X \ f \ Y'' <^ jr AO Mi^^ REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES BULLETIN BIMENSUEL DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANGE VEaSArM-iS, IMPRIMERIE CERF ET G'°, 59, RUE DUPLESSIS- REVUE DES SCIEIGES MTORELLES UPPLIQUÉES BULLETIN BIMENSUEL DE LA SOCIETE NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANCE Fondée le 10 février 1854 RECONNUE ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE PAR DKCRET DU 26 FÉVRIER 1855 SEW voKi: 1893 — PREMIER SEMESTRE QUARANTIÈME ANNÉE PARIS AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ 41, RUE DE LILLE, 41 1893 r M^ I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ (*). LES LÉPORIDES '^''''^ ■A,\ ET LA NOTION DE L'ESPÈCE«.^" '''•*■' Par m. Remy SAINT- LOUP. Hic jacet lepus. I. Depuis longtemps déjà les personnes qui s'occupent d'éle- vage prétendent avoir obtenu le croisement fécond de l'espèce lièvre avec l'espèce lapin (1). Les premières observations en- registrées datent, d'après Amoretti, de 1773; mais depuis cette époque le produit du croisement de ces espèces a été admis par les uns sous le nom de Léporide, et absolument contesté par d'autres. En lait, l'animal a été si mal défini que l'on a présenté au public dans les concours agricoles, des la- pins de choux croisés de lapins de garenne, d'autres croisés de lapins Angora, d'autres enfin simplement sélectionnés et tous avec l'étiquette Léporide. Or, le public est composé de gens instruits et d'ignorants, les uns comme les autres en- thousiastes ou défiants ; l'avis des plus prudents a prévalu et du même coup Léporides authentiques ou simili Léporides ont été renvoyés au fond des campagnes. Une question rejetée n'est pas une question résolue, et la Société nationale d'Acclimatation a montré .son désir d'obtenir des éclaircissements en instituant un prix spécial destiné à stimuler les éleveurs pour l'essai de la production des Lé- porides. Or, il semble que les expérimentateurs se divisent encore en deux camps, et si nous les supposions, pour un instant, affranchis des exigences de la politesse, la situation (*) La Société ne prend sous sa responsal)ilité aucune des opinions émises 'par les auteurs «les articles insérés dans la Revue. ■ (1) Jadis • espèce », parce que j'admets provisoirement !e terme employé par les zoolo;iistes sans discuter immédiatement sa valeur et par une sorte de postulatum. 1> Janvier 18V3. 4 2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. serait résumée dans le dialogue suivant qu'ils engageraient : — J'ai essayé d'obtenir des Léporides et j'ai réussi. — Et moi, j'ai essayé aussi, non pas une fois mais de cent manières, et je n'ai rien obtenu ; je vous tiens pour un im- posteur. — Je TOUS tiens pour un maladroit et un ignorant ; autrement vous pourriez montrer des Léporides comme eelui-ci. — Çà un Léporide ! Mais c'est un vulgaire lapin. — Mais non, vous dis-je, et j'ai des témoins de mes essais. Dabord le vieux garde qui m'a apporté le lièvre, le notaire qui m'a cédé la lapine, mon domestique, tous ont pu cons- tater le succès. Malheureusement le vieux garde vient de mourir. — Ih! vraiment, c'est dommage, mais votre notaire n'avait pas ses lunettes, votre domestique est à vos gages et vous me contez des sornettes ; enfin, si c'est là un Léporide prouvez-le. Cette invitation à prouver l'aiithenticité de l'animal au- trement que par des alHrmations qui échappent au contrôle, place la question sur son véritable terrain. Il faut donc exa- miner l'animal présenté comme un Léporide et l'étudier avec assez de soin et de méthode pour mettre en lumière des preuves matérielles de sa double origine. Procéder autrement, e'est-à-dire instituer des expériences de croisement et suivre leurs résultats ne réalise pas un progrès. Si en effet ces ex- périences sont négatives les critiques pourront toujours dire que les conditions d'essai étaient défectueuses, si elles sont positives, d'autres critiques ou les mêmes auront cent ob- jections à faire et ramèneront l'expérimentateur au point de départ : Prouvez que l'animal que vous présentez n'est ni un lapin ni un lièvre, qu'il participe à la fois du caractère de l'un et de l'autre, alors nous admettrons la sincérité de vos dires. ■ Il faudrait, en effet, que le produit authentique fût réellement en dehors de ces conditions pour que la méthode se trouvât en défaut; mais cette hypothèse ne peut être soutenue de prime abord et nous en réservons la discussion après examen des faits. Le mieux est donc d'accepter cette méthode et de ra- mener la question sur le terrain d'anatomie comparée, qui, dans tous les cas, fournira des documents instructifs. LES LEPORIDES ET LA NOTION' DE L'ESPÈCE. 3 Le problème comprend alors les propositions suivantes : " En admettant à priori la distinction spécifique du lièvre et du lapin, pouvons-nous par l'étude anatomique mettre en re- lief des caractères de structure dont l'existence viendra con- firmer cette distinction. Si la comparaison ne permet pas de relever des différences de structure organique, toute étude anatomique du Léporide devient inutile. Si au contraire les caractères distinctifs exis- tent entre les deux espèces, il faut aborder l'étude comparative d'une part entre le Léporide et le lapin, d'autre part entre le Léporide et le lièvre. Alors de deux choses l'une : Ou bien 1° l'animal présenté comme le produit du croisement sera ex- clusivement semblable à l'un des animaux d'origine et nous dirons qu'il n'est pas un Léporide mais simplement un lièvre ou un lapin, ou bien 2' il présentera des caractères em- pruntés à la fois au lièvre et au lapin et il sera considéré comme authentique. Admettons quant à présent ces deux alternatives auxquelles nous ne pouvons échapper en acceptant cette donnée que le lièvre et le lapin sont d'espèces différentes. 11 sera peut-être nécessaire d'y apporter quelques restrictions après l'exposé des faits. Le premier point, l'étude comparative du lièvre et du lapin, n'a pas été traité par les zoologistes qui se sont occupés des hybrides de ces animaux, ni même par les anatomistes qui se sont prononcés à ce sujet (1). Broca se borne, en effet, à ad- mettre la différence spécifique du leims timldus (lièvre) et du lepus cunlcidus (lapin) en se basant sur l'opposition de leurs instincts, de leurs goûts, de leur genre de vie, mais il aflirme « que ces animaux diff'erent beaucoup moins par leurs ca- » ractères anatomiques que beaucoup d'animaux réputés de » même espèce ». D'un autre côté, un zooteclmicien plus at- taché aux conditions pratiques qu'à l'étude de laboratoire, et dont la compétence méritait par cela même une sérieuse con- sidération, M. E. Gayot va môme i>lus loin que Broca dans son affirmation. Pour M. E. Gayot le lièvre et le lapin, « fort (1) Le travail de M. Sansoa publié dans les Âdit. des Sciences nal., 1871, vol. XV, est trou iniluencé par la conliancu accordée aux expériences de M. Gayot, et d'ailleurs M. Sansoa fait porter son élude sur un seul Lièvre et un seul Lapin, de sorte que les poiuts principaux lui oat échappé. Le travail de Matusius ne porte que sur quatre crânes el semble manquer de didactique. 4 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. » rapprochés run de l'autre intérieurement et extérieurement, » à la surlace et dans les profondeurs de l'organisme pour » qui les étudie anatomiquement, demeurent autant étran- » gers l'un à l'autre par les mœurs. » Ces enseignements appuyés d'une part sur la grande et lé- gitime autorité d'un savant érainent comme Broca, d'autre part sur l'expérience d'un agronome distingué comme M. E. Gayot, avaient d'abord découragé mon dessein de re- cherche. Mais en somme la formule employée par Broca était assez vague pour laisser place à l'investigation précise. Ad- mettre simplement la similitude anatomique du lièvre et du lapin c'était en bonne logique supprimer leur spécification zoologique et le fait de l'union féconde de ces types cesse d'avoir l'intérêt biologique d'un croisement. Il n'existe, en effet, et grâce aux définitions classiques de l'espèce, que deux manières d'arriver par la méthode expé- rimentale, à la réunion spécifique d'animaux pris au même stade de leur évolution individuelle. La première, le procédé physiologique consiste à vérifier si les animaux à étudier sont capables de s'unir et de donner une lignée de produits féconds. On est généralement convenu de dire que dans ce cas les types considérés sont de même espèce. II s'en suit que des individus considérés provisoirement comme de même espèce, c'est-à-dire rangés dans les classifications zoologiques sous ce titre, pourraient, à la suite d'expériences démonstratives, être catalogués comme des espèces différentes, et récipro- quement, des individus provisoirement rangés dans la même case, sous l'étiquette espèce pourraient être séparés. Faire de l'hybridité la pierre de touche de l'espèce, ce n'est pas, comme le craignait Broca, sacrifier la zoologie tout entière, c'est simplement adopter un complément de classification capable de modifier sur quelques points les arrangements de zoologie systématique. La seconde manière d'arriver au classement spécifique, juais qui s'applique à la réunion des types et non, à leur sé- paration, consiste à vérifier l'identité de structure interne et externe des animaux. Cette méthode fournira des résultats qui se trouveront soumis à la définition physiologique de l'espèce parce que aucun fait d'observation n'est venu dé- montrer que des animaux identiques fussent incapables d'en- LES LÉPORIDES ET LA NOTION DE L'ESPÈCE. 5 gendrer des individus semblables à eux-mêmes. C'est-à-dire que si l'examen anatomique du lièvre et du lapin nous conduisait à les considérer comme identiques, nous serions autorisés à les déclarer de même espèce tandis que si leur identité est négative nous ne pouvons en rien préjuger de leurs rapports spécifiques avant rexi)érience physiologique. Cet exposé est nécessaire pour faire comprendre dans quel engrenage conduisent les définitions actuelles de l'espèce, et pour permettre plus loin la discussion. Nous savons aussi quelles objections pourraient être faites à l'emploi du mot identité ou du qualificatif « identique », qui ne sauraient avoir ici le sens i)récis qu'ils ont en mathématiques. Nous entendons cependant que ces mots auraient toute leur valeur appliqués dans la comparaison des animaux, si ces comparai- sons étaient faites sur les moj-ennes obtenues par l'étude d'un nombre indéfiniment croissant d'individus ; et, en pratique, il suffira que le nombre des individus soit assez considérable pour que le type moyen soit défini. Ceci posé, et après avoir constaté que la dissertation de Broca est bâtie sans un examen attentif du point fonda- mental et sur une distinction spécifique de sens commun mais non scientifique, examinons sur quelles bases M. E. Gayot appuie ses aflfîrmations. 11 est facile de reconnaître qu'il a trop largement interprété certains textes. En effet, M. Gayot écrit : « Un Léporide fut disséqué par » Richard Owen, qui lui découvrit des caractères anatomiques » de nature à dissiper tous les doutes qu'on aurait pu élever » sur son origine. » Et c'est dans l'ouvrage de Broca que M. Gayot aurait relevé ce passage. Or, Broca est loin de s'être exprimé ainsi, et i)0ur le prouver nous n'avons qu'à copier (1) ces lignes du Mémoire sur VhyljruUté : « La fe- » melle, réputée de premier sang, qu'on croyait fille du lièvre » et de la lapine, fut envoyée, après sa mort, à M. Richard » Owen, qui la disséqua; sa taille et sa couleur étaient celles » du lièvre, mais ses membres postérieurs n'étaient pas i)lus » longs que ceux du lapin. La longueur de son intestin grêle » était comme chez le lièvre tandis que le cœcum avait B sept pouces de moins que dans cette espèce, et le gros in- » testin un pied de plus. » Cette description n'est évidem- (1) Brocn, Recherches sut- l'hi/inditi'' animale, éd. 1860, page 370. 6 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ment pas de nature à lever tous les doutes ; Richard OAven a réservé son opinion et Broca ajoute un peu plus loin : « Cette observation ne pouvait être considérée comme décisive. » Il est difficile de comprendre comment, lorsqu'il s'agit de la discussion d'un sujet délicat, où non seulement les observa- tions relatées peuvent souvent être mises en doute, mais où les rapports, qui paraissent erronés, doivent être soigneu- sement écartés, M. Gayot n'ait pas évité une pareille méprise. Nous ne pouvions laisser passer cette faute d'interprétation (lui, à notre grand regret, jette le discrédit sur la dissertation de M. Gayot et nous oblige à n'en pas accepter sans contrôle les conclusions. En résumé, les données anciennes, relatives à la sépara- tion ou la réunion spécifique du lièvre et du lapin, ne sont précises ni au point de vue zoologique ni au point de vue physiologique. Il convient donc de procéder à la comparaison anatomique des deux types et à établir ensuite sur des faits déterminés les arguments relatifs à l'application des défini- tions de l'espèce. II. ^En abordant l'étude comparée du lièvre et du lapin, il était rationnel de relever d'abord les dissemblances extérieures de couleur et de forme. Mais il suffit d'un coup dœil jeté dans ■ un clapier pour constater l'existence des pelages les plus variés depuis le blanc jusqu'au noir, avec ou sans mélange de teintes rousses. Le lapin de garenne est généralement désigné comme de robe grise ; en réalité sa fourrure est formée de poils dépour- vus de pigments qui font la nuance blanche, de poils à pig- ments roux et de poils à pigments noirs, les trois colora- tions pouvant être réunies sur un même poil. Suivant que l'un ou l'autre de ces pigments domine soit dans une région du corps, soit sur tout le corps, on distingue chez les lapins domestiques : les albinos, les gris, les fauves, les noirs, les tachetés. Or, chez les lièvres la coloration et la structure des poils sont les mêmes que chez le lapin de garenne et chez le lapin de choux. Il arrive parfois que des lapins domestiques ont le pelage si semblable à celui du lièvre quil serait impos- sible de les reconnaître par le seul examen de la couleur. P\. S=Lou.y. d..'. 8 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Chez les uns comme chez les autres on peut distinguer deux sortes de poils, les poils simples qui paraissent formés d'une série unique de cellules (flg. IV), les poils complexes qui sem- blent formés de plusieurs files de cellules réunies en un fais- ceau atténué en pointe à l'extrémité. Nous a])pellerons ces formations des poils composés, ce qui ne veut pas dire qu'ils soient constitués par des poils simples agglutinés. La seule différence que l'on puisse constater en prenant le la])in de garenne comme type de comparaison, c'est que le lièvre présente, répandus sur presque toute la lace dorsale de son corps, de longs poils composés assez clair-semés et qui dépassent la fourrure moyenne, tandis que la fourrure est plus également nivelée chez le garenne. Mais cette remarque n'a plus aucun intérêt lorsque la com- paraison est faite avec les lapins domestiques dont le pelage est tantôt long et léger comme chez l'angora, tantôt court et rude comme chez les variétés voisines du garenne. Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter à la comparaison des robes, et d'une manière générale les «caractères, que l'on peut noter sur l'as- pect des pelages, n'ont pour les distinctions spécifiques qu'une valeur très secondaire. Il reste la comparaison des formes extérieures ; mais cette comparaison sera beaucoup plus rigoureuse si nous la rendons corollaire de celle des squelettes. On dira simplement que d'une manière générale le lièvre est un animal plus long que le lapin, mais la formule est trop vague. Une plus grande pré- cision est nécessaire dans l'étude des proportions. Un Kob irlandais est moins long qu'un trotteur Oiloff', leurs formes extérieures sont différentes, ce qui ne les empêche pas d'être tous deux des chevaux. L'étude du squelette s'accomplit sur des pièces solides, résistantes, dont la forme et les dimensions peuvent être ana- lysées plus rigoureusement que la forme et les dimensions des organes mous et flexibles. Le crâne, entre autres pièces du squelette, est la plus inté- ressante, à cause de sa complication qui met en évidence à la fois un plus grand nombre de points remarquables. Il est bien entendu que lorsque nous disons un crâne ou un squelette de lapin ou de lièvre, il s'agit soit d'une série de crânes examinés pour écarter les anomalies capables d'induire en erreur, soit d'un crâne reconnu normal à la suite de l'étude de la série. LES LÉPORIDES ET LA NOTION DE L'ESPÈCE. 9 Nous avons dû comparer entre eux non pas un squelette de lièvre et un squelette de lapin, mais une série de pièces osseuses homologues appartenant à ces deux types (1). Cette nécessité rendait le travail plus long et plus difficile, mais elle ne pouvait être éludée dans une étude laite en vue de résultats précis. III. Si l'on examine comparativement la face supérieure d'un crâne de lièvre et d'un crâne de lapin [fig. /), on ne cons- tate à première vue aucune différence. Comme des dissem- blances peuvent échapper à cet examen superficiel, il con- vient d'employer un moyen d'analyse plus précis, d'opérer des mesures. Ces mesures ont été faites et sont consignées dans les tableaux inscrits plus bas. L'examen de la face postérieure du crâne et des faces latérales ne nous a pas donné de résultat constant, mais celui de la face inférieure permet de recon- naître, même sans mensuration, un caractère différentiel très net qui est traduit, en outre, par les chiffres. Nous sommes entraînés ici dans des détails arides, mais indispensables pour la mise en évidence des faits observés. Index {fig. I] : abc longueur prise de l'apophyse postérieure de l'occipital, à la ligne de suture occipito-pariétale ; c d longueur de la ligne de suture des pariétaux ; de longueur de la ligne de suture des os frontaux ; ef longueur de la ligne de suture des os nasaux ; op largeur des pariétaux au niveau de la suture pariéto- frontale ; q r largeur des frontaux à la naissance de l'apophyse sus- orbitaire ; s I largeur maxima des os nasaux ; a /■ longueur totale rectilique ; h îi largeur de la tête, arcades zygomatiques comi)riscs ; X'u lai'geur de la fosse postérieure ou palatine ; y z largeur de la fosse aiitérieure ou intermaxillaire. (1) La partie technique de ce travail a é'.é accomplie en jiartie à l'aide de pièces provenant du cabinet d'analomio comparée du Muséum, au laboratoire annexe des llautus-Etudes. Sur la demande de M. le Président de la Société d'Acclimatation, ^L^L Milne Edwards et Uustalet ont bien voulu, par l'examen des pièces disséquées que j'ai présentées, contrôler l'exactitude des laits relevés. -10 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉE?. > ■^ S5 tf- a o> o <5 ■fc ?^ «^ ?i r « V % ^ > '^ "B ~ >> ■^ =1- c~ r'. ri ^^ < ^_: h^ H- ^ ■ 2" 5' s 3 c ^. c; i; M • o - , *"-• s ^ CL ^ b ^ 3 • 5'Èg 1 \ (Tî i« r= ! -S a. o N3 , , t— < ►£i* •^ c^ to te . . o w C3 c t-i > 4- ^2 t^~> te îTï o -• Ci co c; 4^ Ci — ■ Cl o —, o Cl CT Cï Cl CT 3 2. ^ ^ 3 5' r* c- ,_^ _Os -; c fO (—1 , 1 >1„ X C; — ' fO l— ' o i 10 co to 1— • ~ Z- < '^ o h-' c» '^ X c; co (O 1 — ' •o — ' » — ' o~. -~ ^^ -! CD s VI Cl O „ M ! t^ ;« Cl- Q ra 3 ? 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O CT I )0 fO —IX Ci o co o co co ^•■ >— ' -i X c;l o *• Cl ►—I Ju ;:; CT •— ' fO ^ te Cl C (O — -i — CT 1^ OJ NS I— ' O CI o '^ 2 - >— ' J-tD CT,— J?Oi— ' O'0505^^ 05 I w >— Ci C< (O -1 OO co I— I 1 Ci h- — 1 "ix I Cl i c;i Cl -1'. r t— 4 _ ^ o - £3 _. ►^ m Cl 1 — • N*) 1 — 1 O 00 05 t — ' t— ' , '<■ •3 ~ GT Cl 05 co 00 to -T »o CO >4- 05' te f— * L 3 b Cl CT > P= C" -' ^ o -^ J- X CT >— t ^c 1 — ■ to co 05 1— ' 1—1 c 1 Z O P P "ci CT ^^ Cl to tT~ jO Cl Cl 05 05 O 05 to Cl Cl o I 2 z 03 '- / ^ il LES LÉPORIDES ET LA NÛTIOX DE L'ESPÈCE. 11 De la comparaison de ces nombres il résulte : Que la longueur totale de la tète du lapin domestique ne difïere pas de celle de la tête du lièvre. Le lapin de garenne, au contraire, a la tète plus courte, mais il faut tenir compte de la taille de son corps qui est moindre. Ces remarques s'ap- pliquent soit à la longueur rectilique, soit à la somme des longueurs prises sur la ligne courbe des sutures médianes; Les os frontaux et pariétaux sont en général un peu plus courts chez le lapin, les os nasaux étant plus longs ; Les os frontaux sont relativement moins larges chez le lapin que chez le. lièvre ; car si nous mettons en regard dans les deux séries les sommes des di- mensions op + 'P' -\- st , nous remar- quons que le nombre de millimètres qui exprime ces sommes reste au-dessous de 5t) pour les lapins et au-dessus de 6U pour les lièvres. Il faut remarquer aussi que dans les deux séries la largeur op est constam- \L ment de 13 millimètres, sauf dans le cas \^"^ d'un lièvre provenant de la collection de Gall ; nous relevons cette anomalie, qu'il n'y a pas lieu de commenter quant à présent. Enfin, — et ce caractère est le [ilus important — , la fosse palatine {pg. o) est toujours chez le lièvre sensiblement de même largeur que la fosse intermaxil- laire, tandis que chez le lapin domes- tique [fuj. 4), la fosse palatine est très no- tablement plus étroite que la fosse inter- maxillaire. Les largeurs sont, en outre, pour l'une et l'autre fosse plus considé- rables chez le lièvre. Notons que chez le lapin de garenne la dilférence de lai'geur des deux fosses est moins coiisidérable que chez le lapin domestique, mais la somme des nombres qui expriment ces dimensions reste au- dessous de la même somme comptée pour Fiç. ^1. 12 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. le lapin domestique. Les nombres sont de la forme 20 et an- dessus chez le lièvre, de la l'orme 1.5 et au-dessous pour le lapin. Des différentes remarques qui précèdent, ne retenons que la principale, sans nous attarder à signaler des observa- tions corrélatives sur la disposition des sphénoïdes, et nous dirons qu'il est toujours facile de distinguer un crâne de lièvre d'un crâne de lapin au simple examen de la face inférieure (1). Ces faits, absolument palpables, montrent donc déjà, au moins quand il s'agit des espèces françaises, que des différences de structure anatomique existent, qui ne permettent pas d'éta- blir la réunion spéciflque du lièvre et du lapin aux termes de la définition zoologique de l'espèce. Nous pouvons, dès lors, comparer l'animal qui nous est présenté comme un léporide aux types étudiés, et, procédant comme précédemment par la méthode des mensurations, nous obtiendrons les nombres consignés ci-dessous : abc c d.. d e.. e f.. (j r. . op.. s (... a r.. à le. V y.. Il z.. LÉPORIDE X (2). 13 17 31 36 13 23 18 S9 42 97 54 5,5) 8 ) 13,5 LÉPORIDK Y. 11 14,5 I 27 24 ;8,5 12,5 22 \ 47,5 13 69 35 ' ) 11 LÉPORIDE Z. 12 16 30 34 13 23 16 80 40 5 8 92 62 13 (1) En général, les apophyses surorbilaires sonl plus lar^jes chez le Lièvre que chez le Lapin, leur bord libre est à courbure convexe dans le premier type, concave dans le second, mais ce caractère ne nous paraît pas de grande impor- tance, il n'est notable qu'à litre accessoire. (Fig. II, apophyse surorbilaire chez le Lièvre ; Fip;. III, apophyse surorbitaire chez le Lapin. Planche I.) (2) Le léporide X est une i'emelle adulte ; Y un jeune mâle à^é de deux mois ; Z un léporide âgé d'environ cinq mois. Il m'a paru inutile d'exécuter des pesées pour avoir des termes de c imparaison, l'état de réplélioa des animaux ayant une trop grande part pour le poids des animaux vivants, et d'autre part la pesée après dissection eiit été inexacte aussi à cause des pertes de sang ou à cause du poids des substances à injection. LES LÉPORIDES ET LA XOTIOX DE L'ESPÈCE. 13 Les animaux dits Léporides qu'il a été possible d'étudier ne sont, comme on le voit, pas très nombreux ; cela s'explique, étant donnée la rareté de ces spécimens ; aussi l'examen de l'exemplaire B, qui est un animal âgé de deux mois, ne pou- vait-il être négligé. Les écarts de dimensions qu'il présente avec ses congénères s'expliquent par ce lait ; ils peuvent d'ailleurs être corrigés jusqu'à un certain point. Si, en effet, nous supposions la croissance du Léporide Y assez avancée pour que la somme de ses longueurs de suture atteignent le nombre 97 qui exprime cette quantité pour le Léporide adulte X, nous obtiendrions, en calculant proportionnellement la largeur ^^-^— + 13 = 56. Soit donc une largeur de 0'",56, qui se rapproche sensiblement du type X. Ce calcul est d'au- tant plus admissible que les dimensions en diamètre du crâne d'un jeune mammilére sont relativement plus grandes que chez l'a- dulte, et, par conséquent, le nombre 56 n'est pas trop faible. Ceci posé, si nous compa- rons les résultats des mensurations, nous voyons qu'ici encore les dimensions du crâne en longueur et en largeur ne présentent rien de particulier. Mais les largeurs des os de la face supé- rieure du crâne se rapprochent du type lapin. Les dimensions relatives des fosses pala- tines et leurs dimensions absolues sont telles qu'elles se rapportent au type lapin. Bref, si l'analyse devait se borner à Vexamen de la télé, il faudrait déclarer que l'animal examiné se dislingue aisé- ment dît lièvre, mais non pas du lapin. Est-ce à dire que l'on doive immédiatement lui refuser le titre de Léporide et sans continuer plus loin la recherche. Non, certes, et voici pourquoi. Un animal hybride ne présente pas nécessairement dans un organe quelconque des dispositions intermédiaires â celles du type paternel ou du type maternel. L'influence pré- dominante de l'un ou l'autre des types parents se laisse re- marquer exclusivement dans une ou plusieurs régions du corps de l'hybride, sans qu'il y ait de règle fixe. 11 va sans dire qu'il ne s'agit pas ici des caractères sexuels. Nous de- vons donc nous attendre à trouver non pas une moyenne Fig. CRANES d'après PHOTOGRAPHIE. \. Léporide. - 2. Garenne. — 3. Léporide jeune. — 4. Lapin domestique. — 5. Lièvre. LES LÉPORIDES ET LA XOTIOX DE L'ESPÈCE. 15 anatomique pour chaque organe, mais dans l'ensemble de l'organisme, des portions semblables aux homologues du lièvre et d'autres semblables aux homologues du lapin. On admet, en effet, cet enseignement d'Isidore GeofFroy-Saint-IIilaire : « Dans le croisement de deux animaux d'espèces différentes le produit pourra bien ressembler à l'un plus qu'à l'autre, mais non pas exclusivement à l'un d'eux. » Les mulets et les bardeaux sont des exemples en faveur de ce principe ; ces animaux présentent des caractères qui tien- nent à la fois du type âne et du type cheval, mais non pas exclusivement de l'un des types. L'influence du père prédo- minerait dans ces croisements dans la forme de la tète, tandis que dans le cas des Léporides examinés ici, qui sont nés d'une lapine, nous rencontrons une conformation de la tête abso- lument semblable â celle de la mère. Ce serait là, semble-t-il, un argument de plus en faveur de l'authenticité du Léporide en question, mais nous savons, d'autre part, que dans d'autres cas d'hy])ridité observés par Buffon, dans le croisement du chien et de la louve, la tète des hyl)rides ressemblait tantôt à l'un, tantôt à l'autre des parents. On voit donc qu'il faut la plus grande prudence avant de se i)rononcer dans une ques- tion hérissée de difficultés et que le résultat tiré de l'étude du crâne, tout en demeurant acquis, ne dispense pas de l'étude des autres parties du squelette, et nous devons procé- der comme précédemment en comparant d'abord le lièvre et le lapin. {A suivre.) VISITES FAITES AUX ÉTABLISSEMENTS D'AVICULTURE Par m. mardis ÉLEVAGE DE M. DEBEAUVAIS ÉLEVEUR-AMATEUR, PASSAGE DES THERMOl'ÎLES, 49, A PARIS. Lorsque l'on pénètre dans la propriété de M. Debeauvais, on se demande si réellement l'éleveur-amateiir, dont nous avons admiré les beaux sujets dans nos derniers concours, peut avoir chez lui cette belle collection. En arrivant dans la cour, derrière la maison, on comprend le système employé par M. Debeauvais qui, non seulement est un aviculteur distingué, mais est encore un très bon cons- tructeur. H a superposé dans le peu d'emplacement qu'il occupe un poulailler à trois étages. Rez-de-chaussée, entre-sol et jire- mier étage avec balcon tout au pourtour ; le tout est en charpente avec plancher en parquet démontable pour faciliter le nettoiement de chaque compartiment. EEZ-DE-CHAUSSÉE. A gauche, en entrant : Petite cour avec sol en ciment. Quatre compartiments de volailles de 2'", 80 sur 2"^, 10 de largeur, en moyenne et 1"\60 de hauteur. Chaque comparti- ment se compose d'une partie grillagée au devant de l'",25 sur 2'", 10, partie couverte au fond de même largeur sur 1"\G0 de profondeur, dont une partie en poulailler, en planches, fermé tout au pourtour, de 0'n,80 de largeur sur 1"',60 de lon- gueur. Ce poulailler est muni à l'intérieur de trois perchoirs mobiles en bois plat, deux ou trois pondoirs en bois avec couche de paille ; tout au pourtour des compartiments et de la grande volière grillagée, petits murs en briques de 0'",25 d'épaisseur, jointoyées en ciment Portland. Pour l'aération, un châssis vitré, pour l'entrée et la sortie des volailles, une trappe en bois ; pour le nettoyage, une VISITES AUX ÉTABLISSEMENTS D'AVICULTURE. 17 porte en bois de 0"',60 sup environ 1"^ de hauteur, le sol du poulailler est en parquet recouvert d'une couche de sable fin ; la partie grillag'ée, au devant, est en terre avec forte couche de sable fin. Dans la partie haute de chaque poulail- ler, une cabane à lapins prise dans l'épaisseur des solives, avec porte grillagée sur le devant. Chaque compartiment a sa porte sur la larade et, de plus, une porte intérieure, commu- niquant avec le compartiment voisin, pour, au besoin, donner un ou deux compartiments aux volailles, suivant les besoins. Chaque compartiment est blanchi à la chaux vive. 1«'" compartiment : 1 coq, 3 poules, race Campine dorée ; !«■■ prix au concours général de 1892 ; cabane à lapins, race Lapins communs . 2° compartiment : 1 coq, 3 poules, race de Langshan, race Lapins japonais, 1 mâle. 3° compartiment : 1 coq. 3 poules, race Cochinchine fauve; race Lapins japonais, 1 l'emelle. 4« compartiment : 1 coq, 3 poules, race Cochinchine blan- clie; race Lapins argentés, 2 mâles et 2 femelles très beaux. A droite : Grande volière grillagée avec partie couverte au l'ond. Dans cette volière, un lot de Canards, race d'Aylesburj-, l*"" prix, mâle et femelle, au dernier concours de la Société d'acclimatation, 2 Canes, races de Pékin, 1 mâle et 2 femelles. Oies de Guinée: 1 beau mâle Dindon noir; plusieurs poules ordinaires i)Our les couvées ; nombreuses cabanes à lapins ilans lesquelles on peut admirer de beaux couples de Lapins Béliers, communs, géants, des Flandi'es et argentés. Pour les Oies et les Canards, grand bassin en ciment avec eau courante; sol de la volière, pavage en bois ; sol de la par- tie couverte, terre avec sable fin. Cette volière est très bien agencée. Pour l'enlèvement du fumier et le service de manu- tention du grenier à fourrage, porte spéciale donnant sur la cité Bauer. Entre cette volière et le comi»artiment ci- dessus, passage dallé en ciment Portland de r",10 de largeur, conduisant à la cAté Bauer. Entre la maison et cette grande volière, coffre à grains et réservoir d'eau de Seine. • Escalier en échelle de meunier conduisant au premier elage. l) Janvier I8I1:!. 18 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ENTRE-SOL : A gauche : sur la partie couverte des volières, au rez-de- chaussée, quatre compartiments contenant des volailles, chacun de ces compartiments a 2"', 10 de longueur, sur 1"\60 de largeur et l"\bO de hauteur. Plancher en bois recouvert de sable fin , poulailler comme celui du rez-de-chaussée, pondoirs, perchoirs dito. L'entrée de ces compartiments se trouve dans la partie grillagée du compartiment au rez-de- chaussée : le service se fait à l'aide d'une petite échelle ; le devant de chaque compartiment est grillagé avec porte d'en- trée spéciale et porte de communication entre chaque com- partiment. Le dessus est en planches et se trouve couvert par le plancher haut du premier étage formant volière et terrasse. l'^'" compartiment : 1 coq, 3 poules, race Padoue dorée. 2® compartiment : 1 coq, 3 poules, race Padoue argentée. 3« et 4^ compartiments : 1 coq, 4 poules, races Padoue blanc. A droite, dans la grande volière, trois compartiments comme ceux ci-dessus, plus un compartiment sous escalier, avec bassin spécial, servant pour un lot de Canards man- darins. l<=^ 2« et 3'^ compartiments : 1 coq, 1 poule, race Padoue argentée. Compartiment en retour, au fond, sur cité Bauer : 1 coq, 4 poules, race naine Combattant argentée. PREMIER ÉTAGE. Six compartiments dont trois à gauche et trois en retour au fond sur cité Bauer. Chaque compartiment est en bois , couverture en bois avec papier goudronné sur le dessus ; au devant, grillage en fer avec porte spéciale pour chaque compartiment et porte de communication entre chaque compartiment. Il a comme dimensions 3"^ sur 2™ et 1"\85 de hauteur sur le devant et l'",90 sur le derrière ; le poulailler, fermé comme ceux du rez-de-chaussée, a l'",60 de longueur sur 0"\75 de largeur, pondoir et perchoir, comme au rez-de-chaussée. Le sol de chaque compartiment est en parquet recouvert d'une YISITES AUX ETABLISSEMENTS D'AVICULTURE. 19 forte couche de sable fin. Dans trois compartiments, casier en bois pour Pigeons. Dans un de ces compartiments existe un pondoir spécial, communiquant avec le compartiment, mais entièrement au- dehors, ce qui permet de retirer les œufs par un couvercle placé au-dessus du pondoir et cela sans être obligé d'entrer dans le poulailler. 1" compartiment : 1 coq, 2 poules, race Courtes-Pattes. 2^ Compartiment : 1 coq, 1 poule, race Cocliincliine noire naine. 3° compartiment : 1 coq, 4 poules, race Espagnole. 4^ et 5*^ compartiments : 1 coq, 4 poules, race Andalouse (beau lot). 6e compartiment: 1 coq, 2 poules Red Cap (beau lot). Tout au pourtour de ces compartiments, en retour contre passage et contre bâtiments d'habitation : Terrasse avec balcon en bois, avec jardinières ornées de fleurs. La construction de cet étage est remarquable par sa simpli- cité ; l'organisation qui en a été laite par l'amateur est irré- prochable et, comme je le dis plus haut, à première vue il est impossible de se figurer que dans un espace d'environ 100 mètres, on soit arrivé â organiser un assemblage de compar- timents aussi réussis. Pas d'odeur, la plus grande propreté règne dans l'établissement ; chaque jour la cour est nettoyée à grande eau; les volières nettoyées. Cet élevage mérite d'être visité, surtout à cause de sa disposition dans un terrain aussi restreint. Nourriture des volailles : Blé, maïs, sarrasin, une fois par jour ; pain mouillé et recoupette, une fois par jour. Nourriture des lapins ; Luzerne, carotte, regain. A signaler les râteliers pour les lapins, barreaux ronds en gros fils de fer, augette en bois doublé en zinc, fixée contre la porte, ce qui permet de soigner les lapins sans être obligé d'ouvrir le compartiment. M. Debeauvais ex[»ose dans nos concours de Paris où il a déjà remporté nombreux succès. UNE VISITE A L'ÉTABLISSEMENT DE PISCICULTURE DE BESSEMONT, près villers-cotterets (aisne) Par m. RA.VERET-WATTEL. Les renseignements fort intéressants donnés, il y a quel- que temps, dans notre recueil, sur les travaux de piscicul- ture entrepris par M. de Marcillac, dans le département de l'Aisne, à Bessemont, près Villers-Cotterets, me Taisaient beaucoup désirer voir les installations réalisées par notre collègue, et j'ai rapporté d'une récente visite à Bessemont, outre le souvenir d'une réception fort aimable, celui de l'excellente organisation d'un établissement de pisciculture très intelligemment dirigé. Dans tout élevage, et particulièrement en ce qui concerne la pisciculture, — cette industrie relativement si nouvelle où tout, pour ainsi dire, est encore à étudier, — les observations quotidiennes faites par des éducateurs soigneux et attentifs présentent un véritable intérêt, et tel est précisément le cas l)Our ce qui se fait à Bessemont, où l'élevaue du poisson est pratiqué d'une façon véritablement industrielle. Disons d'abord que l'établissement est fort bien partagé sous le rapport de l'alimentation en eau, cette condition essentielle d'une exploitation piscicole sérieuse. Des sources nombreuses fournissent en abondance une eau limpide, jraîclie, à température à i)eu près constante et qui, sortant de terrains argilo-calcaires, présente précisément des condi- tions extrêmement favorables à l'élevage de la truite. Et ici se place déjà une observation qui mérite d"ètre signalée. Si une eau calcaire, même légèrement séléniteuse, c'est-à-dire renfermant non seulement du carbonate de chaux mais aussi une certaine proportion de sulfate de chaux, si une telle eau, dis-je, ne déplaît nullement à la truite, qui s'y développe même plus rapidement que dans une eau provenant de terrains granitiques ou siliceux, il en est tout autrement quand, aux éléments calcaires, vient ÉTABLISSEMENT DE FISCICLLTUUE LE BESSEMOXT. iîl s'ajouter un peu de magnésie. Une eau même légèrement ma- gnésienne ne convient guère à la Truite, qui s'.y développe mal, comme a pu le constater M. de Marcillac. Une des sources qui arrosent sa propriété donne une eau renfermant de la magnésie. Eh bien, jamais, dans cette eau, les alevins ne se développent avec la même vigueur, avec la même rapi- dité que dans les eaux voisines. Ce qui caractérise particulièrement l'exploitation de Besse- mont, c'est l'intelligente économie apportée dans les installa- tions, où l'on s'est attaché à bannir tout luxe inutile, à éviter soigneusement toute dépense superflue. Le laboratoire d'éclo- sion est installé tout simplement dans un ancien poulailler couvert en chaume, dont l'aménagement, réalisé à très peu de frais, ne laisse cependant rien à désirer. Il y a là un excellent exemple à mettre sous les yeux des personnes qui désirent, elles aussi, faire de la pisciculture, et qui verront que les installations dispendieuses ne sont nullement néces- saires, quand elles ne sont pas même beaucoup plus nui- sibles qu'utiles. Les appareils d'éclosion employés dans ce laboratoire sont les augettes en terre cuite du système Coste légèrement amé- liorées, telles que les. livre actuellement la maison Leune. Ces augettes sont, en définitive, d'un fonctionnement très satisfaisant lorsque, comme à Bessemont, on n'y laisse pas longtemps séjourner les alevins et que, presque toujours bien avant la résorption de la vésicule ombilicale, on les fait passer dans des bacs d'élevage, oii ils trouvent, à la fois, l'espace et le courant qui leur sont indispensables. Les bacs d'élevage sont de petits bassins en briques et ciment, ou bien encore des aquariums en verre gaufré avec ossature en fers cornières, qui sont d'une construction fort peu coûteuse et dans lesquels les alevins trouvent les meil- leures conditions hygiénic^ues que l'on puisse désirer. Les alevins une fois éclos et débarrassés de leur poche ombilicale, il s'agit de pourvoir à leur alimentation, et c'est là, nous le savons, la grande difficulté de la pisciculture. A Bessemont, on n'emi)loie que de la rate, pour première nour- riture de l'alevin ; de la rate de veau, comme étant plus légère, plus délicate, pour le tout premier âge ; puis de la rate de bœuf ou de mouton pour l'alevin un peu plus déve- loppé. Contrairement à ce qui se fait dans la plupart des éta- 22 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Glissements où l'on emploie le même genre de nouniture, eette rate n'est jamais donnée que cuite, et voici comment on procède : Pour le petit poisson qui commence à peine à manger, on fait seulement bouillir la rate pendant quelques instants, puis on la réduit en une bouillie fine, soigneuse- ment débarrassée de toute parcelle de la membrane exté- rieure qui, même finement hachée, présenterait encore des morceaux trop gros pour être facilement avalés. Plus tard, on donne la rate préparée avec moins de soin; puis enfin on passe à l'emploi de la viande de cheval, d'abord hachée menue, puis distribuée en morceaux de plus en plus gros, au fur et à mesure que l'alevin avance en âge. Un principe fidèlement suivi dans l'établissement, c'est de toujours nourrir copieusement le poisson, à tout âge. Si on le laisse pâtir ou même si simplement on ne l'alimente pas avec assez d'abondance, son développement en souffre beau- coup ; les plus gros sujets ne tardent pas à attaquer les pe- tits, et, quand une fois ils ont goûté de ce régime, ils n'en veulent plus d'autre. Aussi voit-on bient(3t les rangs s'éclair- cir d'une façon ruineuse pour l'élevage. C'est donc faire preuve d'une sage économie que de savoir dépenser suffi- samment en nourriture. Quand les alevins, ayant atteint l'âge de trois mois, ont ainsi franchi la période la plus critique de leur existence, on les fait passer dans un bassin d'élevage, 1-ong d'une quaran- taine de mètres sur 4 ou 5 mètres de large, bassin qui, vers son extrémité d'amont, ne présente guère que 15 centimètres d'eau, mais qui va s'approfondissant en pente douce et régu- lière pour atteindre 80 centimètres ou 1 mètre à son extré- mité aval. C'est naturellement dans la partie recouverte seu- lement d'une mince nappe d'eau que se fait le lâcher des alevins. Ceux-ci, au fur et à mesure qu'ils grandissent, gagnent d'eux-mêmes l'eau de plus en plus profonde. Une petite vanne, située dans la partie la plus creuse, permet de mettre le bassin très rapidement à sec pour le pêcher. La vanne est, en effet, formée de planchettes horizontales pla- cées les unes au-dessus des autres et maintenues par deux rai- nures, dans lesquelles s'engagent leurs deux extrémités. En enlevant ces planchettes une à une, on abaisse peu à peu le niveau de l'eau dans le bassin, jusqu'à vider complètement celui-ci, en obligeant ainsi les alevins à en sortir pour s'en- ÉTABLISSEMENT DE PISCICULTURE DE BESSEMÛXT. 23 gager dans un petit canal que commande la vanne, et qui aboutit ;i une sorte de réservoir, où tous les petits poissons se trouvent hientôt réunis et où il est facile de les prendre avec une épuisette. Ce système, extrêmement simple, permet de pécher les alevins sans les exposer à la moindre blessure, de ne pas en oublier un seul dans le bassin, et de faciliter singulièrement la besogne aux ouvriers employés à ce tra- vail En temps ordinaire, le trop plein du bassin s'écoule par le petit canal, en se déversant par dessus la vanne. Or, pour éviter que des alevins ne s'échappent de ce côté, on y a placé une grille très serrée, sur laquelle s'applique, d'ailleurs, un châssis garni d'une toile métallique. Détail utile à noter : cette toile métallique, bien qu'à mailles très étroites, doit être formée de fils d'une certaine grosseur. Quand les fils sont trop fins, les alevins peuvent se prendre les nageoires dans les mailles et s'y blesser. Du bassin d'alevinage, les jeunes Truites passent dans un bassin de 40 ares qui, lors de ma visite à Bessemont, renfer- mait 17,000 Truites arc en-ciel ayant à peu près atteint la taille marchande. Un autre étang, de 90 ares, venait de rece- voir 21,000 Truitelles de même esi)èce. Cet étang forme un ruisselet qui alimente une petite pièce d'eau de 1,800 mètres, lequel renfermait 6,000 alevins. Enfin, un dernier étang, divisé en trois sections, est réservé aux reproducteurs. Bien que de création encore récente, l'établissement de Bessemont est déjà en mesure de livrer à la consommation des ({uantités importantes de poisson, qui sont dirigées, pres([ue chaque semaine, sur Paris, où un dépôt et une mai- son de vente ont été installés, 54, rue du faubourg Mont- martre. Le poisson y est généralement expédié vivant, dans des bidons en fer blanc, ce qui permet de le vendre à un prix plus élevé. En moins de trois mois, 15,000 Truites ont été ainsi écoulées, et la vente eût été infiniment plus considé- rable, si les ressources de la production l'eussent ]»ermis. Non loin des étangs à Truites, l'établissement possède d'autres bassins réservés aux Carpes, aux Tanches et aux Perches, dont la production, encore assez restreinte, tend à se développer. Elle viendra ajouter un contingent fort api)ré- ciable au rendement de cette forme aquicole, dont les pro- duits sont, dès maintenant, très rémunérateurs. Ux\ ÉTABLISSEMENT POUR LA SALAISON DES HARENGS EN ECOSSE Par Cath. KRANTZ. Autant on a étudié la question du Hareng au point de \'ue de la pèche (du diamètre à donner aux mailles des filets, etc.), des rapports existant ou ayant existé entre les pêcheurs et les saleurs, etc., autant on a négligé le côté : salaison et em- ballage. Dans le présent article, nous sommes en mesure de donner quelques détails, fort incomplets malheureusement, sur un des meilleurs établissements de salaison appartenant à M. Cardnot et situé à Frasebourg. Cette installation fort importante est de création récente. Ce n'est plus une espèce de cour découverte où les ouvriers sont exposés à toutes les intempéries et où ils se meuvent au risque de se casser le cou sur un sol gluant, comme on en trouve dans la plupart des établissements similaires. La la- brique de Frasebourg est un spacieux bâtiment, dont le sol est revêtu d'un enduit en ciment, dont la toiture abrite par- faitement le personnel et dont l'installation offre tout le con- fort que comportent les conditions du travail. L'eau y est conduite partout et, en général, il y règne une propreté re- marquable ; l'éclairage est au gaz — chose rare dans les éta- blissements voisins. Vers dix heures du soir, le travail battant son plein, on a devant soi un tableau des plus vivants et des plus animés. 600 krons de poissons, qui servent à remplir un millier de tonneaux, venaient d'arriver — fort en retard — au mo- ment où l'auteur visitait l'établissement, et il fallait une acti- vité extrême pour les préparer à temps. Aussi, les femmes, toutes mises proprement et même avec quelque recherche, enlevaient-elles rapidement les branchies des poissons. Dans l'espace de quelques minutes, le Hareng fut vidé, examiné, trié et placé dans des caisses spéciales selon sa qualité. LA SALAISON' DES HARENGS EX ECOSSE. 25 Quelques instants plus tard, on emportait ces caisses pour le salage du Hareng que l'on replaçait ensuite dans des ton- neaux. Le sel se trouve dans des tonnes, à la cave, afin d'en avoir sous la main à monter aux emballeurs à tout instant. Les tonneaux vides sont gardés dans les greniers du bâti- ment, d'où on les descend par une lucarne au fur et à mesure des besoins. Il est malaisé de déterminer le nombre de tonneaux qui pourraient être préparés à la fabrique, si elle se trouvait constamment en pleine activité ; tout dépend du temps et des arrivages ; nous n'exagérons cependant pas en évaluant à 20,000 tonneaux le chiffre atteint pendant la saison de pèche. Cette période dure huit semaines, et lorsque la pèche a été bonne, les habitants de la localité gagnent assez pour avoir du pain sur la planche pendant tout l'hiver, car les tonneliers et autres artisans trouvent du travail dans les préparatifs de la saison suivante. Tout saleur avisé fait de grandes provi- sions en sel et en tonneaux pour ne pas être pris au dépourvu dans le cas d'une abondante pèche à la fin de la saison, ce qui arrive assez souvent et peut causer des dommages impor- tants aux industriels imprévoyants, ayant déjà à ce moment utilisé tout leur matériel et toutes leurs munitions. Il y a quelques dizaines d'années, plusieurs canots, lourdement chargés de Harengs, abordèrent dans une des villes de la côte écossaise du nord-ouest. La saison touchant à sa fin, il fut impossible aux saleurs de se procurer du sel, faute de quoi le poisson allait se corrompre. Un des pêcheurs, pensant qu'il serait toujours temps de l'offrir aux cultivateurs comme en- grais, se décida à le distribuer gratis pendant qu'il était en- core mangeable, aux habitants de la ville. Sans doute, un fait pareil n'est plus possible de nos jours : grâce au télégraphe, les provisions peuvent être renouvelées dans le plus court délai. Cependant, on doit avoir chez soi du sel plutôt plus que moins. La fabrique qui nous occupe, a sou- vent une [»rovision de plusieurs milliers de tonneaux de sel, représentant jusqu'à 900 tonnes. Le fonctionnement d'un établissement de ce genre est plus comi)liqué que ne le pensent les gens peu au courant de cette industrie. L'hiver et le printemps, pendant que la pêche est interrompue, on ne reste pas inactif, on s'occupe de l'entre- tien et du raccommodage du matériel. 26 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. Les tonneaux sont souvent faits avec du bois importé de Norvège. Dans ces derniers temps, on semblait cependant disposé à remplacer celui-ci par certaines espèces feuillues du pays. Les cercles de bois, qui venaient d'Angleterre, sont aujourd'hui souvent commandés à Bordeaiioo; les cercles en fer qui ont commencé à s'introduire, semblent devoir les éli- miner entièrement dans un avenir prochain, ce qui consti- tuera certainement un progrès. Le sel et les autres munitions doivent être préparés d'a- vance, car, à l'arrivage du poisson, chaque minute de retard entraîne des pertes. Au moment de l'opération, les tonneaux sont soigneuse- ment examinés avant d'être remplis. Les tonneliers les fer- ment, et tous les jours jusqu'au moment de renvoi, les visitent afin de s'assurer s'il ne s'y est produit aucune fente ; s'il y en a, on les bouche immédiatement et le tonneau est rempli de nouveau jusqu'aux bords avec de la saumure. On le laisse ainsi pendant dix jours, et au bout de ce temps, il est placé sur des sables et l'on fait écouler la saumure. En- suite, chaque tonneau reçoit à la place un nouveau char- gement de poissons jusqu'à ce qu'il soit rempli jusqu'aux bords : ces poissons supplémentaires sont pris dans les tonneaux mêmes, ce qui réduit le nombre de ces derniers de 20 à 25 Vo. L'établissement de salaison de Frasebourg marque le fond de chaque tonneau de son timbre et de différentes lettres auxquelles correspondent les significations siiivantes : F. (fiiUs), Hareng de mesure; F. M. (Médium fuUs), poissons n'ayant pas la longueur juste; S. F. (Small fulls), Hareng de petite mesure ; M. (Matties), petits poissons, S. M. (Small- matties), menus poissons. A l'époque de la forte pèche, la fabrique fonctionne nuit et jour sans aucune interruption, et comme ici, à la plus grande somme de travail correspond proportionnellement le plus fort salaire, tous les ouvriers sont actifs et gais, du commence- ment jusqu'à la fin de la saison. Bien que le travail demande une tension extrême des forces, on ne constate point de sur- menage. L'organisation du travail, fort bien entendue, laisse les tonneliers, les emballeurs et les autres ouvriers livrés à eux-mêmes et, à en juger par leur aspect indépendant et cou- rageux, ils s'en trouvent fort bien. LA SALAISON DES IIARFATtS EN ECOSSE. 