varié de o™, 73 à 2",4o en une seconde, s'accordent toutes, à peu près, pour montrer que la figure du profil transversal ne paraît pas exercer une influence assez grande pour qu'il y ait lieu d'en tenir compte dans les applications. » Mais les sections circulaires, par suite de la suppression des angles et de la continuité de leiu- contour, semblent donner lieu, toutes choses égales d'ailleurs, à une résistance sensiblement moindre que celle qui est offerte par des profils anguleux, ce qui justifie l'usage adopté de donner aux cu- neltesdes égouts un jHofil à peu près circulaire. » Des canaux el des rigoles à petite section. — Lorsqu'il s'agit de petits ca- naux à grande pente ou de rigoles analogues à celle que l'on emploie poui' les irrigations et qui par la présence des herbes et l'irrégularité de leurs |)a- rois offrent une résistance très-grande^ quoique la vitesse ne dépasse guère un mètre par seconde, le rapport — ne semble plus suivre la même loi que ( 203 ) pour les grands canaux, et de même que M. Darcy l'avait remarqué au sujet des tuyaux de conduite où la vitesse est très-faible, c'est le rapport RT yr qui paraît devenir constant pour une même pente, mais croissant avec la penle. Ce cas n'étant pas celui qui importe le plus à l'art de l'ingénieur. nous ne nous y arrêterons pas dans ce Rapport. •) Expériences pratiques sur les rigoles du canal de Bourgogne. — Après avoir discuté les résultats des expériences diverses exécutées pour démêler la loi que pouvait suivre la résistance des parois dans difterents cas, M. Bazin s'occupe, dauh^ le troisième chapitre de son Mémoire, de chercher à repré- senter par des formules d'interpolation d'une exactitude suffisante pour la pratique de l'art de l'ingénieur les résultats des nombreuses expériences faites sur les divers canaux ou rigoles dépendant du canal de Bourgogne et qui offraient les diverses natures de parois que l'on rencontre le plus souvent. i> Rigole de décharge du réservoir de Grosbois. — Deux séries d'expériences ont été faites sur le mouvement de l'eau dans cette rigole, dont les parois en moellons rejointoyés en ciment offrent une surface très-régulière. Elle a i",8o de largeur au fond et des parois à peu près verticales ayant im fruit deyp. Le fond était recouvert d'un léger dépôt limoneux. » La vitesse a varié de 2", 757 à 6'°, a/jg, ce qui excède probablement les limites atteintes dans toutes les expériences précédentes, et la vitesse de superficie s'est élevée jusqu'à 9"", 16. » Les pentes des parties sur lesquelles on a opéré ont été égales à o™,o37 et à o™, 101 par mètre. )' La représentation graphique des résultats a montré qu'ils pouvaient être leprésentés avec ime exactitude suffisante par les formules d'interpo- lation suivantes : , . ^ , „ „ , RI ot o,oooo53 (1) Pente de 0^,007 par mètre — = 0,000200-1 , , , „ , , RI o o, 000040 (2) Pente de o"", 10 1 par mètre — = 0,000009 H j^ n Malgré leur dissemblance apparente, qui dénote l'influence de la pente sur la valeur des coefficients, les deux formules ci-dessus fournissent à très- peu près les mêmes valeurs du rapport — • » Les pentes des canaux et des rigoles atteignant rarement o™,o37 par mètre et presque jamais o", 101 par mètre, l'on voit que la formule (i) ( 204 ) pourra être employée dans la plupart des cas, où les revéteincnts seront de nuMiie n;ilure que ceux de la rigole dont il est ici question. » Formules praliqiics d'inlerpolalion, — Si la discussion des nombreuses expériences rapportées par M. Bazin monlre que la formule binôaie RI = «U + b{J-, adoptée par Prony et par Eytelweiu, non plus qu'aucune formule monôme à coefficient constant indépendant de la nature des parois et de la peute, ne peuvent représenter les résultats de l'observation, la formule RI S proposée par M. Darcy el appliquée par M. Bazin, quoique plus voisine de l'exactitude, ne peut être d'accord avec l'observation qu'autant que ses coefficients a et /3 recevraient pour chaque cas particulier des valeurs spé- ciales. » Or la nature, l'état des parois, la quantité plus ou moins grande et sans cesse variable d'herbes qui les recouvre, sont autant