27 L'administration se montre soucieuse des conditions hygié- niques où se trouvent placées les femmes qu'elle emploie. Elles travaillent dans une espèce de vaste baraque, d'ailleurs fort bien aménagée, pourvue du «onfort dont elles sont privées dans leurs cabanes du littoral de l'est, d'où elles arrivent à la fabrique. Souvent, une femme gagne jusqu'à 10 sliillings par jour. A la fin de la saison, "chacune a fait des économies qu'elle rapporte à son ménage. Les frais du transport de Frasebourg dans les ports de la mer Baltique : Stettin, Danzig, Konigsberg, Liban et Riga où le Hareng salé est exporté, sont de 1 shilling 3 pence à 1 sh. 9 p. par tonneau qui pèse plus de trois quintaux ; en re- vanche, pour envoyer le Hareng à Manchester, Birmingham et autres centres commerciaux de l'Angleterre, on paie 3 sh. par quintal et, en outre, 9 sh. par tonneau, ce qui entrave sérieusement le débit de ce côté. L'impôt sur le poisson vivant est encore plus élevé, ce qui constitue une lourde charge pour l'industrie du poisson et un obstacle pour son dévelop- pement progressif. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES Par Jules GRISâRD et Maximilien VANDEN-BERGHE. ( SUITE * ) CEDRELA FISSILIS Vell. Cedrela Brasiliensis A. Juss. Anglais : Acajou-wood. BiésW : Cedro hranco, Cedro vermelho, Cidrodo Brazil, Cedro da Bahia. Paraguay : Cedro blanco, Cedro macho, Cedro Colorado. République Argentine : Cedro macho, Cedrela, Cedro jaspeado, Tantalo. Grand arbre atteignant jusqu'à 30 mètres de hauteur sur un diamètre de 2-3 mètres, quelquelois plus, à feuilles pennées, composées de 9-12 paires de folioles, subsessiles, opposées, oblongues-lancéolées, glabres à la face supérieure, yelutino-tomenteuses en dessous. Originaire de l'Amérique méridionale, cette espèce croît au Brésil, au Paraguay et à la République Argentine où elle est surtout abondante dans les provinces des Missions. Son bois, léger, odorant, durable et facile à travailler, est excellent pour la menuiserie, la sculpture et l'ébénisterie ; entre autres usages, il sert à la fabrication des boites à ci- gares, ainsi que pour rames, lattes, etc. Les Brésiliens l'uti- lisent également pour leurs constructions civiles et navales. Sa densité varie de 0,505 à 0,658. Le tronc laisse exsuder une grande quantité de gomme et un peu de résine. Son écorce est employée pour la préparation des peaux. Les Cedro rosa et Mtata des Brésiliens ne sont vraisem- blablement que des variétés de cette espèce. (*) Voyez Revue, années 1891, note p. 542; 1892, !"■ semestre, note p. 583, et 2« semestre, noie p. 517. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 29 GEDRELA. ODORATA L. Gédrel odorant, Acajou femelle, Acajou à planches, Faux acajou, Cédra. Amérique espan;iiole : Calro. Anjçlais : Cédai-, Cuba cédai- "-ood, Bastard cedar, (Jigaf-hox-mood. AnliUes (colons) : Acajou ccdrel, Acajou amer. Acajou du pays. Cèdre de Cuba, Cèdre de la Barbade, Cèdre de la Jamaïque. Cuba : Cailcédra. Mexique : Caltcedra, Cedro de la Habana, Cedro macho. Véuézuéla ; Cedro amargo. Grand et bel arbre d'une hauteur de 20-25 mètres, sur mi diamètre variant entre 80 centimètres et 2 mètres et plus, à feuilles pennées, très longues, composées de 8-10 paires de folioles opposées, lancéolées, aiguës, entières, glabres. Originaire de l'Amérique méridionale, on le rencontre sur- tout aux Antilles, au Brésil, au Salvador, au Mexique, etc., dans les plaines et sur le versant des collines. D'une crois- sance plus rapide que l'Acajou à meubles, il est aussi moins délicat sur le choix du terrain, bien qu'il préfère un sol per- méable et léger, où il acquiert ses plus grandes dimensions vers la quarantième année ; à i)artir de ce moment il ne se développe plus que faiblement. L'aubier est peu épais ; le bois, de couleur rougeâtre ou très légèrement brun rougeâtre presque uniforme, est tendre, ]>oreux, très léger et d'une texture homogène. Ses vaisseaux, gros et ouverts, surtout vers les couches d'accroissement qui sont larges et apparentes, sont gorgés d'une matière rési- neuse brune ; les rayons médullaires sont nombreux et nette- ment marqués. Il ne se crevasse pas en séchant, se travaille aisément dans tous les sens, mais n'est guère susceptible d'être poli. Le seul défaut qu'on puisse lui reprocher, c'est de manquer un peu d'élasticité et de se briser assez facile- ment sous une pression peu considérable, au moins lorsqu'il est en planches minces. Son odeur aromatique et sa saveur amère, un i)eu poivrée, le rendent inattaquable par les in- sectes. En Amérique, le Cédrel est un des bois les plus esti- més et s'emploie à divers usages, suivant les localités où il est exploité. Au Brésil, il est recherché pour les construc- tions, au Venezuela pour l'ébénisterie et un grand nombre d'autres travaux industriels. Dans nos colonies, oii il atteint même toujours un prix assez élevé, l'Acajou à planches est l)lus particulièrement utilisé pour faire des embarcations très légères pouvant soutenir de lourdes charges sur l'eau et 30 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. pour bordages de navires ; on l'emploie également pour fabri- quer les caisses à sucre et la partie intérieure des meubles, parce que les termites ne peuvent le percer pour s'y intro- duire et attaquer les objets qui y sont enfermés, à cause du principe amer qu'il contient et qui est commun à presque tous les arbres du genre. C'est encore avec ce bois que l'on fait les boîtes à cigares qui nous viennent de Manille et de la Havane. L'Acajou femelle est peu importé en France, mais les Anglais en reçoivent de grandes quantités dont ils se ser- vent à une foule d'usages. On le trouve dans le commerce en billes de mêmes dimensions que l'Acajou de Honduras, mais d'un diamètre un peu plus faible. Sa densité moyenne est de 540. L'écorce, d'une odeur fétide et insupportable, passe pour fébrifuge et laisse écouler un suc gommo-résineux, de cou- leur rouge foncé, en partie soluble dans l'eau, qui sert à Cuba pour l'engommage des cbapeaux. Le fruit est une petite capsule ligneuse exhalant une odeur alliacée, désagréable, qui se communique à la chair des per- roquets qui s'en nourrissent. La variété Ceclro liemhra, de Cuba, ne diffère de l'espèce que par la couleur un peu plus foncée de son bois qui sert aux mêmes usages GEDRELA SINENSIS A. Juss. Ailanthus jlavescens Carr. Toona Sinensis Roem. Anglais : Cigar-hox-wood. Chine : Hii'nifi Un moti. Pc mou. Japon : Chianchin, Tchaiichin. Arbre forestier d'une hauteur de 15-20 mètres dont le tronc, recouvert d'une écorce rugueuse et exfoliée, atteint environ 1 mètre de diamètre ; feuilles imparipennées, à folioles ovales oblongues, acuminées, bordées de dents en scie, courtes et espacées, d'un vert sombre sur la face supé- rieure, plus pâles et glaucescentes en dessous. Originaire de la Chine, cette espèce est donnée, avec doute, par Franchet et Savatier, comme spontanée au Japon; elle a été introduite assez récemment au Muséum par les soins de MM. de Geofroy, alors Ministre de France à Pékin, et Eug. Simon, chargé d'une mission agricole. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 31 Son bois, appelé « Acajou de Chine », est ronge ou rou- geâtre et diffère peu, par ses qualités, du Cèdre de Singa- pooro [Cedrela Toona). Employé surtout pour la confection des boites à cigares, il est utilisé par les Japonais pour la fabrication de meubles, tables, chaussures de bois et autres objets d'économie domestique. Les diverses parties de cette plante possèdent une saveur rappelant celle de l'ail et de l'ognon, qui les fait entrer comme condiments dans la préparation de certains mets chinois. Le Cedrela Sinensis est un fort bel arbre, parfaitement rustique, dont nous recommandons la culture. CEDRELA TOONA RoxB. Cédrel rouge, Cèdre de Singapoore, Bois de Toon. Cedrela australis F. Muell. — febrifaga Forsten. Toona ciliata Roem. Australie 'colons) : Red Cedar. Benfiali, Hindoiislani et Tamoul : Toon, Tood. Birman : Th' it-lia- do . Bombay : Kooruk. Canara : Tunda. Javanais et Malais : Soerlicn-meira, Soeren-poeti. Sanscrit : T/'.nna, Toona, Koovemka, Cnvcraca. Tamoul : Malayapoo-toon-marum. Arbre magnifique, d'une hauteur de 50-GO mètres sur un diamètre moyen de 1 mètre, mais atteignant parfois jusqu'à 2 et 3 mètres. Feuilles imparipennées, à folioles nombreuses, ovales-lancéolées, acuminées, un peu dentelées, glauques sur la face supérieure, blanches ou blanchâtres en dessous. Originaire du Bengale et du Pégou, cette belle espèce est commune dans les jungles du Mysore et de Salem, au Népaul, au Sikkira et dans les monts Niighiris. On la rencontre aussi dans les régions montagneuses de Java, à Sumatra, aux Phi- lippines, aux Moluques, ainsi qu'en Australie dans la Nou- velle-Galles du Sud et le Queensland, oii elle croît dans les taillis, le long de la côte et quelquefois dans l'intérieur en s'étçndant à des distances considérables. Son bois, d'une belle teinte rouge ou rougeâtre, selon les provenances, fibreux, à grain fin, serré mais peu homogène, est flexible, facile à travailler et à polir, inattaquable par les termites et bon pour tous les travaux demandant de la lé- gèreté et une longue durée. Dans l'Inde, ce bois est particu- lièrement recherché pour la construction et la charpente. On 32 KEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. l'emploie beaucoup dans la menuiserie fine, Fébénisterie, le tour, la fabrication des pianos, etc. Les longues et fortes branches donnent, à leur intersection avec le tronc, de ma- gnifiques pièces ondulées offrant une grande analogie avec l'Acajou, très estimées pour les beaux placages. Les Malais se servent de cette espèce pour laire des caisses d'emballage, des panneaux de voitures, des poulies, des rouets, etc. Le bois de Toon constitue un article commercial important dans l'Australie et dans l'Inde, tant pour l'industrie locale que pour l'exportation ; il est connu dans le commerce indien sous le nom de Bois de Chittarjong. L'écorce, résineuse et astringente, est administrée avec succès dans les cas de dysenterie, après la période inflam- matoire, et dans les diarrhées causées par l'atonie des fibres musculaires. Dans l'Inde on l'emploie également en infusion, conjointement avec VAcorus calamus, dans les lièvres bi- lieuses et épidémiques graves. Cette écorce, associée aux graines pulvérisées du Cœsalpinia Bonduc, est considérée comme un bon fébrifuge. Elle est encore utilisée dans le tan- nage des cuirs auxquels elle communique une teinte pourprée. Les fleurs possèdent une odeur agréable de miel frais ; elles renferment une matière colorante jaune usitée dans la tein- tui'e des étoffes de coton écru, mais elle n'est pas très solide. Les naturels du Mysore produisent avec ces fleurs, mélangées à celles de carthame, une belle couleur rouge connue dans le pays sous le nom de Gidinary. CHLOROXYLON SWIETENIA DC. Bois satiné de l'Inde. Sioieûenia chloroxylon Roxb. Anfrlais : Satin-wood , Zantc-vjood, Cynpalais : Booroota-gass. Iluidouslani ; Be/ira. Tamoul : Mudtidad. Télen^'a : Billu, ■"o^ Arbre de grande taille, à feuilles abruptipennées, com- posées de folioles nombreuses, entières, insymétriques à la base, obtuses au sommet, originaire des régions monta- gneuses de l'Inde orientale. Son bois, d'une belle couleur jaune, prenant de magnifiques reflets soyeux et satinés lorsqu'il est poli, est lourd, dur, d'un grain serré et très fin. Il offre la plus grande ressemblance LES BUIS INDUSTRIELS INDIGENES ET EXOTIQUES. 33 avec le « Bois d'Hispanille », mais il est inodore et, d'après Guibourt, sa coupe perpendiculaire à l'axe présente, à la loupe, des lignes radiaires continues, très serrées, ne conte- nant généralement entre elles qu'une rangée de petits points blanchâtres, disposés par petits groupes interrompus. Très estimé des ébénistes, des tablettiers et des miroitiers euro- péens pour sa finesse et la beauté de sa nuance, ce bois n'est guère employé dans l'Inde que pour la confection d'instru- ments agricoles. Il est l'objet d'un conmierce assez important en Angleterre, d'où il est importé directement de rinde sous le nom de « East indian Salin- wood ou Yello\v Satin-wood » et, plus rarement, de Bois cV Atlas. L'écorce du tronc et des grosses branches laisse exsuder une oléo-résine aromatique, regardée comme tonique et anti- rhumatismale par les Hindous. Cette résine étant séchée, est souvent substituée au Dammar pour la fabrication des vernis. M. Ch. Naudin recommande la culture de cet arbre comme pouvant être d'un grand produit, mais là seulement où le climat et la nature du sol le rendraient possible : une tempé- rature de 18" étant le minimum de chaleur requise pour en assurer le succès. CHUKRASIA. TABULA.RIS A. Juss. Cèdre bâtard. Plagiotaxis chickrassia Wall. Svnetenia chickrassia Roxb. — trilocularis Dox. — villosa Wali,. Bengali : Chickrasi/, Chiikrassi. Cynpalais : Hoolanghik-riass. Tamoul : Aij.a'j marom, Pal-crouki-patW. Télenpa : Madagari vcmhu. Un dos plus beaux et des plus grands arbres de la i)énin- sule indienne, qui acquiert un développement extraordi- naire dans les terrains qui lui sont favorables ; branches très longues et très grosses s'étendant latéralement à une grande distance du tronc, mais très cassantes et peu ramifiées. Feuilles alternes, pennées, composées de 5-8 paires de folioles larges, ovales-oblongues, glabres et coriaces. Originaire de la Cochinchine, de iAIalacca et de l'Inde, cette espèce est surtout commune dans les forets du Malabar, du Concan et à Ceylan. 5 Janvier 1893. 3 34 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQL'ÉES. Son bois, d'une belle nuance rougeâtre assez yive, dur, lourd, d'une texture fine et serrée, est excellent pour toutes les constructions ; on le recherche également pour le tour, la menuiserie de luxe, la sculpture et l'ébénisterie , surtout comme placage. C'est d'ailleurs un des « Bois de Chittagong » du commerce anglais. Du tronc de cet arbre découle, ]tar les fissures et les cre- vasses qui se produisent naturellement dans l'écorce, un suc d'un brun rougeâtre qui se durcit à l'air et prend la consis- tance d'une gomme très foncée, semblable à celle du Butea frondosa. Son écorce, âpre, non amère mais fortement astringente, est utilisée dans l'Inde pour calmer les maux de dents et raf- fermir les gencives ; en Cochinchine, les médecins indigènes l'emploient comme antidiarrhéique. Les fleurs donnent une teinture jaune ou rouge. Le Chuhrasia velutina Rœm. (C. Nimmonii Graham. ; C. taljularis IIierx. ; Swietema velutina Wall.) est une espèce voisine croissant naturellement dans les forêts de la Cochinchine. Quoique de plus petites dimensions, le bois offre des qualités analogues à celui du C. tabiUaris et peut servir aux mêmes usages. DYSOXYLON BAILLONI Pieurk. Epichai'is Bailloni Pierre. Annamite : Saddii, Kmer ; SJau-phnô/ii. Grand et bel arbre forestier dont le tronc, droit, élancé, atteint une hauteur de L5-18 mètres sous branches, sur un diamètre de 1 mètre et plus. Feuilles alternes, composées de huit paires de folioles oblongues-acuminées, un peu ar- rondies au sommet, atténuées à la base, glabres et glandu- leuses, ponctuées en dessous. Assez rare en Cochinchine, cette espèce se rencontre assez abondamment au Cambodge, surtout dans les régions montagneuses. L'aubier est assez épais et plus pâle que le bois ; celui ci. de couleur rougeâtre ou brun rougeâtre, est odorant, dur et assez lourd ; son grain est fin et égal et ses fibres longues et droites. D'un travail facile, peu sujet à se fendre en séchant Les iiois IiNBustIiiels indI(;è>jes eî exotiques. 38 il se conserve bien partout et peut durer cinquante ans et plus dans les constructions à l'air. Excellent pour le tour et le cliarronnage, c'est un beau bois d'ébénisterie et de me- nuiserie fine. Les Annamites en font des coffrets, des boites à bétel, ainsi que des bahuts et des meubles, parce que les vêtements qu'on y enferme contractent en peu de temps une odeur légère mais agréable de santal. C'est encore une des essences recherchées par les indi- gènes de distinction, pour laire leurs cercueils qu'ils placent dans la partie la plus apparente de leur habitation. — Sa densité moyenne est de 0,790. DYSOXYLON LESSERTIANUM Benth. Di/soxijlon Ujugum Seem. Epicharis Lesserùiana C. DC Hartighsea Les&ertiaiia A. Juss. Trichilia quinquevalvis Pangh. et Sebek'j . Nouvelle-Calédonie (colons) : Bois moucheté. Arbre d'une hauteur de 10 mètres environ, à cime arrondie, légère et d'un beau vert, dont le tronc est recouvert d'une écorce mince, grisâtre, légèrement l'ugueuse, exhalant une odeur alliacée. Feuilles alternes, bipennées, composées de 2-4 paires de folioles opposées, ovales, aiguës aux deux extrémités. Indigène à la Nouvelle-Calédonie, cette espèice croit parti- culièrement sur les coteaux et dans les plaines des bords de la mer. Son bois, blanc ou jaunâtre, est d'une texture assez fine et serrée ; le cœur, de couleur rouge, se développant irréguliè- rement et englobant de grandes loupes jaunes, finit par en- vahir tout le bois qui est alors entièrement rouge et parsemé de nombreuses mouchetures ovales, qui produisent un effet très bizarre lorsque ce bois est verni. MM. Pancher et Sebert pensent que cette formation est due à une maladie i)articulière de l'arbre, la pourriture sèche commençant généralement à se montrer au moment de l'apparition des loupes. Le bois moucheté de la Nouvelle- Calédonie peut être utilisé avec avantage dans l'ébéni-sterie, notamment pour le placage. 36 REVUE LES SCIENCES NATURELLES ArPLIQUÉES. DYSOXYLON LOUREIRI Pierre. Spickaris Loureiri Pierre. Santalum album Lour. Anuamile : Hiiinh-dân, Hv.inh-diiOiig, Bach-dan, Grand arbre d'une hauteur de 30 mètres environ, dont le tronc, droit et rarement creux est recouvert d'une écorce blanchâtre on grisâtre. Feuilles alternes, composées de 14-20 folioles opposées ou subalternes, pétiolulées, oblongues, acu- minées ou cuspidées. Originaire de Tlndo-Chine et de la Malaisie, cette espèce est assez rare en Cochinchine quoique existant isolément dans toutes les Ibrêts, on la rencontre surtout dans la région de Song-Lu et à Nuy-Dinh, dans la province de Bien-hoa. Son bois, d'un jaune orangé clair, nn pen foncé et même quelquefois rougeâtre vers le centre, est parsemé de belles veines un peu ondulées. Ses rayons médullaires sont sinueux et très rapprochés, c'est-à-dire qu'on en compte quatre dans l'intervalle d'un millimètre. Ces rayons médullaires sont sé- parés par de larges ponctuations ou vaisseaux et des fibres ligneuses très longues. D'un grain serré et homogène, presque incorruptible, mais difficile à travailler et surtout à clouer, il subit aussi Finfluence des températures élevées et se fend lorsqu'il est employé avant sa parfaite dessiccation, aussi, faut-il avoir soin de le laisser vieillir deux ans après l'abatage avant de le débiter. C'est un bon bois d"ébénisterie et de menuiserie fine, dont le vernis rehausse encore agréa- blement le coloris. Les Annamites en font surtout des cer- cueils de luxe, des meubles, des incrustations, etc. Le bois des vieux arbres exhale une odeur assez prononcée de santal. Cette odeur, qui est presque nulle sans Taction du frottement ou du feu, est beaucoup plus accentuée dans les arbres où le cœur est d'une nuance plus foncée. Les indigènes en retirent aussi une huile essentielle, analogue à l'essence de santal, qu'ils utilisent fréquemment en médecine. Suivant 'M. Pierre, ce bois se trouve dans tous les bazars de 1 Indo-Chine sous forme d'éclats d'une épaisseur variable et longs de 15 à 30 centimètres. En cet état, il est brûlé comme parfum dans les temples pendant les cérémonies religieuses ; on l'emploie également à des préparations pharmaceutiques. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 37 FLINDERSIA AMBOINENSIS PoiR. Bois d'Amboine. Arhor radulifera Rumph. Amboine : Cajii Baroedan. Arbre élevé, à feuilles alternes, composées de 3-4 paires de folioles opposées, lancéolées, aiguës à la base, acuminées au sommet, originaire de Céram et d'Amboine. C'est peut-être à cet arbre, ou même aussi, et avec plus de certitude, aune espèce voisine non encore déterminée du genre FUndersia, qu'il faut attribuer l'origine du fameux Bois cV A m- boine qui nous vient des Moluques. Cette essence est une des plus rares et des plus chères que l'on connaisse, car son prix, qui valut à un moment le chiffre énorme de 4,000 francs les 100 kilogrammes, atteint encore de nos jours celui de 12 à 13 francs le kilogramme. Tel qu'on le trouve dans le commerce, le Bois d'Amboine est d'une belle couleur rouge assez semblable à celle de l'acajou ronceux, mais nuancée de veines fines rapprochées et très ondulées variant du blanc rosé au jaune orangé qui forment des dessins capricieux et enchevêtrés. D'un grain très fin, compact mais léger, ce bois est solide, liant et fa- cile à travailler avec de petits outils; c'est plutôt un bois de marqueterie et de tabletterie que d'ébénisterie propre- ment dite. Aussi, ne l'emploie-t-on guère qu'en placages très minces et en filets, pour ornements et incrustations de meubles de luxe, pianos, pendules, albums riches, etc., oi^i il produit un très bel effet, surtout lorsqu'il est encadré d'un filet d'ébène. A Birmingham, on fabrique avec le Bois d'Amboine un genre de tabatière de luxe dite « Tabatière anglaise ». Ce petit objet est presque toujours de bon goût, solide, mais d'un i)rix très élevé, tant à cause de la valeur du bois lui-même, que par les ornements d'or ou d'argent que l'on y adapte. Les loupes ou excrois-sances qui se développent sur le tronc constituent la partie la plus précieuse et la i)lus recherchée pour les travaux d'art; on la trouve dans le com- merce sous forme de feuilles de placage de très faible épais- seur. Malgré la finesse, la beauté et le coloris du Bois d'Amboine, nous rappelons que notre Orme commun produit quelquefois une variété de loupe frisée et soyeuse off'rant la plus grande 38 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ressemblance avec lui, et dont elle ne diffère que par une texture un peu moins fine et une densité un peu supérieure. Toutefois, faut-il encore ajouter que des yeux exercés peuvent seuls en saisir ces différences. FLINDERSIA AUSTRALIE R. Br. Anglais : Citlkedm-wood. Queensland : FUndosa, Basp pod. Un des plus beaux et des plus grands arbres forestiers de l'Australie, dont le tronc, revêtu d'une écorce écailleuse et rugueuse d'un brun sombre atteint 30-40 mètres de liauteur et souvent plus, sur un diamètre dépassant quelquefois 2 mètres à la base. Indigène dans la Nouvelle-Galles du Sud et au Queensland, cette espèce est très répandue dans les districts septentrio- naux sur le bord des cours d'eau. Son bois est dur et serré, fort et durable ; il se contracte peu en séchant et ne rouille pas le fer. Excellent pour char- pentes, traverses de chemins de fer, il est très estimé des colons et largement employé à divers usages, notanmient pour la tonnellerie. Toutefois, sa dureté et la difficulté qu'on éprouve à le scier, font qu'il est assez peu recherché des marchands de bois. Le F. australis, qui rivalise de grandeur et de beauté avec V Araucaria Cunningliarai, mériterait d'être introduit dans nos colonies intertropicales ; peut-être même réussirait-il, d'après M. Ch. Naudin, dans le nord de l'Afrique. Sa crois- sance est d'ailleurs assez rapide quand il est en bon sol et sous un climat favorable. FLINDERSIA FOURNIERI Paxch. et Sebert. Nouvelle-Calédonie : Mauoiic', Arbre de haute futaie, très élevé et d'un fort diamètre, dont le tronc est recouvert d'une écorce noirâtre, assez mince, finement fendillée. Feuilles alternes, paripennées, composées de 2 paires de folioles opposées, courtement pétiolulées, obovales-allongées, obtuses à la base, légèrement échancrées au sommet, coriaces, luisantes en dessus. Originaire de la Nouvelle-Calédonie, cette espèce est assez LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 39 commune dans les forêts élevées de la baie du Sud, où elle croit dans les sols ferrugineux. L'aubier est jaunâtre et d'une épaisseur assez grande; le bois, roiigeâtre, fibreux, à pores allongés, est solide, liant et facile à travailler; son grain est fin et lisse. D'une densité moj'enne et paraissant de bonne conservation, ce bois est susceptible d'être utilisé dans la construction, pour la char- pente et la menuiserie. Sa densité moyenne est de 0.751. Citons encore comme espèces intéressantes de l'Australie : Le Flindcrsia Bennettiana F. Muell. [F. anstralis F. MuELL.). Queensland : Bogum-Bogum. Grand arbre d'une hauteur moj'enne de 25 mètres, sur un diamètre de 60 centi- mètres environ , croissant naturellement au Queensland et dans la Nouvelle-Galles du Sud. Cette espèce, une des plus ornementales du genre par son port majestueux et la beauté de son feuillage, fournit un bois dont la valeur industrielle est la même que celle des autres Flindcrsia australiens. Le Flindersia Oxlcyana F. Muell. [Oxleyana xantlioxyla A. CuNN,). Queensland : LigM YcUow-u'OOd. Bel arbre d'une hauteur de 25 à 30 mètres, sur un diamètre de 1 mètre et plus, croissant dans la Nouvelle-Galles du Sud et au Queens- land, dans les taillis qui bordent la côte. Son bois, d'une belle couleur jaune clair, fort, durable et d'une texture fine, est ex- cellent pour la menuiserie d'art et, l'ébénisterie, surtout comme placage; ses qualités le font également emploj^er dans la cons- truction des embarcations et à une foule d'autres usages. Ce bois est connu dans le commerce anglais sous le nom de « Bois jaune de l'Australie » [Austrcdian Yellow-ivood). GUAREA TRIGHILIOIDES L. Gouaré. Guarea Auhletii k. Juss. — purgans A. St-Mil. — Sv-arlzii DC. — Hurinamensis Mio. Trichilia Guara Auhl. Antilles et Guyane : Bois lalle, Bois // balles. Pistolet, Bois piatolet, Bois rouge (le Haint-Domingue, Brésil : Jitô, Giltl. Colombie : Gnanco blanco, Mestizo. Cuba : Yamâo, Gouare. Jamaïque : Miislt-wood. République Argentine : Cdinboata, Pao de Sabao. 'N'énézuéla : Trompillo, Trompito. Arbre de 10 à 15 mètres de hauteur, à feuilles abrupti- /lO REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. pennées, composées de folioles ovales, elliptiques, acuminées, glabres, croissant naturellement aux Antilles, à la Guyane, au Brésil, à la République Argentine, en Colombie et au Venezuela. Son bois, de couleur ordinairement rouge ou rougeâtre, est d'une dureté et d'une densité plus ou moins grande, selon les conditions dans lesquelles l'arbre s'est développé. Ses fibres longues et droites lui donnent une assez grande élasticité et le rendent d'un travail lacile; inattaquable par les insectes à cause de la résine amère qu'il renferme dans ses vaisseaux, il est cependant d'une conservation médiocre et on ne le débite guère qu'en planches pour les travaux intérieurs^ Toutefois, celui qui provient du Brésil est considéré comme assez résis- tant pour être utilisé dans les constructions civiles et na- vales. A Cuba, il est surtout employé pour cadres de portes et fenêtres, palissades, pieux de clôture, etc. — Sa densité moyenne est de 0.500. Le nom vulgaire de c Bois balle » donné en Amérique à cet arbre, lui vient de la forme ronde de ses l'ruits ; on en rencontre également de pyriformes assez semblables à une petite toupie, d'où le nom de Trompillo qu'il porte au Venezuela. Le suc laiteux, amer, résineux et aussi vénéneux qui dé- coule de l'écorce de la racine du Guarea triclillioUes et autres espèces voisines, constitue un puissant purgatif, auquel Martius accorde une action spéciale et même abortive sur l'utérus. La décoction possède les mêmes propriétés émétiques, an- tlielmintiques et emménagogues, mais atténuées. L'écorce de la tige passe pour fébrifuge aux Antilles. Les feuilles ser- vent à l'alimentation des vaches et des chevaux et les fruits sont donnés aux porcs. Le Guarea Perroltcliana A. Juss. [G. Perj-oltclii Griseb.). Petit arbre à feuilles alternes, pennées, à folioles elliptiques, oblongues et glabres, qui porte également le nom vulgaire de c< Bois pistolet « à la Guadeloupe, fournit un bois à la fois dense et élastique, à odeur musquée, que l'on emploie dans la charpente et la menuiserie d'intérieur. Comme la i)lupart des arbres de cette famille, il renferme une résine amère qui le rend inattaquable par les Xylophages. Le suc de l'écorce est un purgatif et un violent émétique. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. -jl KHAYA SENEGALENSIS A. Juss. Gailcédra du Sénégal. Sv-ietenia Senegalensis Dksrouss. Anglais : Afrie.vi ou Ganibia Mahojany. Sénégal : Ctulcedi-a. (Yoloffs : Cail], Grand et bel arbre d'une hauteur de 25 à 35 mètres, sur un diamètre de 1 mètre environ et souvent plus, tronc recouvert d'une écorce assez épaisse d'un gris blanchâtre extérieure- ment, rougeâtre et fibreuse en dedans. Feuilles alternes, pai'i- pennées, composées de l'olioles opposées, ovales, oblongues, entières, ondulées, aiguës, coriaces. Originaire de la côte occidentale de l'ACrique, cette espèce est surtout commune dans les forêts voisines des rives de la Gambie. Son bois, de couleur rougeâtre, quelquefois rouge-brun, est lourd, dur et d'un grain serré; il se conserve bien dans l'eau en raison du principe résineux qu'il renferme, mais il se fend très facilement, si l'on n'a pas le soin de le laisser se dessécher lentement à l'ombre. Excellent pour la construction et la charpente, on s'en sert surtout, en Europe, pour l'ébé- nisterie, la menuiserie et la tabletterie. Le Caïlcédra offre une grande analogie avec l'acajou à meubles, mais dont il se dis- tingue par une dureté plus grande qui le rend même assez difhcile à travailler; de plus, il garde mal le poli et présente souvent une teinte vineuse peu agréable. Cette essence donne lieu à un commerce assez important au Sénégal, où on connaît deux variétés de bois. La plus estimée est celle qui se rap- proche le plus de l'acajou de Haïti. Ces bois nous arrivent en billes de fortes dimensions à peine dégrossies, sous les noms de « Bois de Caïlcédra, Acajou d'Afrique ou du Sénégal ». Quoique employé dans les mômes conditions que l'acajou des Antilles, il est beaucoup moins estimé. Les nègres en font des l)irogues solides et durables. Les indigènes de la côte d'Afrique substituent l'écorce du Caïlcédra au quinquina, mais comme tonique amer et astrin- gent, ce qui lui fait donner quelquefois le nom de Quinquina du Séncgal. Caventou a retiré de cette écorce une matière résinoïde, amère, neutre aux réactifs, la Callcédrine , consi- dérée comme le principe actif. Sa richesse en tanin fait égale- 42 UEVUE DES SCIENCES NATURELLES Al'PLlQUEES. ment reclierclier cette écorce poiu'le tannage des cuirs. Enfin, du tronc exsude une gomme douée de propriétés lebrifuges. Le Khaya anUioilieca C. DC. (Gcœretia antliotheca Welw) est une espèce voisine croissant dans les possessions portu- gaises de l'Afrique, où elle est désignée sous le nom de « Qui- baba de Mussengue ». Son bois, d'excellente qualité et de grandes dimensions, peut être utilisé ayantageuseraent dans la construction et autres genres de travaux. L'écorce de cette espèce passe pour posséder des propriétés éminemment fébri- fuges. LANSIUM DOMESTICUM Rumph. Lansium Javanicum Roem. Java : Lanseh, Langsep (var. : Biedjietan, Bicsictan). Malais : Boekne, Diihu. Soudanais (var. : Kokosan o\i Kohossan, Pidjictaii on Pissieian], Sumatra: Zniisjce. Arbre à feuilles alternes, imparipennées, à folioles oppo- sées, oblongues-elliptiques, à base aigué légèrement inégale, sommet terminé en pointe longue, entières, glabres. Originaire de l'archipel indien, cette espèce et ses variétés sont ordinairement cultivées comme des arbres fruitiers aux îles de la Sonde, ainsi qu'à Java et à Sumatra. Son bois, dur, fort et joli, sans être considéré comme bois d'œuvre proprement dit, est assez recherché des indigènes qui en font des mortiers et des pilons pour décortiquer le riz, des manches d'outils, des fourreaux de kriss, etc. L'écorce, finement pulvérisée, est employée en friction par les Malais pour adoucir la peau au sortir du bain. Le fruit est un petit drupe ovoïde, jaune, de la grosseur d'un œuf de pigeon, à péricarpe très amer, renfermant une pulpe transparente, d'un govit agréable, facile à digérer, d'une saveur plus ou moins acide, suivant les variétés. Avant matu- rité, la cliair de ce fruit contient un suc laiteux et amer qui teint les mains en noir. Une espèce indéterminée de ce genre, connue â Bangka sous le nom de Lansat oelan, donne un bois de bonne qualité employé dans la charpente. [A suivre.) II. CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE-MER. Création d'une chambre consultative d agriculture en Tunisie, Monsieur le Président, Alix termes d'un arrête de M. le Ministre Résident f;:('neral, en date du 19 mars 1892, dont vous avez déjà eu, sans doute, connaissance par la voie de la presse, il a été crée' en Tunisie une Chambre consul- tative d'agriculture, destinée à être la représentation directe, auprès du Gouvernement, des intérêts agricoles français dans la Régence. Cette Chamlire, composée de douze membres titulaires, élus par un collège électoral, comprenant tous les agriculteurs de la Colonie française, a procède récemment à la constitution de son bureau, et elle considère comme un de ses premiers devoirs d'en adresser la no- tification officielle à votre Société. Ainsi que l'indique son titre, la nouvelle Chambre a pour mission spéciale d'éclairer de ses lumières et de ses conseils le Gouvernement du Protectorat dans l'étude des diverses questions agricoles sur les- quelles il juge utile de la consulter. Mais là ne se borne pas son rôle. Aux termes de l'arrête' qui règle ses attributions, il lui appartient, on outre, de présenter, proprio motu, ses vues et ses appréciations per- sonnelles sur tous les points qui touchent plus ou moins directement aux intc'rôls de l'agriculture tunisienne et qui lui paraîtront de nature à éveiller rallentiou et la sollicitude du Gouvernement. En un mot, une large part d'initiative et d'autorité lui est réserve'c dans la pro'paration et la présentation des divers projets qu'il y aura lieu de soumettre à la sanction du Gouvernement. Enfin, il est de toute évidence que par le seul fait de son origine élective, la nouvelle Chambre devient l'organe et le défenseur naturel des inte'rôts agricoles de la colonie tout entière, et qu'elle aura qua- lité et autorité suffisantes pour faire parvenir et, au besoin, faire pré- valoir en haut lieu les vœux, les aspirations et les réclamations légi- times de la colonie agricole. Ce rôle constitue une lourde tache, et la Chambre consultative d'agriculture de Tunisie sent combien il est nécessaire que, pour la remplir, elle s'entoure de tous les e'iéments d'information et d'investi- gation. Ces éléments, elle ne saurait les trouver plus sûrement qu'auprès des nombreuses Socie'to's agricoles qui, tant en France qu'en Algérie et aux Colonies, jouissent d'une notoriété de savoir et d'expérience incontestée, et qui, par de sages conseils, des études approfondies et une longue suite de travaux, eu un mot, par un de'vouement iufali- 44 REVUE DES SCIENCES xNATURELLES APPLIQUÉES. gable, onl si puissammeul conlribuc au développement de la richesse agricole dans les différentes régions de noire pairie. C'est là, Monsieur le Président, une des considérations qui ont fait désirer à notre Chambre de se mettre en rapport immédiat avec la Sociélé à la têle de laquelle vous êtes placé, et à réclamer de son obligeance l'envoi non seulement de ses bulletins officiels, mais de tous les documents qui lui paraîtraient présenter quelque intérêt pour notre Compagnie. La Tunisie est aujourd'hui, on peut le dire, une terre française et aucune des questions qui touchent de près h son existence et à son avenir ne saurait rester indifférente aux yeux de tous ceux qui, soit en France, soit en Algérie, ont quelque souci du développement et do la prospérité de notre domaine colonial. C'est donc rendre un service signale à tous les habilants de la métropole que de leur faire connaître ce beau pays, de leur en de'voi- 1er les innombrables ressources, de les lenir au courant des progrès qui s'y réalisent chaque jour, et, en leur empruntant quelques-uns de leurs procédés de culture, de les associer ainsi de loin au succès de l'œuvre de colonisation entreprise dans celle partie de nos possessions africaines. C'est vous dire, Monsieur le Président, que la Chambre consuUativc d'agriculture de Tunisie se fera un devoir de vous communiquer régu- lièrement les bulletins et autres documents constatant la marche de ses travaux ; et qu'en outre elle se met entièrement à votre disposi- tion pour tous les rcnseignemenis que vous jugeriez utile de lui de- mander, tant au nom de votre Sociélé qu'au nom de tous ceux qui s'intéressent au développement et à l'avenir de la Tunisie française. Veuillez agréer, Monsieur le Président, les assurances de notre considération la plus distinguée. Tunis, le 14 novembre 1892. Le Secrétaire, Le Vice- Président, DUMONT. y^^ DE L'ESPINASSE-LaNGEUR. m. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Oiseaux qui peuvent se passer d'eau. — On a noie en première lifrne les Pélrels. Ces voiliers se'journent une grande partie de l'année en pleine mer; ce n'est qu'à l'époque de la reproduction ou après de violentes tempêtes qu'ils s'e'tablissent ou viennent se reposer sur les côtes. Or les Oiseaux ne font jamais usage de l'eau salée. Les Perroquets, à l'étal libre, boivent peu. Ils se contcnlcnl souvent de l'eau que contient leur nourriture essentiellement végétale et com- posée de fruits, de noix, de bulbes et de divers le'gumes. — Le re'- gime du Nestor de la Nouvelle-Zélande est maintenant différent, car ce Perroquet a pris la singulière habitude de fondre sur les troupeaux de Moutons pour se nourrir de leur graisse. Autrefois, l'espcce recher- chait les mômes aliments que les autres Psittacide's. On a vu des Per- roquets caplifs qui se sont passes longtemps d'eau. A Regenfs Park de Londres, on en observa un pendant plusieurs anne'es, qui ne bu- vait pas. On sait encore que les Autruches restent plus d'un mois sans prendre d'eau. Les Arabes affirment qu'elles n'en font jamais usage. De B. Nouvelle nourriture pour les Oiseaux insectivores. — Un collaborateur de la Monatsschvift indique un procédé nouveau qui remplacerait avanlagcusement les Vers de farine et les œufs de Four- mis. On se procure le corps de n'importe quel animal, un Renard, un Chai ou un Geai. On l'c^xpose quelque temps au soleil, aux atteintes des Mouches, surtout de la grande Mouche bleue de la viande [CalU- phora vomitoria L ) et de la Mouche métallique {Lucilia Cœ&ar L.). En- suite on le place sur une planche qui repose dans un récipient garni de terre le'gèrc ; quand les larves en sortiront pour se changer en pupcs (chrysalides), elles se trouveront enfermées. De cette façon, on peut obtenir des centaines, môme des centaines de milliers de pupcs que les Oiseaux de cage reclicrchent avidement. Les Mouches que l'on capture en masse dans les <■* verres à Mouches» oH'reul du danger cl ont parfois empoisonne des Oiseaux. Au contraire, les pupes dont nous parlons pourront être distribuées en toute se'curité. De s. Produits des alligators. — La peau de l'Alligator se paie cher, car cel animal devient rare. Une do'poullle en bon état vaut une di- zaine de dollars (52 fiancs). Ce cuir a l'immense avantage d'être absolument imperméable. De- puis peu, on fabrique avec les parties des pattes, oii les ongles sont attaches, des portefeuilles et des sacs à main. Quant aux dents, elles 46 lŒVUË DES SClKNGES NATURELLES APPLIQUÉES. sonL d'un ivoire excellent, et servent à faire des bijoux, des bre- loques, etc... Sous la mâchoire de l'animal, ou trouve des glandes d'où l'on retire du musc qui, s'il n'est pas de première qualité', est utilisé comme base pour la composition de certains parfums. De la graisse des Alligators on extrait une hailc : on croit même qu'elle pos- sède des qualités médicinales. G. Les Faucons messagers. — Un lieutenant russe, M. Smoïlolî, vient de roussir, paraît-il. à dresser des Faucons pour porter des de- pêches. Comparés aux Pigeons, ces Oiseaux présentent plusieurs avantages : le Pigeon peut franchir aisément 100 lieues avec une vi- tesse moyenne de 8 à 10 lieues par heure, en parcourant environ 1 ki- lomètre par minute. Le maximum de vitesse que l'on a note chez lui est de 15 lieues à l'heure, dans un espace de 15 heures de temps. Mais cette vitesse peut être considérée comme rare. Chez les Faucons, au contraire, elle est moyenne. Dans son intéressant volume la Faucon- nerie au moyen-âge et dans les temps mofhrnes, M. d'Aubusson en cite plusieurs exemples, entre autres celui d'un Faucon qui, envoyé des Canaries au duc de Lermp, en Espagne, revint de l'Andalousie à Téne'- riffe en IG heures, en parcourant 250 lieues. Il avait fait 15 lieues à Pheure. Ce même chiflfre peut être pris comme vitesse ordinaire chez les Rapaces. Nous rappelons que, dans la colombophilie, on se sert d'appareils de photographie microscopique qui pennetlenl de rc'unir sur une mince pellicule jusqu'à 500,000 dépêches, pesant ensemble à peine un demi- gramme, dont on charge un seul Pigeon. Ce procède' serait applicable aux Oiseaux de proie. 11 va sans dire que le Pigeon pourrait transporter un plus gros poids. Mais il est douteux que l'on arrive à le charger de plus de 1,600 grammes sans que son vol soit gêne ou considérable- ment ralenti. Or M. Smoïloff a tenté, avec succès, l'expérience sur les Faucons qui supportent aisément le poids de 4 livres russes, soit 1,G40 grammes; la rapidité de leur vol n'est point diminuée. A plusieurs égards, le Faucon prime le Pigeon voyageur. 11 ren- contre moins de dangers pendaut sa route et devient rarement victime d'un Rapace plus fort que lui. En outre, il supporte mieux les acci- dents atmosphériques. Avec les Faucons, on ne se heurte pas aux grandes difficultés qu'of- frent dans le même emploi les Hirondelles. En effet, la délicatesse de l'Hirondelle, les complications qui accompagnent son dressage, et sur- tout son service qui est nécessairement restreint aux régions dont la température est constamment tempérée, ne permettent pas de croire que son usage devienne un jour rationnel et général. Quant au dressage des Abeilles, leur utilité à cet égard n'est point démontrée. CUBONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 47 Les anciens ont dresse' encore un autre Oiseau : le Corbeau. D'après Ellien, Marrés roi d'Egypte, possédait une Corneille fort bien dressée qui portait 'promptement des lettres dans les directions qu'on lui indi- quait. Quand elle mourut, Marres fit élever un tombeau pour honorer sa mémoire. ^^ S. Fécondité de quelques Poissons de mer. — Dans VAimual Report of the Fisherij Board for Scotlaiid, le D'' Wem.yss Fullon cons- tate (pron a observé plus de cent exemples affirmant la grande fe'con- ditc des Poissons marins. On a évalué le nombre des œufs pour trente- neuf espèces déjà. Ce nombre varie beaucoup suivant la taille et l'âge des sujets. Mais, de tous les Poissons, la Lingue {Molva vulgaris) produit la plus grande quantité d'œufs ; pour les individus, moyens et grands, on en compte ordinairement de vingt à trente millions. La Lyre {Trlgla lyra) ne produit que quelques centaines d'œufs. Chez cette espèce, le mâle en prend soin et il les place dans une poche située vers sou abdomen. La Morue {Morrhua vulgaris) a de deux ou trois jusqu'à sept ou huit millions d'œufs. L'Eglefin {Gadus œgiefirius) en produit environ deux ou trois cent mille, môme un million. Le Merlan noir {Gadus virens) en a quatre, cinq, sept ou huit mil- lions. Chez le Hareng {Clupea harengus) leur nombre s'élève de vingt à cin- quante mille; sur seize sujets qui ont été examinés, la moyenne du nombre des œufs dépassait trente mille. Jusqu'ici, on n'admettait pas une pareille fe'condité cher, cette espèce. Le 'iurbot {Rhombiis maximus) est aussi très fécond. Il produit de- puis trois ou quatre jusqu'à neuf ou dix millions d'œufs. Moins productive est la Limande [Pleuronectes limauda) qui pond de trente à soixante mille œufs. Proportionnellement à sa taille le Flet commun [Pleuronectes flesus) produit plus que tous les autres ; le nombre de ses œufs est de cinq cent mille ou un million et demi. La Sole {Solea vulgaris) est très productive, mais, comme pour beau- coup d'autres espèces, on n'a pas encore évalué la quantité de ses œufs. 1>K ^^ Sebastichtys menalops [Black bass). — Dans le nord de l'Alle- magne, on revient de l'enthousiasme sur racclimatation de ce Pois- son d'Amérique. On a reconnu qu'il était d'une grande voracité et dangereux pour les autres espèces. En outre, sa chair n'est guère fine. Ses seuls avantages sont la facilité de sa culture et l'amuse- ment de sa poche par le harpon. G. 48 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Œufs de Crocodile. — L'explorateur Vôltzkow découvrit sur les rives du Wagogona de véritables nids de Crocodiles. Les plantes étaient arrachées sur une longueur de plusieurs pas et les œufs se trou- vaient déposés dans quatre creux distants les uns des autres. L'anima ^ fait plusieurs pontes successives chaque jour dans un trou différent. Deux mois plus lard, c'est-à-dire à l'entrée de la période des grandes pluies, les œufs sont c'clos. On sait que le Crocodile se reproduit une fois dans l'année, vers la fin de janvier ou au commencement de fe'vrier. Ses œufs ont une co- quille e'paissc et dure, de forme ovale; ils mesurent sur leurs axes environ 8 cenlimèlres sur 5. les indigènes les récollent pour les vendre comme curiosité' aux vojageurs. On a bien affirmé qu'ils entrent parfois dans l'alimenla- tiou des peuplades, mais jusqu'ici ce renseignement n'a pas été confirmé. De S. Champagne russe. — Ouverte eu 1890, la fabrique de Cham- pagne d'Odessa a préparé, en 1891, 250,000 bouteilles de vin de Champagne sous le nom d' <( Excelsicr », d'une valeur de 500,000 roubles. Elle a employé à celte fabrication 34,000 ve'dros de vin de Bessarabie. Elle occupe 53 ouvriers dont les salaires varient de 80 copecks h 1 rouble. Les bénéfices se sont élevés à 49,729 r. 90. dont 40,000 ont été distribués eu dividende aux actionnaires, soit 10 % par action de 100 roubles. E. Pingaud, Consul de France. Une nouvelle variété de Canne à sucre. — Le. Keiv Bul- letin nous fait connaître une nouvelle varie'te' de Canne à sucre, que l'on aurait découverte dans le Haut-Niger (Afrique centrale). Il la de'crit comme une variété gigantesque, ayant une grande richesse saccharine et ses semis, bien développés, permettent de la reproduire facilement. On croit, cependant, que ce végétal n'est pas du tout une Canne à sucre, mais bien le Sorglium vulgare de la Guinée, que l'on trouve partoiit en Afrique et qui produit un sirop très utile dont on essaie déjà, depuis quelque temps, aux États-Unis, à tirer du sucre en grains. Si celle plante a des mérites particuliers, nous y revien- drons; mais, pour le moment, elle ne présente aucun intérêt pour le planteur des tropiques. D"" M. d'E. Le Gérant : Jules Gmsard. I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ. LES LEPORIDES ET LA NOTION DE L'ESPÈCE Par m. Remy SAINT-LOUP. (suite et fin *) A première vue, entre un squelette de lièvre et un squelette de lapin, nous constatons une différence de taille. Toutefois cette dissemblance n'est intéressante que définie par les mensurations qui permettent de mettre en relief, non seule- ment la longueur absolue d'un fémur de lièvre et la longueur absolue d'un fémur de lapin, mais les dimensions de ces os relativement au squelette de l'animal ou à une autre pièce du même squelette. La comparaison des dimensions absolues est, en elïét, influencée par les conditions d'âge et de race et donnerait des résultats moins clairs et moins précis sans l'étude des proportions. Ainsi nous trouvons, par exemple : FÉMUR. TÊTE. HUMÉRUS. Liùvrp 125 89 93 — 122 9(5 100 — 120 94 98 Garenne 80 TS 60 — •79 ^9 59 Lapin domestique 90 90 "75 — — 95 94 70 — — 92 94 12 — — 91 93 72 Ldporide Y 70 70 52 — / 80 81 62 — 1888(1: 91 91 68 (♦) Voyez plus haut, page 1, Pour éliminer les discussions de nomenclature, je ferai remarquer que le terme « fosse palatine • peut corresponJre au terme • fosse nasale • de certains anatomistes, et que le larme t fosse intermaxillaire i pourrait être remplacé par « trou incisif liypertrophié ». (1) Nous avons reporté ici les dimensions du Léporidc 18S8 dont il sera ques- tion plus loin, ce rapprochement ayant pour but de faciliter la comparaison des nombres. 20 Janvier 1893. i 50 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Or, nous pouvons exprimer de la manière suivante les ré- sultats obtenus, résultats qui sont d'ailleurs inscrits par les mesures relevées : Lapin : La longueur de l'humérus est toujours moindre que la longueur de la tète, prise de l'extrémité pos- térieure de l'occipital à l'extrémité antérieure des os incisifs. Lièvre : La longueur de l'iiumérus est toujours supérieure à celle de la tête. Lapin : La longueur du fémur est très voisine de celle de la tète avec une différence qui est quelquefois de 1 ou 2 millimètres en faveur de la tète. Le rapport est sen- siblement 1. Lièvre : La longueur du fémur est de beaucoup supérieure à celle de la tète. Le rapport est, en moyenne, 1,33, soit A en plus. La colonne vertébrale est aussi plus courte chez le lapin que chez le lièvre et, d'une manière générale, tous les os de lapin sont relativement plus courts et plus gros que leurs homologues chez le lièvre. Nous avions déjà pu remarquer un rapport semblable en comparant, dans les deux types, la lon- gueur des pariétaux et des frontaux. Comme déjà nous l'avons fait lorsqu'il s'est agi de l'étude du crâne, retenons ici, parmi les difïérences notées, celle qui est la plus marquée, savoir : la longueur du fémur comparée à celle de la tète est, chez le lièvre, supérieure du tiers ou environ du tiers ; cette même longueur est, chez le lapin, sensiblement égale à celle de la tète ; et examinons le squelette du Léporide. Chez l'échantillon Y, Léporide âgé de deux mois, la lon- gueur du fémur, 70"^"\ est égale à celle de la tète. Nous se- rions donc conduits, par ce fait, à ranger l'animal dans le type lapin. Mais il faut ici apporter une restriction à cause de l'âge de l'animal, les membres n'ajant pas encore atteint leur dé- veloppement et le calcul de leur longueur à l'état adulte n'étant pas possible. L'échantillon Z a présenté des longueurs de fémur si voi- sines de celles de la tète que son classement dans le type lapin ne fait, à ce point de vue, aucun doute. LES LÉPORIDES ET LA XOTIOX DE L'ESPÈCE. SI Quant à récliantillon X, je n'ai eu en ma possession que la tète (1). Les autres caractères tirés de l'étude du squelette du Lépo- ride et analogues à ceux que nous avons notés pour les types lapin et lièvre, rentrent aussi dans le type lapin. Jusqu'ici toutes les remarques que nous avons pu faire sont de nature à faire rejeter l'authenticité des Léporides exami- nés. Mais nous avons voulu pousser plus loin l'examen et. procéder â la comparaison des viscères. L'aspect du tube digestif est le même chez le lièvre et chez le lapin. Les mesures montrent principalement que le cœcum est la portion du tube digestif qui mérite d'être comparée. Nous trouvons, en effet, par exemple : Lièvre : Intestin grêle mesuré du pylore à l'ampoule du cœcum, après dissociation des attaches mésentériques 3"», 76 Cœcum mesuré de l'ampoule â l'extrémité . fermée 0"',62 Intestin terminal mesuré de l'ampoule à l'ouverture anale l'",72 Garenne : Intestin grêle 3"', 56 Cœcum 0»>,36 Intestin terminal 0'",96 Lapin domestique : Intestin grêle 3'",'70 Cœcum 0"',40 Intestin terminal l'",50 LÉPORIDE : Intestin grêle 3'», '20 Cœcum 0'" ,42 Intestin terminal 1"",30 Il ré'^ulte de ces mensurations que les dimensions du tube digestif du Léporide sont comprises entre celles du lapin de ga- (I) Ud quatrième échantillon que j"ai pu mesurer tout récemment a présenté aussi des longueurs égales pour la lèlc et le fémur. 