de causes indépen- dantes, dont il n'est possible à aucune théorie ni à aucune formule de tenir compte. » 11 faut donc de toute nécessité se contenter de réduire le nombre des cas spéciaux à admettre à un petit nombre, qui se rapportent aux circon- stances les plus ordinaires de la pratique, et chercher à déduire de l'ensem- ble des expériences des formules usuelles d'interpolation d'une exactitude suffisante. » Pour y parvenir et pour relier autant que possible les observations antérieures aux nouvelles, M. Bazin fait remarquer d'abord que, d'une part, Dubuat avait opéré sur de petits canaux en bois, et que ce sont ses expé- riences qui ont servi de base à la formule de Prony, tandis que les hydrau- liciens allemands ont expérimenté principalement sur de grands cours d'eau. M Classant ensuite entre eux les canaux selon la nature de leurs parois, il distingue quatre types principaux auxquels il cherche à rattacher tous les autres; ce sont les suivants : » 1° Parois très-unies (ciment lissé, bois raboté avec soin, etc.); » 2" Parois unies (pierre de taille, brique, planche, ciment mélangé de sable, etc.); » 3° Parois peu nnies en maçonnerie de moellons ; » '1° Parois en terre. ( 2o5 ) )) H ne s'occupe d'ailleurs que des canaux à section rectangulaire ou en trapèze. » De la discussion de tous les résultats des expériences qui peuvent rationnellement se rattacher à l'un des quatre types précédents, M. Bazin a déduit les formules pratiques suivantes : .... RI / o,o3\ i" type, parois tres-unies , — = 0,00001 ( i H — ^)' 2* type, parois unies — = 0,00019(1-1 — ^)' o. ^ • RI / / , o,25\ 5^ type, parois peu mues — = 0,00024 I i H — s~ ' 4 type, parois en terre — = *^iO°o^° ( ' ^ — w~ )) Puis, en représentant graphiquement d'abord les lignes droites dont ces formules expriment l'équation, et reportant sur ces figures, en y dési- gnant par des lettres particulières tous les résultats des expériences an- ciennes ou nouvelles, selon que, par la nature des canaux où elles ont été faites, elles se rapportent à l'un ou à l'autre de ces quatre types, il fait voir que ces résultats de tous les observateurs peuvent être, avec une exac- titude suffisante pour la pratique, reproduits par la formule correspondante. C'est ce que justifient les figures de la PL XXI du Mémoire de M. Bazin. » Il y a même cela de remarquable que l'une des figures qui semblent reproduire avec le plus d'exactitude les résultats des observations est la ligue droite [fig. 1) sur laquelle sont reportés les résultats des expériences sur les canaux ou rivières à parois en terre, dues à Dubuat sur le canal du Jard et sur la rivière de Hayne, à Funk sur le Weser, à M. Baumgarten sur le canal de Marseille, celles des expériences exécutées sur la Seine en i85i-i852 par M. Villevert, sous la direction de M. Poiréc, ingénieur des Ponts et Chaussées, et en 1 852-1 853 par M. Bonnet, sous la direction de M. Léveillé, ingénieur des Ponts et Chaussées; sur la Saône, en i858-i859, sous la direction de M. Léveillé, ingénieur des Ponts et Chaussées, et enfin ceux des six séries spéciales d'expériences exécutées par M. Bazin sur les rigoles de Chazilly et de Grosbois du canal de Bourgogne. » ( Foir\a suite au Compte rendu de la séance du 3 août.) C. R., i8G3, 2'"= Semesire. (T. LVll, N» 4.) 28 ( 206 ) NOMIIVATIONS. L'Académie procède, par la voie du scrnlin, à la noiiiiiiatioii d'un Cor- respondant qui remplira pour la Section de Chimie la place de Correspou- dant vacante par suite du décès de M. Desormes, Au pretnior tour de scrutin, le nombre des votants étant 87, M. Favre a obtenu 35 suffrages. M. Dessaignes 2 M. Favre, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est déclaré élu. MÉMOIRES LUS. STATISTIQUE. — Essai d'une théorie des réseaux 'de chemins de Jér, fondée sur l'observation des faits et sur les lois primordiales qui président au groupe- ment des populations ; par M. Léon Lalanne. (Commissaires, MM. Mathieu, Élie de Beaumont, Lamé, Clapeyron.) « Ijes voies de communication déterminent sur l'étendue des territoires qu'elles sillonnent un ensemble de figures à contours irréguliers auquel on