52 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. renne et celles du lapin de choux. Ce qui distingue le mieux le lièvre et le lapin est la dimension du cœcum notablement plus grand chez le premier. L'autopsie pratiquée par Owen prend en même temps, à notre avis, une signification plus précise. Owen a trouvé, en effet, « l'intestin grêle comme chez le lièvre », et nous voyons que l'intestin grêle est de même chez le garenne et le lapin de choux; il a trouvé le cœcum court, c'est un caractère du lapin, et le gros intestin dont il parle dépasse la dimension ordinaire du gros intestin de lièvre, mais se rencontre aussi chez le lapin de choux. L'animal d'Owen n'était donc pas plus un Léporide que ceux dont il est ques- tion ici et qui rentrent encore, par l'étude des viscères, dans le type lapin. Si maintenant nous passons à l'examen du cœur et des vaisseaux aortiques à leur naissance, nous remarquons : Chez le lièvre, d'une manière générale, les deux carotides naissent très proches l'une de l'autre sur le tronc brachio- céphalique droit. L'artère brachiale avec les deux carotides l'orme [Fig. Li) une fourche à trois branches dont le manche est représenté par l'artère brachio-céphaliqne qui, chez les sujets adultes, est simple sur une longueur d'environ 8 millim. Chez le lapin, la carotide gauche est plus rapprochée de la crosse aortique et de la brachiale gauche [Fig. Le-Lg). On peut donc distinguer un tronc brachio-céphalique primitif qui donne naissance à la carotide gauche, puis un tronc bra- chio-céphalique droit qui donne naissance à la carotide droite. Ces dispositions s'accentuent encore chez le lapin domes- tique, et nous trouvons chez le Léporide la disposition du type garenne et du lapin domestique [Fig.Le-Lg)et [Fig. Le). On peut discuter la valeur des caractères tirés de l'examen des origines aortiques à cause des anomalies fréquentes qui se présentent dans une même espèce, mais à titre accessoire ces observations ne sont pas négligeables, quand surtout elles conduisent à des conclusions de même sens que les précé- dentes. Dans tous les cas, l'examen des origines aortiques pratiqué exclusivement ne suffirait pas pour décider qu'un animal à forme Léporide (1) est issu du lièvre. (1) On remarquera que dans loulc celle dissertation j'ai accepté le terme Léporide pour désigner Thybride et pour me conformer à l'usage, mais j'avoue que ce terme est mauvais et qu"il s'applique ea zoologie à un groupe d'a- nimaux. LES LÉPORIDES ET LA NOTIOX DE L'ESPÈCE. 53 De toutes ces remarques, de celles aussi qui concernent les .organes de la yie de relation, il ressort que les animaux qui nous ont été présentés comme des Léporides ont : 1° aussi hien par Vaspect extérieur que pour la siruclure interne semblables au lapin ; 2" qu'il nous a été impossible de dé- couvrir, dans leur organisme, aucune trace des caractères distinct!' fs appartenant an lièvre. En d'autres termes, au point de vue anatomique, ces ani- maux sont des lapins et pas autre cliose. A un point de yue plus général, au point de vue biologique, cette conclusion négative n'est pas exempte de critiques. Nous avons dit au commencement, que les trois cas prévus et formulés pour un exposé plus net de la méthode de re- cherche, souffraient des restrictions; il faut, en toute impar- tialité et pour ne pas établir sans appel la négation de l'au- thenticité des animaux soumis à l'enquête par un éleveur qui parait absolument honorable et sincère, fournir spontané- ment, après le réquisitoire, les arguments de la défense. Nous sommes partis de ce principe que le lièvre et le lapin sont deux espèces différentes; nous avons admis, avec les observateurs, les savants les plus autorisés, que les hybrides présentent des caractères appartenant aux deux types créa- teurs. Si la seconde de ces propositions s'impose parce (ju'elle résulte des faits de l'expérience, la première soufïVe contes- tation, malgré les naturalistes classificateurs, malgré aussi l'opinion de Broca qui, dans ces questions, s'est bien sou- vent laissé entraîner par le parti pris. La distinction spéci- fique zoologique est toujours conventionnelle; à part les types éloignés, comme la tortue et le tatou, le cheval et le rat, la distinction est souvent une question d'appréciation person- nelle sans critérium défini et absolu. On peut éclaircir un cas douteux en concluant à l'identité spécifique, on ne peut ja- mais, dans un cas semblable, conclure à la séparation ; la no- tion vraie, la notion philosophique de la distinction spécifique n'a de sanction que dans le fait de la séparation d'origine. Si, remontant à travers les âges, nous i)ouvions prouver que les premiers ancêtres du lièvre et les premiers ancêtres du lapin ont été créés séparément de toutes pièces, nous dirions avec exactitude qu'ils sont d'espèces difierentes, autrement non, puisque le seul argument sérieux contradictoire serait tiré de leur anti[)athie physiologique, et que cette antipathie est pré- 54 REVUE DES SCIENCES NATUUELLES APPLIQUÉES. Gisement discutée. Les arguments tirés de la zoologie systé- matique sont ici très iaibles, car on pourrait répondre à ceux- qui séparent spécifiquement lièvre et lapin en raison de leur hostilité réciproque, qu'il arrive de rencontrer des cochons d'Inde de variétés difïérentes absolument hostiles; à ceux qui auraient à Taire valoir un des arguments de Broca, « les oreilles du lièvre sont plus longues que celles du lapin », nous indiquerions une visite dans une exposition agricole quel- conque ; à ceux enfin qui invoqueraient les caractères anato- mlques mis en relief dans l'étude actuelle, il suffirait de faire remarquer que dans l'espèce galline la poule de Houdan ou la poule dite de Padoue, ont la boite crânienne si différente de la boite crânienne d'une poule de Bresse ou de Cocliinchine, que la distinction anatomique ne fait pas de doute. Pourtant il ne s'agit là que de deux races et non de deux espèces. Si, par conséquent, en dehors de toute notion des expé- riences physiologiques, la distinction espèce lièvre, espèce lapin ne s'impose pas, nous pouvons accepter l'hypothèse que nous sommes en présence de deux races, et alors les conclusions anatomiques cessent d'être décisives. Je dis, en dehors des expériences de croisement, car dans le cas actuel que prouvent-elles ? Les unes, celles d'Amo- retti, celles dont parle M. Gleichen, celles dont parle Richard Thursfield, Owen, John Bachman, les essais de M. Roux con- firmés par Broca, les expériences de M. Gayot sont affirma- tives, les autres, celles de Buffon, celles qui furent plus tard exécutées au Jardin d'Acclimatation du Bois de Boulogne avec une persistance digne d'éloges, celles de MM. Milne- Edwards et Huet au Muséum sont négatives (1). Il n'y a rien à conclure de tous ces résultats contradictoires parce que l'enquête sérieuse est absolument inabordable matériellement et surtout moralement. P^xaminons seulement, pour préciser les données du problème actuel, ce que dit M. Lamy, l'expé- rimentateur en cause, l'agronome distingué auquel nous devons non seulement les animaux étudiés mais encore de nombreux renseignements. En résumé, M. Lamy dit ceci : « J'affirme que mes Léporides sont nés d'une lapine isolée dès son jeune âge et accouplée à un lièvre pris dans les bois, (I) Une tentative prolongée depuis une dizaine d'années dans d'excellentes coudiiions et dont M. Sauvinet, assistant au Muséum, a pu suivre les phases, est également restée sans succès. LES LÉPORIDES ET LA NOTION DE L'ESPÈCE. 55 que les produits de cette première union ont été accouplés entre eux, et que ces produits ou leurs descendants absolu- ment indemnes de toute nouvelle adjonction de sang de lièvre ou de sang de lapin, se propagent chez moi depuis plusieurs années. » Je dois dire par parenthèse que M. Lamy n'a pas réuni dans ses clapiers le lièvre et la lapine, il a reçu en pi'ésent ou acheté les Léporides nés de cette union que, pour un instant, nous allons admettre. Si le lièvre et le lapin sont deux races différentes, il peut très bien y avoir eu dans la constitution des métis prédominance de l'influence de la lapine ; un certain nombre de faits relatés dans l'histoire du métissage permettent d'accepter cette hypothèse. Or, M. Lamy était absolument incapable d'établir parmi ses Léporides une sélection ayant pour effet d'exclure les animaux à fosse pa- latine étroite, et l'influence du type lapin a très bien pu devenir presque exclusive chez les animaux de deuxième ou troisième génération ; les animaux que j'ai disséqués sont de ces générations. Comment écarter cette hypothèse en vertu de laquelle l'union féconde ayant eu lieu lors du croisement, les Lépo- rides examinés auraient cependant l'aspect et la structure du Lapin ? En examinant les métis de première génération et en découvrant parmi eux un échantillon du type lièvre, car dans l'union de deux races, si certains individus peuvent avoir les caractères de la race du maie, d'autres doivent avoir ceux de la race de la femelle. J'ai donc demandé à M. Lamy un Léporide de première génération, et le seul indi- vidu encore existant m'a été envoyé. M. Lamy a demandé que le jugement définitif fût prononcé d'après l'étude de cet échantillon, et j'ai accepté très volontiers cette manière de clore la discussion. Or, le Léporide de première génération a présenté comme les autres une fosse palatine étroite et une fosse intermaxil- lairo sensiblement plus large. 4,5 millimètres pour la pre- mière, 9 pour la seconde. Le fémur était de même longueur que la tête, 91 milli- mètres. L'humérus, 68 millimètres. Les origines aortiques étaient disposées comme chez le lapin de garenne, le cœcum d'une longueur de 42 centimètres est semblable à celui du Lapin. o a a. o •-s D B •T3 CD' O 03 LES LÉPORIDES ET LA NOTION DE L'ESPÈCE. 57 Quant aux caractères extérieurs pelage, forme, allure, ils étaient de nature à ne soulever le doute qu'avec une extrême bonne volonté. Bref, cet échantillon, comme tous les autres, rentre dans le type lapin, il n'est pas possible d'y constater de traces du type lièvre, et aussi bien dans l'hypothèse de la distinction spécifique des deux types que dans l'hypothèse de leur distinction à titre de races, nous ne pouvons considérer les Léporides de M. Lamy comme autre chose que des lapins. Si je devais leur attribrier une origine en raison de particu- larités secondaires, je dirais qu'ils semblent provenir du croi- sement de lapins de garenne avec une race domestique assez volumineuse et d'un pelage souple. Ils sont une fort belle race, plus agréable au goût que le lapin de choux ; la chair est semblable pour la couleur à celle da lapin de garenne. Le régime alimentaire et les soins d'hygiène et de propreté évitent l'odeur désagréable du clapier, mais toutes ces qua- lités, qui ont certainement une grande valeur au point de vue pratique, ne sont pas suffisantes pour modifier les conclu- sions de l'analyse scientifique. Les faits exposés ici pourront servir de guide pour de nouveaux examens, et les Léporides à venir seront classés sans qu'il soit besoin du travail préliminaire que j'ai dû faire pour établir les bases de la comparaison. Les éleveurs pourront eux-mêmes, en suivant cette méthode, se rendre compte de l'identité des animaux qui leur seraient offerts comme des Léporides. C'est là le résultat le plus positif de cette courte dissertation; car, relativement à la notion de l'espèce, l'authenticité rejetée ou prouvée du Léporide n'a- joute aucune solution aux problèmes du transformisme. Il est intéressant de rappeler que des distinctions s})écifiques créées par les zoologistes avec leurs définitions et leurs ap- préciations, n'ont pas une valeur absolue et peuvent être niées par les physiologistes avec d'autres définitions et des expériences; mais rien n'est venu montrer que des types ani- maux que zoologistes et physiologistes eussent, d'un commun accord, considérés comme de même espèce, il y a deux ou trois mille ans, soient aujourd'hui représentés par des desccnchuits d'espèces différentes. Vax d'autres termes, si d'un mariage de deux lapins, nous pouvions obtenir des lièvres et des lapins aussi peu sympathiques les uns aux autres qu'ils semblent jusqu'ici se montrer, l'idée de l'espèce prendrait de la préci- 58 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. sion, et le transformisme aurait une belle démonstration de ses théories. Je m'empresse d'ajouter que je ne suis pas le premier à' poser le problème sous cette forme, mais il ne me paraît pas inutile de répéter ce qui est bien pensé. La question des Léporides de M. Lamy une fois tranchée et avec une conclusion plus catégorique que celle fournie par M. Sanson(l), pour les Léporides de M. Gayot, il reste ce- pendant une forme d'interrogation à signaler. Nous avons disséqué quatre Léporides. Les trois premiers, de troisième ou quatrième génération, sont exclusivement du type lapin, le quatrième, de première génération, est encore exclusivement du type lapin et, comme je l'ai déjà dit, M. Lamy a déclaré accepter les conclusions à formuler après examen de ce quatrième échantillon. La question qui se pose est celle-ci : « Dans le croisement de deux races, peut-il ar- river que les descendants aient exclusivement les caractères d'un des types croisés au moins pendant une série de géné- rations ? » Les exemples classiques, ceux qui sont le résultat des expériences de I. GeofFroy-Saint-Hilaire, de Flourens permettent de répondre négativement, mais si l'on admet que le mélange des caractères spécifiques ne s'accomplit pas suivant des règles fixes, et ceci en vertu de faits d'expérience, il n'est pas permis de rejeter absolument la question pré- cédente. C'est pour cette raison que je prie M. Lamy de croiser avec le lièvre les animaux qu'il regarde comme des Léporides, car l'aptitude des Léporides à prendre dans ce croisement, les caractères du lièvre parait a priori devoir être plus grande que celle des Lapins pur sang. L'expérience serait entière- ment intéressante, elle mérite d'être faite, car du même coup M. Lamy nous obligerait à revenir sur notre jugement ac- tuel, et démontrerait un fait encore ignoré dans l'histoire des phénomènes biologiques. Il serait prématuré de commenter une pareille démonstra- tion ; en attendant, nous sommes obligés, à moins de mépri- ser toute science acquise et toute méthode, de nier l'existence des Léporides. J'avoue, s'il m'est permis de donner mon opinion person- nelle, que c'est à regret que je nie, car je ne trouve qu'une ex- (1) Sanson, Ann. Se. nat., 1871-1 872, t. XV. LES LEPORIDES ET LA NOTION DE L'ESPÈCE. 59 plication à l'antipathie physiologique du lièvre et du lapin ; leur incompatibilité d'humeur, et la formule est prise dans toute son acception, serait en rapport avec leur différence d'odeur spécifique. La nature des sécrétions glandulaires et spéciale- ment des glandes odoriférantes diffère, et ces propriétés, qu'en chimie on appellerait organoleptiques, sont sans doute en rapport avec la qualité des humeurs des animaux. Parler des humeurs dans ce sens, c'est ressusciter un vieux mot fort à la mode dans la médecine des siècles qui précèdent le nôtre, mais qu'il faut employer ici, puisque nous n'en avons pas de meilleur. En quelle manière, par les propriétés chi- miques de leurs humeurs, des animaux en apparence sem- blables s'éloignent-ils les uns des autres, en quel principe de l'humeur réside la cause indéterminée, différentielle? Ce sont là des inconnues du problème de la formation des espèces. Il semblerait que ces notions obscures, appuyées cependant sur l'observation doivent trouver des éclaircissements par les sciences bactériologiques. L'étude de l'inoculation d'un même microbe dans des mi- lieux vivants, dans des humeurs différentes, ne montre-t-elle pas les réactions spéciales de ces humeurs, et ne serons- nous pas conduits à accepter, dans la suite, une définition de l'espèce comprenant la différenciation spécifique des humeurs . M. le professeur Chauveau a montré qu'un microbe patho- gène ne produit pas les mêmes effets sur le mouton d'Algérie et sur le mouton de France ; il y aurait donc là deux hu- meurs différentes dans une même espèce animale, et à plus forte raison serions-nous conduits à admettre des différences plus accentuées chez des animaux d'espèces différentes. Il n'y a dans cette digression au sujet des Léporides que l'es- quisse d'une idée, qui comporterait déjà et sans autres don- nées que les faits acquis de sérieux développements; mais nous ne présentons ici ces hypothèses que pour bien montrer en regard de la science faite qui détermine l'opinion sur l'é- tude d'une question, l'éventualité de données nouvelles ca- pables d'élargir les motifs de discussion. LA CHASSE AUX PETITS OISEAUX Par m. le baron d'HAMONVILLE. Vœu du Conseil général de Meurthe-et-Moselle. La petite chasse, ou tendue aux raquettes destinée à prendre les petits oiseaux en septembre et octobre, est pra- tiquée dans notre ancienne province de Lorraine depuis un temps immémorial; il faut donc lutter contre de vieilles ha- bitudes, passées dans les mœurs, pour arriver à modifier ce déplorable état des choses. Toutefois, l'opinion publique commence à s'émouvoir gran- dement de la disparition graduelle des petits oiseaux, de l'augmentation des insectes nuisibles, et demande que des mesures sérieuses soient prises pour remédier à ce fléau qui devient de jour en jour plus menaçant. Le Conseil général de Meurthe-et-Moselle s'est ému à son tour et vient tout récemment d'émettre à ce sujet un vœu fortement motivé. Chargé, comme rapporteur de la Commission d'agriculture et des beaux-arts, de traiter la question et de présenter au Conseil général des conclusions conformes, j'ai été assez heureux pour les voir adoptées unanimement. La question ayant un intérêt général et les conclusions de la commission étant seules reproduites intégralement dans notre Recueil administratif qui n'a, d'ailleurs, aucune publi- cité, d'accord avec notre honorable président, M. A. GeofFroy- Saint-Hilaire, j'ai cru utile de mettre sous les yeux des lec- teurs de la Revue des Sciences naturelles appliquées la délibération du Conseil général de Meurthe-et-Moselle. Aidé par mes notes et mes souvenirs, j'ai pu reconstituer à peu près complètement mon plaidoyer en faveur des petits oiseaux. En outre, j'ai pensé bien faire en reproduisant toute la délibération et en lui laissant autant que possible sa physio- nomie propre. LA CHASSl-; AUX PETITS OISEAUX. 61 SÉANCE DU 25 AOUT 1892. Le Président. — La parole est à M. d'Hamonville, rappor- teur de la Commission d'agriculture, pour les vœux des Con- seils d'arrondissement. M. d'Hamonville. — Les vœux de nos Conseils d'arrondis- sejnent, demandant la suppression de la petite chasse, sont rédigés de diverses manières ; nous les ramènerons à une for- mule unique dont la Commission vous propose l'adoption; mais en raison du renouvellement périodique de cette ques- tion, elle m'a chargé de la traiter à fond, afin d'arriver à des résolutions nettes qui nous éviteront, pour l'avenir, des dis- cussions nouvelles et nous procureront en somme une écono- mie de temps. Vous savez tous, Messieurs, que des plaintes s'élèvent de tous côtés sur la disparition des petits oiseaux dont les Con- seils d'arrondissement, comme les comices agricoles, recon- naissent l'utilité ; aussi, demandent-ils unanimement la sup- pression de la petite chasse. Les journaux des diverses opi- nions, les revues scientifiques et autres, tout comme les simples particuliers, s'inquiètent de la diminution de ces pe- tits êtres, et de l'augmentation des insectes nuisibles. Cet état d'opinion vous indique clairement l'importance de cette question au point de vue agricole, et vous fait un devoir de l'étudier sans parti pris, et d'une façon complète. Il y a vingt ans, dans cette même enceinte, j'avais essayé de l'aborder; mais l'opinion n'était point faite encore et jeus contre moi la grande majorité de mes collègues. Cependant, je fis quelques prosélytes, parmi lesquels je citerai M. Chevan- dier de Valdrôme (1), qui disait : « Ne mangeons plus de pe- tits oiseaux, si nous ne voulons pas être mangés par les in- sectes. » Pourtant, à cette époque, pas plus qu'aujourd'hui, je ne prétendais que tous les oiseaux mangent des insectes nuisibles, et je me contentais d'affirmer, d'une façon générale, que la grande masse des petits oiseaux, les seuls dont je vou- lais m'occuper, en détruit incontestablement un grand nombre et nous rend ainsi les plus grands services. N'en est-il pas en- core de même aujourd'hui ? A cette é[)oque aussi, on me fai- sait une objection qu'on peut renouveler; la voici : Les ten- (1) Ancien ministre sous l'empire. 63 REVUE DES SCIENXES NATURELLES APPLIQUÉES. dues donnent du profit à bon nombre de gens (jui ne pourraient abandonner sans grand dommage une industrie qui les fait vivre. Cet argument, Messieurs, me laisse absolument froid : remarquez, en effet, que la petite chasse se prépare dès le 15 août, et se pratique en septembre et en octobre, à une époque où partout dans les campagnes on se plaint du manque de bras pour faire les moissons, rentrer les légumes de toute sorte et opérer les vendanges. Non, la petite chasse n'est pas une industrie ; et laissez-moi ajouter, puisque je le crois, c'est le plus souvent une école, sinon un prétexte, de bracon- nage. Mais, si ce n'est pas une industrie, c'est un plaisir, me dira-t-on, et je vais encore heurter ici les idées de notre col- lègue, M. Volland, qui va nous dire : « On va à la campagne pour se distraire et y vivre en liberté : on veut chasser, pê- cher, on veut tendre, on le fait, et on revient heureux. » Malheureusement, aujourd'hui, la réglementation se trouve à la campagne comme à la ville, et il iaudrait, pour satisfaire les idées de notre collègue, prendre conseil de Jules Verne, se réfugier dans une ile déserte pour y jouir de la liberté qui ne se trouve plus nulle part, si ce n'est au fond du cœur. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il se produit actuellement dans les esprits un mouvement considérable en faveur des petits oiseaux dont je me constitue le défenseur. Ce n'est pas sans motif évidemment, et il faut en conclure que dans l'opinion publique on a commencé à sentir que l'oiseau joue un grand rôle dans la nature. Eh bien ! étudions ce rôle, voyons-en les avantages et lès inconvénients. Entrons ensemble à la Faculté des sciences dans les gale- ries ornithologiques dont notre président, M. Bichat (1), nous fera assurément les honneurs avec sa gracieuseté habituelle ; prenons un spécimen et étudions-le. 'Voyez d'abord ce bec et ces pieds cornés, insensibles à toutes les intempéries, et même à la douleur, touchez ces plumes moelleuses, élastiques, imbriquées, qui mettent son propriétaire à l'abri du chaud et du froid, et qu'il sait impré- gner d'une graisse spéciale qui les rend imperméables ; voyez ces rectrices caudales que l'oiseau peut replier ou étaler en tout sens, et qui constituent le plus puissant des gouvernails; [1) Doyen de la Faculté des sciences. LA CHASSE AUX PETITS OISEAUX. 63 cette peau mince, résistante, attachée au corps par un réseau d'aponévroses, ménage les cavités aériennes qui doivent di- minuer le poids spécifique du voyageur aérien ; voyez ces ailes dont la forme varie dans chaque genre selon les besoins et les aptitudes du voilier; donnez encore un coup d'œil à cette charpente solide, légère, toujours modifiée selon les besoins ; appréciez enfin la l'orme gracieuse, élégante de ce bijou de la nature, et dites-moi si le Créateur eût apporté tant de soins à former ce petit être, s'il n'avait pas un grand rôle à remplir. C'est, qu'en effet, cette machine vivante doit se diriger par tous les temps et sans délai partout où elle est nécessaire, non pour apporter la mauvaise, mais la bonne nouvelle. C'est pour combattre pour nous que les petits oiseaux se transpor- tent au plus vite vers les lieux où nous avons besoin de leur secours, et c'est en masse que nous les trouvons là où l'in- secte pullule, tandis qu'ils disparaissent dès que celui-ci de- vient rare. Ce que je viens de vous dire, Messieurs, ne vous paraît-il pas rationnel? et ne pensez-vous pas, comme moi, que la Providence a assigné un grand rôle aux oiseaux ? Ce sont des éliminateurs chargés, non de détruire, mais de pondérer la multiplication trop souvent renouvelée d'une foule de bes- tioles nuisibles ; sans eux, nous serions envahis, débordés, par ces infiniment petits, contre lesquels Thomme, avec toute sa science, est absolument impuissant. Ce sont, en outre, des disséminateurs de la vie végétale et même animale, car ils apportent avec eux, un peu partout, des organismes vivants et concourent ainsi à l'harmonie générale. Ceci dit, d'une faron générale, je vais traiter la question plus en détail, toujours très brièvement d'ailleurs, et vous citer quelques exemples, j)our vous faire comprendre com- ment les ornithologistes procèdent pour déduire scientifique- ment le rôle utile ou nuisible des espèces qu'ils veulent étudier. Vous connaissez les Campagnols, tous les cultivateurs, M. Brice vous le dira, se i)laignent du tort considérable qu'ils causent parfois à leurs récoltes. Eh bien I quand il y a quelque part une invasion de ces petits rongeurs, allez vous promener sur le théâtre de leurs tristes exploits, cherchez leurs galeries souterraines, et bientôt vous verrez s'élever 64 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. SOUS VOS pieds comme une apparition, un oiseau étrange, qui était rasé à terre. C'est un Hibou brachyote, que la nature a pourvu de rémiges amples, à barbules égales, sans crochet, de sorte qu'il peut voler sans l'aire le moindre bruit, qui atti- rerait l'attention des rongeurs dont il est le destructeur at- titré. Partout où les colonies de Campagnols prospèrent, vous trouverez le Brachyote en nombre suffisant pour enrayer la multiplication de ce petit mammifère, et quand ils disparaî- tront, l'oiseau disparaîtra à son tour. Ne voilà-t-il pas, Mes- sieurs, un oiseau très utile ? Prenons un autre exemple, dans le même ordre, pour vous montrer la grande réserve qu'il faut apporter avant de for- muler une opinion sur l'utilité plus ou moins grande d'une espèce. L'EflVaye. que les campagnards clouaient autrefois à la porte de leurs granges, sans doute pour la remercier des services qu'elle leur rend, est aussi un rapace utile. Dans son aire et près de ses petits, j'ai trouvé souvent huit, dix et jus- qu'à quatorze rongeurs, mulots, souris, campagnols; en outre, cette chouette, comme ses congénères, après avoir di- géré les chairs de ces petits mammifères, rejette les résidus, poils et os, sous forme de boulettes que Ion trouve abondam- ment à terre près du lieu qu'elle habite et qui prouvent, sans contestation possible, le grand bien que ce rapace nous fait. Cependant, on a découvert, depuis quelques années, que l'Effraye tue, en les laissant surplace, et sans les manger, par un besoin inexpliqué de meurtre, la Musaraigne, que nous considérons comme un animal utile parce qu'elle est insec- tivore. L'Effraye, bien que très utile, l'est donc moins que le Bra- chyote, et vous voyez, par cet exemple, combien il faut se montrer réservé dans ses appréciations. Je pourrais multiplier ces exemples, mais, pour abréger, je me contenterai d'énoncer le genre de nourriture de nos pe- tites espèces, de celles dont nous avons à nous occuper auiourd'hui. C'est non seulement par l'observation dans la nature, mais surtout par l'observation directe sur les sujets en cause, en examinant les résidus contenus dans leur estomac, que l'on peut se prononcer en parfaite connaissance de cause. C'est ce que font beaucoup d'ornithologistes et, pour ma part, LA GlIASSE AUX PETITS OISEAUX. 65 je n'ai jamais manqué de l'aire cette constatation au scalpel sur tous les oiseaux qui me sont passés par les mains, c'est- à-dire sur des centaines ou plutôt des milliers. C'est en m'ap- puyant sur des données rigoureuses, que je puis vous assurer qu'il n'y a presque pas de petits oiseaux nuisibles. Le Martin- Pêcheur se nourrit d'alevin de poisson, les Bouvreuils ébour- geonnent les arbres, les Gros-Becs détruisent beaucoup de semences et de noyaux ; mais, en dehors de ceux-ci, je ne vois pas d'espèce que l'on puisse classer nuisibles. Les Moi- neaux font grand tort aux cerises précoces et aux champs de blé, lors de la maturité ; mais ils mangent beaucoup de che- nilles et de hannetons, et, comme tous les petits oiseaux, nourrissent exclusivement leurs petits avec des insectes, car cette nourriture animale azotée est absolument indispensable à leur croissance. Le Moineau, d'ailleurs, ne donne pas dans les pièges, et il suffit, comme j'ai pu m'en convaincre, par moi-même, de modérer sa multiplication au printemps par quelques coups de fusil pour qu'il ne nous cause plus de dom- mage appréciable. Mais voyons les autres : Les Pics font spécialement la guerre aux insectes xylo- phages, ces terribles destructeurs des forêts. Leur utilité, d'ailleurs, a été absolument démontrée par l'abbé Vincelot dans une polémique fameuse avec le comte de Baracé ; le Torcol est le fourmilier par excellence, sa langue très longue, est attachée à l'arrière de la tête par des muscles puissants, extensibles presque à volonté ; elle est enduite d'une salive gluante, en sorte que l'oiseau n'a qu'à la darder dans une fourmilière pour la retirer couverte de l'insecte qu'il avale avec délices : vous savez. Messieurs, qu'on ne peut discuter des goûts ni des couleurs ; le Grimpereau, cette mi- gnonne et infatigable créature, parcourt en tous sens les troncs des arbres pour y chercher les larves qui composent exclusivement son ordinaire ; les Pinsons, les Verdiers, les Bruants, les Linots consomment quantités de chenilles, de mouches, et si, parfois, ils s'oublient sur les semences des jardiniers, ils détruisent aussi de mauvaises graines, par exemple, le Chardonneret qui, sans arrêté de M. le Préfet, échardonne en conscience ; les Alouettes, ces chantres de l'air, mangent des charançons en quantité ; les Pijjits, les Bergeronnettes, s'attaquent aux moucherons, aux Altises et 20 Janvier 1893. 5 66 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. aux insectes parasites de nos troupeaux, et la Bergeronnette printanière est spéciale pour l'élimination des petits Orthop- tères ; les Turdidés, qui comprennent les Rouges-Gorges, les Rouges-Queues, les Traquets, les Rossignols, les Fauvettes, sont montés sur de longs tarses qui leur permettent d'opérer leur chasse à terre, où ils capturent sans pitié les Limaces, les Hélices, les Lombrics, les larves et, en général, tous les insectes. Ils sont aussi un peu haccivores, et ne dédaignent pas, à une certaine époque, la fraise et la groseille, mais n'est-ce point là un léger salaire qu'ils ont. Dieu merci, bien mérité. Les Becs-fins aquatiques agissent de même sur les eaux qu'ils liabitent en faisant la chasse aux Névroptères, Libellules et aux mouches aquatiques; les Pouillots, les Roi- telets savent trouver sur les arbres, qu'ils parcourent en tous sens, les plus petits insectes. Les Mésanges les imitent de leur mieux; les Coucous s'adressent aux Chenilles velues qu'ils trouvent délicieuses ; les Engoulevents, au vol crépus- culaire, gobent les Phalènes nocturnes par centaines, tandis que les Gobe-Mouches, tout comme les Hirondelles, cher- chent leur nourriture dans l'air qu'ils purgent d'une foule de moucherons insupportables. Laissez-moi tous faire part, au sujet des premiers, d'une ol)servation toute récente. Il 3' a deux ans, un couple de Gobe-Mouches vint établir son nid dans un treillage de mon jardin, à quelques mètres de ma collection de rosiers. Ces derniers étaient très abîmés par des chenilles de deux espèces, l'une verte sans tache, l'autre plus pâle, liserée de jaune, avec le ventre blanc ponctué de noir. Or, mes Gobe-Mouches se posaient souvent en vedette sur mes tuteurs, et j'ai pu constater que, depuis ce moment, ils détruisaient les chenilles avec tant de zèle qu'ils les firent presque entièrement disparaître. Vous jugez s'ils sont deve- nus mes amis. Vous le voyez. Messieurs, par cette courte énumération, quand nous venons vous dire : Voilà des êtres utiles qui jouent un grand rôle dans l'harmonie de la nature, nous avançons une vérité indiscutable que l'on ne peut sérieuse- ment nier. Mais, on m'objectera peut-être que les oiseaux constituent une ressource alimentaire que l'on ne doit pas laisser perdre. Une ressource ! Messieurs, eh bien, voici la réponse. Un ornithologiste consciencieux, universellement connu, feu LA CHASSE AUX PETITS OISEAUX. 67 M. Lesciiyer, a eu la patience de faire des pesées rigoureuses du poids net de chair que peut donner chaque oiseau. Voici quelques-uns de ces chiffres. Un Roitelet donne 4 gr. 1/2; un Gobe-mouches noir, 5 grammes ; un Rouge-queue, 5 gr. 1/2; un Rossignol, 6 grammes; voyez-yoïis avec ces quelques chiffres ce qu'il faudrait d'oiseaux pour un seul repas d'un homme adulte ; laissons donc cet argument et convenons qu'il ne s'agit ici que d'une gourmandise coupable. Ce qui est surtout déplorable, c'est l'autorisation des procé- dés de chasse qui permettent de capturer les petits oiseaux, par grandes quantités à la fois, comme notre tendue de Lor- raine, et c'est surtout contre ce genre de capture que se sont prononcées les Sociétés agricoles et scientifiques, particuliè- rement les congrès ornithologiques de Vienne et de Budapest qui ont été unanimes à reconnaître que, dans tous les pays, on devrait s'efforcer d'arriver à proscrire, d'une façon complète, la capture en masse. Ces congrès, vous le savez peut-être, ont constitué un comité permanent et international, dont la tâche est de traiter toutes les questions ornithologiques dont l'une des plus im})ortantes est celle de la protection à accor- der aux petits oiseaux. Ce comité, où sont représentées toutes les nations du globe, a actuellement pour président M. E. Oustalet, assistant de zoologie au Muséum, et pour tré- sorier votre serviteur. Eh bien ! quand une Société, composée desavants et de spécialistes de tous les pays, vient vous dire : On doit proscrire absolument la capture en masse, pouvez- vous hésiter? Vous savez en quoi consiste notre tendue aux raquettes. Une baguette pliée faisant ressort est maintenue par une double ficelle, dont un nœud soutient horizontalement une petite branciie appelée vulgairement : cabille. L'oiseau vient sans défiance se poser sur ce perchoir improvisé qui s'abat le laissant pris par les pattes. La malheureuse victime se dé- bat, se brise les membres et meurt après une longue agonie qui doit être pour elle une éternité. J'ai été tendeur dans mon jeune temps moi aussi. . . M. VoLLAND. — Un le voit bien. {Rires.) M. d'Hamonville. — Eh bien ! je vous avoue que je n'ai jamais étoufl'é un de mes petits captifs sans un sentiment pé- nible. Permettre à vos enfants de pratiquer cette chasse, de se réjouir des souffrances de ces petits êtres est mauvais, 68 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. c'est leur enseigner la cruauté. Ne vaut-il pas mieux les me- ner dans les champs et dans les bois pour développer leurs forces et leur intelligence, en leur apprenant à lire dans le grand livre de la nature, ouvert à tous, et à respecter la vie des animaux dont nous n'avons pas le droit de disposer sans nécessité. J'ai encore deux observations à vous présenter à propos de notre tendue ; la première, c'est que l'on n'y capture que des Insectivores ou à peu près, c'est-à-dire les oiseaux que nous considérons comme les plus utiles; la seconde, c'est qu'elle est absolument illégale, et voici pourquoi : le paragraphe 1 de l'article 9 de la loi du 3 mai 1844 porte : « Que les Préfets » prendront des arrêtés pour déterminer le mode de chasse » aux oiseaux de passage. . . » Or, comment pouvez-vous distinguer les oiseaux de passage de ceux du pays ? Comment pouvez-vous reconnaître, par exemple, le Rouge-gorge qui vient de Hollande de celui qui est né à Laxou (1 ;. Quel est le Préfet, quel est le tendeur capable de faire cette distinction ? Vous voyez donc que les autorisations de tendre vont à ren- contre de la loi Je ne veux point vous parler, Messieurs, des tendues aux lignettes qui se font dans l'ouest, de celles au brai pratiquées dans les Vosges, de tous les pièges utilisés dans le midi, ni même du procédé des Marseillais qui, en quelques secondes, foudroient par l'électricité dix mille Hirondelles; car je ne veux pas abuser de vos instants et de votre attention, mais je dois, en terminant, vous rappeler la destruction d'oiseaux que les dénicheurs font encore en beaucoup d'endroits mal surveillés, et surtout les fusillades en temps de neige qui ne nous laissent plus un oiseau sédentaire. N'est-il pas néces- saire dans ces deux derniers cas de réclamer l'exécution et le respect de la loi ? En résumé, il y a dans la nature une harmonie parfaite dont les oiseaux ne sont pas l'un des facteurs les moins utiles; prenons garde de la rompre, nous en serions les premières victimes. Aimons, protégeons ces petits êtres ailés; rappelons- nous leurs services, leur charme. Qui de nous ne sent l'ani- mation, la vie qu'ils apportent partout avec eux, dans les champs, dans les bois, dans les jardins où nous savourons (1) Petit villaf^e de la banlieue de Nancy. LA CHASSE AUX PETITS OISEAUX. 69 leurs gais concerts. Que de fois, dans la nuit, le malade sur sa couche a oublié un moment ses douleurs en écoutant, ravi, la longue ballade du Rossignol, le chantre de l'amour ! Mais, me direz-vous, vous oubliez la science pour faire du senti- ment. Non, Messieurs, le sentiment n'exclut pas le raisonne- ment, il doit, au contraire, marcher de pair avec la science, parfois un peu sèche, qu'il est chargé d'embellir. Est-ce qu'un peintre, un architecte peuvent produire une œuvre complète sans le sentiment de l'art? Est-ce qu'il n'y a pas de senti- ment dans tout ce qui est vraiment grand, vraiment beau '? dans le patriotisme, dans la foi. Dans la foi qui « soulève les montagnes », pour me servir d'une expression biblique; dans la foi sans laquelle nous ne sommes rien, et nous ne pou- vons rien. En conséquence. Messieurs, votre commission, s'inspirant des principes que je viens d'analyser et, à l'unanimité, vous propose d'adopter les considérants du vœu dont je vais vous donner lecture : Considérant que des plaintes nombreuses s'élèvent de tous les côtés du département, particulièrement au sein des comices et des conseils d'arrondissemant, sur la diminution progressive et trop rapide des petits oiseaux utiles à l'agri- culture, et sur l'augmentation effrayante des espèces ani- males nuisibles, dont les premiers sont chargés de modérer la trop grande multiplication; Considérant que le seul moyen de rétablir l'équilibre serait de surveiller très sérieusement les dénicheurs de profession, les braconniers en temps de neige et de ne plus autoriser les tendues de raquettes, bois fendu ou brai, lignettes, filets de jour et surtout de nuit, destruction par décharges électrique^, en un mot, tous les procédés de capture en masse ; Considérant qu'au moment des tendues il est impossible de distinguer les petits oiseaux de passage de leurs congénères nés dans le pays et que Ton nomme sédentaires. Que, con- séquemment, l'art. 9, § l" de la loi du 3 mai 1844 ne peut être appliqué par les Préfets sans aller contre le but protecteur de la loi ; Considérant que les mesures qui s'imposent ne peuvent être efficaces que si elles sont générales et communes à tous les départements de la France et de l'Algérie. 70 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. Émet le vœu : 1° Que le § !«'• de l'art. 9 de la loi du 3 mai 1844 sur la police de la chasse soit supprimé par une loi dans le plus bref délai possible ; 2° Que le Gouvernement veuille bien, dès à présent, recom- mander à tous les Préfets de ne plus prendre d'arrêté pour autoriser la capture en masse des petits oiseaux, suivant les modes indiqués aux considérants ; 3° Qu'il veuille bien aussi appeler l'attention des fonction- naires spéciaux, Conservateurs, Maires, Procureurs et autres pour obtenir une stricte observation de la loi, en ce qui concerne le dénichage et la chasse de ces petits êtres en temps de neige et, en même temps, stimuler le zèle de tous les agents, gendarmes, gardes et autres, pour empêcher ces déplorables destructions d'oiseaux utiles. M. Jacquemin. — Je demande, à titre d'amendement aux conclusions de la commission, que la chasse aux petits oiseaux soit absolument interdite dans notre département à partir de l'ouverture de la chasse en 1893. M. LE Président. ;— Je mets aux voix l'amendement de M. Jacquemin. Il est repoussé. Je mets aux voix les conclusions de la commission : Elles sont adoptées à l'unanimité. M. Denis (1). — Je demande, qu'en raison de l'importance du vœu, il soit directement transmis au Ministre par M. le Président du Conseil général. Adopté. (1) Président de la Commission d'agriculture. LA PECHE DE LA SARDINE D'ESTHONIE A RÉ VAL ET AU PORT-BALTIQUE Par m. VIENKOFF. Ce sont principalement les « Ostasches », les originaires de la ville d'Ostasclikoff, gonvernement de Tver, qui vien- nent se livrer à la pèche de la Sardine à Ré val ; cependant, un certain nombre d'habitants de Réval s'en occupent égale- ment. Ils peuplent un quartier particulier de la ville, situé sur la plage, et que les Estes appellent « Kala randa », c'est- à-dire halle au poisson, et les Allemands — Fischgraben « fosse à poisson »; la côte, par ses pentes abruptes, semble, en effet, justifier ce nom de « fosse ». C'est dans ce quartier que les paysans des environs apportent leur pèche et les in- dustriels du lac Tschoudskoë leurs marchandises salées et fu- mées. La halle au poisson est aussi un centre du commerce de tous les accessoires de pèche, depuis les gants de peau pour tirer le filet de l'eau, jusqu'aux bateaux et filets de pêche. Tous ces objets sont fabriqués par les artisans de Tver et sont apportés à Réval par les pécheurs d'Ostasclikoff qui se font de beaux bénéfices en les revendant sur place. Le filet vaut 200-220 roubles, le même avec deux canots à rames, les ancres, les câbles et le kaftan de peau est payé 400 roubles environ. Les canots servent huit à dix ans, le kaftan est usé en "cinq-sept ans, les câbles en trois ans; quant aux filets, ils doivent être renouvelés tous les ans; les vieux sont revendus à des paysans pour des prix variant de 30 à 80 roubles, suivant l'état et la qualité. La pêche de la Sardine d'Esthonie commence au début du printemps et se poursuit jusqu'à la fin de l'automne ; la Sardine prise pendant l'été et le printemps est maigre et petite et, par suite, est moins pri- sée que celle d'automne, qui est grosse et grasse et sert à des préparations de choix. La Sardine précoce se vend au même prix que la Sardelle, et est achetée en grande quantité par des paysans estes qui la salent pour leur consommation ménagère de l'hiver. Une mesure « kilmat » tenant un demi-tchétvérik (1 tchétvé- 72 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. pil^ = 2,621 décalitres) de Sardnelles vaut 30 kopeks au printemps, 20 k. en été; l'automne, le prix monte jusqu'à 80 k., 1 rouble, tandis que la Sardine d'Esthonie Yaut, à cette époque, jusqu'à 5 roubles la mesure. C'est surtout en automne, avec l'arrivée des temps froids, que le quartier aux poissons s'anime. Les marchands cher- chant à s'approvisionner en Sardines s'agitent fiévreusement, se pressant à qui arrivera le premier aux canots rentrant de la mer. Entourant le pêcheur, ils enchérissent l'un sur l'autre et se disputent la marchandise. Beaucoup de ces né- gociants même se rendent à d'assez fortes distances en de- hors de la ville, à la rencontre des paysans des villages voi- sins auxquels ils achètent la pèche avant le marché. Une mesure de Sardines d'Esthonie fournit du poisson pour 10 pots de verre ou boîtes de fer blanc ; la boîte de Sardines d'automne revient ainsi, sans compter l'assaisonnement et la main-d'œuvre, à 50 k, La vaisselle, les frais de l'emballage dans des pots, l'assaisonnement aux épices (y entrent surtout, le sel, le poivre, les feuilles de laurier, le cardamome, la marjolaine et le gingembre), et l'emballage coûtent 12-17 k. par boîte. Certains industriels falsifient la Sardine en y ajoutant de la Sardelle et même du Bresling (Sardine suédoise salée vendue à des prix excessivement bas) . Les connaisseurs n'ont pourtant pas de peine à distinguer une Sardine d'une Sardelle, cette dernière ayant la tête plus grosse, de grands yeux et le ventre lisse, tandis que la vraie Sardine a la tête étroite et de petits yeux. Mais le signe distinctif auquel on ne peut pas se tromper est que l'abdomen de la Sardelle semble au toucher hérissé de dents à l'intérieur, ce que l'on sent très nettement lorsqu'on passe le doigt de la queue à la tête. Il est presque impossible d'évaluer, même approximative- ment, la quantité de poisson qui est prise annuellement à Réval, les marchands en font un secret soigneusement gardé; cependant, nous pouvons citer quelques cas particuliers; par exemple, un industriel a préparé, en 1887, 200,000 boites ou pots de Sardines, mais cette quantité doit être considérée comme exceptionnelle. Ordinairement, on en fabrique bien moins et, quelquefois, il n'y a que 3-4,000 boîtes pour chaque maison. Les maisons suivantes se livrent au commerce de la Sardine à Réval : MM. N. Malakhoff", L. Malakhott', F. Malak- holf, A. Kostine, veuve Kostine, A. Sevens, Matisen, Less- LA PÊCHE DE LA SARDLNE D'ESTHONIE. 73 mann, Mérékuhl, Wilhelm, Betty et Sonmatikoff. La Sardine est expédiée surtout à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Var- sovie et à Riga ; on en exporte aussi, bien que dans des pro- portions insignifiantes, à l'étranger. La pèche de la Sardine l'ournit aussi des mojens d'exis- tence à une partie de la population indigente de la ville. Des ouvriers-pêcheurs sont engagés moyennant 100-125 roubles l'été, ou bien reçoivent, pour prix de leur travail, la moitié de ce qu'amène chaque coup de filet. Le patron est tenu de fournir, à chacun des quatre ouvriers occupés à un filet, une paire de bottes et une paire de gants en forte peau pour tirer le filet de l'eau; le chef de l'équipe a, en outre, iO-15 roubles. Les ouvrières, en emballant jusqu'à 300 boites par jour, gagnent 3 roubles par jour, mais ce travail n'a lieu que pen- dant 2-3 semaines. Au Port-Baltique, petite ville de 900 âmes, à 45 verstes de Réval, dans la direction sud -est, il y avait, en 1887, 28 filets travaillant à la pèche de la Sardine. Chaque filet produisait, en moyenne : En 1884 650 mesures, valant 450 roubles 1885.... 1886.. . 