a très-justement appliqué le nom de réseau. » La première considération à laquelle donne lieu l'examen d'un réseau, à quelque degré d'avancement qu'il se trouve, est relative à sa densité, au resserrement plus ou moins prononcé des mailles qui le composent ou le composeront un jour. On s'est accordé, jusqu'à présent, à prendre pour mesure de cet élément important qui représente la richesse spécifique d'un État en chemins de fer, le rapport du développement du réseau à la super- ficie du territoire. Cependant il est facile de prouver que ce rapport peut prendre des valeurs très-différentes pour deux pays également bien desser- vis, mais soit inégaux en étendue et de figures semblables, soit d'égale su- perficie et dissemblables de figure; que, parconséquent, il nefournit qu'une aj)préciation trompeuse de l'élément que l'on considère. La véritable me- sure de la densité d'un réseau est évideniment en raison inverse de la dis- tance moyenne qui sépare chacun des points du territoire du tronçon le plus voisin du réseau. La détermination de cette distance moyenne est une question de géométrie et d'analyse tout à fait analogue à la détermination des centres de gravité, mais moins simple. Elle exige d'abord, dans l'inté- rieur de chacune des mailles du réseau, un ensemble de constructions gra- phiques ayant pour but de tracer les divisoires ou lignes de partage des deux ( 207 ) côtés desquelles les populations doivent se diriger vers des chaînons diffé- rents de la maille. Ces divisoires, dans l'hypothèse la plus simple et la plus généralement applicable aux chemins de fer, sont exclusivement composées de lignes droites; dans d'autres hypothèses et même quand il s'agit d'un réseau de routes ordinaires, les divisoires peuvent être composées d'arcs de cercles, ou d'une combinaison de lignes droites et d'arcs de sections coni- ques. Le calcul de la distance moyenne, lorsqu'il s'agit d'arriver à un tronçon accessible dans toute son étendue, dépend de la construction des centres de gravité dans des figures planes, les unes entièrement composées de lignes droites, les autres terminées par im arc de conique. Mais si l'accès ne peut avoir lieu qu'en certains points, ce qui est noiamment le cas d'un chemin de fer, la valeur de la distance moyenne, même pour des contours entièrement rectilignes, dépend d'une intégrale qui représente le dévelop- pement d'un arc de parabole et peut s'obtenir par logarithmes. Si la divi- soire qui limite un coté de la figure est im arc de cercle, on tombe sur une intégrale réductible à deux transcendantes elliptiques, l'une de première, l'autre de deuxième espèce, dont les tables calculées par Legendre font con- naître les valeurs numériques. Dans la pratique, on peut substituer aux formules rigoureuses données par la théorie un procédé très-simple à l'aide duquel on obtiendra, avec une approximation suffisante, la longueur réelle de la distance moyenne de tous les points d'un territoire au point du ré- seau qui les dessert. B Le Mémoire résumé Irès-sommairement ici renferme, comme applica- tion spéciale des principes exposés dans cette première partie, le détail de toutes les constructions et des calculs nécessaires à la détermination de la distance moyenne dans l'intérieur de la grande maille en forme de quadrila- tère qui comprend actuellement le réseau français entre Dijon, Montbard, Bourg et Màcon ; et dans l'intérieur de chacune des quatre mailles partielles dont se composerait la grande maille, si l'on y exécutait, en sus de la ligne de Chàlon a. Dôle déjà décrétée, deux autres lignes partant toutes deux de Lons-le-Saulnier et dirigées, l'une vers le nord-ouest jusqu'à la rencontre de la ligne de Chàlon à Dôle, l'autre vers le sud-ouest jusqu'à la grande artère qui descend de Dijon à Màcon. » La seconde partie du Mémoire a pour but la recherche des lois qui président à la configuration des réseaux de chemins de fer. Sans partir d'au- cune idée préconçue et en se bornant à l'examen attentif des trois réseaux qui présentent aujourd'hui l'ensemble le plus complet en France, en An- gleterre, dans l'Amérique du Nord, on reconnaît