1887.... En 1886, les industriels du Port-Baltique ont vendu en tout 80,000 boîtes de Sardines d'Esthonie, en 1887, 55,000, en y comprenant la Sardine de printemps, d'été et d'automne. Les marchands et le public avaient longtemps eu de la pré- vention contre la Sardine du Port-Baltique, de sorte que les industriels de ce pays se voyaient obligés de la vendre sous le nom de Sardine de Réval. Tout récemment seulement, on a vu apparaître dans le commerce, de la Sardine portant sur l'étiquette l'indication de son véritable lieu de provenance. Le premier pas dans cette voie appartient à la maison 0. Reichhardt, dont l'exemple fut suivi par M. Sevens et autres. En dehors de ces grandes maisons, dix industriels locaux se livrent également au salage de la Sardine au Port-Baltique; mais ils ne s'occupent que de la Sardine d'été, de qualité infé- rieure, et de la Sardelle qu'ils font écouler à Arensberg, à Hapsal, à Dorpat, à Pernolf et dans les autres villes du pays. 700 — — 600 700 — — 500 550 — — 500 LE COMMERCE DU THE ENTRE LA CHINE ET LA RUSSIE Par m. TCHERNIGOFF. Le projet de la construction d'un chemin de fer Pékin- centre de Chine a donné un regain d'actualité au commerce de ce pays. Dans le présent article, nous nous arrêterons spécialement sur le commerce entre la Chine et la Russie, deux pays qui confinent sur une étendue de plus de 8,000 verstes. Cette dernière circonstance semblerait devoir assurer à la Russie une suprématie naturelle dans le commerce exté- rieur du Céleste Empire, mais en réalité, dans le chiffre de 300 millions de roubles métalliques qui représentent le total des transactions internationales de ce dernier pays, l'Angleterre entre pour 75 %, la France et l'Allemagne viennent ensuite, et enfin la Russie en dernier lieu. Les principaux marchés où se débitent les produits russes sont la Mongolie (2,000,000 roubles), le Tarbagataï et l'Ili (1,500,000 roubles], c'est-à- dire qu'il y a en moyenne une dépense de 30 kopecks par tète d'habitant en marchandises russes. D'autre part, le commerce de transit par le nord de la Chine, la Mongolie et Kiakhta donne le chilfre de 20 millions. Les quatre cinquièmes de cette somme proviennent du commerce de Thé. Lorsqu'à la suite de l'expédition anglo-française de 1860, le gouvernement du Bogdikhan se vit obligé d'ouvrir à l'in- térieur du pays de nouveaux marchés d'échange interna- tional, le commerce russe de Thé fut organisé définitivement, n se concentre dans les points suivants : Khan-koou, Fou- tchéou, Chang-haï et Kiang-si dont les trois premiers, situés en plein pays de la culture du Théier, sont considérés comme centres du commerce de Thé en général. Le marché de Fou- tchéou fournit du Thé surtout pour l'x^mérique et l'Europe occidentale, tandis que le commerce russe s'approvisionne à Khan-koou. Kiang-si qui jouait un rôle considérable dans le transit à l'époque où le commerce de Thé avec la Russie se LE COMMERCE DU Tmî EXTRE LA CHINE ET LA RUSSIE, 75 faisait surtout par caravanes, perd chaque jour de son impor- tance, avec le développement du transport par mer. Il existe actuellement cinq maisons principales russes pour le commerce de Thé à Khan-koou et Fou-tchéou où se trouvent leurs hureaux, entrepôts et usines à vapeur pour la fabrication du Thé en briquettes. Tout en faisant des affaires pour leur propre compte, ces maisons jouent surtout le rôle d'intermédiaires entre les maisons de commerce de la Russie et les Chinois cultivateurs du Théier. Bien que le nombre des représentants russes soit inférieur à celui des autres étrangers, ceux-là forment néanmoins l'élément prépondérant dans le commerce, ce qui tient à la consommation de ce pro- duit, plus considérable en Russie. Ici, nous noterons en pas- sant que les plantations de l'arbre à Thé que, suivant une opinion répandue, des maisons de conmierce de Moscou entretiendraient en Chine, n'existent qu'à l'état de mythe. Il y eut, il est vrai, une tentative de ce genre qui a échoué piteusement et ne semble pas devoir se renouveler de sitôt. La récolte des feuilles et leur manipulation étaient et sont entièrement dans les mains des Chinois qui possèdent un nombre extrêmement considérable de fabriques. D'ailleurs, suivant les fluctuations du marché, elles se multiplient ou disparaissent avec une grande spontanéité; en voici quelques exemples. Dans les quatre provinces où le Théier est cultivé : Kiang-si, Han-kao, Khou-béi et Khounagne, il existait, en 1887, 650 fabriques de cette nature, mais en 1888, il n'y en restait plus que 466, tandis qu'une année plus tard, leur nombre se relevait jusqu'à 700, une seule localité (Ning-tchéou) en possédait alors jusqu'à 190. Dans ces fabriques, les feuilles du Théier, après triage et après avoir été tamisées, grillées, séchées et subi d'autres manipulations encore, deviennent du Tlié noir ou vert. La qualité du Thé, son arôme tient à l'état du temps et surtout à l'époque où la récolte a pu être faite. Les meilleurs Thés sont récoltés au mois d'avril, les produits de la cueillette de maiet de juin leur en cèdent beaucoup. Les débris du tami- sage de Thé noir ou vert livrés au commerce sous le nom de « khansian », sont pressurés dans les fabriques russes de Khan-koou et Fou-tchéou et forment ce qu'on appelle en Russie « du Thé en briquettes ». Les Thés noirs sont vendus surtout aux négociants européens. Toutes les espèces qui 76 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. figurent au marché de Khan-koou sont désignées sous la dénomination de « Kin-kiang » et de « Khan-koou ». Le premier provient des provinces Kiang-si et Han-kao et arrive par le Kin-kiang, le dernier doit son nom à la douane de Khan-koou. Les quelques renseignements suivants sur l'état du marché de Khan-koou qui est le principal fournisseur en Thé de la Russie, suffiront pour donner une idée de l'importance et des particularités de ce commerce. La saison qui s'ouvre à Khan- koou dans les premiers jours du mois de mai, aussitôt la récolte d'avril terminée, apporte dans la ville une très grande animation. Sur le Yang-tse-kiang, de nombreux bateaux, ve- nus pour chercher leurs chargements, attendent sous voiles, tandis que des flottilles entières de « djoux )- arrivent tous les jours apportant du Thé. C'est le moment où les Européens apparaissent en masse dans le pays dont les banques et autres établissements de crédit et de commerce se livrent alors à une activité fébrile. Tout le monde travaille à qui mieux mieux; mais ce sont les « tétester » — experts en thé — qui sont les plus occupés. Ces spécialistes jouent, par leur con- naissance approfondie du Thé, un rôle d'une importance prépondérante dans le commerce de ce produit ; une erreur d'appréciation peut en effet quelquefois, non seulement cau- ser des préjudices matériels considérables à une maison, mais encore ruiner sa réputation, détruire la confiance en son produit. Aussi, certaines maisons de commerce russes ont-elles deux et trois « tétesters » dont les plus réputés ont jusqu'à 15,000 roubles de traitement ainsi que le loyer et l'entretien, pour les trois mois de travail effectif pendant la saison. L'emballage, qui cependant pour les qualités supérieures de Thé dont on apprécie surtout la finesse, l'arôme, exige des précautions assez compliquées, ne se fait que quelques jours avant l'expédition, car les transactions ne se décident qu'au dernier moment, les vendeurs et les acheteurs attendant toujours des prix avantageux. Aussi, le cours du Thé varie- t-il d'une façon extrême. Le tout vient se compliquer par la diversité des unités monétaires en usage dans le pays, et la multiplicité des unités de poids et de mesure : les dollars, les livres steriing, les shillings, les pences, les roubles, les LE COMMERCE DU THÉ ENTRE LA CHINE ET LA RUSSIE. 77 lan, les fine, les piculs et ghines, les caisses, demi-caisses, tonnes, etc., etc. Voici quel a été l'état du marché pendant les dernières sai- sons à partir de 1889, d'après des renseignements authentiques que nous tenons d'un des négociants russes les plus notables. La brillante saison de 1888 à Klian-koou a déterminé un grand nombre de spéculateurs à y venir pour la saison sui- vante. Des capitaux considérables turent engagés pour l'or- ganisation des fabriques, etc., mais un mauvais temps survenu à l'époque critique de la récolte des feuilles et de la prépara- tion des qualités supérieures, a ruiné toutes les espérances en détruisant et en abîmant le feuillage du Théier. En résultat, il y eut pénurie de qualités supérieures sur le marché, et les prix se sont maintenus très élevés. Des Thés à l'odeur de fumée ou altérés d'une autre façon prédominaient. La saison fut si mallieureuse que de nombreux Chinois vivant du commerce des Thés se virent obligés de renoncer à la pré[)aration des sortes inférieures. Les hauts prix payés pour les Thés de première qualité ne les dédommageaient point, vu le prix de revient haussé considérablement grâce à la concurrence dans l'achat. De petits industriels furent com- plètement ruinés, et les autres se trouvaient bien embar- rassés quant à la direction à donner à leurs exploitations à l'avenir. Les établissements de crédit locaux ne prêtaient point sur les Thés. Mais, dans la saison de 1890, les négociants demeurés sur le marché eurent lieu de se rattraiier, au grand préjudice des acheteurs européens. Avant l'ouverture de la saison, on croyait généralement que la diminution du nombre des fabri- cants rendrait la concurrence moins âpre, dans l'achat de la feuille sur la montagne. On escomptait donc la baisse des Thés, les commandes anglaises devant, en outre, selon les prévisions, diminuer dans des proportions notables. Le marché de Thés, à Londres, se trouvait dans un état com- plet d'abattement. Mais des commandes extrêmement imi)or- tantes venues de Russie bouleversèrent toutes les prévisions, et, déjouant tous ces calculs, firent monter la concurrence à des proportions invraisemblables. En 1890, le Thé était acheté aux producteurs à des ]irix ({u'il n'avait jamais at- teints. La première journée de l'ouverture, les prix se sont maintenus au niveau de ceux de 1889, mais dès le second 78 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. jour, croyant de ne pouvoir s'approvisionner en qualités supérieures, les commissionnaires le laissèrent voir, ce que les Chinois s'empressèrent de mettre à profit en élevant les prix jusqu'à 12-20 roubles métalliques par « picul » (145 livres russes). En résumé, eu égard à leur qualité, les Thés supérieurs furent payés 15 7o plus cher qu'en 1889. Le marché comprenait 869,336 demi- caisses, 165,592 demi- caisses de plus qu'en 1889. Les prix des meilleurs Thés de la deuxième récolte ne furent point inférieurs à ceux de 1889; les Thés des qualités moyennes et inférieures furent vendus 30 % meilleur marché, mais leur qualité laissait fort à dé- sirer ; il y en avait 78,000 caisses en tout, sur le marché. Les Thés de la troisième récolte (20,956 caisses] étaient achetés à des prix fort bas, et ils étaient supérieurs à ceux de la saison précédente. En général, la saison de 1890 se caractérisait par l'absence presque complète des Thés brûlés ou à l'odeur de brillé, quelques ballots de Thé ainsi altéré perdirent, par la suite, ce fumet désagréable, mais, d'autre part, leur arôme, très pur au début, s'altérait et s'éventait même, plus tard. Cela -fut attribué à l'hiver trop clément, sans pluies de 1889-90. Continuons maintenant Tétude du marché de Khan-koou spécialement. D'une façon générale, on doit remarquer que l'olfre diminue sensiblement depuis ces dernières années. En voici quelques exemples : en 1886, il y eut sur le marché 1,316,234 demi-caisses (une demi-caisse contient 60 à 65 livres russes) ; en 1887, 1,272,659; en 1888, 1,128,172; en 1889, 1,106,817, et en 1890,968,409 seulement. En dehors d'autres raisons, cette diminution de la culture tient surtout à l'énorme production des Thés du Ceylan et des Indes qui ont envahi le marché anglais. En 1890, 819,019 demi-caisses furent vendues à Khan-koou aux Russes et aux autres étrangers (le Thé invendu fut réexpédié à Chang-haï) ; de ce nombre, 544,019 demi-caisses furent acquises pour le compte des commerçants russes et 275,000 seulement pour l'Angle- terre et l'Amérique. Comparés à la saison de 1889, ces chiffres sont en progrès de 55,619 demi-caisses pour la Russie et en diminution de 92,490 demi-caisses pour l'Angleterre et l'Amé- rique. Parmi les maisons russes MM. Tokamakoff, Molotkotf, Moltchanofl" et Petchatnotf sont les acheteurs les plus im- portants (135,000 demi-caisses, chaque maison). La plus LE COMMERCE DU THE EXTRK LA CHINE ET LA RUSSIE. 79 grande partie des Thés (22 millions et demi de livres an- glaises) est expédiée par voie de mer, sur Odessa. 100,550 ballots seulement, en diminution de 17,968 ballots sur 1880, furent envoyés par caravanes par Kiang-si et la Mongolie, Quant aux Thés noirs, une quantité égale à celle de la saison de 1S89 en l'ut dirigée par l'Amour. Les renseignements que nous venons de communiquer se rapportent presque exclusivement aux Thés supérieurs ; quant au Thé en briquettes, on commence sa fabrication en automne et elle dure tout l'hiver. Le commerce de « Khan- sian » (débris de Thé) qui sert à sa fabrication, se poursuit tout l'année. Nous devons noter en ce qui concerne les Thés noirs qu'en dehors des variations extrêmes dans les cours à Londres, la pénurie relative de ces qualités et l'abondance de Thés infé- rieurs tiennent à l'accroissement considérable de la demande en sortes de première récolte venue de Russie et d'Angle- terre et que l'état actuel des cultures ne permet point de satisfaire. En terminant, nous tenons à mentionner que, depuis ces dernières années, les commandes de Thé provenant des maisons de commerce russes sont exécutées par des repré- sentants étrangers. La chose tend à se généraliser, et il y a lieu pour les Russes de craindre un évincement, bien mérité, d'ailleurs. II. EXTRAITS DES PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIETE. SÉANCE GÉNÉRALE DU 23 DÉCEMBRE 1892. PRÉSIDENCE DE M. A. GEOFFROY SAINT-IIILAIRE, PRÉSIDENT. M. le Président ouvre la session par l'allocution sui- vante : Messieurs, Nous ouvrons aujourd'hui la 40° session des séances de la Société nationale d'Acclimatation, car notre association a été l'ondée le 10 février 1854. Laissez-moi constater la continuité de l'effort donné iiar nos fondateurs et par ceux qui sont venus, pendant cette longue suite d'années, apporter leur concours à l'œuvre en- treprise, œuvre féconde et généreuse en vérité, car elle tend, vous le savez, à donner aux divers pays les richesses natu- relles qu'ils ne possèdent pas, à étudier et à faire connaître toutes les ressources que l'homme peut tirer des animaux et des plantes. Nous avons ici à provoquer et à soutenir toutes les tentatives ayant pour objet les applications pratiques et utiles des sciences naturelles, celles qui constituent des progrès économiques importants par leurs conséquences aussi bien que les essais dont l'utilité pratique apparaît seulement dans un avenir lointain. On pourrait résumer le but d'une association comme la nôtre en quatre mots : Etudier, intro- duire, améliorer, vulgariser. Quel vaste programme, Messieurs ! Pour être rempli, il a besoin du concours du savant qui étudie les êtres vivants et fait connaître leurs besoins et les conditions de leur existence normale, du navigateur qui les importe, du praticien qui les expérimente, les observe et cherche à les multiplier, de l'écrivain pratique qui instruit le i)ublic des avantages et des inconvénients de l'espèce à l'étude. Pour accomplir cette tâche complexe, notre Société doit donc réunir des membres dont les aptitudes et les occupa- tions soient diverses. Il nous faut des naturalistes, des navi- gateurs, des agriculteurs, des horticulteurs, des grands pro- priétaires et enfin, des membres, pouvant, la plume à la main, PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 8\ initier aux résultats obtenus, aux succès, aussi bien qu'aux -échecs . La Société a perdu au cours de l'année 1892, quelques-uns 4e ses plus précieux collaborateurs ; nous avons à regretter : MM. Alexis, le baron de Bernon, Paul Gavelius. Gabriel Eynard, Faulcon de la Goudalie, le baron de Fourment, le marquis d'Hervey de Saint-Denys. Prosper Gnry, Frédéric Jacquemart , Kestner, Louis Kralik, Henri Lallemand, Le Barbier, Maingot, Philibert Marquis, le D"" Maupoint, Léon Mercier, De Quatretages, le marquis de Roccagiovine, le duc de Trévise. Permettez-moi, Messieurs, de vous parler de quelques-uns de ces membres regrettés. Avant tous, je veux nommer notre honoré vice-président, l'illustre M. de Quatrefages, sur la tombe duquel j'ai eu l'hon- neur, en janvier dernier, d'apporter les regrets et les hom- mages de notre association. J'ai dit alors qu'à la mort de Drouyn de Lhuys et à la mort de Bouley, nos regrettés prési- ■dents, M. de Quatrefages avait été vivement sollicité d'accep- ter les fonctions de président de la Société nationale d'Accli- matation. Il résista à nos instances : « Je désire rester l'un des vice-présidents de la Société, disait-il, car je ne saurais accepter un poste que. faute de loisirs, je ne remplirais pas €omme il convient. Vous connaissez mon zèle pour la Société d'Acclimatation, soyez sûrs qu'il ne faillira pas. » Vous savez, Messieurs, que M. de Quatrefages n'a pas manqué à cette promesse, car vous l'avez vu, jusqu'à la lin de sa vie, assidu 20 Janvier 1893. g 82 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. à nos réunions et prenant part avec empressement à no:?^ discussions. Nous garderons chèrement le souvenir de ce col- lègue éminent qui, devenu membre de l'association dès sa fondation (1854), lui a été fidèle sa vie entière, et lui prèta^ en toutes circonstances, un concours actif et dévoué. Le re- cueil de nos publications l'atteste. La Société ressent très vivement la perte qu'elle a faite dans la personne de notre ancien vice-président, M. Frédéric Jacquemart. Il fut, avec Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, le comte d'Eprémesnil, Antoine Passy, le baron de Montgomery, Eugène Dupin, notre vice-président le marquis de Sinéty, notre excellent collègue le marquis de Selve, un des fonda- teurs de notre association ; il lui donna le concours le plus utile, le plus ardent et s'occupa de l'administration financière de la Société avec un soin parfait, avec un imperturbable zèle, de 1857 à 1879. Avec sa haute compétence, pendant vingt deux ans, il voulut bien accepter d'être le rapporteur de votre commission des finances. Mais ce n'est pas seulement dans l'ordre administratif que M. Frédéric Jacquemart rendit des services à la Société. Il donna son concours à toutes les questions étudiées par notre association. Passer en revue les communications qu'il fit, le.'^ rapports qu'il présenta serait en quelque sorte revivre les années écoulées et raconter l'histoire de quelques-unes des tentatives faites par notre association. Dès 1854, justement préoccupé de l'intérêt qu'il y aurait à introduire en France le Ver à soie du chêne, notre collègue fit les premières démarches aujjrès de M. de Montigny, alors Consul général de France en Chine, et auprès des KR. PP. des Missions étrangères, en vue d'obtenir, par leur inter- médiaire, les cocons ou graines nécessaires. Il dirigea lui- même des éducations du nouveau séricigène et, à diverses reprises, rendit compte devant vous des résultats obtenus. Vai 1864, notamment, dans un rapport étendu resté un modèle du genre, M. Jacquemart vous faisait connaître dans tous leurs détails, les procédés d'élevage suivis par trente de nos collègues. Les premiers renseignements sur les cultures de plusieurs végétaux chinois récemment introduits , Ortie de Chine , Igname, Lo-za, nous ont été également donnés par notre collègue. PKOCÈS- VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 83. Lorsqu'il s'agit de créer le Jardin zoologique d'Acclima- tation, M. F. Jacquemart fut chargé de rédiger un rapport étendu sur le projet. Il donna le plus utile concours à la création de cette nouvelle Société dont il présida pendant longtemps le Conseil d'administration. Ses études sur le Mouton prolifique de Chine sont encore présentes à la mémoire de tous. En 1865, grâce à la généreuse intervention de M. Léon Roches, alors ministre de France au Japon, la Société put mettre à la disposition des sériciculteurs plusieurs milliers d'onces d'excellente graine de Vers à soie du mûrier; c'est encore M. Jacquemart qui prit la lourde responsabilité de leur répartition et, dans un rapport remarquable, il nous a fait connaître toutes les phases de cette importante opération. Nous lui devons aussi un excellent rapport sur le projet d'introduction des Alpacas et Vigognes en France. Et lorsque plus tard, suite fut donnée à ses conclusions, c'est à M. Jac- quemart que les premiers sujets furent confiés. Arrivés cou- verts de gale, dans le plus pitoyable état, notre collègue sut prescrire les soins méticuleux et raisonnes qui purent ra- mener ces animaux à la santé. Notre collègue fut un des premiers agriculteurs qui s'oc- cupèrent du dressage de l'Yak au labour et, en 1866, il rece- vait un prix de la Société, jiour cet objet. M. Frédéric Jacquemart fut ici un des ouvriers de la pre- mière heure, et son nom restera attaché à la fondation de notre Société à laquelle il prodigua pendant de longues an- nées un zèle des plus utiles. Je veux encore. Messieurs, vous citer le nom de M. Louis Kralik, le collaborateur dévoué de notre regretté vice-pré- sident Ernest Casson. Botaniste éminent, M. Louis Kralik a étudié avec supériorité la flore barbaresque et laisse un nom justement honoré dans la science. Je ne saurais omettre d'arrêter nos souvenirs. Messieurs, sur le nom de M. le marquis d'PIervey de Saint-Denys, que nous avons perdu cette année et qui fut un membre distingué de notre association. Ses travaux relatifs à l'agriculture clij- noise sont très justement estimés, et notre recueil contient plusieurs communications intéressantes sur les expériences d'acclimatation qu'il poursuivait. Il faut songer, Messieurs, à combler les vides qui se sont 84 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APrLlQUÉES. laits sur la liste des membres de notre Société. Nous avons perdu de précieux, d'excellents collaborateurs, amenez-nous des jeunes. Que ces recrues, prenant exemple sur les regrettés collègues que je vous ai nommés, apportent à la Société un zèle soutenu et le désir de travailler avec nous. Cultiver la science, en cliercber les applications, essayer d'augmenter les ressources que l'espèce humaine peut tirer des êtres organisés, introduire des espèces, améliorer les races, vulgariser les bonnes méthodes, en un mot, se rendre ])ratiquement utile, quel but plus noble et plus intéressant ! — Le procès-verbal de la dernière séance générale ayant été adopté par le Conseil, conformément au règlement, il n'en est pas donné lecture. — M. le Président proclame les noms des membres récem- ment admis par le Conseil : MM. PRÉSENTATEURS. ( Casartelli. BELLOT (Jules), négociant, 34, rue 5^' ) ^, q.^q,^^ saïnt-miahe. gonzac, à Cognac. ( j ^^.^^^^ [ A. Berlhoule. Bidault (Émilien), notaire, à Louhans. j A. Geoflfroy Saint-Hilaire. ( Comte de Puyfoutaine. ij. de Claybrooke. A. Geoffroy Saint-Hilaire. A Porte ( A. Berlhoule. BOULINEAU (Paul), 6, rae Mansart, à K. Geoffroy Saint-Hilaire. P*"^- ( Marquis de Sinëty , (A. Geoffroy Saint-Hilaire. Chartres (S. A. R. M^'' le duc de;, 2-, ^ Milue-Edwards. rue Jean-Goujon, à Paris. ( ^ Qustalet. Dklmas (Léonce), e'ieveur-aviculteur , a\ Muids (Eure). ) . , ^ ( A. Berthoule. CORBERON (comte Marc de), château de ) ^^^^.^^ ^^ Corberon. Troissereux, par Beauvais (Oisej. ( ^^^^^^^.^ ^^ ^.^.^^^ (A. Berlhoule. DuBKUJEAUD, rédacteur de l'-È'cffiorte Pans, \ . ^, . , ' < J. Grisard. 3, rue d'Eprémesnil, à Chatou. i Poinlelet. J. de Claybrooke. Lejeune. Raveret-Watlel. PROCÈS- VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 85 MM. PRÉSENTATEURS. ,, . , ^„ , . ( J- de ClaA^brooke. DUPRE, inspecteur d Académie, 136 ois, \ , „ ~ „ . , .,., . , ,, .,, , ,. .,, '{ A. Geoffroy Samt-Hilaire. avenue de Neuilly, a >jeuillv. I ^ ^ . ■^ " ( E. Perrier. . „ ,,^ , ., ( A. Berlhoule. JuDic (Georges), 3, rue dEpremesnil, à \ , ^ . „, < J. Grisard. Chatou. ) ( Pomtelet. Maupassant (comte de), propriétaire, t J. de Claybrooke. château de Clermont-sur-Loire, par < A. Geoffroy Saint-Hilaire. Oudon (Loire-Infe'rieure). ( Pointelet. MoNTiLLOT, attache' à la préfecture de la [ A. Berlhoule. Seine, TS, avenue de la Re'publique, < E. Oustalet. Grand-Monlrouge. ( Comte de Puyfontaine. ^ - /r, ^ ,,„ , . „ . ,^ i A. Geoffroy Saint-Hilaire Orléans (S. A. R. M^" le prince Henri d'), \ , ,,., ^^ 27, rue Jean-Goujon, à Paris. / RiDREAU (D'' Achille), me'decin militaire en retraite, à Bauge' (Maine-et-Loire). RivoiRE (Victor), propriétaire, 50, rue Breteuil, à Marseille. RosENSTEEL (F.-C), propriétaire, 26, rue Saint-Germain, à Chatou. A. Milne-Edwards. E. Oustalet. A. Berthoule. A. Geoffroy Saint-Hilaire. D"" Laboulbène. A. Berthoule. A. Geoffroy Saint-Hilaire. De Saint-Quentin. A. Geoffroy Saint-Hilaire. J. Grisard. Pointelet. r> ' ,T -P Tir • N i,i- • i r, • ( J- <^e Claybrooke. Rouille L -F. -Marie), publiciste, au Bois- \ , ^ . ; ,,.,_, i J. Grisard. Marjac, à Fouras. f ^ ^ „, , l C. Raveret-Wattel. — M. le Secrétaire procède au dépouillement de la corres- pondance : Des remerciements, au sujet de leur récente admission dans la Société, sont adressés par S. A. R. Mgr le duc de Chartres, S. A. R. Mgr le prince Henri d'Orléans et M, Jules Bellot. — M, A. Plugues remercie la Société de l'envoi qui lui a été fait d'un couple de Lapins argentés. — M. F. Le Sage adresse des remerciements pour les graines à.' Halimodendron ai-genteion qu'il a reçues et fait connaître qu'il tiendra la Société au courant des résultats de son essai de culture. — Des demandes de graines sont faites par MM. Paul Skouzès, D"" Laumonicr et Flaunet. 8Ç REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. — Des demandes de cheptels sont adressées par MM. E. Leroy, D'' Ridreau, G. Delanne, Zeiller, P. Desmoulins, D-" Lecler, M. Barbier, E. Viéville, D'' Wiet, H. Le Moyne, Martel -Houzet, F. de Carpentier, D-- Laumonier, Lacger- Mavès, Grevin, Follie, H. Goll, Hardret, E. Godry, Garno- tel, de Moutrol, L. Bonvalot, P. Castel, Lagarrigues, R. Ger- main, G. Jullien, Silliol, Arm. Leroy, Violot de Béer, R. de la Villehervé, C. de Kervenoaël, Ch. Debreuil, Tourchot, P. Martineau et la Société royale d'acclimatation de Liège. — M. Arbillot, instituteur à Chalindrey (Haute-Marne), adresse le résultat de ses observations sur les brouillards de mars et les gelées de mai. , — M. Sharland écrit de La Fontaine, près Tours, à M. le Président : « Mon petit Singe qui a cinq semaines va bien. Mon Mandrill que j'ai depuis mai 1888 est le plus grand que j'aie jamais vu. Cela ne dit pas cependant qu'il n'y en ait pas de plus grands dans les ménageries. J'ai aussi un Mangabe.y depuis juin 1887 ; il a passe' tous les hivers à tair libre ; depuis deux ans je rentre le Mandrill dans une écurie non chauffée. Les Anis {Crotophaga minor) que vous m'avez envoyé'? sont très beaux. Toujours à l'air libre ; ils rentrent dans leur abri le soir et quand il fait mauvais temps. Je crois qu'ils passeront l'hiver dans ces conditions. » Un des Flammants de Mexique est mort quelques jours après son arrive'e ; l'autre est très beau ; il se tient presque toujours dans l'eau, mais rentre seul le soir s'il fait froid. » — M. le baron Louis d'Hamonyille adresse un mémoire relatif au vœu du Conseil général de Meurthe-et-Moselle sur la protection à accorder aux petits oiseaux. — M. Jules Bellot écrit de Cognac à M. le Président : « J'ai eu la joie de voir naître en juillet dernier trois Bnlbuls à joues rouges. C'est la première fois, je crois, que cette espèce se re- produit en captivité'. » La volière où sont ces oiseaux n'est pas fort grande, elle ne mesure que 5 mètres de long sur 2"^80 de large ; la hauteur est de 2 mètres seulement. » Le fond, dans toute la longueur, est couvert sur une largeur de 1™,20 ; le restant est à l'air libre. Un ruisseau d'eau courante la par- court dans toute sa longueur. » L'hiver, toute la partie libre se ferme par des châssis et des portes vitrées. » Vous voyez que ce n'est pas un palais, surtout que ladite volière PROCÈS -VERBAUX DES SÉAXCES BE LA SOCIÉTÉ. 87 ne contient pas seulement que ce coui)le de lîulbuls ; ils s'y trouvent «n nombreuse compagnie ; plus de cent oiseaux sont avec eux, depuis Je Venire-orange jusqu'aux Merles bronze's. >> Ne croyez pas que les Bulbuls seuls se soient reproduits avec tant de voisins; non, j'ai obtenu cette aune'e 4 niche'es de Cardinaux rouges, 12 petits Cardinaux gris, 1 couvée de Mandarins, 1 couvée do Moineaux du Japon , 2 couvées de Diamants Gould , 1 de Joues- orange. Quant aux Amadiaes à collier et les Bec-de-plomb, je ne puis préciser le nombre de nichées. » Si je vous donne ces détails, c'est pour vous montrer les résultats obtenus sans avoir eu recours à la chambre d'hiver (ils sont tous en- trés ici au printemps 91) et surtout avoir vu se reproduire des espèces bien différentes sans multiplier les cages d'e'levage. » Mais revenons à mes Bulbuls à joues rouges. Comme presque tous mes oiseaux, ils préfèrent aux boîte.* et aux nids artificiels les arbres ; seulement les trois pontes qu'ils firent lurent faites dans des nids abandonnés, ce qui provoqua dos disputes avec les anciens pro- priétaires. » La première fois, les œufs furent mangés par les Queues de vi- naigre, on les mit à la porte.. . à la seconde fois je vis une Domini- caine qui dégustait les œufs, deuxième expulsion . . Enfin le 3 juillet mes Bulbuls pondirent une troisième fois. Ils adoptèrent un nid aban- donné par les Cardinaux gris, ils y ajoutèrent quelques brindilles de pai>ier, pour avoir l'air d'y tiavailler. Ils y déposèrent trois œufs un peu moins gros que ceux du Cardinal rouge, d'un blanc teinté de rose avec des taches lie de vin. . . Comme c'est un oiseau très craintif et qu'il quittait le nid chaque fois qu'il voyait quelqu'un, même de loin, je mis un store de son côté. Le 14 juillet on vint m'annoncer que les Bulbuls mangeaient leurs œufs ! Entrer dans la volière fut vite fait ; mais ma surprise fut bien agréable de voir un petit de né et l'autre qui sortait de la coquille. Le troisième naquit le lendemain, ce qui porte à onze jours la durée de l'incubation. » Comme nourriture je leur donnai, comme aux Cardinaux, des vers e à vinaigre. — M. Schuster, bourgmestre à Fribourg-en-Bavière, fait con- naître qu'il ne pourra, à son regret, faire à la Société l'envoi d'œuf de Truite Arc-en-Ciel, qui lui avait été demandé. — M. le baron von Mueller écrit à M. le Président : « Par ce courrier, je vous envoie des graines fraîches d'£ucalyplusr de la sorte dont on distille la précieuse mallee-oil. Ces espèces pous- sent dans les déserts de sable : elles pourraient donc être particulière- ment utiles pour les re'gions prive'es d'eau de l'Algérie. Les graines de Casuarina glauca, var. deserticola, peuvent être aussi semées dans les endroits secs de l'intérieur de l'Afrique seplenlrionale. * Peut-être, s'il m'est permis de donner mon avis, pourrait-on en- voyer une partie de ces graines, ainsi que de celles de « Salt-bushs » à la Société d'Acclimatation d'Alger. J'ai l'honneur d'être membre honoraire de cette Société depuis de nombreuses années, mais je lui ai rarement envoyé des graines, donnant toujours la préférence à la grande Société nationale de Paris, qui saura bien faire parvenir on lieu opportun les graines destinées au climat algérien. 2- Je continuerai à vous envoyer des graines d'arbres et autres^ plantes, afin qu'on puisse les employer pour le Sahara. » Je vous envoie aussi des graines d'Eucali/plus maculata, espèce qui fournit le bois le plus élastique de tous les Eucalyptus; mais elles ne pousseraient pas dans des terrains arides, car on ne les rencontre à l'état naturel que dans le« forêts humides. » Voudriez-vous consigner les résultais des expériences tentées- avec ces graines dans la Bévue des Sciences naturelles^ que je suis- heureux de recevoir régulièrement ? — M. le docteur Heckel, professeur à la Faculté de.^ sciences de Marseille, écrit à M. le Président : PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 89 « Je vous serais très obligé de vouloir bien communiquer à la section de botanique de la Société' l'étonnement agréable que m'a cause' la lettre d'un de nos sociétaires faisant connaître, à la suite de mon article sur le Dioscorea bulbifera, l'existence de la culture des Ignames soit dans le midi de la France, soit aux environs de Paris. J'ai voulu cependant, avant de répoudre, faire une enquête appro- fondie pour m'assurer si réellement il y avait autre cbose que des espe'rances (émises dans mes prévisions), au point de vue de la cul- ture possible du Dioscorea batatas dans le midi de la France et en Algérie. Cette enquête m'a donné les résultais que voici: » On n'a jamais cultivé daus le midi de la France, d'une façon suivie, l'Igname de Chine: quelques tentatives ont été faites et on a diî y renoncer à cause de la nécessite' d'employer spécialement à celle culture des terrains très ameublis. Il y a longtemps que cette culture est abandonnée de'tinitivement après des essais infructueux. C'est là ce qui re'sultc de la consultation des membres les plus compe'tents et les plus anciens de la Société' d'horticulture et de botanique du Rhône, que je préside, et de la Socle'le' d'agriculture. » En Alge'rie, mômes résultats négatifs; j'en ai l'assurance de M. Kiviérc, directeur du jardin d'essai. » Quant aux cultures des environs de Paris elles peuvent exister, mais en ce qui me concerne et d'après certains témoignages, je suis convaincu que si l'on voit quelquefois des Ignames de Chine à la devanture de Chevet et autres, elles proviennent de la Chine par les grands paquebots des Messageries Maritimes. Néanmoins, je n'ai aucune raison de nier l'existence de semblables cultures, mais je n'en ai jamais vu nulle part. » Pour vider celte question du Dioscorea bulbifera, nos collègues apprendront sans doute avec quelque satisfaction que la Société impériale d'acclimatation avait fait distribuer des tubercules de cette plante, vers 1868, ainsi que je crois en trouver la preuve dans l'entre- filet suivant, que je tire du Cosmos, 19 mai 1869, sous le litre de POMME DE TEKRE AÉRIENNE: « On voit en cc moment, dans une serre » froide du jardin de la ville de Toulon, un pied de Dioscorea alata (1), » ou pomme de terre aérienne, ayant plusieurs tubercules, parfai- » tement développés vers les tiges supo'rieures ; le jardinier-chef, » M. Auzende, espère qu'à l'arrachage il trouvera aussi des tubor- » cules; ce serait donc un double avantage. Maintenant, ce le'gume » est-il bon ? Voilà une grande question. Dans lous les cas, il est » très original et nous ne pouvons qu'encourager M. Auzende dans » ses essais. Cet Igname provient d'un envoi fail par la Société' impé- » riale d'acclimalalion. » » Je crois avoir répondu par mon travail. aux questions que le Co5?mo5 (1; C'est là évidemment une erreur de déterminaliou, il s'agit bien du D. bul- bifera, car celle espèce est la seule Igname qui porte des bulbes aériennes. 90 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. posait il y a viiifrl-qualre aus. Il serait intéressant de reohercber dans les bulletins de la Société nationale d'Acclimatation d'où lui venaient les tubercules de D. bulbifera, que la Société fit distribuer et à quelle anne'e correspond cette distribution. Cette recherche sera facile dans les archives de la Société. » — M. le docteur Lanmonier annonce qu'il a fait renvoi de différentes espèces de Bambous, provenant de son cheptel, à ceux de nos collègues qui lui avaient été désignés par la So- ciété. — Remerciements. — M. A. Roussin écrit à M. le Secrétaire général : « 11 convient que je rende compte à la Société d'Acclimatation de ma culture des pommes de terre Richler's Imperator, provenant de votre distribution do 1890. Voici ce que j"ai à vous dire : » L'envoi de la Société, 2 kilos environ, a produit, la troisième année, soit celte année-ci, 8,300 kilos, récolte de hect. 28 ares. » La culture, faite dans un sol lé^'cr du Finislère, avec dti fumier de ferme, sans calcai7-e ni phosphates, a donné un rendement de :îO,000 kilos à l'hectare. » Sans les gelées tardives de ce prinlcmps, qui ont affaibli un certain nombre de plants et même détruit complètement quelques-uns d'entre eux dont les emplacements sont restes vides, le rendement cîit atteint quelques milliers de kilogrammes de plus. » Je signale l'espèce dans la région et en fais quelques distri- butions. ^> — M. Brierre, de Saint Hilaire-de-Riez (Vendée), fait hommage d'un certain nombre de bulbes dAil remar- quables par leur gros.seur. — Remerciements. — Le R. P. Camboué écint de Tananarive à M. le Secré- taire général : « Je vous adresse, en même temps que ces lignes, en deux paquets postaux (échantillons), quelques spécimens de « Tavolo ». Celle Taccacée, peut-être Tacca pin-iatifida Forst. ou voisine, provient des hauteurs centrales et tempérées de Llmerina. Voilà pourquoi je vous en envoie quelques tubercules pour la Société d'Acclimatation. Il y aura peut-être aussi plus de chance de rc'ussile. » Nos Malgaches prisent fort le Tavolo, riche en fécule, dont ils retirent une espèce de arrôw-root, qui se vend bien sur le marché de Tananarive. » — M. Cliatot écrit de Saint-Germain- du-Bois (Saône-et- Loire), à M. le Président : « Depuis quelques années déjà, la Société d'Acclimatation en ge'- PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 91 néral, et voire serviteur en particulier, s'occupent de la culture du Stachys. » Je vous ai adresse' l'an dernier une petite note, que vous avez reproduite dans la Revue, contenant un re'sume' de mes observations sur la culture de celte plante. » J'ai lu, dans l'un des derniers nume'ros, que M. Cbappellier re- commande un Stachys indigrue, qui n"os( qu'une variété du Stachys palustris. » Je veux aussi vous faire part d'une trouvaille : » Ily a environ un mois ou six semaines, en traversant un champ fraî- chement labouré sur le terriloiie de la commune de Bouhans (Saône- et-Loirc', j'ai rencontré un tubercule de Stachys, qui m'a paru bien plus gros et plus renfle que le Stachys palustris; — serait-ce le même que celui dont parle M. Chappelliur? S'il vient à point, ce que j'ai tout lieu de croire, je vous en adresserai quelque échantillon lorsqu'il sera venu, afin de le délerminer. » Si ce Stachys avait quelque utilité, ce serait une bonne fortune. » Le terrain dans lequel je l'ai trouvé est l'opposé de celui qui con- vient au tuhei'ifera. C'est un sol argileux, compact, contenant un peu de marne à l'état de granules. » J'ai re'colte' une certaine quantité' de graines de Cryptotœnia Ca- nadensis, que je mets gracieusement à votre d>:si)osition, si cela peut vous être agréable. » Je suis assez satisfait de celte plante qui se consomme à la façon des épinards, et qui a supporté sans en soutTrir l'hiver 1890-1891. » En 1890, la Socie'Lé m'a remis en cheptel quelques pieds de Bam- l/usa flexuosa; l'hiver m'en a de'truit deux pieds, près desquels on a passé quelquefois pendant cet hiver. Les autres, que je croyais aussi perdu, ont énorme'ment soulïert ; ils ont pousse' pendant tout l'e'te' der- nier avec une lenteur de'sespérante. Cette anne'e, ils semblent vouloir partir avec plus de vigueur. » J'ai aussi deux pieds de Simouii qui végètent et ont plus soufifert que les premiers. » — Des comptes - rendus de cheptels sont adressés par MM. E. Viéville, L. Fatin, H. Le Moyne, Dherse, comte de Mondion, D"" J.-J. Lafon, Martel-Houzel, Plontz, baron P. de Bourgoinfi', E. Paillard, C. de Kervénoaël, Achille Olry, de Confevron, Paul Blanchon et Cyi)rien Girerd. — A l'occasion de la correspondance, M. Décrois, rappelle qu'au printemps dernier il a appelé l'attention de la Société sur les ravages causés en Algérie par les Sauterelles. A cette époque, il avait été chargé par la Société d'écrire à la Société d'agriculture d'Alger pour avoir son appréciation sur l'appa- 92 HEVUE DES SCIENCKS NATURELLES APPLIQUÉES. reil imaginé par M. Durand. Sa lettre est malheureusement re.stée sans réponse et notre confrère s'en étonne. M. Decroix dépose ensuite sur le bureau deux brochure.s ayant pour titre : Le fléau des sauterelles en Algérie et les moyens de les combattre, publié par le Comice agricole de Médéa, et Rapxjort de la commission instiluée pour étu- dier le nouvel apijareil Durand destiné à la destruction des criquets, publié par le Syndicat départemental de défense contre le phylloxéra (Département d'Alger). — Ce rapport est absolument favorable au système Durand. — Sur la demande de M. le Président, M. Durand qui, par hasard, assiste à la séance, fait une intéressante communica- tion qui sera reproduite ultérieurement dans la Revue. — M. Pichot fait connaître qu'il a reçAi récemment la visite de M. Sivell, de Chicago, chargé par les éleveurs de son pays de recueillir des documents sur la gallinoculture en Europe. Notre confrère, qui a été l'un des premiers à introduire en France une volaille aujourd'hui fort répandue, la Langshan, a reçu de ce collègue américain les statuts et comptes- rendus d'un club fondé aux Etats-Unis, spécialement pour l'élevage de cette race, de façon que les types soient parfaitement étu- diés et qu'il n'y ait plus d'hésitations dans la manière de les juger dans les concours. M. Pichot dépose sur le bureau l'Annuaire de ce club pour 1891, la troisième année de son existence: il renferme plu- sieurs bons dessins ; un type présente à peu près le plumage de la poule de Houdan, il y en a en outre de blancs, de bleus, de gris, etc. Notre confrère présente ensuite quelques spécimens de plumes d'une race américaine très en vogue dans ce pays, la Wyandotte. Une variété dite « violette » à cause de la bor- dure dont la teinte approche de cette couleur, est d'un charmant effet ; on compte, du reste, huit ou dix variétés de cette race aux Etats-Unis. — M. Remy Saint-Loup fait une communication sur le Léporide et la notion de l'espèce. Notre confrère rappelle que le manuscrit de ce travail a été déposé il y a un mois et qu'il est antérieur, par conséquent, à une note présentée récemment à l'Académie des sciences, sur un sujet analogue. PROCES-VERBAUX DES SÉANCES DE L.\ SOCIÉTÉ. 93 — M. P. Chappellier rend compte de ses cultures d'Ignames et de Stacliys et présente, à l'occasion de la correspondance, les observations suivantes : « Vous venez d'entendre la lecture d'une lettre de M. Heckel, dan5? laquelle il est question de l'Igname de Chine ; de'jà, au cours d'une savante e'iude sur le Dioscorea bulbifera, insérée dans le Bulletin de mars dernier, p. 268, M. Heckel avait écrit : » Parmi les tubercules, dits Ignames, les plus utilisés et les plus re- commandables sont ceux du Dioscorea batatas de la Chine, intro- duit dans nos colonies tropicales, et qui jjourraienl vraisemblablement être cultivés avec succès dans le midi de la France et eu Algérie. » Dans le Bulletin du 20 avril suivant, p 433, je faisais observer à M. Heckel que son vœu était réalisé depuis longtemps. '> Cette note n'a pas convaincu M. Heckel. En effet, il y répond dans les termes suivants dans la lettre qui vient de vous être lue : « Quant aux cultures des environs de Paris, elles peuvent exister, » mais en ce qui me concerne, et d'après certains te'moignages, je suis » convaincu que si l'on voit quelquefois des Ignames de Chine à la de- » vantuie de Chevet et autres, elles proviennent de la Chine par les grands » i)aqucbots des Messageries Maritimes. Ne'anmoins, je n'ai aucune » raison de nier l'existence de semblables cultures, mais je n'eu ai » jamais vu nulle part. » » Ce doute ite'ratif et persistant sur l'existence de la culture cou- rante des Ignames de Chine aux environs de Paris et sur \a 2^rovenance de Cilles qui y sont vendues, émanant de la plume autorisée du direc- teur d'un j-irdin botanique, du Pre'sident d'une Socie'te' d'horticul- ture, d'un professeur à la Faculté, serait de nature à de'courager les tentatives d'extension de cette culture ; ce doute vient directement à rencontre des intentions formulées depuis longtemps et renouvelées l)ien souvent par notre Société'; tout récemment, elle a attribue' une prime pécuniaire importante pour la culture d'une espèce d'Igname, le D. Vecaisneana, qui cependant ne présente qu'un intérêt secon- daire ; de i)lus, elle a institué un concours avec une prime encore plus o'ievée pour la production ou l'introduction d'une espèce ou variété vraiment méritante. » Je me crois donc autorisé à revenir sur cette question et à vous exposer quelques faits qui, cette fois, je l'espère, convaincront M. Heckel. » .l'ai fait dernièrement une petite enquête auprès des producteurs et des vendeurs de ce légume ; en voici le résultat. Tous les vendeurs que j'ai consultés m'ont déclare qu'ils n'avaient jamais vu une Igname venant de Chine. Je ne voudrais pas donner les noms et adresses do ces commerçants, de peur d'être accusé do leur faire une réclame ; il en est un cependant que je puis citer : c'est celui de notre collègue, 94 KEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. M. Ilédiard, puisqu il vous a fait hiea souvent des présentations de cette plante, qui sont consignées dans notre Bulletin et dans celui de la Société nationale d'horticulture. Les Ignames de Chine qu'il vend en quantité considérable, proviennent toutes, sans exception, des cul- tures parisiennes ; s'il est quelquefois en rapport au sujet de ce lu- Ijcrcule avec des Chinois habitant Paris, c'est pour leur en vendre, jamais pour leur en acheter. » 11 en est de même de la maison Chevet que M. Ileokel cite dans sa lettre : Je m en suis assuré. » Quant aux maraîchers producteurs, je ne voudrais pas non plus en donner une liste ; il en est un ce,jendant que je pourrais indiquer, puisque sou nom figure dans le Bulletin de la Société d'horticulture, comme pre'sentateur d'Ignames soit aux séances, soit aux expositions. Vous savez d'ailleurs qu'un de no5 collègues les plus zélés cultive, dans sa propriété des environs de Paris, et livre aux magasins de comestibles, 'près d'un millier de tubercules par an pouvant peser plus de 500 kilogs. ^• » En dehors de ces producteurs et vendeurs de rhizomes destinés à la consommation, l'Igname de Chine est encore cultivée dans un grand nombre de potagers, comme il est facile de s'en convaincre par ce qui suit. " La maison Vilmorin — je puis bien la citer, puisque l'un de ses chefs est précisément le i)résident de notre section de botanique et des végétaux, à laquelle M. Hcckel nous prie de couimuniquer su lettre — la maison Vilmorin vend annuellement à sa clientèle un mil- lier de petites Ignames d'un an, sans compter les bulbilles. Les trente à quarante marchands graiuiers parisiens en débitent également. Cha- cune de ces petites Ignames plantée au printemps, produit à l'au- tomne suivant un rhiz-mie de grosseur normale pour la consomma- tion. Ces milliers de petites Ignames d'un an sont utilisées par les jardiniers qui ne veulent i)as se donner la peine de produire leur plant: mais d'autres, plus économes, élèvent eux-mêmes ce plant, au moyen du semis des bulbilles. C'est ainsi que j'opère dans mon modeste pota- ger où je viens d'arracher plus de deux cents Ignames de première et de deuxième année. » Pour me résumer, je puis ccriitler à M. Heckel, que ce légume excellent, productif et rustique, est cultivé couramment aux environs de Paris et vraisemblablement dans beaucoup d'autres parties de la France et qu'il réussit parfaitement en pleine terre et sans aucun soin spécial ; il n'a qu'un défaut, la tiop grande longueur de son rhizome, défaut qui a été fort exagéré et exploité par certains jardinieis peu travailleurs (que saint Fiacre me pardonne ce blasphème contre quel- ques-uns des membres de sou honorable corporation). >■ Si M. Heckel voulait bien me le permettre, je me forais un véri- table plaisir de lui euvdver un ou deux tubercules venus dans mon jur- PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 95 din, aux environs de Paris, en pleine terre et sans plus de soin que n'en réclame une pomme de terre. » Ce dernier argument ad hominem, en passant par l'estomac de mon honorable contradicteur, arriverait il plus facilement jusqu'à son esprit ? » — M. le marquis de Sinét}^ dit que M. le marquis Sé;^uiei% qui fut longtemps notre conlrère, cultivait Tlgname de Chine, qui venait paiiaitement bien chez lui. — M. le Président ajoute que dans le potager de M. Jac- quemart on cultivait également l'Igname sur une assez grande échelle, et que cette racine alimentaire paraissait sur la table de nutre confrère comme tous les autres légumes. — M. Pichot signale à l'assemblée l'intérêt que présenterait une enquête, avec chiffres à l'appui, sur les nombreux fruits exotiques que nous voyons aujourd'hui à Paris chez les mar- chands de comestibles et sur la part que la Société a pu prendre dans le développement de ce commerce. Pour le secrétaire des séances, Jules Grisard, Secrétaire du Comité de rédaction. III. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Les Souris migratrices. — On a noie dans le sud-ouest de la Russie un fait 1res extraordiuutre : les Souris ont disparu non seule- ment des campafrues, mais encore des villes et des villages. Le Kiew-Slowo rapporte qu'il y eut au printemps de l'anne'e der- nière, dans celle région, une telle abondance de Souris que les habi- lanls, ne parvenant pas à s'en préserver, éprouvèrent des pertes sé- rieuses pour leurs récoltes. Mais, au printemps suivant, ces rongeurs avaient déserte la contrée. Les nombreux trous pratiques par eux dans les champs et les jardin-î témoignaient seulement de leur pas- sage. *^- Empoisonnement des Faisans par les feuilles de l'If. — A diverses reprises ou avait constate dans d^s faisanderies d'Angle- terre que les Oiseaux périssaient sans qu'on pût en déterminer la cause. Récemment, l'on disséqua plusieurs de ces Faisans et l'on dé- couvrit une forte irritation dans tout l'organe digestif et particulière- ment dans le gésier. En examinant sous le micro.ecope les restes de nour.-iture, on reconnut qu'ils avaient mangé une grande quantité de feuilles d'If {Taxas baccata] et qu'ils en étaient moris empoisonnés. On se préparait à annoncer au propriétaire de la faisanderie le ré- sultat de l'autopsie, quand on reçut d'autres Faisans qui avaient été trouvés morts près du même If que les premiers. Le même cas d'em- poisonnement fut couslaté chez eux. L'arbre portait des chatons femelles. Il paraîtrait donc que Vif femelle possède seul une action mortelle sur les Faisans. De S. Sur l'élevage des Abeilles dans l'Afrique centrale. — Les Wakawironoas qui habitent Kabara, village situé dans le Ka%vi- rondo, près du lac Victoria Nyanza, élèvent les Abeilles d'une façon assez originale. Sir J. Thompson trouva des ruches dans presque toutes les huttes. La ruche se compose d'une bûche de bois creuse, fixée dans le mur de l'habitation. Il existe une issue à l'extérieur pour les Abeilles. Mais c'est à l'intérieur que l'indigène retire les rayons de miel. La fumée épaisse qui remplit ordinairement la hutte donne au miel une cou- leur noirâtre et lui communique un goût fort désagréable. Cet état de choses n'inquiète nullement les Abeilles, et les Wakawironoas se ré- galent de leur miel. De B. U Gérant : Jules Grisard. 1. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE. NOS ALLIES CONTRE LES SAUTERELLES Par m. J. FOREST aîné. La prospérité de notre Afrique du Nord est mise cruelle- ment à l'épreuve par un fléau qui semble acclimaté et se reproduit régulièrement depuis quelques années. Aujourd'hui une des plus importantes questions pour l'avenir de la colo- nisation est sans conteste celle qui assure l'agriculture contre son ennemie la plus terrible « la Sauterelle » (1). On a écrit sur ce débat de nombreux volumes, on a com- pilé des in-quarto, on a discuté chimiquement, physiquement et le résultat malheureusement obtenu a été insignifiant, malgré le bon vouloir de chacun et malgré les sommes con- sidérables dépensées à cet effet. La pratique du procédé chypriote ol'flciellement adopté durant ces trois dernières années, l'emploi des auxiliaires : Champignons entomophytes, diffusion de Crapauds, nuages asphyxiants, etc., etc., ont-ils satisfait aux espérances de leurs inventeurs et aux besoins du pays ?. . . Le Criquet, à chaque invasion et à quelque espèce qu'il appartienne, fait table rase des récoltes, se joue des em- bûches qu'on lui dresse, et des autodafés dont nombre des siens sont victimes. La recherche de moyens destructifs moins aléatoires s'im- pose par la comparaison du maigre résultat défensif obtenu en regard de l'importance des pertes en nature, dépenses en argent pour appareils, etc. . ., travail pénible et excessif, non rétribué généralement, imposé à l'armée, aux colons et sur- tout à la population indigène. Peut-être avons-nous trouvé, sinon le remède absolu, du moins une atténuation dans le moyen que nous allons exposer dans cette étude. ^1) Voir ïMistorique des invarions de Sauterelles et des moyens de défense, par M. Kunckel d'Herculais, aide naturaliste au Muséum de Paris, l'ait au Congrès d'Oran en 1888, el publié dans le Bulletin de l' Ascociation française pour l'avancement det sciences. 5 Février 1893. 7 98 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. « La lutte la plus âpre que l'homme ait à soutenir contre » la nature animée est sans contredit le combat incessant ). qu'il est obligé de livrer aux. innombrables et redoutables » légions des insectes. L'insecte, dans les différentes .trans- » formations de sa vie, est son grand ennemi, ennemi le plus » souvent invisible, qui l'envahit mystérieusement, silencieu- » sèment, de toute part, et monte à l'assaut de son œuvre avec » une ténacité et une sûreté de tactique contre lesquelles, » dans la plupart des cas, tous ses efforts sont vains. Une ). indestructible armée de petits êtres malfaisants, dont l'ef- » frayante fécondité renouvelle sans cesse les rangs, ravage )) ses récoltes, détruit ses bois de construction ou de chauf- » fage, fait sécher sur pied les végétaux dont il se nourrit, » tarit les richesses de ses vignobles, fait tomber en lam- » beaux, en poussière, les vêtements dG^at il se couvre, les y, riches étoffes dont il décore sa demeure, mine sourdement » ses digues. » a Contre de tels ennemis, l'homme, a-t-on dit, serait im- » puissant sans l'oiseau. L'oiseau est l'auxiliaire précieux, ); rallié fidèle qui empêche le maître de la création de suc- » comber dans cette lutte inégale (1). » Voilà la question posée et bien posée par le distingué or- nithologiste M. Magaud d'Aubusson, qui précise bien exac- tement la situation résultant de la disparition et de la destruction inintelligente de nombreuses espèces d'oiseaux insectivores. Eh bien, oui, notre moyen est bien simple : nous voulons faire notre auxiliaire de cette légion d'oiseaux, pour com- battre utilement les Sauterelles , et en débarrasser le sol de l'Algérie. Car la situation continue à être grave et si l'on ne trouve un remède contre ce fléau, fléau se répétant régulièrement depuis plusieurs années, leur exi)ansion dans le sud-ouest de l'Europe en sera la conséquence naturelle. Elles traverseront la Méditerranée par la Sicile et l'Espagne et côtoyant le ri- vage elles tourneront les obstacles insurmontables à l'inva- sion : les chaînes de montagnes des Pyrénées et des Alpes. Les invasions par l'est suivent la vallée du Danube, la Russie et la Silésie et sont arrêtées par le massif des Alpes. La haii- (1) L. Ma{;;aud d'Aubusson, Bévue des sciences naturelles appliquées, 1890, t. I,p. 404." XOS ALLIÉS CONTRE LES SAUTERELLES, 99 teiir des montagnes et le froid sont des obstacles insurmon- tables à leur expansion. Nous devons craindre leur acclimatation permanente en Europe où elles compléteront désastreusement la collection des ennemis de nos cultures. L'Amérique du Sud, non plus, n'est pas épargnée- tout récemment Mendoza (République Argentine), centre' d'un vignoble important, a été ravagé par les Sauterelles venant du sud. Toute la province a été couverte par des bandes serrées d'une largeur de plus de 100 kilomètres qui n'ont laissé ni une feuille, ni un grain. La province fait une perte déplus de vingt-cinq millions de piastres; ce désastre n'est pas fait pour encourager la création de nouveaux vignobles et retardera de longtemps la production du vin, devant rivaliser avec le vin européen, non réalisée à ce jour faute d'installa- tions convenables soit : caves, matériel vinaire, bons pro- cédés de fabrication, etc. . . , etc. . . A quels oiseaux d'Afrique faut-il de préférence donner cette mission purificatrice ? C'est ce que nous allons étudier en décrivant les oiseaux plus particulièrement destructeurs de Sauterelles dans la colonie du Cap de Bonne-Espérance, contrée qui, sous bien des rapports, offre une grande analogie avec notre Afrique septentrionale, comme climat et produc- tions naturelles; nous citerons également quelques espèces rendant les mêmes services dans les Savanes de l'Amérique et dans les déserts de l'Australie. L'ordre des passereaux nous fournit nombre d'auxiliaires dont les plus importants sont : P les Alaudinés ; 2« les Stur- nidés. L LES ALAUDINÉS — LES ALOUETTES. Les Alaudinés sont des oiseaux qui se plaisent dans les lieux découverts et aussi partout où l'homme a porté la cul- ture, c'est dans les champs défrichés qu'ils se tiennent t.m. de préférence. Les diverses espèces se nourrissent de ver<. de petites Chenilles lisses, d'œufs de fourmis et d'Araignées' des œvfs cl des larves de SaiitcreUes, enfin, de tous les in- sectes qu'elles rencontrent dans les champs ; elles man"ent aussi des graines, mais seulement celles qui sont huileuses et ne touchent point aux semences farineuses du moins •{ 100 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. rétat de liberté. Elles ont toutes aussi, en général, une sorte de chant quelconque plus ou moins agréable. Elles nichent à terre, se vautrent dans la poussière et sont toutes plus ou moins délicates à manger ; celles qui habitent les lieux in- cultes ne valent pas celles qu'engraissent les plaines fertiles de la Beauce et de toutes les contrées cultivées. Sans doute, quelques espèces d'Alaudinés et peut-être la plupart mangent parfois des graines, mais en général et le plus habituellement, même dans les contrées les plus arides de l'Afrique et de l'Asie, elles n'en restent pas moins insecti- vores ; et si quelques-unes sont pourvues d'un bec fort et robuste, c'est uniquement parce qu'elles ont aiïaire à de gros insectes, et surtout que ces insectes gros ou petits, pour être surpi'is et déterrés par elles, leur demandent les plus grands efforts et le travail le plus opiniâtre et par suite un instru- ment rostral en rapport avec ces difficultés. C'est efïecti • vement un fait avéré que les espèces d'Alaudinés confinées dans les déserts de l'Afrique n'en demeurent pas moins in- sectivores malgré l'aridité du sol et l'absence de toute végé- tation apparente. La preuve en est qu'elles savent fort bien deviner les endroits du sol qui recèlent leur nourriture favo- rite, et principalement les Curculionidés, qui se réfugient dans ces souches ou racines plus nu moins végétales toujours enfouies sous les sables qui les recouvrent et que l'instinct "seul des animaux propres à ces contrées leur fait décou- vrir (1). Ainsi, dit J. Terreaux, quant aux espèces propres à l'Afrique : les Sirlis se trouvent toujours dans les régions sablonneuses, les Mirafres dans celles dont le sol est ferru- gineux ou métallifère et les Macronyx seuls dans les plaines herbeuses où abonde la végétation. L'Alouette est le musicien des champs, son joli ramage est l'hymne d'allégresse qui devance le printemps et accom- pagne le premier sourire de l'aurore; on l'entend dès les beaux jours qui succèdent aux jours frais et sombres de l'hi- ver, et ses accents sont les premiers qui frappent l'oreille du cultivateur vigilant. Le chant matinal de l'Alouette était chez les Grecs le signal auquel le moissonneur devait commencer son travail, suspendu pendant la partie de la journée où les feux du midi d'été imposent silence à l'oiseau, mais quand le (1) D' Clienu, Encyclopédie d'hisloirc naturelle, oiseaux, \lh partie. NOS ALLIES CONTRE LES SAUTERELLES. 101 .soleil s'abaisse vers l'iiorizon, elle remplit de nouveau les airs de ses modulations variées et sonores; elle se tait encore lorsque le ciel est couvert et le temps pluvieux; du reste, <^lle chante pendant toute la belle saison (Gueneau de Mont- beillard). La plupart des naturalistes ont nié mal à propos que les Alouettes lussent des oiseaux de passage ; mais si l'émigra- tion des Alouettes ne peut être révoquée en doute, il est aussi vrai de dire qu'elle n'est que partielle, et qu'une grande quantité d'entre elles restent dans les pays qui les ont vues naître. Quoique très fécondes, les Alouettes sont moins nom- breuses de nos jours qu'elles ne l'étaient autrefois. L'on a observé que la quantité d'Alouettes a sensiblement diminué de- puis une cinquantaine d'années. Plusieurs causes concourent à cette diminution. Les grands froids et surtout les neiges abondantes dont la terre reste longtemps couverte font périr une prodigieuse quantité d'Alouettes. Les oiseaux de proie en détruisent aussi beaucoup en été; mais l'homme est ici, comme en tout, le plus vorace, le plus acharné, ajoutons le plus imprévoyant des destructeurs (par la fabrication indus- trielle des pâtés de Chartres, de Pithiviers, etc., le bra- connage nocturne à l'aide de filets traînants, etc., etc., etc.). L'Alouette se vend en quantité innombrable aux halles de Paris, sous le nom de Mauviette, durant toute la saison de chasse ouverte, mais surtout à l'époque des grands froids, l'hiver. Nos législateurs mettront-ils un terme aux massacres d'in- sectivores qui sont devenus une véritable industrie en France et en Algérie ? Nous relaterons brièvement les divers genres sans descrip- tion plus spéciale, les mœurs de la famille entière étant sem- blables avec la différence du milieu où vivra l'espèce par- ticulière : I. L'Alouette bateleuse {Megalophone apialus). — Par- ticulièi*e au Cap de Bonne-Espérance, cette espèce qui offre deux variétés se distingue de l'Alouette européenne par son riche plumage agréablement bigarré (Verreaux). II. L'Alouette calandrelle {Alauda brochydactyla). — Habite la Provence, la Ciiampagno, les Pyrénées, le long delà Méditerranée el presque tout le midi de l'Europe ; est très ré- 102 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. panclue depuis le Pruth jusqu'à la mer Caspienne (Degland). III. L'Alouette du désert {Alauda déserta). — On trouve cette espèce dans le sud de l'Europe, en Grèce, dans le midi de l'Espagne, en Portugal et dans le nord de l'Afrique (Degland). IV. L'Alouette des champs [Alauda arvensls). — Se trouve dans toute l'Europe et l'Afrique septentrionale, dans les terres cultivées. 2^' GENRE. — Les Cochevis [Galerida). Se distinguent de l'espèce précédente par la huppe ou crête formée par les plumes cervicales allongées et érectiles. 1° Le Cochevis huppé [Galerida cristata). — Habite les parties tempérées et méridionales de l'Europe ; commun et sédentaire dans presque toute la France (Degland). 2" Le Cochevis lulu {Galerida arborea) (Brehm). — On trouve cette espèce dans presque toutes les parties de l'Eu- rope. Elle est répandue partout en France, est sédentaire dans quelques contrées, comme les Landes et le département du Var, n'est que de passage dans d'autres. 3« genre. — Calandre [Melanocorypha calanira). On trouve cette espèce en Italie, en Sicile, en Sardaigne, en Grèce et dans les parties les plus méridionales de la France. Elle est également abondante dans la Russie méri- dionale, partout dans les steppes (Degland). Elle est remplacée dans l'Inde par le Mirafra Javanica. Ce genre contient neuf espèces particulières à l'Asie, l'Afrique et rOcéanie, et ont les mêmes mœurs que nos alouettes. IL — LES STURNIDÉS. Nous décrirons les trois espèces les plus connues et dont l'acclimatation nous paraît le plus facile. I. L'Etourneau commun (Slirmus vulgaris). — L'Etour- neau est un oiseau voyageur ; il apparaît l'hiver dans le midi de la France, l'Espagne, l'Italie, la Grèce et le Nord de l'A- NOS ALLIÉS CONTRE LES SAUTEHELLES. 103 Trique, cependant il niche dans les Pyrénées et dans la partie méridionale des Alpes. Malgré les massacres prodigieux qu'on a faits de cet utile oiseau en Italie et en Espagne où j'en ai vu vendre par sacs pleins durant l'hiver, leur nombre ne semble l>as décroître. L'Etourneau mérite d'être protégé avec soin ; il rend d'é- normes services à l'agriculture en détruisant les insectes, les Vers, les Limaces, les Chenilles, les Sauterelles, etc.. En Allemagne, depuis 1856 on est arrivé à faire reproduire en liberté cet oiseau en installant des nids artificiels, et tous les ans au printemps ces oiseaux reviennent régulièrement net- toyer les campagnes. Leur destruction absolument interdite est le témoignage de la reconnaissance publique des services rendus à l'agriculture. IL Les Martins-Pastor. Le Martin pastor {Pasfor ro- seus). — Le Martin diffère peu physiquement de TEtour- neau, mais il a les mêmes mœurs, son habitat est depuis le sud-est de l'Europe à partir de la Hongrie, la plus grande partie .de l'Asie centrale et méridionale jusqu'aux Indes. Exactement la patrie du Pachytylus migratorius, le Criquet l)èlerin. De là il arrive assez régulièrement en Gi'èce, plus rarement en Espagne, en France, en xlllemagne. Par contre, on le voit tous les hivers dans le sud de l'Asie. Il ne paraît pas tous les ans en égale quantité dans le pays du Bas-Danube et dans les steppes de la Russie. Dans de certaines années on n'y voit ([ne des individus isolés; dans d'autres on rencontre des troupes très nombreuses ; nous croyons que ces variations sont subordonnées à la plus ou moins grande abondance de Sauterelles, car le Martin rose est un destructeur d'acridiens très important consommant des Sauterelles exclusivement à la suite de leurs passages. Nous trouvons en Amérique les remplaçants de notre Etourneau européen dans le genre Sturnella (Vieillot), les deux variétés sont : 1" Le Slunius Ludoviciana. Cet oiseau habite l'Amérique du Nord, oîi il est nommé « Meadow lark » ; les Antilles et le Mexique, où il est nommé « Savanero » ; il est remanpiable par le plumage jaune de son abdomen, alors que le reste du- plumage ressemble à celui de l'Alouette. 'lOi REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 2° Le Shirnus milUarifi ou Etourneau militaire ; particu- lier à r Amérique méridionale, dont le plumage de l'abdomen est rouge. Les deux variétés, sauf cette différence de coloris abdominal, se ressemblent sensiblement et chacune, dans sa patrie, rend les mêmes services que notre Etourneau euro- péen. L'espèce la plus voisine des Sturnus et du Pastor est celle des Acridothères. Iir. Le Martin triste de l'Inde (Acrldollicres i)'istù). — Cet oiseau est le sujet d'une étude remarquable publiée en 1889, dans V Algérie agricole (décembre 1889, 2' nu- méro), par M. Ch. Rivière, complétée par l'étude du Martin rose et du Martin triste, par M. Magaud d'Aubusson, dans la Revue dea Sciences naUirelles appliquées (1890, I, p. 404). Les observations accordant au Martin triste un rôle très important comme destructeur d'acridiens, qu'il mérite réel- lement, doivent engager à persévérer dans les recherches des voies et moyens pour utiliser cette qualité au profit de l'Al- gérie. Je rappellerai les essais d'acclimatation à Alger, tentés de 1867 à 1889, ayant abouti à un échec complet, essais non re- nouvelés aujourd'hui. Ces échecs, attribués à la différence du climat de l'Algérie avec celui de leur pays d'origine (ceux importés à Alger provenaient de l'île Bourbon), pourraient, je le ci'ois, être réparés. Pour cela, au lieu d'introduire di- rectement en Algérie le Martin triste, son imi)ortation de- vrait se faire dans notre Soudan français par le Sénégal et le Congo. Ces oiseaux, qui, comme leurs congénères, sont migrateurs, seront amenés à la suite des passages de saute- relles, jusque sur le littoral algérien, et cette provende épui- sée, leurs conditions d'existence habituelle ne pouvant être satisfaites, retourneront dans l'intérieur de l'Afrique, qui de- viendrait leur patrie définitive. Les observations sur les migrations des oiseaux de l'Afrique équatoriale et australe établissent généralement une direc- tion de l'est à l'ouest et l'ice - versa, les migrations de l'Afrique centrale vont au Nord. Il est donc possible d'ame- ner l'existence d'un destructeur important de Sauterelles dans l'intérieur du Soudan, dont l'aire d'expansion serait NOS ALLIÉS CÙXTRE LES SAUTERELLES, 105 exactement celle des Sauterelles dans leurs pérégrinations du nord au sud et de l'est à l'ouest. Je ne crois pas que le Martin triste devienne jamais un oiseau sédentaire en Algérie ; il ne se plaît, en réalité, que dans les pays riches en eau et en végétaux de grande taille; l'habitude de nicher sur de grands arbres et de percher dans les roseaux des grands marais, ainsi que de boire et de se baigner beaucoup, habitudes générales aux Sturnidés : Etour- neaux, Martins tristes, pastors, seraient peu faciles à satis- faire dans l'intérieur de l'Algérie, et au surplus durant l'été, le manque de nourriture animale le rejetterait forcément sur les plantations, ce qui le rendrait insupportable par ses dé- gâts dans les vergers, vignobles, orangeries, etc., etc. En admettant que l'importance de l'objectif « destruction des Sauterelles » soit digne de la sollicitude des particuliers et des pouvoirs publics, je souhaite la prise en considération du vœu suivant : Transport d'un nombre assez important de Martins tristes sur la côte occidentale d'Afrique et, à l'arrivée, les lâcher par moitié, bien entendu à l'époque convenable, où, en liberté, ils trouveraient leur nourriture; l'autre moitié serait tenue en captivité et lâchée en temps opportun; après étude des moyens propres pour leur propagation certaine. L'Afrique centrale possédant une espèce voisine répandue de l'est à l'ouest, celle des Lamprothornis ou Merles métal- liques, il faudrait faire coïncider l'expansion en liberté des Martins importés à l'époque de la présence des Merles métal- liques sur la côte occidentale, après l'hivernage. L'expérience pourrait se faire très facilement et contra- dictoirement sur la côte orientale, elle se trouverait facilitée ])ar la proximité de Madagascar où l'on prendrait les Martins tristes qui seraient mis en liberté à Obock, pour se répandre dans l'Afrique équatoriale et centrale. Les observations sur les trois espèces : Etourneau, Martin rose, Martin triste établissent que l'acclimatation directe en Algérie du Martin rose donnerait le moins de difficultés, étant moins omnivore que le Martin triste et moins dangereux pour les plantations; cet oiseau, originaire des steppes de l'Asie, où il fait chaud autant que dans le Sahara et froid plus que sur l'Atlas, supporterait facilement le climat al- gérien. Nous avons exposé les procédés devant amener l'acclima- 106 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. tation complète des Etourneaux, des Martins tristes et des Mavtins pastors , T utilité de ces trois espèces d'oiseaux n'aura pas besoin d'autres démonstrations. Les trois grandes plaies de l'élevage au Cap de Bonne- Espérance sont : les Sauterelles, les Termites et les Taons. Ce dernier insecte est répandu dans tout le pays, dans les plaines, sur les montagnes, au désert et dans les terres culti- vées. Les animaux de transport particulièrement sont affligés par cette plaie ; souvent ils en sont couverts de dimension égale et même double à celle d'une Noisette. Il n'est pas rare d'en trouver deux cents au moins sur le dos d'un Bœuf. La nature prévoyante a mis le remède à côté du mal, en permettant à de nombreuses espèces d'oiseaux d'en détruire le plus possible. Il en est qui les recueillent par terre, les déterrent dans le sol ou même sur le, dos des animaux, no- tamment les Hirondelles, les Bergeronnettes, etc., etc., dé- barrassant surtout les Moutons en suivant leurs troupeaux. Durant l'hiver, des centaines de mille passereaux se nour- rissent de Termites et de larves d'insectes. Les pachydermes, les grands ruminants, trouvent assistance pour leur toilette auprès des divers hérons gardebœuf, garzette que l'on trouve toujours avec ces animaux. Il est incontestable que tous les passereaux de tout ordre et dimension contribuent à la destruction et restreignent le développement des insectes nuisibles. Aussi, nous demandons leur protection par une application rigoureuse des lois et rè- glements sur la chasse des oiseaux, et que les enfants, à récole, soient bien instruits de l'importance de la conserva- tion des oiseaux utiles. Au Cap de Bonne-Espérance, l'Européen ne pratique pas la chasse des petits oiseaux, tout au plus au moment des ré- coltes, les poursuivra-t-on, mais sans se servir d'armes à feu. Les services rendus par la destruction des insectes nuisibles font tolérer les légers dégâts qu'ils peuvent faire (1). Les nègres dédaignent la chasse des petits oiseaux à l'ex- ception de certaines espèces recherchées pour leur emploi dans la mode, soit : les Merles métalliques, Évèques, Coucous bronzés, Touracos, Sucriers, etc. . . et quelques petites es- pèces envoyées vivantes en Europe pour l'ornement des vo- [Vi D' E' Holub, Beitrcige ziir oniilholoyie Sud-Afnca. Wien, 1882. NOS ALLIÉS CONTRE LES SAL'TERELLES. 107 lières ; généralement tout oiseau insectivore est protégé et respecté par des lois ou par l'usage. Puisse cette leçon, donnée par des nègres, servir à nos colons algériens ! Nous allons brièvement présenter les divers oiseaux des- tructeurs de sauterelles en évitant l'amplification des descrip- tions qu'on trouvera dans les traités spéciaux d'histoire naturelle. ORDRE DES RA.PACES. I. La petite Crécerelle crécerine. {Tinminculus cea- chris). — Cet oiseau est assez répandu dans l'Afrique septen- trionale, dans les oasis du Sahara, sur les hauts plateaux et sur le littoral près des habitations et des centres de popula- tion. J'en ai vu des quantités importantes durant mon séjour à Mazagan, Maroc (mars 1891). Je n'avais pas observé ces charmants rapaces dans les autres ports du littoral de l'Atlantique marocain. Cet oiseau est sédentaire à Mazagan. II. Le Kobez vespéral. [Erypthropus vespertinus). — Dans les steppes de la Russie et de l'Asie centrale, la Créce- relle est remplacée par le Kobez qui s'y trouve en grandes bandes. C"est un destructeur de sauterelles supérieur à la petite crécerelle. Cet oiseau est migrateur : l'été en Europe, l'hiver aux Indes, il serait facile d'en faire l'importation en Algérie en profitant des relations régulières de Marseille ave<^ les ports de la mer Noire. Un autre petit rapace, l'Elanion mélanoptère, rend les mêmes services en Syrie et en Egypte où il est assez abondant. III. La Bondrée apivore. [Pernis apivorus). — La Bon- drée ai>ivore dans ses migrations du Nord de l'Afrique en Europe où elle niche au printemps, est aussi un oiseau des- tructeur de sauterelles, des œufs et des larves qu'elle déterre. IV. La Buse vulgaire. {Bnteo vulgaris). — Tout le monde connaît cet oiseau, mais son utilité incontestable n'est pas généralement reconnue. C'est un destructeur de premier ordre d'insectes, de rats, souris, reptiles, etc.. et ses mé- faits à l'égard des cailles, perdreaux sont insignifiants, rela- tivement aux grands services rendus. Sa destruction devrait (Hre absolument interdite, et de fortes amendes puniraient 108 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. les destructeurs ; ce système réussit très bien dans les colo- nies anglaises. Cette espèce est représentée dans le Soudan et l'intérieur de l'Afrique par : V. La Buse des sauterelles. [Polioniis ruflpennis). — Cet oiseau est particulier à l'intérieur de lAlrique et de l)assage dans le Nord-Est de l'Afrique. Il arrive au commen- cement de la saison des pluies dans les steppes du Soudan oriental et y est alors très commun, par cette unique raison (]uil y trouve une nourriture abondante. Dans ses mœurs le Polioniis se rapproche de la buse et de la crécerelle. Il se nourrit exclusivement de sauterelles. VI. Le Serpentaire [Gy pogeramiiz ,serx)entarms) n'existe ijue dans l'Afrique australe. Beaucoup de fermiers au Cap le conservent apprivoisé et il rend d'énormes services comme destructeur de serpents, de rats, de sauterelles. On a essayé d'acclimater cet oiseau à la Martinique pour détruire les serpents à fer de lance, le fléau de cette île ; le ser- pentaire reptilivore aurait disparu de l'île, victime de l'igno- rance des chasseurs. Parmi les rapaces nocturnes la petite chevêche doit être classée parmi les destructeurs de sauterelles. VIL La Chevêche commune. [Athene nocliia). — Ce petit hibou assez répandu en Algérie est un des oiseaux les plus utiles. Sa nourriture consiste surtout en petits mammi- fères, oiseaux et insectes. Il détruit des chauves-souris, des musaraignes , des souris , des hannetons , des sauterelles, etc.. . Mais les petits rongeurs forment son gibier principal. Nous avons donc tout intérêt à protéger un oiseau aussi utile. L'Italie est aujourd'hui le seul pays où on en élève encore beaucoup dans un but d'utilité. i.es Italiens ont soin d'ar- ranger sous les toits des endroits convenables, facilement accessibles où ces oiseaux viennent nicher. On y prend alors autant d'individus que l'on en a besoin et on laisse les autres en repos. Les Chevêches apprivoisées sont devenues en Italie de véritables animaux domestiques ; on les laisse, les ailes cou- pées, courir librement dans les maisons, les cours où elles prennent les petits rongeurs ; on les met surtout dans les NOS ALLIÉS CONTRE LES SAUTERELLES. 109 jardins où elles détruisent les limaces et la vermine sans causer le moindre dégât. VIIT. Le petit Hibou terrestre. (Pholeoptynx). — Toutes les steppes des deux Amériques sont habitées par de petits stri- giens qui sont très voisins des chevêches ; leur particularité consiste en ce qu'ils nichent dans des terriers. Leur nourri- ture est celle des chevêches. TX. Le Scops ou Petit duc. — Très répandu dans le midi de l'Europe et le nord de l'Afrique, a les mêmes mœurs que la Chevêche. Pour ces rapaces nocturnes on devrait bien suivre l'exemple de ce qui se fait en Allemagne. Partout il serait bon de ména- ger des endroits où nicheraient les Effraies et les Chevêches. Dans l'Allemagne du Nord, le pignon des granges présente une ouverture pouvant donner passage à une Effraie. Cette ouverture conduit dans une sorte de caisse, présentant à droite et à gauche des endroits convenables pour nicher, la lumière ne peut y pénétrer ; l'oiseau en entrant s'engage dans un couloir d'environ un pied de long, puis, au-delà, il est obligé de tourner soit à droite, soit à gauche pour entrer dans son nid. Vers l'intérieur de la maison, la caisse est soli- dement fermée, de façon à ce qu'on ne puisse venir troubler les oiseaux. Malgré le non classement de l'Effraie parmi les Insectivores, nous appelons l'attention sur les services que rend cet oiseau comme destructeur de rats, souris, etc.. en quan- tité prodigieuse. (A suivre.) L'AVICULTURE CHEZ L'ELEVEUR Par m. le marquis de BRISAY. (suite ^.) YI Encore un cliché rétrospectif, mais indispensable à docu- menter : la collection de Perruches de M. Rousse, à Fontenay- le-Comte. M. Rousse (Alfred; était compojiteur de musique. Il caressait dolce et amoroso la clef de sol ; quand , s'étant brouillé un jour avec son diapason, il chercha des distractions ailleurs. Dans les communes de la petite maison qu'il habite, à Fontenay, située en bon air et beau soleil, en un quartier excentrique, la Commanderie, se trouvait un petit local pouvant aussi bien être utilisé comme écurie, bûcher, salle de bains ou salle de concerts. Lïdée lui vint d'en faire une volière. La porte fut grillagée, Tintérieur sablé, plâtré à neuf et muni de perchoirs. Ce nouveau logis à destination spéciale reçut, comme habitants, un couple de Perruches Calopsittes. lesquelles valaient encore 30 ou 40 francs la paire à cette époque-là, c'est-à-dire vers 1875. C'était se donner à petit prix une consolation contre les ingratitudes du métronome. Mais, doué d'une sagesse — disons d'une mesure, qui allait bientôt lui être profitable, M. Rousse voulait aller piano, pia- nissimo, sachant qu'un début doit être mené moderato, dans toute symphonie de composition nouvelle. Les Calopsittes, jolies perruches de la Nouvelle-Hollande, au plumage gris et blanc , avec queue noire et tête ornée d'une huppe jaunâtre, joignent à l'originalité de leur parure le grand mérite d'être prolifiques. Celles de M. Rousse meu- blèrent si bien la maison que bientôt leur maître en vit cascader dans la volière, comme jadis sur le clavecin, des gammes ascendantes et chromatiques. Qu'il s'attendit ou non à cette reproduction en triple croche, il s'en montra très satis- (*) Voyez Revue, années 1891, 2° semestre, p. 479 ; 1892, 1" semestre, p. 520, et 2" semestre, p. 498. L'AVICULTURE CHEZ L'ELEVEUR. 111 l'ait. Il installa dès lors, en la même volière, nn orchestre de Perruches ondulées. On sait que ces petites bêtes, si jolies, si vives, jouent d'un gazouillement qui n'est pas désagréable. Ce n'est pas du Méhul, ni du Saint-Saèns, mais cela jette une note gaie dans un intérieur où l'archet a été mis non au violon, mais au croc. Elles pullulèrent. L'Ondulée était alors d'un élevage aussi facile que lucratif. Depuis, l'espèce, abâ- tardie par la consanguinité, n'a plus donné que des sujets difformes, nus et rachitiques, tout au plus bons à être croqués parles chats; mais, quand M. Rousse l'exploita, il n'en était pas de même. Tout allait allegrcllo. Pour agrandir ce local harmonieux, M. Rousse fit cons- truire un vaste tambour grillagé à petites mailles. Puis il en partagea l'intérieur — c'était, je me le rappelle, une oran- gerie — en deux sections, par une cloison perforée de quel- ques trous de moyenne ouverture. Les petites Perruches, voltigeant comme des arpèges, purent, par ces lucarnes, circuler d'une section dans l'autre, ce que ne pouvaient faire les plus grosses. Cette ingénieuse disposition permit de loger ensemble quelques espèces de taille différente, qui ne se nuisirent en rien : des Pennant, par exemple, et bientôt des Aras, des Cacatoès, quand la collection commença à partir en cadence. En 1876 ou 71, M. Rousse fit édifier un clavier de volières. Adossées au mur de clôture du jardin, elles faisaient face au levant ; et, comme disposition intérieure, elles étaient aména- gées avec une conception habile des instincts des oiseaux. Ces volières étaient de deux tons différents. Le premier modèle, de trois compartiments, comprenait un abri complet, vitré sur la façade par moitié, l'autre moitié restant ouverte avec la facilité d'être close par des paillassons au temps des grands froids. Cet abri mesurait 2 mètres de profondeur, sur 3 mètres de largeur et 3'",25 de hauteur au long du mur du fond. Ce premier modèle possédait également une partie à air libre en prolongement de l'abri, mesurant 3 mètres de profondeur, 3 mètres de largeur et 2 mètres de hauteur. Elle était grillagée à mailles fines, gazonnée, plantée d'arbustes et de salades sans cesse renouvelées. On pénétrait dans ces compartiments par un petit corridor de service circulant derrière les abris . Tous ces détails sont bons à faire connaître, Tinstallation 1.2 hEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ^5Ud. C-oitZov aU S-crvi À H 2« — c dbvL CÛTIX 1 — ^ \ ■'O^y- fetw.-t<^ . CÊ&^u*t-l^ ^vwtfCe-. L'A VICULTUBE CHEZ L'ÉLEVEUR. 113 que nous déci-ivons ayant été un Yrai t3^pe d'une facture spéciale, que devront imiter tous les exécutants désireux d'éviter un couac. Le second modèle comprenait six compartiments, dont chacun possédait un abri complet, fermé entièrement par une façade pleine à demi-hauteur du sol, éclairée dans la partie supérieure par un vitrage percé de deux petites ouver- tures carrées pour le passage des oiseaux. Cet abri mesurait 1 mètre de profondeur. En avant, sur une profondeur égale de 1 mètre se trouvait un hangar ouvert en façade, mais à toiture pleine en dessus et cbHure pleine sur les côtés. Ensuite, venait la partie grillagée à air libre, de sorte que les oiseaux avaient le choix constant du local où ils éprouvaient le besoin de se tenir. S'il faisait froid, ils demeuraient à linté- rieur, bien abrités des intempéries ; par un temps suppor- table, ils se tenaient sous le hangar, où ils se trouvaient au grand air, suffisamment garantis contre le soleil, le vent, la ]iluie, le gel. Ou bien, ils avaient le libre parcours de la partie grillagée, prenant leurs ébats sous l'enveloppe du réseau protecteur. Chacun des six compartiments, ainsi disposés, mesurait 3"', 50 de profondeur sur 2 de largeur. Il n'y avait point de couloir de dégagement. On y communiquait par des portes pratiquées sur le flanc du hangar ; et, chaque abri fermé était également muni d'une porte sur la façade. Ces dispositions étaient admirablement comprises, et la meilleure preuve des avantages qu'elles présentaient se trouve dans les succès remarquables obtenus, dans l'élevage (les Perruches, par notre ingénieux confrère. M. Rousse put alors procéder à Vandante capricioso, qui est le régal de l'amateur. Les installations étant prêtes, c'est (le faire le choix et l'acquisition des espèces qu'on veut y loger. Les Ondulées, les Calopsittes furent laissés dans cette orangerie modifiée à leur intention, avec quelques gros psit- lacidés. Dans les volières nouvelles, on voyait, en 1880, des Omnicolores,Palliceps, Pennant, Nouvelle-Zélande, Croupion rouge, Edwards, Swainson, Barraban, Caroline du Sud. A l'arrivée des oiseaux, on usait, à leur égard, d'un mode (l'installation particulièrement prudent. Ils étaient tenus enfermés, durant une quinzaine de jours, dans l'abri entière- ment clos du compartiuKMit qui leur était destiné. De nuMue, 5 Février 18i(3 8 114 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. pour le premier hiver qu'ils avaient à iVaiichir ; on les rete- nait dans l'abri pendant toutes les nuits, ainsi qu'au cours des jours très froids. Ainsi laits progressivement à la tempé- rature de nos contrées, ces psittacidés devenaient d'une rusticité extrême et, les années suivantes, tenaient brave- ment la pédale à toutes les rigueurs du climat, sans en être incommodés. C'était là un très bon début sur la scène de l'acclimate- ment, qui permit bientôt aux reproducteurs de ne pas faire relâche. Mais ce fut surtout par le mode de l'alimentation que M. Rousse parvint à conserver ses oiseaux et à les faire repro- duire. Il exerçait en cela, comme dans l'autre chose, avec un tact, et si vous voulez, un doigté rem^arquable. Sachant que les Perruches se nourrissent presque exclusivement de gra- minées fraîches, au paj'S d'origine, il variait leur ordinaire, ajoutant aux graines l'herbe, les choux, les salades, le pis- senlit, le séneçon, le mouron, des fruits divers frais et secs, des légumes cuits tels que carottes et pommes de terre, du pain au lait. Il leur distribuait, en été, le froment, l'avoine, le millet, le maïs en épis verts et laiteux. Elles ne manquaient jamais de verdure tendre, et, généralement, elles ne s'atta- quaient à la suprême ressource des graines sèches, qu'après avoir joué leur grand air sur cette verdure succulente, abon- ' damment distribuée. Le mystère de leur retraite était aussi très favorable à la reproduction. On leur offrait deux nids, accrochés au sommet de Fabri fermé, un à chaque angle, de gros nids creusés dans des troncs d'arbre, aussi des boites spacieuses, au milieu desquelles, au fond, était pratiquée pour la pose des œufs, une légère dépression concave. Elles y entassaient des brindilles de bois déchiqueté, de manière à s'y faire une cou- chette bé-molle. Quant à la provenance de ses reproducteurs, M. Rousse les prenait un peu partout ; mais il donnait la préférence à Toiseau d'amateur, l'estimant préférable à l'oiseau d'importa- tion. Il trouvait le premier tout acclimaté, surtout s'il était né en France; mais, avait-il, sur ce sujet délicat, entièrement raison? — Point d'orgue Je n'ai pas oublié que lors de la visite que je lui fis, vers 1882, il me fit voir un couple de Pséphotes à croupion rouge, dont il se réjouissait d'obtenir régulièrement deux petits tous L'AVICULTURE CHEZ L'ÉLEVEUR. ,M5 les ans. C'étaient des sujets achetés chez un amateur qui les avait vus naître. Deux petits tous les ans ! Mais j'avais alors un couple de cette même espèce, qui me donnait réguliè- rement, chaque année, deux nichées de cinq jeunes chacune, tous très parfaitement élevés. II est vrai que c'étaient des importés. M. Rousse avait aussi des importés quelquefois, et comme rien ne lui résistait, il en obtenait des familles entières. An commencement de son élevage, les neuf variétés ins- tallées dans les nouvelles volières ne firent pas florès. Les Caroline et Barraband ne reproduisaient pas ; les Swainson se contentaient de fréquenter la bûche, où elles faisaient en- tendre des fioritures qui n'aboutissaient â rien. Les Palliceps, les Edwards pondaient des œuls clairs ; les Nouvelle-Zélande et les Omnicolores donnaient quelques petits. Le premier beau succès qui fut obtenu vint d'un couple Pennant M. Rousse l'avait formé, en 1879, d'un mâle âgé de 2 ans,' acheté â un amateur, et d'une femelle venue de Londres,' c'est-à-dire récemment importée d'Australie, son pays natal.' Elle finissait sa mue d'adulte, ce qui prouvait qu'elle avait été prise toute jeune, excellente condition pour reproduire. — Dès le printemps de 1880 ce couple Pennant se mit â l'œuvre ; le mâle témoignait encore quelque froideur, mais la femelle, dont la bouillante ardeur allait crescendo, l''émous- tillait â coups de bec et d'ailes, caresses particulières à ce rnonde-là. Il céda, s'accoupla le 20 avril, et le 3 mai le pre- mier œuf fut pondu. Il y eut cinq petits qui, poco a poco, at- teignirent la taille d'adulte et firent honneur â leur extraction. La reproduction, une fois commencée, se continua avec bi-io les années suivantes, ce qui permit à M. Rousse de répandre cette belle espèce â nombreux exemplaires. En 1881, M. Rousse avait obtenu la reproduction du Lori royal, dit Perruche à scapulaires, qu'il avait acheté â Voiron, dans l'Isère. Cet oiseau splendide ne prolifie pas aisément. Néanmoins il donna deux jeunes qui formèrent un couple, dont la femelle pondit la première année, alors que cette espèce n'est ordinairement adulte qu'à trois ans. Pendant plusieurs années cette rei>roduction se renouvela comme la précédente, et fut un des plus beaux succès du genre. En 1882, M. Rousse avait éliminé de ses volièi-es les espèces improductives, telles que la Barraband, la Caroline. Il les M 6 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. avait remplacées par des sujets nouveaux. Il obtint, cette même année, la multiplication de la Perruche de Nanday, orio-inaire de la Patagonie. C'est un assez bel oiseau, vert pre ave'c la tête noire ; mais quel burleur ! quelle bête a caco- i.honie ' On se demande comment le maestro, habitue a la concordance des suaves mélodies, put supporter auprès de lui la permanence d'instruments aussi discordants. Ces Per- ruches font entendre, quand on les approche, tous les grin- cements d'une scierie à vapeur. Il en eut pour la première Ibis quatre jeunes. Puis, dès l'année suivante, il les fit bisser. LeVardin d'Acclimatation de Paris s'en fournit chez lui ; et ,'ependant, c'est une espèce à laisser de côté, en raison du misophone qu'elle porte dans son gosier. Mais la plus intéressante reproduction obtenue par M 'Rousse a été celle de la Perruche discolore de Latham, un oiseau mignon, vert et rouge avec quelques taches jaune d'or et si gracieux, si doux, doué d'un gazouillement si at- l--iblè qu'on ne peut rien voir de plus attrayant. Pendant rhiverde 1880 M. Rousse s'était procuré un couple de ces iolies Perruches, à Londres, et l'avait installé dans une de ses volières à clôture vitrée. En 1881, il ne remarqua aucune velléité d'accouplement. En 1882, la femelle pondit trois œufs qui donnèrent naissance à trois perruchons. L'élevage réussit très bien et l'instinct du musicien battant en mesure, au mi- lieu de cette nouvelle parti. . . ou parturition, il raconta que . tout le temps que ces oiseaux sont restés au nid, ils tai- saient entendre, lorsqu'on les regardait, un bruit de crécelle, semblable à celui qui est particulier aux jeunes Platycerques \près leur sortie du nid, ils font entendre partois un petit chant se rapprochant beaucoup de celui du Loriot «. Ceci était préférable. Depuis lors, ce couple Discolore donna tous les ans des ieunes • en 1883, une couvée de cinq ; en 1884, deux nichées, l'une de trois, l'autre de quatre petits. Les générations nou- velles laissées avec les auteurs de leurs jours, vivaient en accord parfait. C'était un vrai plain-chant. Aussi M. Rousse forma le projet de les réunir en société au temps des couvées, dans le but de remplacer les Ondulées, qui déjà détonnaient (l'une façon lamentable (produits nus). Or donc en 1885, dès février, deux paires Discolores lu- rent lâchées dans le même compartiment ; mais l'expérience L'AVICULTURE CHEZ L'ÉLEVEUR. 117 laillit manquer par suite du décès d'un des mâles. Toutefois, ce mallieur amena une curieuse découverte. Les deux le- melles furent toutes deux fécondées par le mâle demeuré seul, qui les visitait tour à tour dans leurs nids respectifs et leur donnait, en aubade, quelques becquées de son déjeuner. Elles menèrent à bien, l'une cinq, l'autre quatre perruclions, qui furent, comme de coutume, élevés avec une grande fa- cilité. Le problème était donc plus que résolu. La Discolore de Latham vit et se reproduit en société avec l'ensemble d'un orcliestre complet ; et il est vraiment fort regrettable qu'elle soit d'importation si rare, car ce serait plaisir qu'elle lut plus répandue ; et ce serait facile, étant aussi commune en son pays natal , que chez nous l'Hirondelle, dont les Anglais lui ont donné le nom. Daussi brillants résultats semblaient devoir attacher M. Rousse â l'élevage. Après avoir essayé un très grand nombre de Perruches, et parmi les plus rares, la Stanley, la Multicolore, la Ventre-Jaune, etc., il nous avait donné un petit manuel assez instructif bien qu'un peu trop succinct — d'aucuns disaient qu'il avait gardé par devers lui ses meilleures notes — mais c'étaient sans doute des critiques jaloux. Son livre contient réellement beaucoup de bonnes choses, sur- tout en ce qui concerne l'installation et l'alimentation des Perruches. Le public lui avait fait un excellent accueil. On pouvait donc espérer qu'il était tout à fait des n(3tres, rivé aux volières pour jamais ; et c'était une recrue dont nous n'avions qu'à nous glorifier. — Tout à coup le disque a tourné. M. Rousse a vendu ses oiseaux, mis le cadenas sur ses cages... et il est retombé sur ses anciennes amours. Il m'écrivit alors qu'il désertait l'élevage, pour se consacrer de nouveau, et exclusivement, à sa chère musique. . . Cette fugue rappelle le proverbe : Chassez le pas naturel, il revient en galop ! Je prends la liberté de dire ici, en finissant, que je me suis moi-même beaucoup occupé de Perruches. C'est par le goût et l'étude de ces intéressants oiseaux, pourtant bien fragiles, que j'ai fait mon premier pas, moi aussi, sur le terrain glissant de l'élevage. Seulement je n'ai pas voulu employer tous les soins minu- tieux que M. Rousse mettait à l'installation et à l'entretien de 118 REVUE LES SCÎENXES NATUIiELLES APPLIQUÉES. ces animaux. Aussi ii'ai-je pas réussi (l"une faron aussi géné- j-aie. — Je me suis dit que racclimatement devait risquer quelque chose, que l'éducation dans du coton ne faisait pas des Perruches, et que si l'on voulait réellement acquérir ces oiseaux australiens à nos climats, il fallait au moins leur en faire goûter les avantages et les inconvénients. Consé- quemnient j'ai repoussé le système des volières à triple tem- pérature, et j'ai négligé le surcroît de verdure préconisé par le maître. J'ai perdu beaucoup de sujets, mais j'en ai réussi pas mal aussi, ce qui m'a donné peut-être un petit mérite de plus. Dans tous les cas je ne m'en fais pas gloire, et je con- seille aux débutants d'imiter M. Rousse et pas moi ; leurs bourses certainement s'en trouveront moins allégées. Le système de volière que j'avais adopté consistait en un logis de deux pièces, je veux dire un abri couvert muni d'une clôture facultative (A du plan), dont on usait seulement par les très grands froids, et un jardin grillagé, sablé, planté d'un arbre sec pour perchoir (B du plan). La nourriture consistait en graines sèches, millet, alpiste, blé, parfois du tournesol ou du chénevis (surtout pendant l'élevage des jeunes], maïs bouilli, pâtée au lait, et comme verdure du séneçon fré- quemment, de la laitue rarement, et des grappes de millet vert le plus possible. Quant aux reproducteurs, je les al toujours préférés d'im- portation, et je me les procurais régulièrement chez Abra- ham's, à Londres. L'expérience m'a démontré que j'avais raison de m'en tenir à cette provenance, car si l'oiseau im- ]»orté doit subir une période d'acclimatement qu'on lui fait fj-anchir très facilement avec des soins, il devient la seconde année très robuste et très prolifique. Il est juste de dire que ceux dont le tempérament a été éprouvé sérieusement par la traversée, et toutes les misères qui l'accompagnent, périssent invariablement, ce qui produit une sélection convenable; mais, d'autre part, si les indigènes sont plus résistants à Li captivité et aux intempéries du climat, ils sont beaucoup moins reproducteurs étant déjà, par suite de leur origine, légèrement dégénérés. Pour donner un tableau d'ensemble et un résumé succinct, substantiel toutefois, de mon petit élevage de Perruches, je présente ici un plan de ce que furent les volières destinées à ce genre d'oiseaux. En voulant bien y porter les yeux, on y L'AVICULTUEE CHEZ L'ÉLEVEUR. N. 119 A J± A D B B 5 r B 7 B s 3 B Au 15 B ■m B H )- 1 15 B B -11 B A A A A A auv oL itne^ J>ennuJve^^L^€J^, i20 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. trouvera des numéros qui vont être reportés ici en tète d'ali- néas, et serviront à indiquer les compartiments dans lesquels telles et telles espèces ont été retenues captives avec les résultats qui en ont été obtenus. 1. 2. 3, Volière d'angle fort petite, environ 3 mètres de pro- fondeur sur 5 mètres d'extension d'un mur à l'autre, dans la partie la plus large. Au milieu, j'ai toujours eu des Ondulées. Ce sont même les premières Perruches que j'aie possédées. En général, c'était alors par elles qu'on débutait. Je n'en ai jamais obtenu un très bon résultat. La reproduction était faible quand les nouveau-nés étaient bien venus et bien em- plumés. Mais dès qu'elle forçait, c'était comme une machine déraillée. Les petits ne s'emplumaient pas, tombaient du nid comme des saucisses, et les parents perdaient leurs grandes plumes, queue et ailes, à la mue suivante. Il fallait tout donner aux chats des voisins. J'ai dû, cinq ou six fois, renouveler la race qui, belle et bonne au début, ne tardait pas à dégénérer et à tomber à rien. Cet inconvénient se présente surtout avec les indigènes. Les importés se tiennent mieux et plus long- temps, puis finissent, les femelles surtout, par périr de même. J'ai eu là aussi des Ondulées jaunes venues de Belgique. Elles ,' ont reproduit une fois, puis les femelles, que j'ai négligé de rentrer l'hiver, sont mortes sur leurs œufs à la ponte sui- vante. Dans le n° 2, j'ai tenu longtemps ma perruche de pré- dilection, l'Edwards; j'en ai eu beaucoup de petits, au moins quarante en quatre ans. Un couple de jeunes avait été placé dans le n'* 3 et donna également des petits, mais beaucoup moins que les importés, leurs parents. Plus tard, ce n° 3 a logé successivement des Croupion rouge, des Nouvelle-Zélande, des Lucien, des Discolores, sans résultat appréciable. 4. Petite volière excellente, exposée au soleil levant et munie d'un abri vitré entièrement sur chacun des deux côtés, c'est-à-dire une serre. Longueur totale 5 mètres , largeur 2 mètres. J'y ai conservé plusieurs années un splendide couple Perruche de Paradis, dont je n'ai eu que des accouplements. Plus tard un couple Multicolore; la femelle a pondu et couvé 3 œufs clairs. Ensuite des Croupion rouge qui ont pullulé au point d'en être gênants; des Edward's qui n'ont rien fait de bon, et dont le mâle est mort atteint du même piquage que les Ondulées. Ce sont les derniers Edward's que j'ai possédés C'est une espèce finie; elle n'est plus importée et ne se repro- L'AVICULTURE CHEZ L'ÉLEVEUR. ]i\ duit plus chez l'amateur. En dernier lieu, j'ai tenu dans cette sorte de serre un couple de Discolores de Latham, avec les- quelles j'ai obtenu un succès au moins égal à celui de M. Rousse. Cette espèce, très douce, a quelque chose de per- sonnellement attrayant comme l'Edward's ; son chant, sa la- miliarité, sa fécondité, son joli plumage, la recommandent largement. Comme l'Edward's, elle a complètement disparu. 5. Ceci est le premier compartiment d'un régime de volières comprenant 6 locaux de grandeur analogue pour grandes per- ruches. Le 5 et le 10 étaient â porte vitrée, les autres à baie constamment ouverte, hiver comme été. Les 5 et 10 mesu- raient 1 mètre 50 de largeur, les autres 2 mètres. La longueur totale pour tous était 5 mètres, dont 2 à l'intérieur et 3 au dehors. Au 5, j'ai tenu successivement plusieurs couples de Swainson, dont un m'a donné une nichée de deux jeunes. Stupidement j'ai voulu les déplacer, et dans la volière où je les ai portés, ils ont péri en deux jours. Ensuite j'y ai mis un couple Mélanure, dont je n'ai rien eu; ensuite un couple Pen- nant qui n'a pas produit non plus. Au 6, j'ai possédé un couple de Platycerques à Ventre jaune, assez rare oiseau qui n'a rien d'éclatant et dont je me suis défait. Plus tard, j'y ai placé des Pennant qui ont pondu et couvé des œufs inféconds ; plus tard, des Perruches de Bauer qui n'ont pas montré de velléité à se reproduire. Au 7, j'ai mis à plusieurs reprises des couples de Barnard splendides. C'est une espèce assez difficile à accli- mater et qui ne prolifle pas chez nous. Je n'en ai rien obtenu non plus. Au 8, des PalHceps ont niché â plusieurs reprises. Enfin, fatiguée, la femelle mourut. Le vieux mâle s'éprit d'une femelle Omnicolore qui logeait au 9, à côté de lui. Voyant qu'il la courtisait et lui offrait la becquée â travers le grillage, je la lui donnai. Leur reproduction fut assez curieuse, mais d'un plumage moins éclatant que celui des parents, toutefois dans les teintes gaies. Au 9, après ces Omnicolores dont le mâle était mort sans postérité, des Barraband furent logés qui donnèrent, â deux ans d'installation, trois jeunes oiseaux. Ils furent parfaitement élevés, et ce fait de reproduction n'est pas commun. Au 10, il y eut des Jendaya ; plus tard, des Adélaïde; ensuite, des Bonnet bleu ; puis des Ecaillées, qui ne donnèrent ni les uns ni les autres aucune reproduction. Il faut croii^p 122 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. que ce sont là des espèces peu communes, et encore fort peu essayées. Nous passons au second régime des Yolières , celui (jui s"ouvre à l'ouest, exposition assez mauvaise en général, et de laquelle je n'eus ici qu'à me louer. Elle est privée du soleil le matin, mais elle en jouit toute la journée et jusqu'au soir. Elle reçoit les coups de vent du sud-ouest, mais elle est abritée des bises glaciales de l'est, qui sont si fatigantes et si persis- tantes en hiver. Au n'5 11, un couple Nouvelle-Zélande donna quelques jeunes, mais peu robustes, de croissance trop lente. Il fut remplacé par un couple Omnicolore, venu de chez un amateur (par exception), et qui, pendant cinq ans, m'a donné, chaque saison, une nichée de trois petits. Ces Perruches, d'ailleurs d'importation, étaient d'une beauté et d'un éclat remarqua- l>les ; ce sont les meilleurs oiseaux, comme reproducteurs, (jue j'aie jamais eus. Au n» 12, j'ai logé à plusieurs reprises des Loris royaux, sans en rien obtenir. Une femelle ardente recherchait le mâle qui roulait des yeux effrayants à son approclie, mais ne savait faire que ça. Elle pondit des œufs clairs sur le sommet du tronc d'arbre qui lui était offert pour nid. Plus tard, un couple Trichoglosse-Concinnus fut lâché dans cette volière de grande dimension, et il y prenait de fols ébats. La femelle pondit et couva trois œufs pendant plus d'un mois. Ils étaient clairs. Au 13, j'eus des Erythroptère?