que les réseaux de chemins 28.. ( 208 ) de fer sont itssiijeUis, dans leur contexture générale et dans les figures parti- culières qu'ils affectent, à des conditions géométriques très-simples qui peuvent élre résumées de la manière suivante : M 1° Les mailles d'un réseau, à mesure que les lignes se multiplient, tendent de plus en plus vers la forme triangulaire, de sorte que l'espace sur lequel s'étend le réseau finirait par être recouvert d'une sorte de carrelage exclusi- vement composé de triangles. Il 2° Ces triangles teiideutà se grouper six par six autour d'un mémepoint ciMilral qui est à la fois le centre d'un hexagone et de six rayonnements dirigés vers les sommets de l'hexagone. » '3° Lorsqu'il y a, dans le réseau, un certain nombre de pointements qointuj^les, il y a, par compensation, des pointements septuples en nombre à peu près égal, de sorte que le chiffre 6 exprime bien le nombre moyen des lignes qui parlent de chaque point. » 4" Autour de quelques centres de convergence et de divergence vérita- blement exceptionnels, centres qui, en général, coïncideront avec la capi- tale de l'État, le nombre des rayonnements peut s'élever jusqu'à douze. » 5" Dans les régions où le réseau est encore incomplet, à un certain degré de sa formation on remarque des centres qui, au lieu de six rayons divergents, n'en ont que trois, faisant entre eux des angles égaux, et laissant pour plus tard la place des trois autres rayons. » On aurait une explication très-simple de l'existence de ces faits remar- quables si on admettait que les villes qui sont les centres des rayonnements sextuples sont placées à tles distances égales les unes des autres, car les triangles équilatéraux formés par la jonction deux à deux des villes voisines composent des hexagones réguliers enchevêtrés les uns dans les autres, dont l'ensemble reproduit l'image d'un réseau homogène et complet qui recou- vrirait tout le territoire. Or la tendance de trois agglomérations de popula- tion de même ordre à occuper les sommets d'un triangle équilatéral est manifestée par une foule de caractères qui ne peuvent laisser aucun doute sur cette loi de l'éqitilalérie. Cette loi, cause immédiate de celles qui viennent d'être signalées dans la configuration des réseaux de chemins de fer, n'est à son tour que la conséquence d'une loi primordiale que Buffon a formulée sous le nom de raison des obstacles réciproques. Inapplication à la forme des cellules des abeilles qu'U en avait tirée était inexacte ; mais le principe (ju'd avait signalé n'a rien que de très-rationnel lorsqu'on l'applique à la manière dont les premières tribus humaines ont dû se grouper à la surface du globe. Les accidents de cette surface, les fleuves, les montagnes, les forêts, ( 209 ) de simples variations dans la force productive du sol, en un mot les inéga- lités de toute nature ont joué un rôle nécessairement considérable et troublé mainte fois la loi de l'équilatérie. L'influence des causes naturelles a été déjà signalée, et M. Élie de Beaumont en a donné un bel exemple lorsqu'il a fait voir qu'une foule de grandes villes se trouvent sur les cercles de son réseau pentagonal ou dans leur voisinage immédiat et souvent près de leurs croisements. Quoiqu'il soit bien certain que les grandes agglomérations de population, que les grands pôles attractifs sesont formés, en général, dans des lieux préparés par la nature, surtout à l'aide des phénomènes géologi- ques, il n'en est pas moins important de remarquer que l'équilatérie, malgré la puissance de ces causes d'anomalie, subsiste dans les moyennes. On peut en outre constater que les triangles à peu |)rés équilatéraux occultent, dans la triangulation par préfectin-es, par sous-préfectures et surtout par cantons, une proportion beaucoup plus considérable que celle qu'indique le calcul des probabilités, ce qui démontre clairement la tendance de l'équilatérie. » Parmi les conséquences nombreuses de la loi de l'équilatérie, il en est deux plus frappantes que les autres. La première consiste en ce que la dis- tance entre deux agglomérations de population d'un même ordre et voisines doit être