^, des jeunes d'abord que je revendis peu après ; puis un beau couple d'adultes qui repro- duisit dès la première année, faisant deux nichées de trois jeunes chacune. C'est ce couple qui m'a valu les lauriers dont la Société d'Acclimatation a bien voulu me couronner — pour quelle pacifique conquête — en 1884. La seconde année, la femelle pondit sur son nid, et non dedans ; je laissai les œufs en les plaçant dans une boite plate, à fond garni de sciure. Les petits vinrent, mais ils se jetèrent du haut de leur cin- (juième étage et se rompirent le col sur le pavé. Ce bon et excellent couple, vendu à M. Hurel, à Laigle, lui a rap- porté plus de 2,000 francs , par la quantité de produits qu'il a donnés et qui ont été très lucrativement placés. Je lui repris, moi-même, un couple de jeunes. A trois ans, la femelle L'AVICULTURE CHEZ L'ÉLEVEUR. 4 23 pondit et couva très assidûment quatre œufs que le mâle n'avait pas fécondés. Au 14, des Mélanures furent longtemps hébergées, superbes, vives, gaies, en parfait état. Le mâle donnait ïa becquée à la femelle. Celle-ci, après l'avoir prise, s'enfuyait misérable- ment. Aucun résultat. Au 15, successivement vécurent des Omnicolores mauvaises qui muururent stériles, des Calopsittes qui nichèrent à foison, des Nanday qui liurlaient au passage des gens et des bétes, et que le vol d'une mouche iaisait tomber en épilepsie. Je voulais les lâcher et les expédier à coups de fusil. J'eus la chance d'en trouver preneur, huit jours après les avoir ache- tées. Quel débarras! Enfin, dans ce 15, un splendide couple Palliceps, composé d'un mâle indigène, né au Mans, et d'une femelle importée, vécut cinq ou six ans et nicha dès la seconde année. Il se montra d'une fécondité remarquable. Ses innules opposées entières ou finement crénelées, glabres sur les deux faces. Originaire de l'Asie méridionale, cette espèce se rencontre 126 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. en Cochinchine, dans l'Inde, le Concan et à Ceylan ; on la re- garde aussi comme indigène au Queensland. Son bois, de couleur rouge Lrun, veiné de rose A'ers le cœur, est tendre, facile à travailler, mais d'une durée limitée lorsqu'il est exposé aux intempéries. Très estimé pour l'ébë- nisterie, sa flexibilité le fait également rechercher pour la confection de brancards, avirons, etc.; on s'en sert aussi pour la fabrication de quelques instruments de musique. L'écorce et les feuilles sont données en décoction comme vermifuges ; les vétérinaires les prescrivent parfois sous di- verses formes contre les tranchées ou coliques des chevaux. Les graines de cette espèce sont oléagineuses. MELIA JAPONIGA Dox. Azédarach du Japon. Japon : Sendan, Oori. Arbre de taille moyenne, à feuilles bipennées, croissant abondamment au Japon dans les terres sablonneuses culti- vées du littoral, particulièrement au sud de Kiousiou, où il atteint ses plus grandes dimensions, ainsi que dans l'Ile de Nippon et aux environs de Yokoliama et Nangasaki . Son bois, de couleur rouge brun, est tendre et léger; ses couches annuelles sont larges et très visibles par suite de la croissance rapide de l'arbre. Il ne résiste guère à une exposi- tion prolongée à l'air, mais sa durée est suffisante pour qu'il liuisse être utilisé dans les travaux intérieurs de menuiserie. Dans l'île de Kiousiou, dit M. H. Dupont, les Japonais en font des caisses de tambours ; ceux-ci sont toujours formés d'un tronc d'arbre creusé intérieurement, dont on recouvre chaque extrémité avec une i)eau rabattue et clouée. Comme les diverses espèces appartenant à ce genre, l'Azé- darach de Japon produit de nombreux bouquets de fleurs qui rappellent assez le Lilas d'Europe, tant par leur couleur que par leur parfimi doux et agréable. Nous mentionnerons encore dans ce genre : Le Melia Banibolo Welw mss. (Afrique portugaise : Bom- hùlo.) C'est un grand et bel arbre forestier, à cime large et dilatée, qui se rencontre assez fréquemment dans les posses- sions portugaises de l'Afrique. Son bois, léger, assez résis- tant et d'un travail facile, est employé dans son pays d'ori- gine pour la fabrication d'objets variés utilisés dans l'économie LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 127 domestique. En outre, ce bois donne lieu à une industrie spéciale et intéressante, localisée dans une partie du district de Golondo Alto, et qui consiste dans la confection de petites caisses qui sont l'objet d'un trafic assez lucratif pour ceux qui exécutent ce genre de travail assez primitif. OWENIA CERASIFOLIA F. Muell. Colons anglais de l'Australie : Sioeet plum. Petit arbre d'une hauteur moyenne de 10 mètres, sur un diamètre de 25-40 centimètres, très ornemental, à feuilles composées de 6-10 folioles obliquement ovales-oblongues, obtuses, glabres en dessus, pubescentes en dessous, croissant spontanément au Queensland. Son bois, d'une belle couleur rouge foncé, agréablement veiné, est dur, d'un grain fin et serré lui permettant de prendre un très beau poli. Excellent pour les ouvrages de tour, il convient aussi admirablement aux travaux d'ébénis- terie et de tabletterie, et forme même, pour la colonie, un im- portant article de commerce avec la Chine. h'Owcnia venosaF. Muell. {Sour phcm des colons anglais) est un arbre de dimensions moyennes, commun au Queens- land dans les taillis des Brigalows, dans le district des Dar- ling Downs. Son bois, rouge, dur, solide et très résistant, est susceptible d'être utilisé avec avantage dans la construction pour petites charpentes, solives, chevrons, etc., ainsi que pour le charronnage, le tour et autres objets divers. Le fruit contient une pulpe légèrement acide, saine, qui est mangée avec plaisir par les indigènes. SANDORIGUM INDIGUM Cav. Mangoustan sauvage. JHelia Koetjape Brown. Sandoi'icum nervosum Bl. — Ternatum Blango. Trichilia nervosa Valh. Anglais : Sandal-tree. Annamite : San dûn. Birmanie : Thitto. Javanais : Sonlol, Kikatjapir. Malacca : Suntool outan. Malais : Kitjapi, Kctjapi. Sondanais : Hen (ocl, Katjapie. Bel arbre d'une hauteur de 25 mètres environ, sur .un dia- mètre moyen de 00 centimètres, à feuilles alternes, longue- 128 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. ment pétiolées, composées de 2 à 3 folioles amples, ovales, acumlnées, entières, lisses en dessus, tomenteuses en dessous. Originaire des Indes orientales, on le rencontrti en Cocliin- chine, à Penang, Siam, Malacca, Java, Bornéo, les Moluques, Liiçon, etc., ainsi qu'aux îles Maurice et de la Réunion. Son bois, d'un blanc olivâtre ou gris-brun, quelquefois très joli, est très tendre, d'un grain moyen, assez résistant et ne se fend pas en séchant. Employé quelquefois dans la construc- tion et pour la fabrication des meubles, on le débite plus sou- vent en madriers et en planches pour la menuiserie et la con- fection des caisses d'emballage ; on en fait aussi des chaloupes et des charrettes. Le fruit, appelé Mangouste sauvage, est une baie charnue, de la grosseur et de la forme d'une orange, marquée de côtes larges, mais peu saillantes ; les graines sont entourées d'un arille pulpeux, blanchâtre, fondant, fortement acide et géla- tineux, d'une saveur légèrement alliacée, que l'on peut manger cru, mais qui est peu estimé. Préparée en conserves avec du sucre, cette pulpe sert à faire des gelées, des confitures et des sirops astringents et très rafraîchissants, dont on fait usage contre la diarrhée. L'écorce de la racine est aromatique, stomachique et anti- spasmodique; ses propriétés astringentes la font également employer à Java, mélangée à l'écorce du Carapa obovata, l>our combattre la leucorrhée. Le Sandorîcum Harmandianum Laness. est un arbre forestier de Cochinchine qui fournit un bois plus dense et d'une durée plus longue que celui de l'espèce ci-dessus. Le Santoe-hodie de Sumatra est une espèce indéterminée du même genre, dont le bois est utilisé dans les constructions indigènes. SOYMIDA FEBRIFUGA A. Juss. Cedrela febrifuga Roxb. Htoietenia febrifuga Roxb. — Soytnida Dunc. — rubra Rottl. Anglais : East ludian Mahogany. Bengali : Rohn, Rohm, Sohn. Hindoustani : Rohuna, Bel arbre d'une hauteur de 20 à 30 mètres dont le tronc est LES BOIS INDUSTRIELS INDIGENES ET EXOTIQUES. 129 recouvert d'une écorce rugueuse, épaisse, fibreuse, noirâtre extérieurement, d'un rouge assez vif en dedans. Feuilles alternes, composées ordinairement de six paires de folioles ovales-oblongues, obtuses, lisses et luisantes. Originaire de l'Asie, cette espèce croit assez abondamment dans les forêts montagneuses des régions centrales et méri- dionales de la péninsule indienne. Son bois, d'un rouge éclatant, est solide, très durable, incapable de jouer et de plier. Très estimé pour les construc- tions, il convient admirablement aux travaux d'ébénisterie et pour la confection des panneaux destinés à recevoir des peintures à l'huile. Cette essence est fréquemment employée dans l'Inde pour la sculpture des diverses figures placées dans les pagodes. Ce bois, appelé Bastard cedar par les colons anglais, constitue un article de commerce assez considérable dans rinde et que l'on exporte aussi en Angleterre sous le nom de Red-iuood de Coromandel. L'écorce est inscrite dans la pharmacopée de l'Inde comme tonique astringente; on la regarde comme utile dans les fièvres intermittentes, la période avancée de la dysenterie et de la diarrhée, ainsi que dans les cas de débilité générale. Son prin- cipe actif est dû à une substance résineuse, presque incolore, soluble dans l'alcool et l'éther, peu soluble dans l'eau, déter- minée par Broughton. L'écorce de Soymida a été introduite dans la pratique médicale des Européens sur les indications de Roxburgh qui la préconisa comme succédané du Quinquina. SWIETENIA MAHOGANY L. Acajou à meubles, Mahogany, Cèdre des Antilles. ' Cedrus Mahogany Mill. Allemand : Maha/joiiibaum. Amérique espagnole et Espaf^ne : Caoba. Anglais : 3Iahoga7iij trce. Hollandais : jMahônijbootn, Nieuivbladboom. Italiea : Acaju. Jamaïque : Curlet mahotjanj/. Mexique : Rosadillo, Tepoimstli, Caobo, Zopi- lotl, Zopiloquahwitl, TzopilothontecoMitL Portugais : Acajû. Grand arbre d'une hauteur moyenne de 20 mètres, consi- déré avec raison comme une des plus belles essences fores- tières des régions tropicales; tronc droit et élevé, couvert d'une écorce cendrée glabre et lisse, atteignant jusqu'à 3 mèires et plus de diamètre à la base. Feuilles pennées, composées de 5 Février 1893. 9 130 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 8 folioles opposées, brièvement pétiolées, ovaUs -lancéolées, acuminées, entières, obliques à la base, siibcoriaces, épaisses, luisantes, d'un vert rougeâtre caractéristique. Originaire des parties chaudes de l'Amérique, le Swietenia Mahogany se rencontre aux Antilles, au Mexique, à la Flo- ride, etc., où il se plaît surtout dans les terrains fermes, durs, secs, rocailleux et même rocheux. Les arbres qui se déve- loppent dans les sols humides, sur le bord des cours d'eau, ont ime croissance plus rapide, mais ils fournissent un bois plus tendre et moins bien veiné. Cette espèce croît toujours isolé- ment au milieu des lianes et des autres essences et ne se ren- contre jamais en groupes ni en bouquets. L'Acajou, si célèbre par sa beauté et ses qualités, est un bois rougeâtre d'une teinte claire, mais devenant très foncée et même presque noire par une longue exposition à l'air; il n'est pas rare de le trouver nuancé agréablement de veines fines ou très larges, le plus souvent ondulées, ou encore semé de taches rondes ou ovales dues à la présence dans le bois d'un grand nombre de nœuds dont la couleur, tantôt sombre, tant(3t claire, tranche sur la teinte du fond. Assez dur, d'une texture compacte, d'un grain fin et très serré, l'Acajou est susceptible du plus beau poli. Solide, tenace, presque incorruptible lors- qu'il n'a pas à supporter des alternatives de sécheresse et d'humidité, il constitue une des matières premières les plus importantes utilisées dans l'industrie du meuble. Quoique son emploi ait quelque peu diminué dans ces derniers temps, il n'en reste pas moins un des bois les plus recherchés pour la menuiserie de luxe, l'ébénisterie, la tabletterie et la marque- terie. On l'emploie soit massif, soit en placage, pour recouvrir des bois plus communs. Malgré sa solidité, l'Acajou se prête mal à la sculpture et se casse assez facilement sous la gouge; aussi doit-on se contenter d'exécuter des travaux assez large- ment traités, car il serait pour ainsi dire presque impossible d'obtenir avec ce bois les détails légers et délicats qui donnent la valeur artistique aux meubles de style. Avant l'introduction de l'art métallurgique dans l'architecture navale, l'Acajou était largement utilisé par les Anglais et les Américains des Etats-Unis pour la construction de leurs navires, mais c'est encore avec ce bois que se font en partie les diverses embar- cations de plaisance. En Angleterre, on s'en sert aussi pour le montage des métiers à tisser, et en France pour la fabri- LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 131 cation des appareils électriques bien qu'il soit inférieur au Teck et même au Noyer, sous le rapport des conditions de conductibilité. Les Acajous d'ébénisterie sont ordinairement classés, d'a- près leur provenance, en Acajou de Haïti, de Honduras, de Cuba, de Yucatan, de Cayenne et du Sénégal (1). L'Acajou de Haïti est le plus estimé ; il est d'un rouge vif. d'un grain fin et serré, et sa densité varie entre 0.750 et 0.950.' Son prix élevé le fait réserver pour l'ébénisterie de luxe. Il arrive en billes équarries sous le nom de Mlles canoiis, longues de 2 mètres 50 à 3 mètres, sur 40 à 70 d'équarrissage.°Les Mlles- fourchues livoyiemiewt de l'endroit où l'arbre se ramifie en présentant des dessins variés ; leur bois est plus recherché et se désigne sous le nom (['Acajou ronceux, ces billes sont de plus faibles dimensions. Les Acajous de toute provenance, appelés « Bois d'Acajou, Acajou vrai, Bois de Mahogony, Mahononi, Mahogon, Mahony' Bois d'Amaranthe, etc. (2), se qualifient dans le commerce (1) Nous ferons remarquer à ce sujet que plusieurs de ces bois portant commercialement le nom à' Acajou, n'appartiennent pas tou- jours a la même espèce, mais bien quelquefois à des arbres de genres différents. ^ i: Acajou du Honduras est fourni par une espèce indéterminée du genre Swietenia ; c'est un des meilleurs après celui d'Haïti, mais il est plus difficile à travailler. Ou le reconnaît à sa couleur rouge paie qui ne brunit pas avec le temps. Son prix, relativement peu ëleve permet de l'employer dans la marine. V Acajou de Cuba vient de Pespéce; il est plus lourd que celui de Ilaiti, mais ses fibres sont plas grosses et sa couleur moins belle e.elui qui est importé en Europe est souvent vendu frauduleusement romme bois de premier choix. L'Acajou du Yucatan ayant pour origine une variété du S. Mahoaann est une qualité inférieure offrant quelque analogie avec celle du Hon- duras. i: Acajou de Cayenne est le « Bois d'amaranlhe » attribué par Quel- ques auteurs à un Cedrela, mais que nous croyons plutôt devoir repor- ter au Sv-ietema. ^ lensit^'"'^'"' '''' ^'"'^"'^ "'' d'Afrique est le Caïlcedra (Aliai/a Seuega- V Acajou a planches ou Acajou femelle est un bois rougeatre, léger résineux et amer provenant de plusieurs espèces du ^^ome Cedrela l^ Acajou ou CaôOano du Venezuela est une variété d'Acajou de qua- lité inférieure que l'on emploie surtout pour planches et madriers. (2) Le bois d'Amaranthe rouge de la Guyane ou Acajou de Cayenne, 132 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIO7EES. d'après la disposition des veines ou des nodosités qui forment à la surface les différents dessins auxquels ils doivent en partie leur valeur et qui leur font donner les noms d'Acajou uni, veiné, moiré, flambé, chenille, moucheté, tigré, rubané, panaché, etc., qui en indiquent suffisamment l'aspect. L'écorce de S. Mahogony est amère, astringente et tonique; elle est usitée aux Antilles contre les ffèvres intermittentes peu intenses. Le Stoietenia Angolensis Welw. (Afrique portugaise : Qui- baba da Quêta) est un arbre de grande taille et d'un fort dia- mètre, croissant principalement sur les versants des monts de Quêta. Son bois, de couleur rouge oa rougeâtre, de bonne qualité, est encore peu connu et mériterait certainement d'at- tirer l'attention des industriels et surtout des exploitants. TRIGHILIA CATIGUA A. Juss. Moschoxylon Catigua A. Juss. — affilie A. Juss. TrichiUa affinis A. Juss. Brésil : Catiguà, Catagoâ. Paraguay : Caà-tigiiâ. République Argentine: Catigiiâ. Arbre de dimensions moyennes dont le tronc acquiert en- viron 50 centimètres de diamètre, à feuilles pennées, com- posées de 5 à 7 folioles alternes, oblongues-elliptiques, lé- gèrement inégales à la base , très répandu au Brésil , au Paraguay- et à la République Argentine, surtout dans la pro- vince des Missions. Son bois, rouge, assez compact, solide, est employé tlans la construction; sa flexibilité le fait également utiliser pour la confection des brancards de charrettes. L'écorce, appelée ylc/«ii^ au Brésil, est riche en tanin et s'emploie surtout pour la teinture, à laquelle elle fournit des nuances variant du jaune orangé intense au rouge et au violet. est un bois lourd et ccympact, d'une belle couleur rouge uuiforme devenant d'un brun rougeàlre après avoir été poli. On l'emploie comme l'Acajou et pour les ouvrages de tour. Le bois d'Amaranihe violet est une autre sorte commerciale de bois et provient de plusieurs espèces du genre Copaïfera, du Brésil et de la Guyane, dont nous aurons à nous occuper dans la famille des Lé- gumineuses. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 133 FAMILLE DES OLAGINÉES. Les Olacinées sont des arbres ou des arbrisseaux dressés, quelquefois grimpants, rarement sous-frutescents, inermes ou épineux, glabres ou munis de poils rares. Leurs feuilles sont généralement alternes, simples, très entières, dépour- vues de stipules, assez souvent lisses et coriaces. Ces végétaux sont dispersés sur tous les points du globe, entre les tropiques ; on en rencontre aussi dans l'Australie extratropicale. Cette famille renferme peu de bois intéres- sants, quelques espèces sont astringentes, mais d'un emploi presque nul en médecine. Un petit nombre donnent des fruits comestibles et des semences oléagineuses. ANISOMALLON GLUSI-ffiFOLIUM H. Bn. Arbre forestier à cime dense et à rameaux anguleux, dont le tronc est recouvert d'une écorce blanche, lisse, mince dans les jeunes arbres ; feuilles alternes, assez amples, ovales allongées, acuminées, épaisses, coriaces, très luisantes en dessus, finement ponctuées de noir en dessous. Cette espèce, croissant spontanément dans les sols ferru- gineux de la Nouvelle-Calédonie, fournit un bois blanc et mou, se travaillant aisément, mais de mauvaise qualité et se pourrissant rapidement ; son emploi principal ne consiste guère qu'à fabriquer des caisses d'emballage et des planches communes. HEISTERIA COGGINEA Jacq. Anglais : Partrid(je-vwod, Partridgc pea. Guadeloupe : Bois perdrix, Bois de perdrix. Fois perdrix. Arbre de petite taille , ne dépassant guère plus de 5-7 mètres, à feuilles elliptiques, oblongues, arrondies à la base, croissant spontanément aux Antilles. Son bois, d'un gris un peu brunâtre, parsemé d'une multi- tude de petits points blanchâtres très apparents sur une coupe transversale un peu oblique, est dur, compact, d'un gris très fin lui permettant de recevoir un poli très brillant. Convenant admirablement aux ouvrages de tabletterie et de 134- REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. marqueterie et autres petits travaux de luxe tels que la confection des bois d'éventails, il présente tous les caractères du Bois de pet^drix du commerce, fourni par plusieurs arbres de la famille des Légumineuses, notamment par diverses espèces du genre Andira. Ses petits fruits charnus procurent une nourriture abon- dante aux pigeons et autres oiseaux, d'oii son nom vulgaire de « Pois perdrix ». OLAX WIGHTIANA Wall. Olax psittacorum Vahl. Fissilia j^sittacoram Lamk. Maurice et Réunion : Ecorce blanc. Bois de perroquet. Perroquet à petites feuilles rouges. Arbre de petites dimensions, à feuilles alternes, ovales, oblongues ou lancéolées, entières, originaire des îles Masca- reignes. Son bois, blanchâtre, à grain moyen, est assez dur, très flexible, mais cassant et peu résistant à l'humidité ; on s'en sert le plus souvent pour mâts d'embarcations et aussi pour quelques travaux abrités demandant peu de volume. Sa densité, après une année de coupe, est de 0,688. STROMBOSIA JAVANIGA Bl. Sondanais : Kilicitjang, Kihatjang laiit, Kiketijiip, Koyop, Kilaoet. Arbre d'une hauteur de 20 mètres environ, inerme, à feuilles alternes, oblongues, acuminées, glabres et luisantes, croissant naturellement à Java et dans les régions monta- gneuses des autres îles de la Sonde. Son bois, d'une densité moyenne et d'une texture fine et assez compacte, est très durable, inattaquable par les termites et résiste bien aux intempéries; il est peu sujet à se fendre parce que sa dessiccation ne s'opère que très lentement. Les insulaires s'en servent pour construire leurs habitations, ainsi que pour faire des pieux et des pilotis d'une longue conservation lorsqu'on a soin de ne pas écorcer la partie qui doit être enterrée. L'écorce est usitée dans la médecine indigène. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 135 XIMENIA AMERICANA L. HeymassoU spinosa Aubl. Ximenia muUiflora Jacq- Amérique du Sud : Âlvarillo del campo. Anj^lais : False Santal-ioood. Angola : Mvliinge. Annamite : Câi/ tao. Brésil : Ameixa ; le l'ruit : Ameixa-da-terra. Congo (l'ruilj : Gangi. Cuba : Yaiia. Guadeloupe : Oranger des falaises, Pru- nier êj'inettx. République Argentine : Albaricof/ne, Alharillo ou AhrihoqvAlla del campo. Trinité : Sca side plum. Zambèze : Vmpeque. Arbrisseau ou arbuste épineux, d'une hauteur de 2 mètres environ, à feuilles alternes, entières, ovales - oblongues, légèrement écliancrées ou mucronées au sommet. Originaire des régions tropicales de l'Amérique, cette espèce croît au Mexique, à la République Argentine, à la Trinité, à la Floride, etc. ; on l'observe également en Cochin- cliine, dans l'Inde, dans l'Australie et sur la côte occidentale de l'Afrique, au Sénégal, au Congo, à Angola et au Zambèze. Son bois, de très faibles dimensions, est jaunâtre, dur, serré et odorant ; il offre une certaine analogie avec le Santal auquel on le substitue quelquefois pour la fabrication de menus objets d'ameublement généralement faits au tour. Le fruit est un petit drupe oblong, de la grosseur d'une prune, se composant d'un épicarpe jaune, mince, d'une saveur amère et astringente , et d'une chair pulpeuse, d'un goût acide et un peu âpre, mais non désagréable. Il possède des propriétés purgatives marquées lorsqu'il est cru, aussi, est-il plus recherché pour la confection de confitures, de conserves à l'eau-de-vie et pour quelques articles de confi- serie. Le noyau renferme une amande blanche, bonne à manger et dont les nègres de l'Afrique retirent une huile douce qu'ils utilisent comme aliment et conmie cosmétique. L'écorce et la racine sont employées pour le tannage et la teinture en brun clair ; les feuilles sont purgatives. Le Ximenia Americana se recommande pour la plantation des haies, tant par son feuillage élégant que par ses fleurs qui possèdent une agréable odeur de girofle et d'oranger. [A suivre.) II. EXTRAITS DES PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ, SÉANCE GÉNÉRALE DU 6 JANVIER 1893. PRÉSIDENCE DE M. A. GEOFFROY SAINT-IIILAIRE, PRÉSIDENT. Le procès- verbal de la séance précédente est lu et adopté. M. le Secrétaire procède au dépouillement de la corres- pondance. — MM. Bocquentin et Montillot adressent des remercie- ments au sujet de leur récente admission dans la Société. — M. E. Paillard demande à recevoir en cheptel divers oiseaux aquatiques. — M. Trempé écrit d'Hyères (Var), à M. le Président : « Je croyais qu'il y avait une loi défendant la chasse aux petits oiseaux? Je rencontre ici. en me promenant, beaucoup de chasseurs qui, n'ayant pas d'autre gibier, il est vrai, ne font que la chasse de ces aides de l'agriculture. Je vous ferai remarquer qu'un habitant m'a dit qu'il y avait, dans la localité, huit cents permis réguliers et autant chassant sans, cela sous toutes réserves. » Comment se fait-il que M. le Préfet autorise celle chasse s'il y a une loi qui la défende? » — M. Bougère, d'Angers, demande quelle est l'origine du Poulet Capucin ? M. le Secrétaire fait observer, qu'à sa connaissance, du moins, il n'existe pas de race galline ainsi dénommée. — M. Froissard, de Douai, sollicite l'envoi de renseigne- ments complémentaires sur le foin de fagots, dont a parlé la Revue de décembre dernier. Nous avons signalé à notre confrère un mémoire très étendu publié par M. Ch. Girard, en 1892, dans les Annales agronomiques. — M. le comte de Galbert demande à prendre part à la ré- partition des œufs de Truite saumonée, annoncée par la Société, et il ajoute : « J'ai, depuis trois jours, quatre mille petites Truites e'closes avec un succès incroyable. Ma réussite de l'an dernier a e'té exception- nelle et j'en espère une semblable cette anne'e. PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 137 » D'ici deux ans, je serai, en mesure, non seulement de me re- monter moi-même seul, mais encore de fournir aux personnes qui en de'sireraient une certaine quantité d'œufs. » — M. le Secrétaire rappelle que la mise en valeur des ter- rains salés est une des questions qui occupe à juste titre notre Société, et à maintes reprises elle a pu faire d'importantes distributions de plantes halophiles, grâce au généreux con- cours de M. le baron von Mueller, Mais, jusqu'à ce jour, aucun travail d'ensemble na été fait sur ces végétaux pourtant si intéressants. L'un de nos collaborateurs, M. Vilbouclievitch, que l'im- portance et la nouveauté du sujet avaient séduit, vient de préparer pour notre Revue un mémoire dans lequel il a con- signé le résultat de ses premières études. — Ce travail est déposé sur le bureau. — M. le Président annonce à l'assemblée que notre con- frère, M. Vacher, a bien voulu offrir à la Société dix à douze mille œufs embryonnés de Truite de l'Iton : ils seront mis à la disposition des membres qui en feront la demande. — M. Raveret-AVattel appelle l'attention de la Société sur un récent rapport de M. Octave Péan, administrateur de Sainte-Marie de Madagascar. Ce rapport signale les importantes plantations de Caféier faites par M. Deroux. Commencées sur une petite échelle et augmentées graduellement, ces cultures occupent actuelle- ment une étendue de 220 hectares, qui seront, dans quelque temps, en plein rapport. Les succès obtenus par M. Deroux lui ont valu des imitateurs et aujourd'hui le Caféier est cultivé par un certain nombre de colons. — Renvoyé à l'examen de la Commission des récompenses. — M. le Président dépose sur le bureau un mémoire de M. Ernest Bergman, secrétaire général adjoint de la Société d'horticulture, sur les Orchidées de semis. — M. J. Grisard donne lecture, au nom de M. d'IIamon- ville, d'un rapport au Conseil général de Meurthe-et-xMoselle sur la chasse aux petits oiseaux. — A propos de cette communication, M. Pichot signale un fait intéressant qui se passe en ce moment en Ecosse, où l'cgne une invasion de Campagnols et de Mulots tellement '138 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. considérable qu'elle est déyeniie une véritable inquiétude pour les propriétaires fonciers. Le gouvernement lui-même s'en est ému et des enquêtes qu'il a ordonnées est résulté une singulière constatation. On se rappelle dans quelles gigan- tesques proportions s'est reproduit le Lapin introduit en Aus- tralie, il est devenu un fléau. Parmi les moyens employés pour en réduire le nombre, le plus sage et le plus pratique a paru être la destruction du Lapin par ses ennemis naturels. De grandes quantités de Putois, Fouines, Hermines, Belettes, etc., ont donc été demandées en Angleterre. Or, beaucoup de propriétaires écossais prétendent que la multiplication des Mulots a justement coïncidé avec ces exportations. Quoi qu'il en soit le gouvernement anglais Tient d'envoyer une mission en Grèce afin d'y recueillir le bacille du typhus qui sévit en Tliessalie sur les Souris et les fait périr en grand nombre. Il parait que ce typhus se développe avec une extrême rapi- dité et qu'en peu de temps les Souris sont toutes atteintes et viennent mourir à la surface du sol. Ce bacille a été cultivé l'année dernière à l'établissement bactériologique d'Athènes et de là on l'a répandu en Tliessalie en grande quantité, au moyen de petits morceaux de pain trempés dans cette cul- ture et répandus ensuite dans les champs infestés, le résultat obtenu a été absolument concluant. — M. Hédiard signale l'intérêt que présente la culture du Cognassier de Chine {Cydonia Sinensis) en Algérie. Son fruit très parfumé sert à faire des compotes et des confitures ; notre confrère en a aussi obtenu une excellente liqueur ; une pâte agréable est soumise à l'appréciation des membres pré- sents. L'Algérie pourrait, du reste, fournir un grand nombre d'autres fruits exotiques, mais, jusqu'ici, on ne paraît pas encore avoir suffisamment compris l'intérêt de ces cultures. Cependant, la consommation qui s'en fait à Paris devient d'année en année plus considérable. C'est ainsi que les Cherimoyas qui, autrefois, étaient presque inconnus à Paris, s'y rencontrent fréquemment; il est arrivé, cette année, deux à trois mille de ces fruits ; les Bananes, qui se consommaient peu, se vendent par milliers de régimes chaque année; la Chayotte commence aussi à être très connue, c'est un excel- lent légume très apprécié des créoles, etc. PROCES -VERBAUX DES SÉANCES D£ LA SOCIÉTÉ. 139 Mais la question de production n'est pas tout, il y a encore celle du transport. Il laut des soins minutieux pour que les fruits arrivent en bon état de conservation. Notre collègue veut bien promettre une note indiquant l'importance de certains fruits exotiques et signaler le mode d'emballage qui convient à chacun. — M. Bertlioule fait une communication sur l'Olafs fjord d'Islande. — A cette occasion, M. Raveret-Wattel présente d'intéres- santes observations sur les aptitudes que présentent certains poissons d'eau salée à vivre en eau douce et réciproquement. Pour le secrétaire des séances, Jules Grisard, Secrétaire du Comité de rédaction. III. CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE-MER. Les parcs à Daims de l'Angleterre. Aucun pays du monde ne paraît plus favorable que la France à l'e'levage du gibier, et cependant nous sommes oblige's de constater chaque année la diminution de la faune sauvage qui pourrait être une source de richesse et un appoint important dans l'alimentation publique, si sa multiplication était savamment dirigée et soigneuse- ment re'gle'e comme en Allemagne ou dans la Grande-Bretague. Les transformations de l'agriculture et les progrès de la civilisation ren- dent évidemment chaque jour plus difficiles les conditions d'existence à l'e'lat libre du gibier, grand et petit, au milieu de noire re'seau de voies ferre'es et de fils te'le'graphiques; mais pourquoi n'assurerait-on pas, pendant qu'il en est temps encore, la conservation de nos espèces sauvages par la cre'ation de re'serves dont les parcs à Daims de l'An- gleterre sont de pre'cieux exemples. Là, dans des milieux favorables à la reproduction, nos grands fauves pourraient prospe'rer, et, mis en coupe re'glée, comme ils le sont en Angleterre et en Allemagne, nous dispenser d'une partie du tribut que nous payons de ce fait à l'étran- ger, tandis que, livrés à eux-mêmes, pourchasse's et tracassés de mille manières, c'est à peine s'ils peuvent encore fournir aux plaisirs du petit nombre des favorisés de la fortune. Les parcs à Daims de l'Angleterre sont de très haute antiquité et datent, pour un grand nombre, de la conquête normande. Ce sont de vastes enclos de pâtis, de murs et de fossés qui furent dès l'origine des- tine's à mettre le grand gibier à l'abri du braconnage et à le tenir cons- tamment sous la main de son proprie'taire. Dans plusieurs on remarque encore des traces de saut-de-loup permettant au gibier sauvage d'y entrer, mais non pas d'en sortir. C'est au milieu de ces parcs que se sont dresse'es les somptueuses habitations de l'aristocratie anglaise, qui, essentiellement pratique même dans ses plaisirs, exploite aujour- d'hui le fauve, qui s'y est multiplié, aussi industriellement que toute autre production du sol. Les espèces qui trouvèrent d'abord un abri dans les parcs furent nombreuses ; plusieurs ont disparu par l'élimina- tion naturelle des types primitifs inconciliables avec la civilisation, et on n'y rencontre guère plus aujourd'hui que le Daim et le Cerf. En 1867, M. Evelyn Shirley a publie' une intéressante histoire des princi- paux parcs à Daims de l'Angleterre {Deer of deer parks), mais ce tra- vail, qu'on ne trouve plus* que dans les collections de quelques biblio- philes, vient d'être remis en lumière par M. Whitaker, qui a publie' à son tour un catalogue raisonne' de ces enclos privilégiés {A descrip- tive lisi of deer-parks and paddocks of England). La liste que publie M. Whitaker est-elle complète? Peut-être pas, quoiqu'il ait consacré plusieurs anne'es à son investigation ; mais toujours est-il qu'il nous CHROiXlQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE -MER. 141 présenLe un catalogue de 395 parcs où les Daims et les Cerfs sont entretenus en quantités variables, donnant au recensement un total de 68,331 têtes do Daims et de 5,477 têtes de Cerfs. Le comté d'York est do beaucoup celui où les parcs sont les plus nombreux, quoique le Gloucestershire, le Staliordshire,- le Northam- tonshire et le Sussex le suivent de près, et c'est dans le Susses que nous trouvons la plus grande surface de sol enclos consacre' à l'e'levage du fauve. Le plus grand parc de l'Angleterre est Savornake au mar- quis d'Ailesbury, dans le Wiltshire, qui mesure 4,000 acres d'étendue; il renferme un troupeau de 600 Daims et 120 Cerfs. Viennent ensuite: Windsor à S. M. la Reine, 3,000 acres, 1,000 Daims, lÛO Cerfs; — Knowslex, au comte de Derby, 2,600 acres clos de murs, dont 450 seulement sont aménagés pour contenir environ 200 Daims et 230 Cerfs ; — Eridge, dans le Sussex, au marquis d'Abergavenny, le plus ancien parc de l'Angleterre, le seul qui soit mentionné dans le Booms daij bool, comme contenant déjà des Daims ; il en nourrit 400 aujourd'hui et 100 Cerfs; — Duncombe park dans le Yorkshire, au comte de Feversham, contient 320 Daims et 300 Cerfs sur une surface de 2,240 acres ; — Blenheim, au duc de Marlborougb, dans l'Oxfordshire, quoique mesurant 2,254 acres, ne possède qu'une barde de 40 Cerfs. Les différentes espèces ou variétés de Daims et de Cerfs sont repré- sentées dans les parcs anglais. L'espèce la plus commune, le Daim, qui y paraît avoir étc introduite par les Romains, car le Daim n'est pas un animal autochtone dans la Grande-Bretagne et il se trouve en- core à l'état sauvage dans quelques forêts, comme la New-Forest, où furent mis en liberté, sous Jacques F% des Cerfs importes de France. Ces Daims sauvages et les Cerfs sauvages que l'on trouve dans certaines localités, dans le Devon et Somerset, par exemple, où M. Charles Basset estime leur nombre à 250, sans compter les Cerfs des montagnes d'Ecosse, ne sont pas compris dans le recensement de M. Whitaker. Dans les parcs qui nous occupent, plusieurs bardes sont composées de Daims noirs ou foncés, à pelage uniforme dont on attri- bue à tort l'importation de Norvège à Jacques D^''. Ce roi, grand im- portateur de gibier et de chiens de chasse, fît venir, eu effet, de ces Daims noirs en 1812. mais Leland, dans son Itinéraire de i33ô, signa- lait déjà l'existence de cette variété'. Une autre espèce tachete'e, dc'si- gnée sous li^ nom de racs de men'ie. aurait ëte importée de Manille, ou môme selon quelques auteurs produite par des croisements avec des Axis rapportés du Bengal, en 1742, par le capitaine Gough. ce qui n'est guère croyable. Citons un troupeau de 130 Daims blancs que nous trouvons dans Welbeck parc, au duc de Portland dont le trou- peau de Daims ordinaires est de 360 têtes. Ce parc, dans le Nottingham- shire, a 1,640 acres de surface et nourrit encore 130 Cerfs ordinaires et 14 Cerfs blancs. Nous trouvons des Cerfs blancs dans Langley park, dans le Buckinghamshire, à sir Robert Ilarvey, qui en possède :î5 tôles. 142 KEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Comme bien on pense, les parcs à Daims de l'Angleterre sont admirablement disposés pour y tenter l'acclimatation des espèces étrangères. L'Antilope du Cap, Canna ou Elan, a e'te' introduit à Tatton park (Cbesliire), cbez lord Egerton, mais ne semble pas v avoir pros- pe're'; les Kangurous ont été lâchés à Waddoncbase park (Buckin- ghamsbire), à Leonardslee park (Susses); des Springbok d'Afrique, des Wapiti d'Amérique, des Axis de l'Inde, sur différents autres points. Il y a des Chèvres de Cashmir à Stowe park (Buckinghamsbire!, à Ilampton (lîerefordsbire) et à Arundel P. (Sussex^; puis des Casoars d'Australie dans sept parcs différents et non moins de 21 Nandous, l'Autruche d'Ame'rique, dans d'autres propriétés. Mais l'acclimatation qui semble avoir le mieux rc'ussi est celle du petit Cerf sika, du Japon et de Formose, dont la venaison a déjà fait son apparition sur le marché de Londres. M. Whitaker en a compté 248 têtes dans huit parcs différents; le troupeau le plus important étant celui de Melbury park dans le Dorsetshire, au comte de Ilchester. Il compte 80 tôles, et ce parc, de 500 acres, contient en plus 200 Daims et 60 Cerfs ordi- naires. Le troupeau de slkas de Ilursley park, à M. Baxendale, est en pleine formation et comptera une centaine de têtes. He'las ! l'ancienne race de Taureaux sauvages blancs à museau noir, des descendants des fameux Urus [Bos prim>'geniu&) de Jules Ce'sar, ne se trouve plus que sur deux points : Chillingham dans le Norlhum- berland, au comte de Tankarville où nous en comptons 75 têtes, et Chartley park, dans le Staffordshire, à lord Ferrers, où il y en a 40. Mais nous avons été agréablement sur[)ris de de'couvrir une colonie de Castors dans le Sussex, chez sir Edmund G. Loder. Son parc de Leonardslee est un vrai jardin d'acclimatation, peuplé de Kangurous, d'Antilopes de l'Inde, de Chevreuils, d'Axis et de Sikas. Sur plusieurs points, les grands seigneurs anglais ont essaye' l'in- troduction du Dindon sauvage d'Amérique, à Bickling P. et à Holkam P. (Norfolk). Les He'ronnières sont encore plus nombreuses que nous ne le pen- sions. La pre'sence de ces éehassiers est signalée sur une quinzaine de points, où leurs colonie?, de temps immémorial, continuent à construire en paix, sur les arbres séculaires, des nids groupés comme ceux des Corbeaux. Plusieurs de ces héronniéres comptent jusqu'à une cen- taine de nids chaque saison. Les e'tangs et lacs, souvent compris dans l'enceinte des parcs à Daims, sont en effet le refuge de sauvagines et d'oiseaux d'eau de toutes espèces, et leur offrent pour nicher des conditions toutes spe'ciales de tranquillité et de protection. C'est ainsi que les parcs anglais contribuent non seulement à con- server les espèces autochtones en les utilisant, mais encore aident à l'introduction des animaux étrangers; ils y rencontrent tout ce qui peut favoriser leur acclimatation en Europe. {Le Chenil.) ■ Fauconnier. lY. CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. Capture d'un Marsouin dans la Solway (Ecosse). — Au mois de septembre dernier, on a pris uu exemplaire de forte taille du Belphimis (Grampus) gladiator Lagép. près d'Annam, dans la rivière Sohvaj'. C'est le second cas d'apparition de cette espèce dans les eaux e'ccssaises. De B. Exportation des Grives et des Alouettes. — On signale le commerce d'Alouettes et de Grives qui se pratique entre Brigiiton et Paris pendant tout l'hiver. Ces oiseaux, pris au filet sur les dunes de Brighton, sont expédiés chaque jour à Paris par douze à vingt paniers, sans compter ceux qui se consomment en Angleterre. Le poids du panier est d'environ 20 livres anglaises soit 9 kilos. G. Concours de vitesse pour Pigeons entre Vienne-Berlin et Berlin- Vienne. — D'après les MitfheHungen des OnUtholo- gischeii Vereines, un concours de vitesse pour Pigeons voyagenrs doit avoir lieu prochainement entre les deux capitales. A Berlin, les So- ciétés colombophiles, Phœnix, Berolina et Comte Mollke s'y sont ins- crites. A Vienne, on compte sur l'adhésion de la plupart des proprié- taires de Pigeons et de la Société d'aviculture de Hudolfsheim. On lâchera dans ces deux villes cinq à six cents Pigeons. L'expérience promet d'être intéressante, car on ne peut prévoir les accidents atmos- phériques qui peuvent retarder les voyageurs dans les deux sens. Les lâchers seront contrôlés. De S. Protection des Alligators en Floride. — Une loi vient d'in- terdire pendant trois ans la chasse de ces Sauriens dans les lleuves de la Floride. Car l'on constatait que le>; régions d'où on les exterminait étaient bientôt envahies par les Rats qui dévastaient toutes les plan- tations et obligeaient même des propriétaires à abandonner leurs demeures. Les Alligators se nourrissant surtout de ces Rongeurs, on pense que cette mesure arrêtera leurs ravages. De B. Commerce des Poissons et des Mollusques en Angle- terre. — On a débarqué sur les côtes anglo-galloises, pendant le mois de janvier 1892, 331,292 cwt. de Poissons, représentant un poids de 286,984 livres. En janvier 1891, on estimait leurs arrivages à une valeur totale de 435,944 cwt , d'un poids de 364,689 livres. Pour les coquillages, ils se chillrent, en janvier 1892, à 20,195 livres, contre 24,151 livres en janvier 1891. De S. V. BIBLIOGRAPHIE. Les Orchidées de semis, par Ernest Bergman. Paris, 1892. Au gre de l'auteur, ce travail a seulement pour objet de mettre de l'ordre dans la nomenclature des hybrides obtenus, pendant les trente dernières anne'es, par divers cultivateurs d'Orchide'es, par la maison Veitch, de Londres, par M. Bleu, de Paris, et tant d'autres personnes. Aujourd'hui, la cre'ation des types hybrides n'est pas seulement un passe-temps, un eflfort scientifique, elle est devenue une affaire commerciale, car bon nombre de varie'le's créées sont aujourd'hui au commerce, elles viennent prendre leur place sur les catalogues des horticulteurs et dans les collections des amateurs et des jardins botaniques. La facilite avec laquelle s'opère la fécondation des végétaux rend relativement aisé le gain des hj^brides, et, pour multiplier ces variéte's nouvelles, on n'a pas besoin de recourir à des semis puisqu'il suffit d'e'clatcr le pied mère pour avoir un autre exemplaire exactement semblable à celui qui l'a fait naître. Au point de vue de la notion de l'espèce, la cre'ation des variétés hybrides a un intérêt de premier ordre, puisqu'on peut arriver à constituer des types nouveaux qu'on peut vraiment conside'rer comme de ve'ritables espèces, car elles ont leurs caractères propres, et se repro- duisent ensuite par semis plus ou moins semblables à elles-mêmes. Ce ne sont pas des résultats expérimentaux, plus ou moins dus au ha- sard, comme ceux que nous obtenons avec les animaux, ce sont des résultats pratiques aboutissant à des résultats commerciaux. Ces re'flesions ne s'appliquent pas aux seules Orchidées, car, à côté du catalogue descriptif publie' par M. Ernest Bergman, nous pourrions donner la liste des hybrides parfaitement caracte'risés de'crits, nom- me's, obtenus par le croisement d'espèces très nettement différentes les unes des autres, prises dans des familles naturelles comme les Rosacées, les Aroïdées, les Primulace'es, les Gesnériace'es. On ne saurait s'émerveiller assez des re'sultats obtenus par le sa- voir et l'adresse de ceux qui nous enrichissent ainsi de plantes nou- velles en faisant des croisements ingénieux, on pourrait dire parfois audacieux. Est-ce à dire que tous les hybrides aient des mérites supérieurs à ceux des plantes dont ils sortent ■? Ce serait une erreur de le croire, naais le gain d'une belle varie'té re'compense de bien des déceptions, et, au point de vue scientifique, l'étude de ces métis, qu'ils soient beaux ou laids, présente un inle'rêt toujours e'gal. G. de G. Le Gérant : Jules Grisard. I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ. REGNE ANIMAL INFLUENCE DE LA CONSTITUTION GÉOLOGIQUE D'UN PAYS SUR L'ACCLIMATEMENT DES ÉTRANGERS Par m. K. GERMAIN, Vétérinaire principal en retraite, Membre honoraire de la Société d'Acclimatation. La Revue des Sciences naturelles appliquées du 5 avril 1890 a inséré, sous ce titre, une note exposant, en substance, qu'en Cochincliine française, région géologiquement pauvre en éléments calcaires, les produits du sol ne peuvent fournir, dans leur intégralité, les éléments de réparation des pertes du système osseux aux êtres originaires des régions calcaires de l'Europe et montrant, comme conséquence, l'indication du chaulage des terrains afléctés à la culture maraîchère pour la consommation des troupes et des résidents européens. Cette note paraît devoir être utilement accentuée pour le fond par l'Appendice suivant, où les analyses de M. Terreil sont démonstratives de la pauvreté relative des produits du sol en éléments calcaires, et où celles de M. Bobierre sont probantes que le chaulage des terres rend riches, sous ce rapport, les sols pauvres en ces éléments. Enfin, en indiquant les règles du chaulage et par les obser- vations qui suivent leur exposé, cet appendice montre la question sous un jour intéressant, l'avenir à un point de vue humanitaire digne d'être pris en considération pratique. Si les Canaques de la Nouvelle-Calédonie sont des athlètes et si nos troupes y jouissent d'un état sanitaire si remar- quable, cela ne dépend pas seulement du climat, mais ou peut penser que la richesse des aliments végétaux en élé- ments calcaires y a une part importante. 20 Février 1893. «0 146 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Cette part peut être faite en Cocliincliine française pour nos soldats et nos résidents par le cliaulage des terrains de culture maraîchère et par l'exclusion de l'alimentation de tout légume provenant de terrains non chaulés. — Je dis légume, parce que certains fruits paraissent utiles : bananes, mangues, mangoustans, papaj'es. Il y a, pour cette opération, dépense et travail, mais on ne saurait dépenser trop d'argent et de peine quand il s'agit d'une moindre dépense de vies humaines. Périgueux, le 28 janvier 1892. APPENDICE. ANALYSE DES CENDRES DU FOIN DE COCHINCHINE. « Le tableau suivant contient la composition des cendres » du foin de Cochinchine, et, comme point de comparaison, » ^anal3^se des cendres du foin employé au Muséum d'his- » toire naturelle de Paris et la composition des différentes » cendres de foin analysées par M. Boussingault. Résidu insoluble dans les acides Chlore Acide sulfurique Acide phosphorique Acide carbonique Potasse Soude Chaux Magne'sie Oxyde de fer et alumine . Charbon CENDRES DU FOIN DE SAIGON. CENDRES DU FOIN DU MUSÉUM. 61.18 7.09 2.62 5.31 0.75 10.52 l 2.14 2.97 2.28 1.44 4.60 100.90 42.50 1.02 0.58 4.36 6.40 10.50 24.05 10.32 0.27 Traces. 100.00 CENDRES DE FOINS ANALYSÉKS PAR M. BOUSSINGAULT. 32.00 31.50 2.00 2.60 2.50 2.70 5.30 5.40 ^> 7.30 24.00 23.50 18.00 17.90 7.00 7.20 » 0.90 » » 90.80 99.00 47.17 3.10 2.28 7.81 9.49 8.81 20.58 » 0.75 » 99.99 RÈGXE AXDIAL. U7 » Ces analyses démontrent combien les cendres du foin de » Saïgon sont pauvres en substance calcaire comparées aux » cendres des foins dont les analyses sont données ici. ANALYSE DES RÉSIDUS DU RIZ DE SAIGON. « Ce riz n'est point décortiqué ; après la combustion, 11 » laisse 4,28 "/o de cendres dont voici la composition : Résidu insoluble dan- les acides 74.10 Chlore 4 gg Acide sulfurique 1 . 22 Acide phosphorique 1,06 Acide carbonique 3.92 Gliaux 1 25 Magne'sie 1 gg Oxyde de fer et albumine traces Potasse et soude 12. 10 Cliari)on traces 100.22 » Nous n'avons pu trouver d'analyse de riz non décor- » tiqué pour mettre en regard de cette analyse, ce qui n'em- » pèche pas de faire ressortir la très faible quantité de chaux » contenue dans ces cendres. » Les analyses ci-dessus ont été faites en 1869, par M. Ter- reil, aide- naturaliste et chef des travaux chimiques au Mu- séum d'histoire naturelle de Paris. Les matériaux en avaient été rapportés de Cochinchine comme éléments de démonstration. Celle-ci a été pleinement faite par les analyses . A l'appui de l'indication du chaulage intense des terrains livrés à la culture maraîchère, la reproduction du tableau suivant présente un réel intérêt. U8 REVUE LES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. z > î> ^ S 9 s: B3 13 o o o SL M c" w f — - P S S - 'ë ë r- «r^ h-t * ^. H- • 'yi CL C> CD M CD, (^ re- =^ ç- £L 9 ; CD CD ;^ en o o 13 CL. • 2. § 5- : M — ■ o c ^ it3 t» ■ ^ ^ CD o ir . il- M o o CD .-3 •z TS I là' • ■ji Cl. Cfl K. Cf j^ . » H o 13 i D • B d '. O a > 2 CD U CD . S C/. C/i e* • o c^ . • • 1 1—* OJ ~ 1— • ta CD 2. 1— ' o o o 1— ' C5 >— ' O 1— ' *^ ^T >*^ tO b to b fo b CT 1— 1 o o o 1—1 > 3 O Q 9 > ■z a 5 CD o o CI o o c o o o en c ., — ^ O n' 03 (b. c:ï C f? " CA t» \.^ a o w o S eu c ce p t— ' o o 1-. o )-' o 1— ' o OI o HJ 00 -T o CO C^ -î o o b 4^ en U 00 •ti pi CD M- n o > o o o o o o o o o o o Q CD 53- » r* •^< cT • < cÔ - , . CD Q Ci > 03 •-1 h-' o o b o >vr) Oî t"-* ' — ' Cï O 0< CO C5 îD tiT O O en O O o o o o o o l— ' o o o o 00 '-' Ci CO en CJi o o O — 03 c' » a 3 £- r 5 '^ o O Ci 5!- 1 13 co> >^ et' CD Çu o o r 13 œ Q M. H O Z oT 33 ►5' CD D) w o 1—1 t— < G k! K' Ci !/l D3 o o -1 CJJ o ffi- CO CO CO o o «o Ci CO CD< S' o O CO CO J^ CO o to o o o o o o o o io 00 o o 53 < m' 00 n o CD en Cl- eo Ï8 ta E Kl _ > v~» 1—. M z z o 00 o o B) c^ Z.^^ 03 o o .J 1— ' CO CO hS 1— ' o Ci CO Cri Z » M o CO o 00 C -J -t o bi en H 00 CD O! o o o o o o o o o o M * O — ' OT >*-■ ^1 b en en 2 > G Z o o o o o o o o O o 5 CD ^ D3 CD» 3 PS V—» o M) 1— ' •— ' tO •— ' t— 1 o -T Ki G •Z H o tO o C/T CO CO -J o Ci CO s. g PI • o la b b tn c;t *- b en en ;=: ^ 2 o o o o o o o o o o CD CO CO en 5 - 1— ' o o o f( fO c> ^ *• « * O t?3 CD œ ►1 o ce -i ? « a 'n o b OT --T eJT ^ 1—1 S ^ o îD o o o 1— ' en en \ RÉGNE AXLMAL. 149 « Si l'on compare les chiffres qui expriment la composition » du Grand ajonc [Ulex Europœus) dans les deux circons- » tances bien définies, où il a été choisi, on voit que, dans » cent parties de ce végétal, il y a 7,25 de parties solubles, » lorsque son développement a eu lieu dans la lande, tan- » dis que sous l'influence du chaulage et de la fumure, ce » chiffre s'élève à 13,50. Cette différence est remarquable. » L'acide phosphorique a peu varié contrairement à ce » que j'eus supposé à priori, mais la chaux s'élève dans les » cendres du Grand ajonc, et par le fait de la culture [chau- » lage) de 0,30 à 9 % » En faisant une moyenne des feuilles et du tronc du » Pin que j'ai incinéré, on trouve : Silice. Sels solubles. Chaux. Cendres du Pin des landes de — — Grandchamp, tronc et feuilles (arbre de six ans environ) ; moyenne de tro'S analyses de Pins faites par MM. Malayuti et Durocher 7.9 24.50 12.50 Pin du Nord [strobus] et d'Ecosse {si/lvestris) , provenant des alluvions argilo-sableuses de la vallée de l'IUe, près de Rennes 10.63 16.50 59.50 » La différence des chiffres représentant la chaux n'a rien » qui puisse surprendre lorsqu'on réfléchit à la composition « différente des terrains. Ce qui devrait plutôt éveiller l'at- » tention, c'est l'aptitude extrêmement remarquable de di- » verses plantes que j'ai analysées à extraire la chaux et « l'acide phosphorique d'une lande siliceuse, dans le sol de » laquelle l'analyse serait, le plus souvent, impuissante, non » seulement à évaluer ces principes, mais encore à les révé- ') 1er qualitativement. » Ces emprunts au savant travail de M. Bobierre touchent au fond de ma note, mais pas plus dans ce travail que dans les revues agronomiques, qui s'occupent de l'effet des amende- ments sur la végétation, la question n'est envisagée au point de vue du bien des consommateurs. Il y a certainement un intérêt considérable à ce que des études en ce sens soient entreprises. 11 n'est pas sans intérêt de faire ressortir qu'il ne faut voir dans le sujet de ma note qu'un fait précis d'observation ri- l'oO REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. goureiise, qui écarte toute considération générale ^ur l'ali- mentation « suivant les espèces, les races et les climats » (1). Les observations suivantes s'y appliquent plutôt : « Quelle que soit la région que l'homme est appelé à liaM- » ter en dehors de celle où il est né, où il s'est constitué, il » n'3' vivra facilement qu'autant qu'il y trouvera dans l'ali- >> mentation les éléments de son organisation dans la mesure » exacte qui l'a laite. » Là où il les trouvera en plus grande proportion, l'assimi- » lation ne s'en produira en lui que dans la mesure nécessaire » à la réparation des pertes de son économie et il vivra. » Là où il les trouvera moindres, la réparation de ces » pertes sera incomplète et des désordres de toute nature se » produiront, menaçant son existence. » Dans le cas qui m'occupe, le système osseux en est le » siège ; j'en ai démontré la cause initiale. » Cela revient à dire que tout être vivra, quelque part que » ce soit, s'il y trouve les éléments d'entretien de son orga- » nisation première. » Les conditions climatériques sont au second plan pour la » continuation de son existence. » Si cette assertion est juste, elle montre l'indication d'ob- » servations et de mesures prophylactiques d'un ordre par- » ticulier > Il est probable que si des analyses sérieuses étaient faites » de toutes les substances alimentaires (végétales), des ré- » gions coloniales d'un climat très différent du nôtre, elles » montreraient des raisons de recommandation particulière » pour certaines. » Tel végétal, plut(U que tel autre, peut jouir de la propriété » de contenir, en plus grande proportion, un élément consti- » tuant utile à la conservation des étrangers (2). » Tous les végétaux, en Cochinchine, manquent d'an élément indispensable, que le chaulage des terrains de culture doit leur donner. Arcachon, le 25 mars 18â0. (1) Observation produite dans la séance du o lévrier de la première section, no du 20 mars 1889. (2) Les alinéas guillemetés ci-dessus sont puisés dans les Considérations d'ensemble du travail qui a paru dans le Recueil de Me'decine Yélénnaire en 1882, sa rédaction datant de 1870. RÈGNE ANIMAL. J\oi EXTRAIT DE LA Mcdsou riisHqiie du X/X^" siècle Sous la direction de Bailli/ de Merlieux. « Des amendements calcaires. — Les principales subs- tances comprises sous ce nom sont la chaux, la marne, les plâtras et débris de démolition, les fahms ou substances coquillères. » Des divers moyens d'emx)loyer la chaux sur le sol. — Trois procédés principaux sont en usage pour répandre la chaux. Le premier, et le plus simple, celui que l'on emploie dans la plupart des lieux où la chaux est à bon marché, la culture peu avancée, la main-d'œuvre chère, consiste à mettre la chaux immédiatement sur le sol par petits tas dis- tants entre eux de 6 mètres, en moyenne, et contenant, sui- vant les doses du chaulage, depuis 18 décimètres jusqu'à 36 décimètres cubes. Lorsque la chaux, par suite de son exposition à l'air, est réduite en poussière, on la répand sur le sol de manière qu'elle y soit exactement répartie. » Le deuxième procédé diffère du premier en ce qu'on re- couvre chaque tas d'une couche de terre de 0"',16 à 0™,33, suivant la grosseur du tas, et qui équivaut à cinq ou six fois le volume de la chaux éteinte. Lorsque la chaux commence à se gonfler pour fuser, on remplit de terre les fentes et les crevasses qui se font dans la terre de l'enveloppe, et lors- qu'elle est réduite en poussière, on remanie chaque tas en mélangeant la terre et la chaux. Si rien ne presse dans les travaux, on recommence quinze jours après cette opération, et après une troisième quinzaine on étend le tout sur le sol. » Le troisième procédé, usité dans les pays les mieux cul- tivés, lorsque la chaux est chère, et qui réunit tous les avan- tages des chaulages , sans offrir aucun de leurs inconvé- nients, consiste à faire des composts de chaux et de terre ou terreau. » Pour cela, on fait un premier lit de terre, terreau ou ga- zon d'un pied d'épaisseur, d'une longueur double de sa lar- geur ; on recoupe les mottes de terre ; on recouvre d'un lit de chaux d'un hectolitre par 20 pieds, ou d'un tonneau par 45 pieds cubes de terre; sur cette chaux, on place un second lit de terre, puis un second lit de chaux, et successivement un troisième lit de terre et de chaux qu'on recouvre encore de 152 REVUE DES SCIENXES MATURELLES APPLIQUÉES. ^- terre. Si la terre est humide et la chaux récente, huit à dix jours suffisent pour l'user la chaux. On coupe alors et on. mélange le compost : on le recoupe une seconde ibis avant l'emploi, qu'on retarde autant que possible, parce que l'effet sur le sol est d'autant plus puissant que le mélange est plus ancien, plus parfait et surtout lorsqu'il aura été fait avec de la terre contenant plus d'humus » La chaux en compost ne nuit jamais au sol, elle porte avec elle le surplus d'engrais que comporte le surplus du produit. Les sols légers, graveleux ou sablonneux ne peuvent jamais en être surchargés. Enfin, ce moyen semble le plus suret le moins dispendieux d'appliquer la chaux au sol. » Doses des chaidogcs. — Les doses varient avec les con- sistances des sols. Elles doivent être faibles dans les sols lé- gers et sablonneux ; elles peuvent, sans inconvénient, être fortes dans les terrains argileux. La dose doit aussi varier suivant que le sol est plus ou moins bien égoutté ; les faibles doses dans les sols où les eaux ne s'écoulent pas facilement sont peu sensibles, mais si la dose est forte et les labours profonds, la chaux facilite l'écoulement et l'assainissement de la terre. » Conduite à tenir dans les sols chaulés. — Après avoir doté le sol d'une grande fertilité, l'avoir mis dans le cas de produire les récoltes les plus précieuses, il faut lui donner des engrais en compensation des produits obtenus » Quantité de chaux absorbée par la végétation. — Les végétaux des sols calcaires, ou devenus tels par amende- ment, renferment dans leurs cendres 50 "/o de carbonate ou de phosphate de chaux. » Engrais de mer, sable ou limon de mer, langues, cendres de varech. — Tous ces divers amendements que la mer offre à ses riverains sont à la fois calcaires et salins ; leur effet est grand, mais ne se produit pas sur toutes les nuances de terrain. Ces amendements stimulants n'agissent pas sur les laisses de mer ni sur les sols qui lui doivent leur formation depuis les temps modernes, mais principale- ment sur les sols argilo-siliceux. » Lorsque l'engrais de mer est sablonneux, il est aussi actif, mais n'est pas aussi profitable que lorsqu'il est vaseux, et qu'il contient des substances animales et végétales en dé- composition : dans ce dernier état, c'est une espèce de com- RÈGNE ANIMAL. 153 post de sable calcaire, de coquillages, d'herbes marines et de sel ; c'est alors l'un des engrais les plus fortifiants que l'agri- culture connaisse » L'amélioration par l'engrais de mer ne devrait pas se borner aux lieux voisins de ses bords ; la navigation des rivières, au moyen de la marée, permet, sans doute, qu'on le conduise, à peu de Irais, à une assez grande distance dans l'intérieur des terres. La quantité nécessaire par hectare, 7 à 10 mètres cubes au plus, est relativement peu considérable. » Le flux et le reflux de la mer faciliteraient beau- coup la main-d'œuvre ; le chargement se ferait à marée basse sur la vase découverte et la marée haute emmènerait le navire et son chargement. » J'ai vu intérêt à la transcription de ces enseignements agricoles pour dispenser des recherches, pour l'opération du chaulage. d'une part, et, d'autre part, pour l'indication d'un autre amendement calcaire, d'un effet puissant aussi. Pour le chaulage des terrains de culture maraîchère, son effet bienfaisant n'étant pas douteux, il serait d'un grand in- térêt qu'il lut pratiqué pour tous les terrains actuellement consacrés à ces cultures, en vue de l'approvisionnement des marchés de Saïgon et des troupes dans les garnisons princi- pales. Pour les troupes, il y aurait lieu que, partout où cela est possible, des jardins potagers chaulés fussent créés pour subvenir exclusivement aux besoins de leur alimentation pour la partie végétale. Comme il y a des petits postes où la main- d'œuvre pratique, où les terrains appropriés font défaut, il serait bon qu'ils fussent approvisionnés par les jardins des grandes garnisons, jardins étendus dans la mesure voulue. Le résultat bienfaisant peut paraître non douteux, mais la l)reuve expérimentale n'en présenterait i)as moins un grand intérêt. Elle se peut par deux jardins contigus, l'un chaulé et l'autre non chaulé, jardins d'une égale étendue, cultivés en mêmes légumes, devant fournir à la consommation d'un même nombre d'hommes, autant que possible exemi)ts de mu- tations. Ces jardins devraient être situés de manière que le chaulage de Tun ne puisse s'étendre sur l'autre par les infil- trations pluviales. ■ Au bout d'un an, par exemple, la statistique sanitaire des deux sections d'hommes éclairerait sur l'effet. 154 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Enfin., l'intérêt hygiénique de nos conserves végétales, de nos légumes secs, de nos vins originaires des territoires cal- caires de France est énorme là-bas, pour l'alimentation des Européens, même les végétaux locaux s'améliorant par le chaulage des terrains spécialisés à leur culture. Celle de tous nos légumes deviendrait, sans doute, possible sous l'influence de ce cliaulage, même celle de la Pomme de terre probablement, dans les terrains légers consacrés aux cultures industrielles, par les indigènes, dans la saison sèche, terrains arrosables par des puits comme ceux du Go-viap, par exemple, si je me souviens bien. En tous cas, ce tubercule est remplacé, pour les troupes, par les Patates ; pour celles-ci, elles devraient être deman- dées, aussi, à des terrains chaulés. Pourquoi nos troupes de Cochinchine française ne rece- vraient-elles pas régulièrement des distributions de con- serves végétales de France qui offrent, au point de vue qui nous occupe, plus d'intérêt pour leur alimentation que les conserves de viande ? Périgueux possède de nombreuses fabriques de ces con- serves, dont les éléments sont tirés de la région, dont le sol est essentiellement calcaire. D'informations prises dans la principale fabrique, il résulte que l'Etat pourrait y assurer l'approvisionnement de ses troupes dans des conditions invraisemblables de bon marché. Par exemple, pour les petits Pois, pour les Haricots verts, pour les Cèpes même, des boites d'un, de d'eux et de quatre kilos ne reviendraient guère qu'à 0,25 le kilog. (renseigne- ments émanant du chef de cette fabrique, qui a aussi donné l'information que les Anglais et les Hollandais usent beaucoup de ces conserves pour leurs troupes coloniales. Particularité intéressante à noter, les Anglais s'approvisionnent en Péri- gord par Bordeaux). Il serait d'autant plus intéressant que le Gouvernement français fit bénéficier ses troupes de Cochinchine française de ces conserves foncièrement indiquées, qu'il n'en ressortirait probablement qu'une très faible augmentation de dépense, sinon une économie. Dans un kilo de conserves végétales, il doit y avoir le repas de huit à dix hommes en tant que légume. Ces conserves pourraient être distribuées une ou deux fois RÈrxNE ANIMAL. 155 par semaine, en rations normales, et constituer la part végé- tale de l'alimentation pour les troupes en expédition. Enfin, avant de terminer, je ne puis m'empèclier de signa- ler la faiblesse de complexion des indigènes de la Basse- Cochincliine, et, si je la rapproche de la stature athlétique et de la force des populations des îles madréporiques de la Polynésie, j'en dois conclure que la première est surtout due à la faible proportion des principes calcaires dans l'alimenta- tion végétale. Quel magnifique objectif que la transformation physique d'une population tout entière, surtout cette population étant civilisée et intelligente! Mais le chaulage de toutes les cultures alimentaires est im- possible par suite de la rareté et de la cherté de son élément. On peut, cependant, tendre à y arriver partiellement par le large emploi des engrais de mer, dans tous les points oii ils peuvent être portés par les cours d'eau ; le flux et le reflux de la mer favorisant la récolte inépuisable aux embouchures des rivières et l'apport aux terres cultivées abordables. On peut se faire idée du bienfait : les rizières de la région basse de la Cochinchine française voyant leur récolte aug- mentée d'un tiers par exemple, le produit acquérant même une valeur alimentaire supérieure. S'il y a rêverie, jusqu'à un certain point, à exposer ces dernières observations, on peut entrevoir que l'avenir en permette l'application et, en tout cas, il ne peut qu'y avoir avantage à faire connaître aux cultivateurs indigènes les données de La Maison rustique sur les amendements du sol et sur les engrais. NOS ALLIÉS CONTRE LES SAUTERELLES Par m. J. FOREST aîné. (suite *). LES LÉVIROSTRES (Brehm). Dans les nombreux groupes de Lévirostres nous remar- quons les espèces utiles : les Guêpiers, les Rolliers et les Cou- cous régulièrement de passage en Algérie. I. Les Guêpiers. — Nous avons une variété de la nom- breuse famille des Guêpiers qui est sédentaire dans le nord de l'Afrique et se répand dans l'Europe méridionale. Le Merops apiaster ou Guêpier vulgaire, le « Chasseur d'Afrique w, des colons. Cet oiseau est exclusivement insectivore. Toutefois il dé- truira aussi bien les Abeilles que les Guêpes ; mais ce dégât ne doit pas être une cause de proscription en Algérie, où l'a- piculture est très peu développée. Tous les Guêpiers sont des oiseaux excessivement paciliques et sociables, nichant en communauté. Les falaises aux envi- rons de Tanger en contiennent d'immenses colonies. Une par- ticularité de ces oiseaux observée aussi pour la Glaréole : ils mangent tous les insectes en régurgitant les ailes et les autres parties cornées de leurs proies. L'Egypte et la Syrie possèdent une espèce sédentaire beau- coup plus petite; en Asie et en Malaisie se trouvent les géants de l'espèce, les Guêpiers à fraise, huppés, le « Nyctiornis ». L'Afrique orientale possède le Guêpier écarlate, oiseau su- perbe qui arrive aussi dans ses migrations, mais en petit nombre, jusque sur la côte occidentale. Les Guêpiers ont leur représentant en Australie, le « Cosmerops », de plumage aussi remarquable par la variété des couleurs que toutes les espèces de l'ancien monde. Les Guêpiers généralement ne supportent pas la captivité, il n'y a pas à songer à compléter l'espèce existante en Algérie, par l'importation des autres variétés. [*) Voyez plus haut, page 97. NOS ALLIES CONTRE LES SAUTERELLES. 157 IL Le Rollier vulgaire {Coracia garrulus) . — Cet oiseau est assez répandu en Algérie ; sa nourriture consiste en in- sectes de toute espèce et petits reptiles, notamment de co- léoptères, de sauterelles, de vers, de petites grenouilles et de lézards. 11 attrape aussi de temps en temps une souris ou quelque jeune oiseau ; il est très friand de figues. IIL Les Coucous. — P Le Coucou ordinaire {Cuculiis canorus). Cet oiseau de passage en Algérie est un grand des- tructeur de chenilles, de larves, d'insectes et de sauterelles. 2" Le Coucou sénégalais [Centroptiis Senegalensis). Cet oiseau observé au Cap par Verreaux est un grand destructeur de chenilles, de sauterelles, de vers, de souris, etc. . . Ce na- turaliste a observé les deux autres espèces très fréquentes au Cap. IV. Le Goccystes Cafer, oiseau de très grande taille, et le bijou de l'espèce. Y. Le Chalcite vert doré [Chrysococcyx auratus). — Cet oiseau, le plus petit des Coucous, est très employé dans la mode et vient en assez grande quantité sur le marché de Paris et de Londres, en provenance de l'Afrique équatoriale, de la Guinée portugaise, de Sierra-Leone, du Gabon, etc. . . « Au Cap, sa qualité de destructeur d'insectes et de saute- » relies le protège et on ne le poursuit pas dans un but com- » mercial. » Les Coucous sont remplacés en Australie par le Scytrops, oiseau de grande taille ayant les mœurs des Coucous. Dans les savanes de l'Amérique du sud, le Coucou est remplacé par l'Ani (Crotophaga); deux espèces, une grande et une plus petite, de même plumage toutes deux. GALLINACÉS. Cette famille très nombreuse a des représentants particu- liers à toutes les contrées du monde ; suivant les latitudes, le mode de nourriture variera, mais ces oiseaux sont générale- ment omnivores. Nous recommanderons la Pintade commune le type le plus approprié au Nord de l'Afrique; il en existe deux autres variétés dans l'Afrique orientale et australe, qui ont les mêmes mœurs. 158 RKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. I. La Pintade commune {Numida meleagris). — La Pin- tade commune est l'espèce souche de notre Pintade domes- tique et parait être propre à l'ouest de l'Afrique ; on la trouve en grand nombre dans le Soudan central, à la Côte d'Or et dans les îles du Cap-Vert. II. La Pintade à casque [Numida mitrata), particulière à l'Afrique australe, se trouve en bandes nombreuses autour du Zambèze et dans la région des grands lacs, III. La Pintade vulturine {Numida piilorhyncha) se trouve en quantité dans le sud-est africain, sur le littoral de la mer Rouge ; dans l'Abj-ssinie, elle est répandue dans toute la contrée, dans les steppes, dans les bois, sur les montagnes. Le régime des Pintades varie suivant les localités et les saisons. Au printemps, lors des pluies, elles se nourrissent principalement d'insectes, surtout de sauterelles. Plus tard, elles mangent des baies, des feuilles, des bourgeons, des pousses d'herbes, des graines de toute espèce. Elles peuvent faire des dégâts dans les champs cultivés en mangeant les jeunes pousses des plantes et en fouillant le sol. En un instant, elles creusent un trou, mettent à nu les graines en germination et les mangent. Pourtant, elles ne touchent pas aux pommes de terre. Cette famille serait désirable comme oiseaux de chasse, et sa diffusion en Algérie me semble facile. IV. Le Cupidon des prairies [Cupidonia Americana). — Cet oiseau, très commun dans les prairies de l'Amérique septentrionale, a les mêmes habitudes que nos Pintades. C'est un destructeur de sauterelles de premier ordre et les natu- ralistes américains, à ce titre, lui ont obtenu la protection officielle. Depuis une cinquantaine d'années, une loi frappe d'une amende de dix dollars quiconque tue un de ces oiseaux hors la saison de la chasse qui est ouverte en octobre et en novembre. Il est probable que cette loi a eu pour conséquence une multiplication considérable des Cupidons dans certaines localités, car, tous les hivers, il en arrive des quantités sur les marchés et on peut parfois acheter des centaines- d'indivi- dus vivants (Wilson, Audubon). Je ne doute pas que Faccli- matation de cet oiseau soit possible dans la région des hauts plateaux, il compléterait utilement la Pintade comme oiseau de chasse et destructeur de sauterelles. NOS ALLIÉS CONTRE LES SAUTERELLE^. 159 y. Les Gangas ou Ptéroclinés. — Les Gangas vivent uniquement dans les contrées chaudes de l'Afrique et leurs représentants dans l'Asie et l'Europe orientale sont les Syrrhaptes ; leur passage en Europe n'est qu'accidentel. Ce sont des oiseaux tout particuliers aux déserts et aux steppes. Ces oiseaux sont granivores, mais exclusivement destruc- teurs de Sauterelles lorsque cette nourriture se présentera. Dans le sud de l'Espagne, ils sont assez fréquents dans le campo semblable à nos hauts-plateaux algériens, et ils se nourrissent de graine d'Alfa et des insectes qu'ils y trou- vent. L'aire de dispersion des Gangas s'étend sur une grande partie de l'ancien continent. ^ VL Les Syrrhaptes [Sy7^rhaptes paradoxus). — Diffèrent légèrement comme plumage et aspect physique des Gangas. Leur habitat est toute l'Asie septentrionale et centrale, les steppes de la Russie, la Hongrie et la Bulgarie, presque toute la vallée du Danube. Cette espèce a les mêmes mœurs que les Gangas. VIL Les Perdrix. — Le nord de l'Afrique et le sud- ouest de l'Europe possèdent la Perdrix rouge {Perdix rubra). Cet oiseau habite les montagnes, surtout les parties cultivées. L'Afrique du nord possède encore la Perdrix gam- bra (Pei-dix pelrosa), plus particulière aux plaines? Ces deux espèces granivores et insectivores doivent être classées parmi les destructeurs de Sauterelles. L'Europe centrale et occidentale possède l'espèce voisine, le Starne ou Perdrix grise, l'Europe orientale et l'Asie ont la Perdrix grecque, qui se trouve aussi dans la péninsule sinaïque. Vm. Les Francolins iFrancolinus). — Cet oiseau a presque totalement disparu de l'Europe et de l'Afrique sep- tentrionale, mais existe dans les autres parties de l'Afrique. On le trouve assez nombreux à Chypre, dans l'Asie-Mineure, en Syrie, sur la côte sud de la mer Noire et dans le nord des Indes. A les habitudes et les mœurs des perdrix. IX. Le Colin de Virginie [Ortijx Virgimcmiis). —Le Colin de Virginie, i)articulier aux montagnes Rocheuses des États- Unis, peut surtout être comparé à notre Starne européen. Son habitat est très variable, il préfère les champs, mais il lui faut des buissons, d'épaisses haies où il puisse se réfugier; 160 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. on le trouve môme parfois au milieu des forêts. Dans le sud des États-Unis, c'est un oiseau sédentaire ; dans le nord, un oiseau voyageur. Le Colin de Virginie et le Cupidon sont les deux oiseaux qui rendent des services inappréciables pour la destruction des Acridiens. Nous ajouterons à ces deux oiseaux américains, le Colin de Californie [Lophortyx Californicus) , destructeur de Saute- relles dans les déserts de TArizona et da Colorado. X. La Caille [Orlux cotumix). — Cet oiseau a des repré- sentants dans toutes les parties du monde, et l'espèce euro- péenne, qui lui sert de type, se trouve dans la moitié du globe. Leur régime est le même que celui des petits Galli- nacés ; on peut dire cependant qu'il est plus animal que yé- gétal. Chaque automne, chaque printemps, Ihomme en détruit des centaines de mille et les eaux de la mer en en- gloutissent au moins autant, sans oublier les rapaces de toutes sortes qui leur font aussi une poursuite acharnée. Nous rappellerons, pour mémoire, la polémique amusante suscitée, en 1889, par la Chambre syndicale des restaura- teurs parisiens à l'effet d'obtenir une dispense sur les lois et règlements de chasse pour l'introduction des Cailles d'Egypte. Pour la circonstance, on avait produit un type spécial « la Caille d'Egypte », il a été reconnu que c'était notre Caille ha- bituelle. En Syrie, cet oiseau est en telle abondance au moment de la poussée du blé, qu'il se laisse fouler aux pieds des Chevaux, sans se déranger (1). Cela confirmerait la version de la Bible relative à la sortie d'Egypte, durant laquelle les Hébreux purent se nourrir de Cailles pendant quelque temps. Nous croyons que la Caille est un destructeur d'Acridiens, de valeur égale aux Colins de Virginie et de Californie, et souhaitons que cette espèce, digne de sollicitude, soit quelque peu protégée (les exploits cynégétiques de certains chas- seurs en Algérie se chiffrent par une centaine de Cailles par chasseur dans une matinée), et qu^l soit fait un essai sérieux d'acclimatation de Colins qui pourront rester sédentaires en Algérie et compléteront utilement le nombre d'acridothères, dont l'acclimatation n'est pas particulièrement difficile. (1) D' Lortel, La Sijrie d'aujourd'hui. NOS ALLIÉS CONTRE LES SAUTERELLES. -161 ÉCHASSIERS. La grande famille des Échassiers nous fournira les auxi- liaires les plus précieux, les plus redoutables dans la lutte contre les Sauterelles, dans toutes les périodes de leur exis- tence. Depuis le géant de l'espèce jusqu'aux infiniment petits, tous, avec une ardeur égale, se nourriront exclusive- ment de Sauterelles, lorsque ces insectes se trouveront en abondance à leur portée. I. Les Autruches [Struthio). Cet oiseau, dont la descrip- tion est suffisamment connue, pourrait devenir, en Algérie, un élément important de fortune publique. Il n'est pas encore trop tard pour rivaliser avec nos concurrents les Anglais du Cap de Bonne-Espérance, Australie, Nouvelle-Zélande, etc., etc. Le moyen pratique, non mystérieux, serait d'installer quelques couples reproducteurs dans les oasis du Sahara ; leur reproduction serait certaine, et pour éviter des pertes de jeunes oiseaux par maladie ou autres causes, il faudra les élever en demi-liberté. Notre objectif, dans cette étude, étant surtout la recherche des meilleurs destructeurs de Saute- relles, nous pouvons déclarer qu'il n'existe pas d'oiseaux qui, plus que les Autruches, pourraient contribuer à faire dimi- nuer, sinon arrêter le fléau des invasions de Sauterelles. Durant ces deux dernières années, ce fléau s'étant répandu jusqu'à Alger, il a été possible d'expérimenter in anima les observations puisées dans les relations des voyageurs et na- turalistes : Barth, Nachtigall, Rohlfs, Levaillant, Verreaux, Holub, etc., etc. L'expérience de consommation des Sauterelles a été faite par des Autruches nées et élevées au Jardin d'Essai d'Alger ; malgré la nouveauté de cette nourriture certainement in- connue à ces oiseaux, leur instinct naturel les guidant, il ré- sulta que les Sauterelles étaient préférées à leur nourriture habituelle. M. Ch. Rivière a donné à ces expériences la con- sécration de son contrôle scientifique, et aujourd'hui, il est reconnu que l'Autruche est un destructeur d'Acridiens de premier ordre. L'Autruche dévore par jour plusieurs kilogrammes de Sau- terelles à l'état d'insecte parfait ; le Criquet pèlerin {Pachy- iylus migratorius) pond 80, 90, 95 œufs, jamais 100 ; 1'^- 20 Février 1893. Il 462 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. cridhim peregrinum en pond 80 à 90 ; le Stauronohis Maroccanus en pond 30 à 40 et le Caloptenus spretus dépasse rarement la trentaine (Hmickel d'Herculais) ; l'on compte To œufs au centimètre cube. A El-Outaya, il a été détruit, le 4 avril 1891, 36 mètres cubes ; le Yï avril 1891, 42 mètres cubes. Il est facile de se rendre compte de l'énorme quantité re- présentée par plusieurs kilogrammes de cet Acridien à l'état de larve ou d'œuf, et cette destruction sera d'autant plus appréciable, si l'on considère que ces deux premières phases de leur existence correspondent à la production des Autru- chons qui, dans le premier âge, doivent exclusivement se nourrir des œufs et des larves de Sauterelles, très abondants dans le Soudan désertique. Ces expériences établissent que le résultat de la disparition des Autruches dans le Sahara a contribué énormément à l'extension et à la diffusion des Sauterelles et que l'équilibre de la nature ne se trouvera ré- tabli dans le Sahara que lorsque les nombreuses Autruches, qui y ont existé s'y retrouveront. Le rôle de l'homme sera donc de réparer le mal qu'il s'est fait à lui-même par esprit de lucre et de ce mea culpa pourront résulter deux grands biens • atténuation du fléau des Sauterelles ; et une source de richesse : production des plumes d'Autruches pour lesquelles nous sommes tributaires des Anglais. Dans la séance générale de la Société d'Acclimatation du 1er niai 1891, ces observations et projets concernant l'ele- Tage des Autruches ont été soumis à sa haute approbation. J'ai eu l'honneur d'obtenir son puissant patronage et j'en remercie MM. les membres du bureau, et aussi nos collègues MM Decroix et d'Esterno qui, spontanément pour la réus- site de mes projets et leur prise en considération m'ont offert leurs services. M. Cambon, gouverneur général de l'Algérie, a accorde son attention bienveillante à la communication que j'ai eu l'honneur de lui faire en juin 1891, au sujet des Autruches et des Sauterelles. J'avais fait l'offre de faire à mes frais la démonstration pratique de ces études par l'installation dans le Sahara d'un troupeau d'Autruches reproductrices, dont la pro-éniture, essaimée dans toutes les oasis du sud algérien, aurait pu nous aider dans la lutte contre les Sauterelles et nous soustraire à l'obligation d'acheter des plumes au Cap. NOS ALLIÉS CONTRE LES SAUTERELLES. 16Î Après de nombreuses recherches pour la création d'une autrucherie, et ne trouvant rien de convenable en emplace- ment privé, je me décidai à faire la demande de concession partielle de la Smala d'El Outaya (1), actuellement « l'unique emplacement favorable » dans le Sahara, comme sécurité richesse en eau et desservi par le chemin de fer. Je pensais- qu'il n'y aurait pas de grandes difficultés pour l'obtenir me basant surtout sur le précédent de la concession Dufôuro- dans le même territoire. "^ Les hautes recommandations de MM. les honorables séna- teurs et députés amis de l'Algérie, de MM. de Quatrefages Milne-Edwards, membres de l'Institut, directeurs du Mu- séum de Paris, de la Société de Géographie, d'Acclimatation de Pans, des Sociétés d'agriculture et Comice agricole d'Alger, de Constantme, etc. . ., des Chambres de commerce de Paris, Alger, Constantine, Philippeville, etc. . ., etc. . ., pas plus que mes démarches personnelles n'ont amené de solution favorable, et ma demande n'a pas été prise en consi- dération. Qu'il me soit permis d'adresser mes remerciements chaleureux à la presse algérienne et à tous ceux qui ont bien voulu ra'accorder leur appui désintéressé. Puisse cet échec être réparé par un mortel plus favorisé ou plus malin ! « L'avantage particulier de quelques Français, résultat de leur initiative et de leurs créations, ne peut qu'augmenter le patrimoine national. » L'opinion contraire n'aidera pas dans la résolution du problème : reconstitution des troupeaux d'Autruches en Algérie. Je souhaite qu'en haut lieu il soit tenu compte de ces observations d'ordre général qui, en d'autres pays, surtout chez nos rivaux en Angleterre,' en Allemagne, obtiendraient toutes les faveurs officielles, ainsi que l'appui des capitalistes clairvoyants. La conclusion de cette note est que la reconstitution de nombreux troupeaux d'Autruches serait incontestablement un remède contre la propagation endémique des Sauterelles et produirait des revenus importants par l'utilisation des steppes du Sahara au profit du développement de la coloni- sation et permettrait enfin la marche en avant du nord au sud vers le Tchad et le Niger'. [A suivre.) (1) El Outaya est une immense plaine cullivable, en partie irriguée, entre Hatna et Biskra, deux places fortifiées, lieux de garnison importante. INSECTES QUI ATTAQUENT LES SUBSTANCES ALIMENTAIRES HARICOTS, POIS, ETC. BLÉS, ORGES, ETC. FARINES MOYENS DE DESTRUCTION (1) Par m. DECAUX, Membre de la Société Entomologique de France. La question des insectes qui attaquent les substances ali- mentaires dans les greniers et magasins a une importance incalculable pour le monde entier. Elle a de tous temps pré- occupé les économistes de tous les pays ; elle est de plus hu- manitaire ; combien de malheureux affamés il serait possible de soulager avec les millions d'hectolitres de graines alimen- taires dévorées par les insectes chaque année? Pour simplifier notre étude, nous la diviserons en deux parties bien distinctes : lo Les insectes qui attaquent les légumineuses : haricots, pois, fèves, lentilles, etc. 2° Les insectes qui attaquent les céréales : blé, orge, seigle, maïs, riz et les farines. PREMIÈRE PARTIE. Les insectes qui attaquent les légumineuses : hari- cots, pois, fèves, lentilles, etc. D'après la dernière Statistique du Ministère de l'Agricul- ture, la France consacre 825,090 hectares à la culture des légumineuses, qui ont produit 15,000,000 d'hectolitres de graines d'une valeur d'environ quatre cents millions de francs : [\] Communication faite au Congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne, 9 juin 1892. Réponse à la question 15 du programme. L\SECTES QUI ATTAQUENT LES SUBSTANCES ALIMENTAIRES. 165 HECTARES. HECTOLITRES. VALEUR. Jardins 143,000 [ Fèves et fèveroUes. 154,000 Grande ) Haricots 102,000 culture, j Pois 61,000 f Lentilles 14,500 /"'*"^« \ 350,000 fourragère . ) 2,450,000 95,000,000 3.000,000 1,620,000 1,100,000 221,000 60.000,000 49,000,000 30.000,000 6,630,000 6,000,000 125,000,000 L'Algérie emploie 95,000 hectares à la culture des légu- mineuses, qui produisent 1,300,000 hectolitres de graines va- lant environ 35,000,000 de Irancs. Jardins HECTARES. 9.500 48,000 25,000 6,300 1,200 4,600 HECTOLITRES. 160,000 615,000 355.000 ■76,000 14,000 80,000 VALEUR. 5,000,000 Grande [ Fèves et fèverc ) Haricots lies. 13,000,000 13,000,000 culture j Pois 2,500,000 Culture ( Lentilles î . . . . 480,000 1,700,000 fourragère . ) La Tunisie produit pour 15 à 20,000,000 de francs de fèves, haricots, etc. L'extension énorme que l'on compte donner à la culture de l'Olivier en Tuni.sie et en Algérie (1) augmentera forcé- ment dans de grandes proportions la culture des légumi- neuses, qui peut se faire en ligne, entre les oliviers. Toutes les légumineuses : fèves , pois , haricots , len- tilles, etc., de France, et du monde entier, sont dévorées par des coléoptères de la famille des Briichus, dont la larve ronge l'intérieur de la graine. Les dégâts causés par ces in- sectes sont considérables ; en France, ils varient de 10 à 30 et 50 °/o selon les années; dans nos Colonies, ils atteignent de 20 à 10 et 80 "/o, comme nous avons pu le constater, pour des haricots provenant du Sénégal (80 o/o) (2) par B. ornaius; de la Nouvelle-Calédonie, par B. irresectus (25 à 40 Vo) ; (1) Decaux, L'Olivier, son avenir, etc. {Revue des Sciencus naturelles appU- qui'es, n»' 11 à 13, 1892). (2) Etude sur les insectes nuisibles, recueillis à l'Exposition universelle de 1889. Société des Agriculteurs de France, n<" 20 et 21 (1890!. ^66 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. •d'Algérie et de Tunisie, par B. irresectus (importé), 15 à 30 % ; t^u Tonkiii et d'Annam, par B. chinensis, 20 à 40 % ; ■des Indes françaises, par B. chinetisis, 20 à 40 % ; de la Réunion, par B. phaseohis, 20 à 45 «/o ; des Antilles, par B. irresectus, 20 à 40 %, etc. Il ne faut pas se le dissimuler, le Briichiis est un ennemi implacable; il n'existe pas un champ, dans le monde entier, si petit qu'il soit, -voire même dans un jardin, une bande de quelques mètres carrés, plantée en fèves, pois, ou autres légu- mineuses, dont les graines soient exemptes de Bruchus. Mœurs des bruchus en général. Pour faciliter ma démonstration, je prends comme exemple le Bruchus pisorum Boh. (figure 1), dont la larve bien con- nue des ménagères, vit dans le pois, Pisum saiivum L. des ■environs de Paris. C'est au commencement d'avril, lorsque les pois sont en fleurs, que le B. pisorion Boh. femelle vient déposer un œuf dans la jeune gousse en for- mation. La larve , aussitôt éclose, choisit une graine, s'y enfonce et se nourrit de la partie interne , sans jamais s'attaquer au hile. Ce parasite, au lieu de nuire à la première végétation de la graine, déter- mine une irritation qui a pour l'ésultat une exubérance de sève qui permet au pois de se ■développer avantageusement et d'arriver à la maturité presque toujours plus gros que les autres graines saines contenues dans la même gousse. La larve arrive à son en- tier développement un peu avant la maturité de la graine ; avant de se métamorphoser en nymphe, elle creuse une ga- lerie dans le pois jusqu'au péricarpe, qu'elle n'entame jamais, puis elle se forme une coque avec les débris provenant de son travail, qu'elle agglutine avec un mucus qu'elle dé- gorge par la bouche ? L'insecte parfait reste enfermé dans la graine et normalement ne doit sortir qu'au mois de mars r p^ \ \' Pig^ 1^ — Le Bruchus pisorum. A. Insecte très grossi. B. Une antenne très grossie. C. Grandeur de l'insecte. INSFXTES QUI ATTAQUENT LES SUBSTANCES ALIMENTAIRES. 167 de l'année suivante. Il est alors facile de comprendre com- ment le cultivateur emporte avec sa semence l'ennemi qui dévorera plus tard sa récolte. Le Briiehiis, parfaitement à l'abri dans le pois, peut impunément braver l'humidité de la légère couche de terre qui le recouvre, son instinct lui indi- quera le moment précis où il doit percer sa prison et prendre son vol pour accomplir la mission qui lui est échue de per- pétuer son espèce. J'espère avoir suffisamment démontré que l'insecte est toujours enfermé dans la graine de pois, haricot, len- tille, etc., au moment de la récolte. Supposons un instant qu'il soit possible de déterminer tous les cultivateurs d'un pays, ou seulement d'une contrée, à stériliser la petite quan- tité de graines réservées pour la semence, immédiatement après la récolte (comme il sera indiqué plus loin). Il est facile de prévoir que les insectes qui doivent servir à la reproduc- tion de l'espèce dans les champs, l'année suivante, seraient détruits d'un seul coup, et qu'il ne resterait plus, au mois de mars, que les Bruchus contenus dans les graines réservées dans les magasins, pour la consommation du printemps, c'est-à-dire très peu d'insectes susceptibles de prendre la liberté et de regagner les champs cultivés. Destruction. Le produit à employer doit réunir plusieurs qualités indis- pensables. Pour les graines comestibles, il est essentiel de ne se servir que d'un produit ne laissant aucune mauvaise odeur et ne pouvant en aucune faron nuire à la santé. Il faut encore que la faculté germinative de la graine ne soit en rien alté- rée, que ce produit soit bon marché et que son mode d'em- ploi soit simple et facile. Depuis l'année 1880 (1), où nous avons commencé nos re- cherches avec l'aide et le concours de M. le docteur Charles Decaux, nous avons fait de nombreuses expériences, en em- ployant divers produits chimiques, l'étuve, la dessiccation des graines, etc. Le sulfure de carbone nous a donné les meilleurs résultats. (1) Étude (Société des Agriculteurs de France) déjà citée. 168 revue des sciences naturelles appliquées. Emploi du sulfure de carbone. Ce procédé est basé sur la rapidité avec laquelle le sulfure de carbone se Yolatise et dégage des vapeurs toxiques. Son mode d'emploi consiste à enfermer les graines à stériliser dans un tonneau cerclé en fer ou autre récipient susceptible d'une fermeture aussi complète que possible. Dans mes essais, j'ai employé le sulfure de carbone à la dose d'un millième, c'est-à-dire un décilitre pour un hectolitre de graines. J'ai laissé les graines en contact avec les vapeurs du sulfure de carbone pendant 15 à 24 heures; mais je suis certain que la quantité de liquide et le temps nécessaire pour tuer les in- sectes peuvent être réduits. Soins a prendre. Les manipulations devront être faites à l'air libre, sous un hangar couvert, pour éviter de respirer les vapeurs qui se dégagent pendant l'opération, surtout lorsque l'on aura à traiter de grandes quantités de graines à la fois. 11 faut éAiter de s'approcher avec du feu des récipients contenant les graines en traitement; les vapeurs du sulfure de carbone, comme celles de l'éther, font explosion. Il n'est pas démon- tré qu'en opérant à l'air libre, cette explosion soit à craindre ; mais on ne saurait s'entourer de trop de précautions ; on fera bien de prévenir l'ouvrier chargé des manipulations de ne pas fumer et d'opérer le jour. Le traitement terminé, les graines devront être ventilées au van à manivelle (tarare) pour les aérer. Le sulfure de car- bone est tellement volatil qu'il ne restera plus trace des va- peurs après ce traitement. Nous nous sommes assuré que la faculté germinative de la graine reste intacte après le trai- tement. En réalité, rien de plus facile, de plus simple et de plus économique que ces manipulations : remplir un tonneau par la bonde, avec un entonnoir (aux 9/10), avec la graine à stéri- liser, y ajouter im décilitre de sulfure de carbone par hecto- litre, bien boucher le tonneau, le remuer une ou deux fois, pour bien mélanger la graine, et l'abandonner pendant 15 à 24 heures ; ensuite renverser la semence et la passer au ta- rare, et c'est fini. La dépense est d'environ 5 à 10 centimes par hectolitre. INSECTES QUI ATTAQUENT LES SUBSTANCES ALIMENTAIRES. 169 RÉSUMÉ. Nous avons vu par la statistique officielle, que la culture en France des fèves, pois, etc., avait une valeur d'environ 400,000,000 de francs. Que la même culture, en Algérie et en Tunisie rapportait plus de .50,000,000 de francs (nos colonies doivent produire .50,000,000 ou 60,000,000 de francs), et que les dégâts causés à ces excellentes graines, chaque année, varient de 10 à 30 et 50 p. 100, c'est donc une perte réelle de 50 à 70 millions de francs, chaque année, que nous font subir les Bruchics, sans compter le dégoût que nous inspire la larve dans les graines mangées vertes et les déjections dans les graines sèches. Nous pouvons affirmer la possibilité de détruire les Bni- cliiis renfermés dans les graines, en employant le sulfure de carbone, comme nous l'avons indiqué. Le plus difficile, selon nous, est d'obtenir cette simple opé- ration de tous les cultivateurs d'une même contrée ? Il existe une loi en France qui rend obligatoire l'échenillage, l'échar- donnage, etc. On pourrait donc exiger des agriculteurs la .stérilisation de la petite quantité de fèves, pois et autres lé- gumineuses réservées pour la semence, immédiatement après la récolte? La chose en vaut la peine et mérite d'être dis- cutée. A défaut de l'application de la loi qui froisse toujours quelque personne, il existe en France et en Algérie un assez grand nombre d'Instituts agronomiques, d'Ecoles d'agricul- ture, etc. Nous comptons sur les sentiments humanitaires bien connus, et l'intelligente sollicitude pour les intérêts agri- coles, de M. Tisserand, directeur au Ministère de l'Agricul- ture, pour espérer qu'il voudra bien faire appliquer ce pro- cédé, sans retard, dans ces Écoles, qui le feront connaître. D'ici quelques années, les cultivateurs en reconaîtront l'avan- tage, et, entraînés par l'exemple, ils feront d'eux-mêmes ce que l'on supposait impossible d'obtenir. Il en sera de même pour toutes nos colonies, où les hari- cots et les fèves jouent un rôle très important pour la nour- riture journalière des populations indigènes et dont la moitié, ou les trois quarts de la récolte sont souvent dévorés par les BriicJms. 170 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. DEUXIEME PARTIE. Les insectes qui attaquent les céréales : blés, orges, farines, etc. La France est le pays qui consacre, proportionnellement, la plus grande étendue de terre à la culture des céréales, en général et spécialement du blé. La superficie totale de la France est de 52,857,600 hectares. En 1890, environ 15,000,000 d'hectares (14,807,000) ont été cultivés en céréales. Sur ce nombre, 7,000,000 d'hectares sont consacrés au froment ; le méteil accapare 300,000 hec- tares ; Vavoine 4,000,000 d'hectares ; le seigle 1,500,000 hec- tares ; Yorge environ 900,000 hectares ; le sa?'rasin 5 à 600,000 hectares ; le maïs autant. Bien que nous produisions, chaque année, environ 275 mil- lions d'hectolitres de grains, dont 107,000,000 d'hectolitres de blé, en moyenne, nous sommes obligés de demander à l'importation des céréales étrangères le complément de notre consommation. C'est ainsi qu'en 1890 nous avons importé environ 114,000,000 d'hectolitres de tons grains et de farines, dont 18 à 20,000,000 d'hectolitres de blé. Ces immenses productions de céréales : blés, orges, riz, maïs, etc., d'une valeur déplus de S milliards de francs, sont dévorées dans les greniers et magasins par plusieurs in- sectes dont le plus nuisible est un coléoptère de la famille des Charançons, le Calandra granaria Linné, pour les céréales européennes, et le Calandra Oryzœ Linné, pour le riz, maïs, et les blés venus d'Amérique ■ et des Indes (quelquefois ces derniers sont aussi attaqués par le C. granaria). Calandra granaria Linné (fig. 2). Longueur 2 1/2 à 4 1/2 millimètres, allongé, d'un brun marron. Pronotum garni de points oblongs, espacés. Elytres concolores fortement striées, ponctuées. Calandra Oryzae Linné 2 1/2 à 4 1/2 Fig. i'. — Le Calandra millimètres allongé, un peu oblong, d'un granaria très grossi, iji'un marron : prouotum gariii de points INSECTES QUI ATTAQUENT LES SUBSTANCES ALIMENTAIRES. 171 subaiTondis, serrés. Elytres crénelées, striées, avec deux taches rousses sur chaque élytre. Mœurs. Les CALANDRA sont des ennemis qui, en général, ne s'écartent guère des habitations, ils sont cachés dans les entrepôts, dans les greniers, un peu partout où séjournent longtemps des céréales ; ils ne s'emparent de la graine qu'a- près la récolte. En France, c'est vers la fin d'avril que les C. granaria se recherchent pour s'accoupler, quelques jours après la fe- melle s'enfonce dans le tas de blé (jamais nous n'en avons trouvé sur les grains extérieurs), elle fait une piqûre à l'en- veloppe du grain, qu'elle soulève avec son rostre ; sous cette pellicule, elle pratique un trou elliptique, puis elle se re- tourne et, à l'aide de son oviducte, elle dépose un seul œuf, après quoi l'ouverture est bouchée par une sorte de gluten de la couleur du blé. L'œuf a un demi-millimètre de long, il est ovoïde, transparent. La larve arrivée à tout son dévelop- pement est épaisse, charnue, sa taille est d'environ 2 milli- mètres 1/2 de longueur sur 1 à 1 1/2 millimètre de largeur ; elle se tient habituellement sur le côté, pliée en arc ; elle est allongée, blanchâtre, molle; son corps est composé de neuf anneaux, de consistance cornée ; sa tète est de couleur mar- ron, ses mandibules sont fortes et armées de dents arrondies et se terminent brusquement en pointe. Cette larve est privée de pattes, elle se métamorphose en nymphe, reste dans cet état huit à dix jours et se transforme en insecte parfait qui perce le grain pour sortir. J'estime que la ponte entière comporte de trente à quarante œufs. La larve se nourrit de la partie farineuse du grain, sa croissance et ses métamor- phoses exigent deux mois environ pour arriver de la ponte à l'insecte parfait. Lorsque, vers le mois d'octobre, la température descend et tend à se rapprocher de 10 degrés centigrades, par un instinct de prévoyance et de conservation, un grand nombre des C. granaria, arrivés à leur état parfait, quittent les tas de graines et vont se cacher dans les fentes des murs, des pai'- quets, quelquefois des bois de charpentes, etc., pour y pas- ser l'hiver dans un i)arfait état d'engourdissement. 172 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. Dans les climats tempérés, le C. gi^miaria a deux ou trois générations par an ; mais dans les pays intertropicaux, il doit se métamorphoser plus promptement et avoir quatre ou cinq générations. D'après un calcul de De Geer, un seul couple de C. grana- ria, y compris les générations auxquelles il donne naissance, peut avoir produit, au bout de l'année, 23,600 individus. Nos expériences répétées plusieurs fois en vase recouvert d'une toile métallique sont moins effrayantes ; après la troisième génération le nombre des grains contaminés était d'environ 7,500 individus ; mais en continuant l'expérience jusqu'à la fin de la seconde année, un bocal contenant un litre de blé, dans lequel j'avais déposé un seul couple d'insectes, ne con- tenait plus que quelques grains sains, presque tous les grains avaient été dévorés. Cette expérience démontre suffisamment l'utilité de ne pas laisser séjourner dans les greniers des tas de grains pendant plusieurs années si l'on veut éviter un désastre. Expérience sur Vinfluence d'une température basse. — Un bocal rempli de blé sain dans lequel j'ai enfermé cinq couples de C. r/ranaria, au mois d'avril, a été descendu dans une cave très sèche, dont la température varie entre 5° et 7° centigrades. Après un an, j'ai retrouvé huit insectes vivants, il m'a été impossible de découvrir une seule larve. Les in- sectes étaient engourdis , je n'ai pas trouvé de parties de grain rongées au fond du bocal, ce qui me fait supposer qu'ils ont très peu mangé; si toutefois ils ne sont pas restés com- plètement privés de nourriture. Expérience sur sa résistance au froid. — Des C. grana- ria ont été ex[)0sés toute une nuit dehors, par une tempéra- ture de — 19° centigrades, ils ont très bien résisté et se sont accouplés au printemps. Résistance à la privation de nourriture. — J'ai enfermé dix C. granaria dans autant de petits tubes séparés, recou- verts de toile métallique. J'avais choisi ces insectes à mesure des éclosions, du 15 au 20 août, et avant qu'ils se soient ac- couplés ; j'ai pris la précaution de les tenir au grenier, mais dans l'obscurité. Ils ont vécu : 4 exemplaires du* 20 août au 10 avril ; 3 exemplaires jusqu'à la fin d'avril ; 2 exemplaires jusqu'au 10 mai et le dernier jusqu'au 24 mai. INSECTES QUI ATTAQUENT LES SUBSTANCES ALIMENTAIRES. 