un multiple exact de la distance entre deux agglomérations d'un ordre inférieur. Or, des mesures directes prises avec soin, quoique sur des cartes à petite échelle, ont donné, pour les distances moyennes de deux chefs- lieux de département, d'arrondissement et de canton contigus, en France, les nombres 87'"',638, 43""', 438, i4'^'',5i7. La première de ces dis- tances est sensiblement double de la deuxième, et celle-ci triple de la troi- sième ; de sorte que les mesures directes concordent d'une manière surpre- nante avec les indications de la théorie. La seconde conséquence, déduite des propriétés d'une figure composée de points répartis suivant les centres et les sommets d'un réseau d'hexagones régulieis, consiste en ce que les dis- tances dont il vient d'être question doivent être en raison inverse des raci- nes carrées des nombres de centres de chaque ordre, racines diminuées d'une unité. » Or, en appliquant celte règle aux 88 préfectures, 368 sous-préfectures, 287G chefs-lieux de cantons, 3^ iS^ communes que le recensement constate dans la France continentale, on trouve que la distance de deux préfectures est égale à deux fois celle de deux sous-préfectures, à six fois celle de deux cantons, à vingt-quatre fois celle de deux communes ; ou plus exactement, au lieu des nombres a, 6, 24, on trouve 2,169, 6,280, 22,885 qui ne dif- ( 2IO ) lerent des précédents que de ~, j^, ^V» nouvelle et décisive confirmation de la théorie. )) Ces lois de l'équilatérie et des distances multiples fournissent des bases solides à la théorie des réseaux de voies de communication. Elles permettent d'assigner d'avance le développement du réseau qui joindrait deux à deux toutes les agglomérations de population d'un certain ordre. On trouve ainsi, abstraction faite des inflexions dues aux courbes, que les longueurs déve- loppées des chemins ou des fds télégraphiques qui uniraient deux à deux les 88 préfectures, les 368 arrondissements, les 2876 cantons, les 87 157 com- munes, seraient exprimées en kilomètres par les chiffres 20, 353, 44>4i8, 125,600, 453,450. » MÉMOIRES PRÉSENTÉS. M. MoRVAX avait dans la précédente séance soumis au jugement de l'Aca- démie un procédé de reproduction photo-lithographique des images sur papier ; sur la demande de M. Pouillet, l'un des Commissaires désignés pour l'examen de cette invention, l'Académie adjoint à la Commission M. le Ma- réchal Vaillant^ qui a eu l'occasion de s'occuper d'un mode analogue de reproduction. ANATOMIE COMPARÉE DES VÉGÉTAUX. — De l'analomie des Câlinées dans ses rapports avec l'organographie et la léralolocjie ; /Jnr M. Ad. Chatis. (Extrait |)ar l'auteur.) (Renvoi à l'examen de la Section de Botanique.) « Rapports avec L'organograpliie. — Les suçoirs se distinguent : dans le Cytinus par le développement tardif du cône vasculaire; dans VHydnora, par leur tendance générale à se fixer sur des racines nourricières qui, bientôt atrophiées au delà de la plante parasite, paraissent alors, comme dans beaucoup d'Orobanches. avoir moins été pénétrées par la parasite que s'être implantées elles-mêmes dans les tissus de celle-ci. » Le rhizome^ même réduit aux caractères anatomiques qui le distinguent de la vraie tige, manque dans le Cytinus. Il est au contraire fort développé dans VHydnora., où il porte des tubérosités vers lesquelles se dirigent habi- tuellement, d'un cercle de gros faisceaux placés a l'intérieur du rhizome, de petits faisceaux cpie composent exclusivement des vaisseaux courts et ponctués-rayés, paraissant avoir une double destination. C'est par leur ( ^M ) extrémité que s'opère (dans les deux cas qu'il m'a été donné d'observer) l'adhérence avec les racines nourricières, et par là ils jouent le rôle de suçoirs. Les vaisseaux qui se dirigent vers chacun de ces tubercules rappel- lent d'ailleurs complétemenl , par leur raccourcissement extrême et les ponctuations de leur surface, ceux des cônes vasculaires de la généralité des suçoirs dans les autres végétaux. J'ajoute que bon nombre de ces derniers, portant leurs suçoirs sur la longueur des racines comme VHydnora porte ses tubérosités à la surface de son rhizome, présentent souvent de multiples suçoirs (sans emploi aussi) que représentent de simples tubérosités vers lesquelles se dirigent (encore comme dans V Hydnora) de courts vaisseaux ponctués qui ne sont autres que leur cône vasculaire. » Le second rôle des tubérosités du rhizome de Y Hydnora est de formel' le point de départ du développement de la fleur. C'est en effet à la suite d'une métamorphose spéciale, qu'd est possible de suivre sur quelques- luies d'entre elles, que les tubérosités de V Hydnora donnent naissance à l'appareil de fructification, lequel s'élève ainsi du rhizome comme un cham- pignon de son mycélium. )> Bien développée dans le Cytinns, la tige proprement dite manque dans VHydnora ou n'y est représentée que par un étroit plateau rattachant la fleur au rhizome. I^a structure de ce plateau, à faisceaux vasculaires mul- tiples et épars, s'écarte d'ailleurs de celle du rhizome de VHydnora pour se rapprocher de la disposition présentée, dans les Orobanchées, par VHyo- banclie, par le Conopholis surtout, et qui est l'attribut ordinaire des plantes monocotylédones. » La structure de ce plateau-tige pourrait être invoquée à l'appui de l'opinion deLindley, que VHydnora n'est pas sans tenir par quelques points aux monocotylédones, dont il a la fleur trimère. » Les éta mines de VHydnora ne sont-elles, suivant l'opinion commune, qu'au nombre de trois ? Je crois plutôt à trois groupes d'étamines : 1° parce que le nombre très-considérable des replis de l'anthère, dans l'hy- pothèse d'une étamine solitaire devant chacun des trois lobes du périanthe, dépasse de beaucoup ce qui existe en d'autres plantes, notamment chez les Cucurbitacées; 2° et surtout parce que la courbe transversale de l'anthère nous montre, dans le connectif, un assez grand nombre de faisceaux vascu- laires rappelant la structure du connectif dans le Cylinus et le Nepenlhes, plantes dont les anthères, soudées en une seule tête, représentent de huit à seizeélamines. \' Hydnora aurait alors, non trois étamines, mais trois groupes d'étamines synanthéres; un seul de ces groupes représenterait alors l'an- ( 212 ) drocéc tout entier du Cpinuselâii IS'cfjentlies. La question soulevée ici par l'anatomie pourrait être élucidée par l'orgauogénie ; mais les matériaux manquent en Europe pour suivre ce dernier point de vue, que je recom- mande aux botanistes voyageurs. La méthode analogique, avec laquelle le naturaliste devra toujours compter, quels que soient les progrès de l'ana- tomie et de l'organogénie , nous apprend d'ailleurs que dans plusieurs ordres naturels un groupe d'organes se développe là où semblerait devoir être un organe solitaire. Les noms des deCandolle, de Dnnal et deMoquin- Taudon se présentent ici d'eux-mêmes. » Rapports avec la tératologie. — Des Cytinus parasites sur \eCislusae- tiens m'ayant été envoyés d'Algérie pour servir, avec divers Cytinus déve- loppés sur les Cistes des environs de Montpellier et de Nîmes, à mes études d'anatomie, l'examen que j'en fis me conduisit à l'observation de deux faits anormaux d'un caractère vraiment extraordinaire (le dessin s'en trouve dans la PL XCII bis de V yénatomie comparée des végétaux). » L'un de ces faits est une anomalie de l'ovaire dans laquelle, au lieu des trophospermes pariétaux portant les multiples ovules du Cytinus, il n'existe qu'une masse parenchyniateuse pendant du sommet de la loge qu'elle rem- plit presque en entier. Dans cette masse parenchymateuse, et aussi suspen- due à sa base, se distingue, par un tissu plus délicat et plus pâle, un corps globulo-ovoïde qui semble se rattacher aux tissus de la colonne stylaire. On dirait de la masse parenchymateuse un ovule pendant du sommet de la loge et du corps globulo-ovoïde, une sorte de sac embryonnaire. )> Cette singulière anomalie, qui rappelle l'ovaire, à un seul ovule pen- dant, du Cynoinorium, se répétait dans toutes les fleurs femelles d'un Cytinus ayant d'ailleurs l'apparence extérieure tout à fait normale. » Le second cas de monstruosité a été observé sur de jeunes sujets portés sur le même pied de Ciste de Crète que le Cytinus adulte offrant l'anomalie