173 Le C. granaria a une «épulsion marquée pour les odeurs. Première expérience. — En 1884, j'ai rempli 20 vases ouverts pouvant contenir chacun 2 litres de blé : dans 14 de ces vases, j'ai introduit, au milieu, un tampon lait avec une des plantes suivantes : Les fleurs et feuilles de sarriette (Sahireia horleyisis). — de camomille {Anthémis cotiild). Les fleurs et feuilles d'absinthe (Artemisia aljsinthiwn). — — de tanaisie [Tanacetum vulgare). — — de lavande {Lavandula spica). — — de menthe {Mentha piperi(a). — — de thym [Thymus vulgaris). — — d'hysope {Hysopiis officinalis). ~ — de vomariniRosmarinus officinalis). Les feuilles sèches de tabac {Nicoliana tabacuni). Les bulbes concassés et feuilles d'ail [Alliion savitum). Les feuilles et graines de fenouil (Fœninulum vulgare). Les fleurs de houblon (Humulus lupiilus). Les 6 autres vases ne contenaient pas de mélange odorant. Ces 20 vases ainsi préparés ont été disséminés dans le gre- nier d'une maison que je savais fréquentée par le C. granaria, et laissés une année entière sans y toucher. Aucun des vases de blé contenant des plantes odoriférantes n'a été attaqué par les insectes ; les 6 autres vases, laissés comme témoins, en contenaient tous plus ou moins. Deuxième expérience. — En 1885, j'ai placé dans l'inté- rieur d'un tas de blé contenant 10 liectolitres, une douzaine de tampons, formés de plantes différentes (indiquées plus haut) ; le grenier contenait, en outre, 5 ou 6 autres tas de blé, orge et seigle, qui se sont trouvés bien plus attaqués, que le tas stérilisé. Cependant, je dois à la vérité de dire que ce dernier n'est pas resté complètement indemne. Des expériences qui précèdent, on peut conclure que, si les odeurs ne font pas mourir les charançons, elles peuvent, dans une certaine mesure, les éloigner des tas de graines que l'on veut préserver. Il nous a été démontré que, dans un grenier contenant di- verses Céréales, l'orge était contaminée dans la i)lus forte proportion et l'avoine, la moins attaquée. {A suivre.) LA QUESTION DES « SALT-BUSHES » Par m. Jean VILBOUCHEYITCH. y- Introduction. — Depuis une dizaine d'années, la Société nationale d'Acclimatation de France reçoit presque tous les ans d'Australie, du baron von Mueller, et à son tour distribue dans le Midi, en Algérie et en Tunisie, des graines de di- verses Salsolacées fourragères connues chez les colons aus- traliens sous le nom coinmun de « Salt-buslies » — brous- saille saline. La Société nationale d'Agriculture a été aussi entretenue à plusieurs reprises de ces intéressants végétaux, dont elle a eu des graines, en 1882, par M. Grosjean, inspecteur de l'En- seignement agricole, et M. le professeur Prillieux. Des distributions de graines sont faites tous les ans à des agriculteurs et acclimateurs habitant les régions salantes, par le Directeur du Jardin de la villa Thuret, et les rapports annuels de M. Ch. Naudin à M. le Ministre de l'Agriculture, publiés dans le Bulletin du Ministère, font régulièrement mention des observations relatives aux nombreux exem- plaires cultivés à la villa Thuret même. Des informations sur les « Salt-bushes », quelque peu fan- taisistes, il faut le reconnaître, ont même pénétré dans les journaux quotidiens. Malgré tant d'honneur, on chercherait en vain, sans excepter la presse agricole, des détails précis sur les résultats agricoles obtenus ; les données sur les « Salt- bushes » en eux-mêmes, sur leur utilisation et leurs conditions d'existence naturelles dans leur patrie, ne sont pas davantage répandues, et, en général, le sujet ne paraît pas encore avoir été considéré dans son ensemble, et, au point de vue des inté- rêts pratiques de l'agriculture des terrains salants. Cette lacune nous a frappé tout de suite quand nous avons com- mencé la bibliographie des choses relatives à ces terrains, dont quelques chapitres détachés ont été communiqués à différentes reprises ici-même et ailleurs. Dès le début, nous avons donc cherché à nous entourer sur la matière de renseignements complets; nous avons, en effet, pu en recueillir quelques-uns, par voie bibliographique, par correspondance et au cours de LA QUESTION DES « SALT-BUSHES ». 175 deux tournées dans les régions salantes du Midi, en automne de 1891 et au printemps de 1892; il en est résulté un petit dossier, que M. le professeur Maxime Cornu a bien voulu présenter à la Société nationale d'Agriculture qui l'a publié in extenso (1). Le désir de voir faire un historique de la question, expri- mé par réminent Président de la Société nationale d'Acclima- tation à l'occasion d'un récent envoi de graines de la part de M. le baron von Mueller, a été le mobile immédiat de cette pu- blication. Le présent mémoire résume ce que nous avons pu apprendre de plus essentiel et donne les conclusions qui se dégagent pour nous de la comparaison des différents témoi- gnages. Nous le considérons aussi, et surtout, comme une sorte de questionnaire adressé à la vaste publicité de la So- ciété nationale d'Acclimatation, et nous espérons fermement que des réponses nous récompenseront de notre peine. Les « Salt-bushes » chez eux. — Une préface publiée dans VlconograpJiy of Auslraliayi salsolaceoiis plants (2) nous apprendra, sans autre préambule, comment la question se pose en Australie même, et ce qui guide M. le baron von Mueller dans son excellente activité en faveur de la propaga- tion des « Salt-bushes » dans les autres pays. « La famille des Salsolacées », écrit-il, « présente en Aus- tralie une multitude de formes endémiques du plus haut inté- rêt botanique, et comprend un nombre considérable de végé- taux utiles, d'une importance de premier ordre dans l'écono- mie du pays. » 11 existe dans ce continent de vastes étendues, où les salt- Tjushes constituent le gros de la végétation et où l'élevage du bétail et des chevaux est basé principalement sur eux. w Ce genre de nourriture s'est môme montré si particuliè- rement profitable aux animaux que, déjà depuis de longues années, les pays à salt-bushes [salt-busli-coiintry) ont acquis dans le monde des éleveurs australiens une excellente répu- tation, d'autant mieux justifiée que ces Salsolacées persistent pendant toute la durée des périodes sèches les plus rigou- reuses. Rien d'étonnant que, systématiquement détruites par (1) Mtfmotres, 1802, et tirafres à part ; 40 pajçes. (2) Paraissant depuis 1889 par décades de dix planches avec dénomination de figures sans texte. 176 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. la pâture continuelle, elles finissent par se faire rares. Les propriétaires des pâturages arriveront forcément à la nécessité de reconstituer artificiellement la végétation des salt-bushes par des semis méthodiques. » D'ailleurs, déjà aujourd'hui beaucoup de fonds de pâturage auraient bien pu être considérablement améliorés, si leurs propriétaires le voulaient , par l'introduction de certaines espèces particulièrement précieuses et qui y manquent. » La tâche s'impose donc de se mettre à chercher parmi les diverses Salsolacées de notre pays celles qui sont préférées par les animaux et le mieux faites pour repeupler les terrains appauvris par l'exploitation déraisonnée des éleveurs. » C'est pour faciliter ces recherches et pour permettre de faire un choix, que nous avons entrepris de présenter dans un ouvrage spécial les figures de toutes nos espèces d'herbes et arbrisseaux salsolacées. » Nous ne devons pas ceci seulement à notre paj's, qui, comme nous venons de l'exposer, y a réellement intérêt au point de vue de la pratique agricole. » Xous avons aussi contracté des obligations morales envers les autres pays de l'univers auxquels nous, Australiens, em- pruntons continuellement ce qu'ils possèdent de bon et d'utile en fait de plantes. C'est le moins que nous les mettions à même, en revanche, de profiter de nos trésors à nous. » ÉnUMÉRATION des « SALT-BUSHES » D'AUSTRALIE. — NoUS avons cherché à connaître par des sources australiennes les noms botaniques, les conditions d'existence et la valeur agri- cole des principaux « salt-bushes ». Nous n'avons trouvé, sous ce rapport, que sur quelques espèces, dans les ouvrages dont nous disposions (1), plus ou moins de détails d'ordre pratique. Ces espèces sont : (1) 1» Baroa von Mueller. Select extra tropical plants, etc. Edition indienne. Calcutta, 1880. 2" Baron von Mueller et Ch. Naudin, Manuel de Vacclimateur, 1887. 30 Bentham et Mueller, Flora australiensis, vol. V, 1870. 40 Memorij on Bushes herbages and grasses, by M. -P. Vaile, scieatifically classed by D' Schomburgk, petite notice imprimée dans le Officiai catalogue of exhibits in South-Australian Court. Colonial and Indian exhibition, London, 1886. Adélaïde, 1886, pp. 47-48. 0° Diverses notices et rapports de M. Ch. Xaudin, mentionnés plus haut. 6" Dixon. On Salt-bushes, native fodder plants of New Sottth-Wales (in-8», 1880 , travail d'environ dix pages, primitivement publié dans les Proceedings of LA QUESTION DES « SALT-BUSIIES ». 177 Kochia villosa Lindley (« Cotton-biisli »). — — var. humUis (« Bastard cottoii- and salt-biish »). Koclila villosa var. sedifoUa vonMueller («Blue-busli «) Ainplex nummiUaria Lindley (« Oldmaii salt-bush «) Alrlplex vesicarium Heward (« Poldawoo « ; « small salt-bush »). Atriiilex halimoïdes Lindley. — holocarpa et Alriplex spongiosa von Mueller. Un certain nombre d'autres espèces sont également citées mais sans qu'on puisse voir où et comment elles viennent ni ce qu'elles valent, notamment : Kochia pyramidataBEmu. (« Blue-bush »). Chenolea bicornis (« Cotton-bush »). Alriplex cainpanulata. Be^h. — semi'baccala. Br. — Muelleri Benth. Kochia eriantha von Mueller. Il est curieux de constater que nos sources ne contiennent pas de renseignements pratiques sur le Chenopodium nilra- riaceicm MILLER (« Swamp salt-bush ,>),le seul « salt-bush « d Australie comme nous le verrons, qui a été l'objet, dans le Midi, d'un essai de quelque importance. En général, les renseignements d'ordre agricole qu'on peut puiser sur les « salt-buslies . dans leur patrie , dans les sources australiennes et autres nommées plus haut, sont fort incomplets et sont décidément insuffisants pour procéder en connaissance de cause, à des cultures d'étude compara- tive des différentes espèces, dans le Midi de la France ou ailleurs. Nous sommes convaincu, à priori, qu'il doit exister encore d'autres descriptions sur lesquelles nous n'avons pas eu la chance de mettre la main. Nous formulons en consé- quence cette P« Question. - Nous prions les lecteurs australiens delà aevuc des Sciences naturelles appliquées de vouloir bien /fli?/f f'\,°f/\ *'■ ,^' "^o' ^^P'"''"'' en partie dans le Manuel des culture, jra/« de MM. Raoul et Sa^ot. Ce dernier livre contient aussi sur la ma- tière quelques données personnelles à M. Raoul. 20 Février 1893. ^2 178 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. communiquer ou indiquer à la Société ce qu'ils connaissent en fait de mémoires, notices ou autres documents traitant des divers « salt-bushes » au point de vue géo-botanique et agricole. SÉLECTION A FAIRE. — En attendant, tâchons de profiter du peu que nous connaissons par les sources déjà nommées. La première conclusion qui se dégage de la lecture de ces documents est celle-ci: que la plupart des végétaux dé- nommés « salt-bushes » ne sont que des fourrages de pacages et ne sont nullement faits pour payer une véritable culture, en vue de coupes réglées. Dans les écrits de M. le baron von Mueller et plus particu- lièrement, dans ses lettres à la Société nationale d'Acclima- tation, il n'est parlé, en réalité, le plus souvent que de repeu- plements à effectuer par voie semi-naturelle et non de vraies cultures à établir. La préface, reproduite plus haut, nous semble conçue dans le même sens. Ce procédé a aussi, en effet, rendu à l'économie agricole, notamment dans les colonies , quelques précieux services ; l'excellent Manuel des cultures tropicales de MM. Sagot et Raoul en contient, entre autres, quelques beaux exemples. Mais nous ne croyons pas qu'on puisse beaucoup compter sur lui, dans le Midi de la France et en Algérie, pour des plantes australiennes qui auront à y soutenir, dans les conditions naturelles, une concurrence, probablement -très difficile. Et d'ailleurs, dans le Midi de la France au moins, les conditions économiques générales sont telles que les milieux agricoles ne voudront jamais s'y occuper d'un fourrage halophite exo- tique autrement qu'avec l'espérance d'une culture régulière et rémunératrice ; c'est une impression très nette que nous avons rapportée de nos entretiens sur place avec de nom- breux propriétaires et fermiers. Il convient donc, pour des essais dans le Midi, de faire un triage attentif des espèces, et de ne prendre comme point de départ, que celles qui offrent dans leurs conditions naturelles un développement végétal très considérable. Des salsolacées de pacage, il y en a assez d'indigènes. Autant qu'on peut juger par les documents précités, dont nous avons d'ailleurs déjà fait remarquer l'insuffisance, et LA QUESTIOX DES « SALT-BUSHES ». ^9 parles expériences d'introduction, sur lesquelles nous avons pu trouver des renseignements (1), les espèces suivantes mé- ritent seules, dans ces circonstances, notre attention ; dans le cas, bien entendu, où les conditions climatériques leur se- raient favorables : En première ligne: VAtriplex nummularia et VA. halU moïdes. Moins: le Chenopodmm nitrariaceum. Enfin, peut-être encore : le Kochia vUlosa. Voyons un peu, pour chacune de ces quatre espèces ce qu'elle représente, comment elle vient et les chances qu'il v a de l'acclimater et de la faire entrer dans la pratique agri- cole. ^ L'Atriplex nummularia (Lindley). _ La plus grande espèce du genre actuellement connu, puisqu'elle atteint une taille de 3 et 4 mètres, se rencontre, à partir du Queensland a travers tout le désert et jusqu'en Victoria et l'Australie méridionale. C'est un arbrisseau ramifié et touffu couvert d'un abondant feuillage gris argenté qui lui donne un aspect très singulier. Il vient de préférence sur les bords des cours d eau et marécages. Dans leur patrie, les arbrisseaux prennent, arrivés à une certaine hauteur, la forme en parasol, à cause des bestiaux qui broutent aussi haut qu'ils peuvent atteindre ; ils sont tellement avides de ce fourrage qu'ils ont fini par presque anéantir l'espèce, qui, d'ailleurs, ne paraît jamais avoir été représentée très abondamment. On prétend que les moutons qui se nourrissent des pousses de VAtriplex nummularia, ne sont point atteints de la douve (Disloma). M. Naudin a donné à plusieurs reprises des nouvelles sur « le ixnma Atriplex presque arborescent », qui fait sa joie à la villa Thuret et auquel il donne, dans ses rapports, tantôt ie nom iVAtriplex arborea, tantôt celui A'Atriplex num.- mularia, tantôt celui i\'Airlplex halimoïdes ; l'espèce est nlm ^^'; ^^r*^'"- ^f^'^' ^' ^^ ^'"^- «"'• 'l' -Acclimatation, 1883, pp. G77-681 • billet, du Mtntsf. ,1e V Agriculture, 18S8, p. 48 ■ 1800 p. W.\ ■ 1891 d V.î; l\lP;>-''ortkcBoardoriicgentsortLUni;L^^ Mac-Owan ^^' ^'"''' '^' ^^^^^ ^°"'' ^^^'^'^' ^^' «'vière, A. Leroy. 180 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. dioïque et l'individu unique de la villa Tliuret mâle. M. Nau- din en est donc réduit à multiplier i)ar boutures , qui prennent aisément, mais ne peuvent pas être introduites en Algérie, à cause des règlements antiphylloxériques. En Californie, où VAtriplex nummularia a été essayé sur une petite échelle, depuis 1885, au Jardin du Collège agri- cole, à Berkeley, par plusieurs correspondants du Collège agricole, habitant des régions salantes, il a lait généralement l'impression de pouvoir fournir une grande quantité de fourrage vert succulent, d'un goût salin agréable, M. S. G. Baker, Norwalk, Los Angelos County, décrivait, dans son rai)port, ses exemplaires comme étant, généralement, des toulîés, toujours vertes, de 3 pieds de haut et de 10 ineds de circonférence ; MM. H, H. Gird, Fallbrook, San -Diego County, a vu les siens devenir au bout de deux ans « d'é- paisses touffes hautes de six pieds » . Point important : Les communications des différents cor- respondants du Collège, que nous avons citées in extenso ailleurs, laissent entrevoir que, tout en se plaisant parfaite- ment bien dans les sols imprégnés de salant Jusqu'à un certain point, VAtriplex nummularia ne supporte guère le salant très concentré. Le bétail de toute espèce s'est montré très friand des pousses de VAtriplex nummularia chez certains correspondants et a les nettement refusées chez d'autres, ce qui arrive communément pour tous les nouveaux fourrages et tient tant aux caprices individuels de tel ou autre animal qu'à la nature de la nourriture habituelle servie au bétail dans telle ou telle ferme. Un correspondant, de Moro, San Luis, Obispo-County, M. Riley, a consigné dans sa communication cette observa- tion intéressante au point de vue pratique: « La plante », écrit-il, « me parait en général assez délicate et semble de- voir être facilement abîmée par le bétail » . La facilité du bouturage et marcottage, mentionnée par M. Naudin, s'est confirmée également en Californie. L'Atriplex iiALiMoÏDES (Lindley). — Serait répandu dans la plus grande partie du désert intérieur de l'Austrahe, sou- vent en compagnie de VAtriplex holocarpa, auquel il res- semblerait beaucoup, comme port et valeur alimentaire. Ce serait une herbe vivace ou un sons-arbrisseau procumbent LA QUESTION DES « SALT-BUSHES ». 181 OU tli/ïus, d'ai)rès le « Flora Australiensls », « un des meil- leurs salt-buslies de pacage d'après le « Select-Plants », « un arbuste formant des touffes épaisses et hautes de deux à trois mètres ». d'après M. Armand Leroy, qui Fa élevé de graines à Oran et l'a vu « taillé bas, repousser des tiges de plus d'un mètre, garnies de nombreuses feuilles larges d'environ six centimètres » . Nous n'insisterons pas davantage sur la contradiction de ces diverses données dont l'insuffisance des renseignements ne nous permet pas de présenter une explication. . Une maison d'Italie avait mis à un moment dans le commerce une variété horticole décorative CCAtriplex hali- moïdes, caractérisée pgir un port pyramidal et atteignant, autant que nous nous en souvenons d'après l'entrefilet du « Gantenflora » où il en était question, la hauteur de 1 mètre à r",50. La figure qui accompagnait la notice faisait bien Itenser 'ciVAiriplea^haUniKS delà région méditerranéenne. D'après le « Select-Plants » il existe en Australie de vastes surfaces occupées exclusivement par VAlriplex vesicarium et VAtriplex /mlimoïdes, à l'exclusion de toutes autres con- génères. D'après M. Leroy, la plante se reproduit aisément par semis aussi bien que par bouturage ; mais ce dernier procédé serait préférable, le semis étant moins rapide et « pouvant donner des plantes dégénérées ». Le Chenopodium nitrariaceum (von Mueller) n'est, nous l'avons déjà dit, que simplement mentionné dans les sources australiennes, sans autres détails. Il a cependant été beau- couj» recommandé en France. Après avoir rencontré ce nom dans toutes les communications et dans tous les articles de journaux, j'ai été quelque peu désillusionné, je l'avoue, par la lettre suivante, de M. Louis Reich,administrateur,du domaine de Faraman : «... Pour le moment, je crois être encore seul à avoir essayé la culture ou plut(H l'acclimatation des sall-bushes en Camargue. Je ne crois pas que le Chenopodium nitrariaceum soit fauchable et utilisable comme fourrage sec. Son aspect rappelle celui du Lycium harharitm; il se peut qu'en le fau- chant ou le recéi)ant souvent le fourrage s'améliore; la plante atteint son maximum de taille en trois ou quatre ans. Je crois 182 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. que notre sol ne convient pas à ces plantes et il serait inté- ressant de savoir quelle est la nature des terrains que ces salt-hushes préfèrent en Australie. Je pense que c'est l'hu- midité des six mois d'octobre à avril, qui fait périr ici beau- coup de ces plantes d'Australie. » Il ne faudrait pas déduire de ces lignes que le Cli. nitraria- ceum se soit refusé à végéter à Faraman. Après tout, il y est venu assez bien. Le terrain où M. Reicli avait semé les salt-bushes était argi- leux, très salé et peu élevé au-dessus du niveau de la mer. Les plantes occupaient au début la surface de quelques ares ; au mois de mai 1892, je n'ai pas pu en trouver beaucoup. D'après M. Reicli, les plantes auraient disparu d'elles-mêmes peu à peu. Peut-être a-t-il eu tort de ne pas les couper assez souvent. Le bétail n'en voulait pas. Nous avons vu, à propos de VAtriplex nummidaria, qu'une pareille obser- vation isolée ne suffit pas pour condamner une plante en tant que fourrage. Dans une autre ferme, elle aurait peut-être été dévorée avidement. D'après la notice de M. Naudin, lue à la Société nationale d'agriculture de France, en 1885 (séance du 23 décembre), le Ch. nitrariaceimi , essaj^é par M. le général Loysel dans les terrains salés de l'oasis de Ghardaïa, « aurait commencé à s'y acclimater i»; à la villa Thuret, le Chenopodium niirariaceum s'est montré « un grand arbrisseau, très ramifié, très feuillu, résistant à toutes les sécheresses et se proi)ageant de lui-même par ses graines tombées à terre », ce qui l'y rend même quel- que peu envahissant, comme nous avons pu nous en assurer de visu. Le KocHiA viLLOSA (Lindley) se rencontre dans la plupart des régions basses et salines de la zone de l'Australie qui s^étend entre le 34° et le 27° ; un sol argileux , sur le bord d'un cours d'eau, avec un bon sous-sol, lui conviendrait le mieux; il croîtrait, cependant, souvent aussi dans les terrains inondés. Dans les stations sèches, ses longues racines iraient chercher de l'humidité dans le sol jusqu'à des profondeurs de 4 mètres ; ce qui donne à la plante la faculté de résister aux sécheresses et chaleurs les plus extrêmes, même dans le climat difficile de l'Afrique méridionale. Cependant, les quelques essais de son acclimatement tentés LA QUESTION DES « SALT-BUSHES ». 183 en Algérie et dans le Midi ne semblent pas avoir réussi. M. Reicli a dû renoncer au Kochia dès le début. D'après M. Rivière, il souffre lacilement dans sa jeunesse, pendant l'hiver, de la pourriture du collet, maladie atteignant beau- coup des végétaux venant d'Australie. M. Rivière a indiqué, dans 1' « Algérie agricole » (1886, 15 déc), un procédé per- mettant d'éviter ce mal, mais les empotages et transplanta- tions assez compliqués qu'il comporte, nous semblent inappli- cables en grande culture fourragère agricole; c'est, d'ailleurs, l'opinion de M. Rivière, qui se prononce, en général, contre les tentatives d'introduction des « salt-bushes « australiens. Même, en admettant que le Kochia s'acclimaterait, il nous semble douteux qu'il puisse payer les frais de culture ; nous n'avons pas pu trouver, dans les sources australiennes, d'in- dications nettes sur sa taille, qu'il serait imprudent de juger sur les exemplaires, fatalement rabougris, des jardins bota- niques, à sol dépourvu de sel, mais cette taille ne doit pas être bien grande. D'après les documents australiens, le Kochia villosa est un bon fourrage pour les moutons et les bœufs, et tout spéciale- ment recherché pour les chevaux. Il est à remarquer que les renseignements sur les résultats des essais d'introduction en Algérie et dans le Midi sont, pour toutes les quatre espèces, tout à fait en disproportion, comme nombre, avec la quantité considérable de distributions faites; ce qui, malheureusement, est le sort de toutes les distri- butions. Cependant, en Amérique, — nous venons de le voir — on sait bien se faire répondre dans ces cas. N'est-ce pas, par ha- sard, parce que les correspondants des établissements améri- cains sont toujours sûrs de voir leurs lettres publiées intégra- lement les unes à la suite des autres et ainsi rendues utiles à tout le monde? IP Question : Quelles sont les i)ersonncs ayant semé ou planté une espèce quelconque de « Salt-lîushes » australiens en quantité sulllsante pour pouvoir dire (pielque chose par expérience et en chiffres, sur leur exploitation et leur ren- dement? 184 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. IIP Question : A-t-il été fait quelque expérience de cette nature en Australie même? Les Salt-Bushes indigènes. — Les envois réitérés de sal- solacées exotiques ont eu pour résultat de fixer l'attention de quelques hommes doués d'initiative, sur les bonnes salso- lacées fourragères de nos pays. Parmi elles, il y en a une, qui paraît mériter la plus sérieuse attention, comme culture fourragère ; c'est L'Atriplex halimus L. (« guetaf » de l'Algérie; « arroche halyme », « pourprier de mer ou de Provence » ; « bleu » de l'Aude ; « arse blanche ou d'Afrique » ou « tarque » des Pyrénées-Orientales), que tous ceux qui ont visité les con- trées maritimes connaissent pour l'avoir vu en bordures et haies vives, très gracieuses quand elles sont bien taillées, et sur lequel M. Ch. Rivière nous écrivait, en 1889, ceci : «... J'ai toujours préconisé la culture de cette plante qui me paraît être le meilleur type du genre, et qui, de plus, est dans son milieu. Multiplication facile : boutures, éclats de souche, etc. » Mon beau-frère, M. Couput, directeur de la Bergerie na- tionale de Montjebeur, située en pleine steppe, a même fait des semis au semoir mécanique très bien réussis. Cependant il ne faut pas livrer la jeune culture aux moutons et encore moins aux chameaux ; elle doit être l'objet de coupes mé- thodiques ...» IV Question : Nous nous permettons de poser à ce sujet à M. Couput ou aux personnes qui ont suivi l'exemple donné par lui, ces questions : Quel est, exactement évalué, le ren- dement ? Quelle quantité de semence faut-il mettre par hec- tare ? Est-il possible de faire du foin •? Ceci est peu probable, surtout avec un terrain salant qui rend les feuilles et tiges encore particulièrement grasses. Dans ce cas, a-t-il été fait des essais d'ensilage ? VA . halimus ne doit pas pouvoir supporter énormément de sel dans le sol : nous doutons aussi qu'il vienne bien dans les terres compactes. L'Halogeton sativus, annuel, cultivé jadis pour l'obtention LA QUE&TIUN DES « SALT-UUSHES ». ^ tant l'entrée à Kouka, figure un arbre couvert de Garde- » bœuf.) J'ai eu le vif plaisir de le voir au Maroc et toutes » les observations décrites ont pu être confirmées. » Ne pourrait-on pas spécialement en faveur de cet oiseau très intéressant obtenir sa protection légale et encourager sa reproduction. Comme valeur commerciale, il ne peut tenter la cupidité ; pour la cuisine il n'offre aucune ressource. Pour terminer, aux Indes, en Birmanie, sur la côte du Coromandel il y a deux espèces voisines, l'une à plumes occipitales mar- ron, l'autre, à iilumes jaune clair, plates, se rapprochant de celles de A. egreita, mais non érectiles.Les oiseaux, en Asie, rendent les services du Garde-bœuf, mais sont fortement poursuivis. Leur dépouille vient régulièrement aux ventes 198 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ts ►i^ to . tw r n y. c o o- o c m CD ■1 <; c^ CD B CD Q. C CD > 5- o 2 o PI 3 P CD ÇD_ o CD o II. EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. SÉANCE GÉNÉRALE DU 3 FÉVRIER 1893. PRÉSIDENCE DE M. A. GEOFFROY SAINT-IIILAIRE, PRÉSIDENT. Le procès- verbal de la séance précédente est lu et adopté. M. le Président proclame les noms des membres récemment admis par le Conseil : -„, PRÉSENTATEURS. MM. ( A. Geoffroy Saint-Hilaire. Bouts (Louis), docteur en médecine, | p_^^p.^jj^j^ 11 Us, avenue de la Révolte, à Neuilly. j ^ ^^^^^^ !A. Geoffroy Saint-Hilaire. Raveret-Wattel. Marquis de Sinéty. !J. de Claybrooke. J. Grisard. Raveret-Wattel. M. le Secrétaire procède au dépouillement de la corres- pondance. — MM. le D^ Ridreau et Joseph Hébert adressent des re- merciements au sujet de leur récente admission. _ MM. L. Fatin, E. Wiet et Laborde demandent à rece- voir divers oiseaux en cheptel. — M. Raveret-Wattel écrit à M. le Secrétaire général : « Malgré le froid intense qui sévissait alors, l'envoi d'œufs de Truite que la Société a bien voulu faire à la station aquicole du Nid de Ver- dier est arrivé dans de bonnes conditions. Un emballage soigne les avait préservés de la gelée en route. » Tout paraissait donc aller fort bien au début. Malheureusement ces œufs me semblent provenir de sujets qui n'avaient pas atteint une suffisante maturité sexuelle. L'évolution embryonnaire marche assez mal, et je n'augure rien de très bon des alevins qui commencent à éclore. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant du résultat final. » — M. Jean Vilbouchevitch adresse à M. le Président la note suivante : « Je tiens à vous signaler la domestication du Maral [Cervus alM- PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 227 rosh'us] dans rarrondissement Verkhneoudinsk du territoire Transbaï- cahen et les arrondissements Marunslc et Biysk, du gouvernement Tomsk; cet élevage d'un nouveau genre se fait pour les ramures vendues aux Chinois comme drogue, à raison de 15 roubles (le rouble vaut de 2 fr. 50 à 4 fr.) la livre russe (450 grammes env.). L'arron- dissement de Verkhneoudinsk en exporte en Chine, à lui seul pour nne valeur totale de 30,000 roubles par an. En outre. le Maral fournit un excellent duvet, comparable, dit-on, à celui de l'ëdredon- sa chair S'p'f T''"'';;on ''• '^'''°'''" ' "''''''''^ dans V Agriculteur, de Samt-Petersbourg (1892, n» 32), un calcul, naturellement sujet à cau- tion comme tous les calculs de ce genre, d'après lequel le profit net s élèverait jusqu à 150 roubles par tête et par an. Le prix marchand dun Maral adulte est, dans le pays : 70 à 80 roubles par tête de fe- melle; 100 à 150 roubles par tête de mtlle. 'l^n'lf "' ^''''''*''' "^^ l'arrondissement de Bijsk possèdent déjà jus- qu à 50 Marais chacun. » Les ramures ne sont récoltées, naturellement, que sur les mâles Le premier produit est obtenu au mois de juin de la deuxième année de la vie du Maral : c'est 5 à 6 livres russes ; le produit delà 3e année est de 12 livres russes environ; celui de la 4°, 15; celui de la 5«, 20 Le produit augmente ainsi d'année en année jusqu'à la 10' ou 12= année de la vie de l'animal, où il atteint 50 à 60 livres par an. A partir de la 18e-20« année le produit se met à diminuer. Il est rare qu'un Maral vive plus de trente ans. - » M. Lissovski se demande si les ramures du Renne ne se prête- raient pas à la préparation de la même drogue. Les ramures sont en- levées, a la scie, au moment où elles ont atteint le maximum de la grandeur qui correspond à l'ûge de l'animal, mais que leur consis- tance est encore tendre et l'intérieur sanguinolant. D'habitude, on enlevé les ramures le 20 juin; après quoi on les fait bouillir dans du the-brique ou dans de l'eau salée; on les sèche à l'ombre dans un endroit bien aerë, exposé au vent ; c'est sous cette forme qu'elles se vendent. ^ » La figure donnée dans VAgriadieur est empruntée à la source commune de toutes les illustrations concernant les objets de l'Asie centrale — dans Prjevalski. » Les individus sauvages, vivant en liberté, deviennent de plus en plus rares, à cause de la destruction impitoyable de l'espèce par les chasseurs de ramures de Maral. Par contre, l'élevage artificiel de ce cerf prend de plus en plus d'extension. » — M. le D'- Wiet écrit de Reims à M. le Président : « Mon coui)le de Kangurous supporte très bien la température ri- goureuse que nous subissons. » Je crois augmenter leur résislance en leur donnant, en dehors de 228 , REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. leur nourriture ordinaire, à chacun une tasse de lait chaud, dont ils sont très friands, le matin, et, le soir, une bonne ration d'avoine qu'ils mangent également avec grand plaisir. » — M. le baron d'Yvoire écrit à M. le Secrétaire général : « Pourriez-vous savoir si la Société a déjà eu l'occasion de s'occu- per de l'acclimatation, dans les lacs ou rivières de France, d'un certain Crabe qui est très abondant en Italie, dans le grand réservoir du lac d'Albanon et dans certains affluents du P(3? » Elisée Reclus, dans sa Géographie universelle, tome P', pages 440 et 441, prétend que c'est un animal marin qui s'est peu à peu habitué à vivre en eau douce. » Je regrette de n'avoir pu étudier ce Crabe pendant les hivers que , j'ai passés à Rome; mais j'en ignorais l'existence ou, du moins, je ne me suis pas douté que ce Crabe pouvait avoir été péché dans de l'eau douce. 11 me semble que son acclimatation pourrait compenser un peu la regrettable diminution qui se fait remarquer partout dans les eaux où pullulaient autrefois les écrevisses. » Je ne suis pas en situation de me procurer maintenant quelques Crabes pour essayer de les introduire dans nos lacs et cours d'eau. Mais les relations de la Société doivent rendre cette acquisition facile, si l'essai n'a pas été déjà vainement tenté. » — M. le D"" Heckel, directeur du Musée et de l'Institut bo- tanico-géologique de Marseille, écrit à M. le Secrétaire : « Je viens de lire, dans le dernier Bulletin de la Société nationale d'Acclimatation, la réponse de M. Cbappellier à ma lettre sur la cul- ture, aux environs de Paris, de VIgname de Chine. J'ai été heureux d'j voir la preuve de l'existence de cette culture auprès de la capitale, mais mou contradicteur n'a pas pu prouver que ce tubercule, comme il l'avançait, est cultivé couramment dans le Midi. Sur ce point seulement j'avais pu être très alfirmatif, en ce qui concerne Paris et sa banlieue je n'émettais que des doutes qui sont aujourd'hui dissipés après les preuves de M. Chappellier. Il en est une que j'accepte plus particu- lièrement : c'est l'envoi, que me propose mon contradicteur, de deux tubercules de sa récolte. Je recevrai avec plaisir son envoi pour le •soumettre à la première réunion de notre Société d'horticulture. Je ne doute pas que cet exemple et ces résultats ne servent puissamment à stimuler le zèle de nos horticulteurs méridionaux pour reprendre cette culture. Ce sera le principal avantage qui se dégagera de notre discussion courtoise et, si je l'obtiens, ni M. Chappellier ni moi n'au- rons à regretter de l'avoir engagée. » — M. Portanier annonce l'envoi d'un ouvrage sur les Principales races canines qu'il désire voir soumettre à la Commission des Récompenses. PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 229 — M'"e la -vicomtesse de Boislandry adresse dans le même but : V élevage pratique du Lapin, traité de toutes les races. — M. Raveret-Wattel dépose sur le Bureau uiie note sur un nouveau système d'échelle à Saumons. — A propos de la communication de M. Vilbouchevitcli sur Be Maral, M. le Président fait remarquer que le nom scien- tifique de cette espèce est Cervus Maral et il ajoute qu'il n'y a aucune espèce de rapport entre les bois de ce Cerf et •ceux du Renne, par conséquent la substitution proposée par M. Lissovski ne saurait se faire. Les bois du Maral sont plus lourds, la matière en est plus dense, plus serrée, il n'y a •donc pas à se flatter de tirer un produit analogue des bois de Renne. Quant au duvet, il est en efïet une source importante de revenu et sa production peut pour ainsi dire être réglée ; sui- vant que l'animal habite des régions plus ou moins chaudes, il fournit plus ou moins de duvet. Il est donc certain que si on transporte le Maral, originaire du nord de la Perse, dans des pays encore plus septentrionaux, on arrivera à une pro- duction plus intense, ce qui représentera une certaine valeur; ce duvet est, en effet, de belle qualité et peut rendre de réels services. Le Maral a été importé à diverses reprises et il a multiplié fréquemment au Muséum ; les produits ont été vendus pour repeuplement et ont dû faire souche dans nos bois. M. le Président dépose ensuite sur le Bureau une lettre de M. Huet fils qui, à propos de la communication de M. d'Ha- monville, insiste vivement pour que la question sur la pro- tection due aux petits oiseaux soit prise en considération par la Société. — M. Decaux présente d'intéressantes observations pra- tiques sur les insectes qui attaquent les substances alimen- taires dans les greniers et les magasins. — M. de Schaeck donne lecture, au nom de M. Mégnin, de la première partie d'un important Mémoire sur nos Chiens de iierger. Pour le secrétaire des séances, Jules Gbisard, Secrétaire du Comité de rédaction. III. COMPTES RENDUS DES SÉANCES DES SECTIONS. Ire SECTION (MAMMIFERES). SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1892. PRÉSIDENCE DE M. DECROIX, PRÉSIDENT. La section procède à la nomination de son bureau pour 1893. Sont élus : MM. Decroix, président ; Mégnin, vice-président ; Mailles , secrétaire ; J. de Claybrooke, vice-secrétaire . M. Mailles est, en outre, de'signe' pcrur remplir les fonctions de Rap- porteur de la section auprès de la Commission des re'compenses. Une note de M. Lesbre, sur les Léporides, donne lieu à une discus- sion dont les conclusions sont conformes à celles du mémoire de notre collègue, M. Remy Saint-Loup. La Section exprime de nouveau le vœu qu'une place soit re'servée aux Chèvres dans les concours agricoles, et que des prix leur soient donnés, comme cela se fait déjà en Angleterre. Dans ce but, il y au- rait lieu de faire une démarche auprès du Ministre de l'Agriculture. M. Decroix rappelle qu'au début de l'occupation algérienne, les Chevaux arabes n'e'taient pas ferrés. La ferrure ne commença à être appliquée qu'après l'établissement des premières routes, vers 1840-45, et alors la cavalerie ne ferrait guère que les pieds de devant. Au mo- ment où un grand nombre de cavaliers étaient re'unis, près d'Alger, pour une fantasia, notre collègue a pu examiner les pieds d'un grand nombre de Chevaux ; il a constaté que ces pieds n'étant pas ferrés, conservaient leur dimension normale jusque dans l'âge le plus avance, tandis qu'en France, où la ferrure est appliquée même avant ITige adulte, la plupart des Chevaux ont les pieds de'formés prématurément. De là, l'encastelure, les bleimes, les seimes, inconnues chez les Arabes. Les maréchaux ont la malheureuse habitude de parer la four- chette qui devait, au contraire, rester intacte et servir de soutien, et cela est si vrai qu'une industrie s'est établie pour fournir des four- chettes artificielles en caoutchouc. M. Decroix critique l'usage adopté par la remonte militaire d'a- cheter les Chevaux trop jeunes, c'est-à-dire à 3 ans 1/2. Ces Chevaux sont envoyés dans les dépôts et remontes où ils se trouvent dans des conditions moins favorables que chez les cultivateurs ou un tra- vail léger augmente leur force et leur énergie. 11 y aurait avantage COMPTES RENDUS DES SÉANCES DES SECTIONS. 231 pour l'État à n'acheter que des Chevaux faits de cinq ou même six ans, en les payant plus chers. On aurait, en efifet, des Chevaux complètement adultes et on e'vite rait les pertes qui se produisent entre l'époque de l'achat et l'âge au' quel un Cheval peut être utilise'. Dans tous les cas, on ne devrait pas ferrer les Chevaux avant l'âge de 4 à 5 ans. Un Cheval de 3 ans ne doit pas travailler plus que l'usure normale du pied. D'après des rele- vés qu'a faits M. Decroix, les Chevaux achetés, de 3 à 4 ans, ne font pas un aussi long service que les Chevaux achete's à 5 ou 6 ans, et ils reviennent à remplir un prix beaucoup plus e'ievé. M. Rathelot fait remarquer que la partie brûlée empêche le déve- loppement de la corne vive. M. Decroix dit qu'à une certaine e'poque on avait préconisé le sys- tème de ferrer à froid, mais qu'il avait plus d'inconvénients que d'avantages ; on a donc an y renoncer. Les brûlures du pied sont, d'ailleurs, extrêmement rares. M. Ralhelot demande le renvoi à la Commission des récompenses du me'moire de M. Remy Saint-Loup. Pour le Secrétaire, Jules Grisard. 4<^ SECTION (INSECTES). SÉANCE DU 17 JANVIER 1893. PRÉSIDENCE DE M. JONQUOY. M. le Secrétaire lit une lettre de M. Fallou qui s'excuse de ne pou- voir assister à la séance. Il remercie ses collègues de l'avoir renomme' Président depuis sept années, et en raison de l'e'tat de sa santé', les prie de vouloir bien lui donner un successeur. La Section, à l'unanimité, décide de conserver M. Fallou comme Président et désire lui témoigner ainsi sa gratitude pour tout le de- vouement dont il a toujours fait preuve envers elle. La Section procède au renouvellement de son bureau, dont les di- vers membres sont maintenus, et qui se trouve, par suite, composé comme suit : Président, M. Fallou. Vice- préside Ht, M. Mégnin. Hecrélaire, M. Clément. Vice-secrétaire, M. Sédillot. Rapporteur de la Commission des récompenses, M. Fallou. 232 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Lecture est donnée d'une lettre de M. Arnal sur le Mûrier du Tonkin et les races de Vers à soie polyvoltines e'ievées avec ses feuilles. Une discussion s'engage à ce propos sur les diverses soies, entre autres celle du Bombyx de l'Allante, dont on observe ge'néralement plusieurs géne'rations dans l'année, trois, quand la tempe'rature est fa- vorable. M. Cle'ment fait remarquer que les Chenilles provenant de la der- nière génération n'arrivent pas toujours à leur complet développe- ment, et que, sans cela, l'espèce déjà très commune, et qui se multi- plie si facilement deviendrait un véritable fléau. M. Decaux appelle l'attention de ses collègues sur la Noctuelle des moissons. Les moyens de destruction conseillés jusqu'à ce jour et indiqués par M. Blanchard, consistaient dans le roulement, la recherche des œufs et le ramassage des chrysalides. Ils ne sont pas applicables en grand et ne produisent que des re'sultats insuffisants. Notre collègue a fait des essais comparatifs et a obtenu de bien meilleurs résultats en employant des chiSons de laine, des déchets d'e'toupe ou même de la paille mélange's avec 10 ° o de pe'trole. Ces mélanges s'emploient à raison de 30 k. par are et constituent d'excellents engrais, surtout les chiffons de laine, dont la décomposition dure six à sept ans. M. Decaux fait remarquer que les mœurs de ce Papillon sont encore peu connues, et il annonce qu'il compte publier prochainement un mémoire sur ce sujet dans notre Bulletin. Le Secrétaire, A.-L. Clément. 5« SECTION (VEGETAUX). SÉANCE DU 24 JANVIER 1893. PRÉSIDENCE DE M. PAUL CHAPPELLIER. M. le Secrétaire donne lecture d'une lettre par laquelle M. Paillieux fait connaître qu'en raison de son grand âge et de sa santé, il se voit dans la nécessite' de donner sa démission de vice-président de la Sec- tion des végétaux. M. le Président, se faisant l'interprète de la Section, exprime tous ses regrets de voir notre de'voue' confrère prendre cette re'solufion. Pendant de longues années, M. Paillieux, grâce à ses relations e'ten- dues dans toutes les parties du monde, faisait à presque toutes nos COMPTES RENDUS DES SÉANCES DES SECTIONS. 233 séances des distributions gracieuses de graines qu'il recevait de ses correspondants et toujours une noie inte'ressante accompagnait ces dons répe'te's. Notre confrère avait ainsi su donner à la Section une vie, une activité' qui sera difficilement surpassée. Le Conseil d'admi- nistration a offert à M. Paillieux le titre de membre honoraire du Con- seil, c'est un juste témoignage de la gratitude de la Socie'té pour les longs et si dc'voués services rendus à notre cause. La section procède à la nomination de son bureau et du De'Iégue' à la Commission des récompenses. Sont de'signés pour remplir ces fonctions : Président, M. Henry de Vilmorin ; Vice-Président, M . P. Chappellier ; Secrétaire, M. Jules Grisard; Vice- Secrétaire, M. Soubies ; Délégué aux Récompenses, M. le D'' Mène. M. le Secrétaire distribue, entre les membres pre'sents, une variété' d'Ail remarquable par la grosseur de ses bulbes; l'envoi en est dîi à M. Brierre, de Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée')^ M. J. Grisard dépose sur le Bureau : P un volume ayant pour titre : Manuel pratique des cultures tropicales, par MM. Sagot et E. Raoul; 2" la cinquième e'dilion de Y Art de greffer, par M. Charles Baltet. A propos du premier de ces ouvrages, M. Chappellier fait remarquer que le Manuel signale (p. 66) des variétés nombreuses d'Ignames de Chine à tubercules gros et courts. II serait des plus intéressants de pouvoir se procurer ces varie'tés, et M. Raoul rendrait un roel service aux cultivateurs et amateurs eu leur procurant des indications plus pre'cises qui permettraient d'entrer en possession de ces précieux tubercules à forme arrondie et d'une ex- traction facile. Le Manuel ajoute que ce n'est qu'après quatre ou cinq ans de cul- ture qu'une bulbille peut donner un pied de force passable. C'est une erreur qu'il importe de rectifier, la multiplication par bul- billes est beaucoup plus rapide, et M. Chappellier pre'sente un pied de première année qui, déjà d'une certaine force, donnera à l'automne prochain un beau tubercule. On pe.ut encore planter au printemps les collets des Ignames ayant déjà été' ulilise'es pour le service de la cui- sine (voyez plus loin la noie de M. Chappellier). Quant à l'Igname de Decaisne qui a été recommandée ici même à diverses reprises, M. le Pre'sident estime qu'elle ne mérite pas les éloges qu'on en a faits ; elle est à peine mangeable et son produit est à peu près nul. Toute son utilild se bornerait à servir à des essais d'hybridation. M. Ilédiard entretient la Section des Ignames qui sont le plus géné- ralement consommées à Paris. Le Dioscorea alata appelé Igname por- 234 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. tugaise, puis l'Igname dite de Guine'e et enfin l'Igname digitée ou Couscouche. Cette dernière serait la plus intéressante h acclimater pour notre climat parisien; sa chair fine est très agre'able. Notre confrère parle ensuite de la Chayotte iSechncm edule) qui pousse admirablement en Alge'rie. Non seulement elle produit im fruit très apprécie' des Cre'oles, mais sa racine elle-même offre un mets agre'able . M. le Secre'taire signale un article important sur l'Arbre à laque {Rhus vernicifera) publié, en français, dans le Kolonial Muséum de Haarlem. C'est un petit arbre du Ne'paul et du Japon où il est l'objet d'une culture raisonnée. Cette espèce est assez rustique ; on la rencontre dans l'Himalaya jusqii'à une altitude de 2,C00 mètres. La laque si renommée est fournie par la sève. Les fruits donnent aussi de la cire ; mais il est préférable de ne pas exploiter l'arbre à ce point de vue, si l'on veut obtenir une plus grande production de laque. M. Chappellier présente quelques observations sur les vignes améri- caines. MM. Rathelot, Decaux et Fallou prennent part à la discussion que cette question soulève. M. Rathelot présente à la Section des branches de vigne sur les- quelles des rameaux de seconde pousse, produits après la taille, ont donné des raisins qui ont mûri. Ce fait assez rare est dû aux chaleurs exceptionnelles que nous avons eues à la fin de l'été dernier. Le Secrétaire, Jules Grisard. IV. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Du renouvellement de la corne chez le Rhinocéros unicornis (L.) de l'Inde. — La chute des bois chez certains Rumi- nants à cornes caduques, les Cerfs, constitue un phénomène qui a été constate' par les plus anciens naturalistes. On sait que chez ces ani- maux, les cornes, formées d'une substance osseuse, se remplacent chaque anne'e. Plus récemment, M. Barlett e'tudia le même fait sur des Cariacous ame'ricaius conservés au Jardin de la Société zoologique de Londres. Le mémoire de M. W. Marshall, publié dans le Zoologische Oarten (1), traite de ce sujet en détail. En parlant de Ja corne du Rhinoce'ros, l'auteur nous assure qu'elle ne se remplace jamais. M. Marshall cite cependant des observations de Blyth d'après lesquelles l'animal arrivé à un certain âge la perd. Des observations nouvelles (2), releve'es par M. le D' Wunderlich, Directeur du .Jardin Zoologique de Cologne, font supposer que ce Pa- chyderme change régulièrement de corne à des époques e'ioignées les unes des autres. En 1880, au commencement de l'année, le Rhinocéros unicorne mâle du Jardin de Berlin perdit sa corne ; il s'ensuivit une hémorragie con- sidérable. Une corne nouvelle se développa lentement ; elle tomba à son tour en automne 1891. A cette époque, la femelle perdait aussi la sienne. Dans le Jardin de Cologne, le même l'ait se produisit en 1880 chez un Rhinocéros unicorne. Mais, au printemps de 1888, la corne e'tait entièrement remplace'e ; l'animal s'en servait pour se jeter avec vigueur contre son enclos. Un jour, le 3 février 1891, sa corne se brisa à sa base pendant cet exercice ; il n'y eut pas d'hémorragie. Le Pachyderme ne conserva pas longtemps la marque de la rupture. Un mois ai)rès, la cicatrice était recouverte d'une peau solide et élastique et l'on vit ap- paraître une nouvelle corne qui, en juillet 1892, atteignait déjà prés do 10 centimètres en longueur. M. Wunderlich pense que, dans une dizaine d'anne'cs, le Rhinocéros la renouvellera. Le fait constaté sur l'exemplaire de la Me'nagerie de Cologne prou- verait que la caducité n'a pas lieu seulement chez l'animal très âge'. Car ce Rhinocéros arriva au Jardin en 1872, à l'âge de deux ans en- viron. Dans l'espace de vingt années il a donc renouvelé deux fois sa corne. Il serait intéressant de rechercher si ce phénomène se pre'sente chez (1) 1891, XXXII, p. 163. (2) Publiées dans la Festschrift zum siebenzigsten Gebiirtstage Rudolf Leuc- karts. Leipsick, 18'J2. 236 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. d'autres Rhinocéros des Indes, le Rh. sondaicus, Desm., ceux à deux cornes Rhinocéros lasiotis Sel. et Rh. sumatrensis Cuv., et chez les espèces africaines, ou s'il est particulier à l'Unicorne. Dans tous les cas, l'Unicorne e'tant la seule espèce de son genre qui habite nos possessions d'Asie, on pourrait peut-être mettre à profit ces notions pour l'élever en plus grand nombre. La valeur des produits multiples tirés de cet animal, surtout celle de la corne, rendrait proba- blement l'entreprise rémunératrice. Dans la Suite de la relation du premier voyage des Hollandais aux Indes, nous lisons (p. 57) à propos des Rhinocéros : « Leurs cornes, leurs dents, leurs ongles, leur chair, leur peau, leur sang, leurs excréments et même leur eau, tout en est estime' et recherché par les Indiens qui y trouvent des remèdes pour diverses maladies. » M. le D"" Ilarmand a publié, dans la Revue des sciences naturelles ai)- piiquées (1), des renseignements curieux sur les grands Mammifères de rindo-Chine. Nous y relevons le passage suivant : « le Rhinocéros se chasse pour sa peau, sa chair et surtout sa corne, qui se vend excessivement cher, beaucoup plus cher qu'en France même. Elle sert à fabriquer des médecines et des coupes précieuses auxquelles on attribue toutes sortes de vertus imaginaires. » de S. Croisement de Tisserins en captivité {Hyphantomis textor Gray, mâle avec E. vitellinus Fsch. et IIartl.). — On a vu des Oiseaux exotiques s'accoupler en cage avec des espèces indigènes et produire des me'tis. Le Canari se croise souvent avec le Chardon- neret, le Tarin ou le Linot. On a parfois noté des cas d'hybridation entre des Oiseaux indigènes, comme le Bouvreuil avec le Chardon- neret. Enfin, on en observe entre deux espèces exotiques. Un exemple nouveau vient s'ajouter à cette dernière cate'gorie. M. Sauermann élève depuis quelque temps ensemble deux espèces de Ploce'ides ou Tisserins ; l'un est le Tisserin à tête noire {Hyphan- tornis textor Gray) qui habite l'ouest de l'Afrique; l'autre est le Tisserin jaune d'oeuf {H. vitellinus Fsch. et Hartl.) originaire de l'A- frique centrale. Il en obtint, en 1890, plusieurs métis. Cependant le mâle et la femelle de chaque espèce étaient repre'sente's dans la cage. En 1891, M. Sauermann observa de nouvelles hybridations. A ce moment, il se procura un second mule de Tisserin à tête noire qui s'accoupla à son tour avec la femelle du Tisserin jaune. Il en re'sulta deux pontes successives, l'une produite par l'ancien mSle de l'année préce'dente, l'autre par le nouveau. Ce cas paraît surtout extraordinaire quand on tient compte des différences de taille entre les deux espèces. Y! H. textor a les dimensions de notre Etourneau; 1'^. vitellinus est de (1) 1881, p. Lxxiii. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 237 la taille du Moineau. On se demande pourquoi chaque espèce de Tis- serin n'a pas plutôt niche'. Proce'demment, l'écrivain de