de l'ovaire. Ces jeunes sujets, quoique déjà longs de 6 à 8 millimètres, ne jirésentaient encore à leur surface aucune des écailles q>ii, à cet âge, recou- vrent déjà les jeunes Cytinus. Et, fait non moins anormal, leurs faisceaux vasculaires n'étaient pas ordonnés sur un cercle comme dans le Cytinus., mais épars comme dans le Cynomorium, le plateau-tige de YHydnora ou le stipe des monocotylédones. Par leur mode de groupement et leurs ponctua- tions, les vaisseaux tenaient d'ailleiu's |)lus du Cynomorium que du Cytinus. D J'ajoute que par leur forme conoide et leur surface non recouverte d'é- cailles, les jeunes individus monstrueux rappelaient le premier âge du Cjno- morium (moins peut-être les papilles observées sur celui-ci par M. Weddell). ( 2i3 ) » Comment expliquer les deux cas de tératologie dont il vient d'être donné une description sommaire ? Par une hybridation du Cytiiius et du Cynomorium ? Mais ce dernier ne paraît croître qu'à une distance de plus de 80 kilomètres du lieu où a été recueilli le C/limis, et d'ailleurs les affinités, quoique réelles, ne sont pas telles entre ces deux genres de plantes (M. Ad. Brongniart place les Rafflésiacécs entre les Cytinéeset lesBalano- phorées), qu'elles ne semblent opposer à leur croisement plus d'obstacles encore que les distances. » Il appartient aux botanistes habitant l'Algérie de rechercher les cas analogues et de les suivre dans leurs diverses phases, puis, s'ils croient pouvoir le faire d'une manière plausible, de les interpréter. » M. Rack (Albert) soumet au jugement de l'Académie un travail sur les combinaisons de l'acide acétique anhydre avec les acides borique et arsé- nieux. Ce travail se rattache à des recherches de M. Schutzenbergcr; ce chi- mi^ite ayant obtenu par voie de synthèse ces deux composés, n'était pas encore parvenu à confirmer par l'analyse l'exactitude des formules par lesquelles il les représentait, de sorte qu'il était encore possible de n'y voir que des mé- langes. C'est pour combler cette lacune et sur l'invitation de M. Schutzen- bergcr lui-même que M. Rack a entrepris ses recherches, qu'il a d'ailleurs étendues aux combinaisons de l'acide borique anhydre avec les acides bu- tyrique et œnanihylique. (Commissaires, MM. Chevreul, Pelouze, Regnault. ) M. Druelle adresse de Niort deux Notes, l'une sur la composition d'une poudre qu'il regarde d'après l'essai qu'il en a fait comme plus avantageuse que la fleur de soufre pour combattre l'oïdium du raisin, l'autre sur une substance qu'il propose de substituer à la poudre de charbon dont les fon- deurs en métaux se servent pour prévenir l'adhérence du métal avec les moules. Chacun sait que l'inhalation de cette poudre donne lieu à la longue à un engorgement charbonneux des poumons. M. Druelle croit pouvoir assurer que la poudre qu'il propose est exempte de tout inconvénient pour les ouvriers qui en font usage, tout en remplissant également bien le but qu'ils se proposent. Cette dernière Note sera, conformément à la demande de l'auteur, com- prise dans le nombre des pièces de concours pour le prix dit des Arts insa- lubres ; la première est renvoyée à l'examen de IM. Decaisne. C. R., i863. ^me Semestre, fi. LVU, N° 4 ) 2g ( 2«4 ) M. Robin adresse de Bordeniix un volumineux Mémoire sur le cafi'*, sa culture, ses propriétés physiologiques et thérapeutiques, etc. M Bussy est invité à prendre connaissance de ce manuscrit et à faire savoir à l'Académie s'il est de nature à être renvoyé à l'examen d'une Com- mission. CORRESPONDANCE. M. I.F. .Hl.MSTRE DE L.4 M.4RI\E ET DES CoLOMES adrCSSC UU VolumC inti- tulé : « Réfutation du système des vents de M. Maury, par M. Bourgois, capitaine de vaisseau ". Un exemplaire de ce travail, publié par articles détachés dans les der- niers numéros de la Revue Maritime et Coloniale, avaitété dans la précédente séance présenté par M. Duperrey, (pii eu avait indiqué de vive voix les prin- cipaux résultats. M. LE .Ministre de l'Agricitlture, du Co.mmerce et des Trav.4ix pcbijcs adresse, pour la bibliothèque de l'Institut, le tome XLIY des brevets d'in- vention pris sous l'empire de la loi de i8/|'i-